PREMIERE PARTIE, ENCYCLOPEDIE (P
Il s’agit de renfermer dans un systeme un les branches infiniinent variees de la science humaine. Le premier pas a faire dans cette recherche, c’est d’examiner la gtmealogie et la filiation de nos connaissances, les causes qui ont du les faire naitre, et les caractferes qui les distinguent, en un mot dc remonter jusqu’a I’origine et a la generation des idees (p. 12- 57). Quand on a fait cette histoire philosophique de I’originc de nos idees, il est possible de former un arbrc genealogique ou encyclopedique, de donner le systfeme giineral des sciences et des arts (p. 57-75).
Nos connaissances sont directes ou reflechies. Les connaissanccs directes sont celles que nous recevons par les sens : la premiere chose que nos sensations nous apprennent, c’est notre existence; la seconde, c’est I’existence des objets exterieurs (p. 15-17). Les connaissances reflechies que I’esprit acquicrt on operant sur les directes, en les unissant et en les combinant, constituent la philosophie, quand elles portent sur nous-m6mes et sur les objets exterieurs (p. 17-47). Elles produisent les Beau.x-Arts, quand nous imaginons et composons des 6tres semblables a ceux qui sont I’objet de nos idees directes, e’est-a-dire quand nous imitons la nature (p. 47-51).
Quelles sont les branches principales de la philosophie? Par les premieres idees r6fl6chies que nos sensations occasionnent.
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viennent les notions purement intellectuelles clii vice et de la vertu, le principe et la .necessity des lois, la spiritualilc de Tame, I’existence de Dieu et nos devoirs envers lui, en un mot, les v^rit^s dont nous avons le besoin le plus prompt et le plus indispensable (p. 17-22).
De ces premieres verites, la n6cessit6 de pourvoir a des besoins qui se multiplient sans cesse nous ramene aux corps. On en fait une 6tude generate (p. 22-39) et en mfime temps on s’applique a d’autres connaissances qui sont relatives a celle-ci (p. 39-47). v
En consid6rant par abstraction les propridtes gendrales et communes des corps et cn generalisant de plus en plus nos' perceptions, nous creons successivement la geometrie, I’arilhmetique, I’algdbre (p. 22-28); puis en leur rendant I’impenetrabilite, la mecanique (p. 28-29). De I’application de la geometrie et de la mecanique au monde des corps, naissent les sciences physico- mathematiques , astronomie , caloptrique, dioplrique, etc. (p. 28-30). Puis vient la physique generate et experimentale, qui n’est qu’un recueil raisonne d’experiences et d’observations (p. 30-33).
Ainsi les connaissances certaines accordees a nos lumieres naturelles sont concentrees entre deux limites, I’une est I’idee de nous-memes qui conduit a celle de I’Etre tout-puissant et de nos principaux devoirs; I’autre est la partie des mathemaliques qui a pour objet les proprietes generates des corps, 'de I’etendue et de la grandeur. Entre les deux il y a un intervalle immense ou quelques traits de lumiere s’dchappent de distance en distance a travers des nuages sans nombre (p. 33-39).
A ces connaissances dont nos besoins ont dte la premiere origine seioignent la logique, la grammaire, I’dloquence. Puis riiomme, cherchant a embrasser le passe, le present et I’avenir, crec I’histoire dont la chronologic et la geographie sont les rejetons et les soutiens; enfin la politique, espece de morale d’un genre particulier et supdrieur (p. 39-47).
La seconds operation de la reflexion, qui a pour objet I’imitation de la nature (p. 47-51), produit la peinture et la scul'pture auxquelles on pent joindre rarchilecture, puis la poesic et enlin la musique.
Comment discerner ces connaissances les unes des aulres fp. 51-57)? D’abord par la mani^re dont notre esprit opere sur les objetsetles diflerents usages qu’il en tire (p. 51-56). Ainsi les sciences et les arts se dislinguent par la speculation et la pratique; les arts mecaniques repondent aux rfegles qui portent sur les operations du corps; les arts liberaux a cedes qui
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portent sur les operations de I’esprit. Des arts liberaux, on appelle beaux-arts ceux qui ont pour objet I’imitation de la nature. II y a d’autres moyens de les discerner : la maniere' dont nos connaissances nous alTectent et les dilTerents jugements que notre ame porte de ses idees, designes par les mots evidence, probabilite, sentiment et gout (p. 56-57),
Venons a la formation de I’arbre g^nealogique ou encyclopedique, qui rassemble toutes nos connaissances sous un meme point de vue et sert a marquer leur origine et les liaisons qu’elles ont entre elles (p. 57-75). II n’est pas assujetti servilement a I’histoire philosophiqne de I’origine de nos idees, mais il doit olTrir le plus grand nombre de liaisons et de rapports entre les sciences, satisfaire le plus qu’il est possible ii I’ordre cncyclopedique de nos connaissances et a leur ordre genealogique. Notre ame s’occupe d’objets spiriluels ou materiels, par des idees directes ou par des idees reflechies : la memoire repond aux connaissanees directes, la raison et I’imagination au.x connaissances reflechies. De la les trois divisions generales du systeme, les trois objets gemiraux des connaissances humaines : I’histoire, la philosopliie, les beaux-arts. La distribution generate des ctres en spirituels et en materiels fournit la sous-division des trois branches gen6ralcs; Dieu, les esprits crees, Fhomme, le monde corporel ou la nature fournissent les divisions de I’histoire et de la philosopliie. L’imagination ne s’occupe que des fitres materiels dans la peinturc, la sculpture, Tarchitecture, la poesie, la musique et teurs dilTerenles divisions. De mdme I’arbre des gens de lettres comprend les erudits, dont la memoire est le talent, les philosophes auxquels apparlient la sagacite, les beaux-esprits qui ont ragrement en partage (p. 57-71). ^
Pour concilier I’ordre cncyclopedique avec I’ordi* alphabetique (p. 71-75), on a employ^ trois moyens, le systeme figure qui est a la tete de I’ouvrage, la science a laquelle chaque article se rapportc et la maniere dont Particle est traite. Trois choses forment Pordre cncyclopedique : le nom de la science a laquelle Particle appartient; le rang de cette science dans Parbre; la liaison de Particle avec d’aulres dans la meme science ou dans unc science dilTerente, liaison indiquec par les renvois ou facile a sentir, an moyen des termes techniques expliqiies suivant leur ordre alphabetique. Mais il serai t souvent absurde de vouloir trouver une liaison immediate entre un article et un autre article pris a volont^, et il ne faut pas attribuer a Parl)re cncyclopedique plus d’avantage que nous ne pretendons lui.cn donner.
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SECONDE PARTIE, DICTIONNAIRE RAISONNE DES SCIENCES ET DES ARTS (P. 75-126)
L’histoire des sciences et des arts montre leur 6tat present et par quelle gradation on y est arrive. On I’a esquiss^e de la Renaissance a la fin du xvii» sifecle (p. 75-112); puis de 1700 a 1750 (p. 112-126).
Celui qui consid^re les progres de I’esprit depuis la renaissance des lettres, trouve qu’on a commence par l’6rudition (p. 76-82), continue par les belles-lettres (p. 82-84) et les beauxarts (p. 84-87); puis fini par la philosophie (p. 87-112).
Les chefs-d’oeuvre que les anciens nous avaient laisses dans presque tons les genres ayant 6te oubli^s pendant douze siecles, il fallut, pour sortir de la barbarie, une de ces revolutions qui font prendre a la terre une face nouvelle. L’etude des langues et de I’histoire fut la premiere a laquelle on se livra. De la une foule d’erudits profonds (p. 76-81).
Puis on aperQut les beautes que les anciens avaient repandues dans leurs ouvrages, on les copia servilement et le xvr siecle eut en abondance des pontes, des orateurs et des historiens latins (p. 81-82).
Les gens de lettres cherchent ensuite a dire, dans les langu.es modernes, ce que les anciens avaient dit dans les leurs. Mais Ronsard defigui^e la langue frangaise. Ensuite on pense d’apres soi et alors eclosent tous les chefs-d’oeuvre du dernier siecle en eloquence, en histoire, en poesie et dans les dilTerenls genres de litterature, avec Malherbe, Balzac, Port-Royal, Corneille, Racine, Despreaux, Molifere, La Fontaine et Bossuet (p. 82-84).
Dans le mfime temps, les arts fleurissentavec Poussin, Puget, Le Sueur, Le Brun, Quinault, Lulli. Pourtant la renaissance de la peinture et de la sculpture a 6te beaucoup plus rapide que celle de la po6sie et de la musique. G’est de I’ltalie que nous avons regu les sciences et surtout les beaux-arts et le bon gout (p. 84-87).
La philosophie ne faisait pas les'mfimes progrfes ; les anciens n’etaient pas aussi parfaits comme philosophes que comme ^crivains et on ne pouvait suppleer a l’6tude de la nature par celle de leurs ouvrages. La scolastique nuisait aux progres de la vraie philosophie. La philosophie grecque n’etait pas mfime bien connue. Des theologians, voulant mettre en surety leurs opinions particuli^res, les erigeaient en dogmes. D’autres croyaient la religion faite pour nous ^.clairer aussi sur le sys-
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t^me du monde. Par Tabus de Tautorite spirituelle, r^unie i la teniporelle, peu s’en fallut qu’on ne defendit au genre humain de penser (p. 87-91).
D’illustres personnages preparaient de loin, la lumiere dont le monde devait etre eclaire (p. 91-105). A leur tele se place Bacon dont les ouvrages meritent encore plus notre lecture que nos eloges (p. 92-90). Au chancelier Bacon succeda Tillustre Descartes : les mathematiques font aujourd’hui la partie la plus solide et la moins contest6e de sa gloire; force de creer une physique toute nouvelle, il n’a pu la creer meilleure; sa inetaphysique, aussi ingenieuse et aussi nouvelle, a eu le meme sort a peu pres (p. 96-100). Newton, a qui la route a et6 preparee par Huyghens (et par Descartes), donna a la philosopliie une forme qu’elle semble devoir conserver (p. 100-103). Locke crea la metaphysique a peu pres comme Newton avait cree la physique (p. 103-105). A c6te de ces maitres de Tesprit humain se placent plusieurs philosophes illustres qui ont beaucoup contribue a Tavancement des sciences : Galilee, Harvey, Huyghens, Pascal, Malebranche, Boyle, V^sale, Sydenham, Boerhaave et une infinite d’anatomistes et de physiciens celebres; Leibfiitz, dont la philosophic est aujourd’hui fortaccueillie et fort combattue dans le nord de TEurope (p. 105-107).
Ge n’est pas de leur vivant que ces grands hommes ont change la face des sciences : Bacon n’a point ete chef de s^cte; les ouvrages de .Descartes ont ^te persecutes en France apres sa mort; Newton n’y a eu de partisans que depuis Maupertuis; Locke a ete oublie longtemps pouf Rohault et pour Regis (p. 107-112).
La philosophic forme le gout dominant du xviiP siecle. L’erudition est meprisee (p. 112-115). Mais les ouvrages scientiliques ont acquis les avantages qui appartenaicnt au.x ouvrages de belles-lettres, avec Fontenelle et Bulfon. Condillac a porte les derniers coups au gout des systi;mes (p. 115-117).
L’esprif philosophique a ete nuisible auxprogrfes des belleslettres, et les ouvrages d’esprit sont en general inf6rieurs a ceux du siecle precedent; mais nous avons J.-B. Rousseau, Crebillon et surtout Voltaire; Montesquieu, des historiens, des auteurs comiqncs et des romanciers. Nos pcintres et nos sculpteurs sont remarquables; Rameau a porte la musique a une perfection jusque-la inconnue (p. 118-123).
11 faut en outre mentionner les travaux des compagnies savantes, qui, bien organisees, seront fort utiles aux progres de Tesprit, sans corrompre les mauirs, quoi qu’en dise J.-J. Rousseau (p. 12.3-126).
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Le Prospectus.
Depuis la Renaissance des lettres, on doit aux Dictionnaires les lumieres generales qni se sont repandues dans la soci6t^. Si le gout du travail et de I’elude s’eteint, la faute en est an bel esprit et a Tabus de la philosophie, plulot qu’aux Dictionnaires (p. 126-128).
Mais les Encyclopedies ont paru avant le dernier siScle, et on a fait des progres considerables, grace aux grands hommes et aux compagnies savantes. Chambers a puise dans des ouvrages frangais. Son plan et son dessein sont excellents. Toutefois il est incomplet (p. 128-131). On a refait un grand nombre de ses articles ; meme la parlie rnalhemalique a subi des modifications considerables. On a change son arbre genealogique des sciences et des arts. Notre ouvrage devant contenir un jour toutes ies connaissances, nous avons choisi des collogues ([ui ont fait le Dictionnaire de leur partie et nous avons reuni tons ces Dictionnaires (p. 131-133J.
Nous avons suivi Tordre alphabetique, plus facile et plus commode pour nos lecteurs (p. 133-135). Nous avons rempli les vides qui separent deux sciences ou deux arts. Ghaque article a le style propre a son auteur, etcelui qui convient a la matifere traitee (p. 133-136).
La matiere de TEncyclop^die se reduit a trois chefs : les sciences,' les arts liberaux, les arts mecaniques. Pour les sciences et les arts liberaux, on a donne la preference aux auteurs reconnus pour les meilleurs. On a commence en -Iraitant d’une science par en donner la definition, qui toulefois serait inieux placee a la fin du livre (p. 136-139).
L’empire des sciences et des arts est un monde eloigne du vulgaire. On a alU6 aux principes des sciences et des arts lil)eraux Thistoire de leur origine et do»leurs progrfes successifs. Les articles qui concernent les elements des sciences sont travailles avec tout le soin possible (p. 139-141). Des amateurs ou des savants nous ont comm\inique d.es manuscrits; des recherches nouvelles ont 6te publiees; des secours obligeants ont ete regus de tons c6tes. La posterite, avec notre Dictionnaire, dira : tel etait alors Tetat des sciences et des bcauxarts; elle ajoutera ses decouvertes a cedes que nous aurons enregistrees (p. 141-143). -
11 n’a ete presque rien ecrit sur les arts mecaniques. On s’est adresse aux plus habiles ouvriers, on s’est procure des
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machines et on a fait soi-m6me de mauvais ouvrages pour apprendre aux autres comment on en fait de bons. On a suivi, pour chaqiie art, une m^thode determinee. On a donne 600 planches avec explication et renvois. En resume, on a traite des sciences et des arts sans en supposer une connaissance pr61iminaire, de manifere a ce que I’ouvrage tienne lieu de bibliotheque dans tons les genres a un homme du monde, et dans tous les genres, excepte le sien, h un savant de profession (p. 143-149).
Conclusion.
D’Alembert parle des auteurs : il a fait les articles de math^matique et de physique generale. Diderot a fait beaucoup plus; il'a do>nne la description des metiers; il a supplee, dans les dilT(irentes parties, un nombre prodigieux d’articles qui manquaient et a apporte ^ tous le mfime soin qu’a I’article Arl, qui a eu un si grand succes, Cette collection se prison te avec tout ce qui peut int^resser pour elle. Les auteurs n’attendent que la satisfaction d’avoir bien merited de la patrie (p. 149).
NOTES