‹ Discours prononce a l'Assemblee legislative le 25 Decembre, 1893Chapitre 12 sur 18 · L'INDUSTRIE LAITIÈRE · texte numérisé non relu

L'INDUSTRIE LAITIÈRE

vient merveilleusement à la rescousse. Elle va constituer l'appât effectif pour entraîner le cultivateur à la bonne culture. Par elle il pourra devenir prêteur, d'emprunteur qu'il est souvent ; par elle les fermes dont l'habitation confiée à un voisin est au cadenas, vont trouver des occupants heureux et prospères ; par elle le désert fait dans quelques-unes de nos paroisses par la culture épuisante va se repeupler, la population devenir dense, là où elle est éparse. Notre sol partout nourrira abondamment une population heureuse. Et plus d'émigration. Dans les vieilles paroisses il n'y aura pas assez de bras, le travail sera mieux rémunéré qu'à l'étranger.

Bien plus, nos compatriotes reviendront des Etats-Unis ; ils trouveront de l'ouvrage ici, pendant qu'il manque là-bas.

L'expérience des deux dernières années surtout, nous a démontré ce que pouvait faire pour notre agriculture, cette industrie du beurre et du fromage.

Un de nos grands financiers vient do nous déclarer qu'elle amis notre Province à l'abri de la terrible bourrasque financière qui vient de balayer les états

voisins de l'union américaine. Pendant que les institutions financières croulaient là, les unes après les autres, au milieu de l'épouvante générale, les nôtres dans un milieu serein, continuaient paisiblement leur marche heureuse et prospère. Grâce à l'industrie laitière, le cultivateur payé comptant pour ses produits a pu solder comptant aussi les factures de son marchand fournisseur ; celui-ci a rencontré efficacement toutes ses obligations ; la succursale prospère a pu payer la grande banque centrale, et ainsi notre agriculture a épargné à la Province les désastres qui ont sévi ailleurs.

Aussi nous nous proposons, mettant à profit les bons services des cercles, des missionnaires agricoles et de tous les hommes de bonne volonté, de pousser l'établissement de cette industrie, dès cette année, dans toutes les paroisses qui n'en sont pas déjà favorisées. Nous pouvons le faire maintenant que l'école de St-Hyacinthe nous fournit des fabricants.

Quelques-unes de nos paroisses ont vendu, cette dernière saison, du fromage et du beurre pour au-delà de $60,000. Quel succès à mettre sous les yeux de nos agriculteurs qui ne bénéficient pas encore de cette industrie I

Le bétail existe dans chaque localité. Il s'agit d'avoir la coopération assurée d'un nombre suffisant de patrons. Le capital modéré nécessaire se trouve facilement : à l'école de St-Hyacinthe et dans les établissements qui réussissent le mieux, on peut faire le choix du meilleur matériel. Tout cela, dans un court espace de temps, peut s'organiser dans la paroisse et le cultivateur peut commencer à retirer tous les mois le fruit de son labeur. On est loin, là, du système de culture dont les résultats ne se faisaient sentir qu'au bout de trois ou quatre ans.

En produisant un bon article, en étendant pour cela notre système des syndicats de beurreries et fromageries, en le rendant même, s'il le faut, obligatoire, ainsi que l'étampage de nos produits, nous n'aurons, de sitôt, à craindre l'encombrement des marchés où nous écoulons aujourd'hui notre production.

Il y a aussi le beurre frais d'hiver pour lequel nous avons, dans nos grandes villes, un débouché que nous sommes loin d'exploiter comme nous pourrions le faire. En cela nous imiterions un pays aussi froid que le nôtre, le Denmark, qui vend pour $24,000,000 de beurre par année en Angleterre ; les vaches ont leurs veaux en septembre et octobre ; le plus fort du rendement est ainsi en hiver.

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