‹ Discours prononce a l'Assemblee legislative le 25 Decembre, 1893Chapitre 14 sur 18 · COLONISATION · texte numérisé non relu

COLONISATION

Tout à côté de ce mot je veux mettre celui de repeuplement. Kepeuplement de nos vieilles paroisses. Dans quelques unes la désertion a passé comme un ouragan, comme un incendie, laissant des vides partout. Nombre de maisons sont fermées à la clef, confiées à un voisin. Si celui ci trouve l'occasion, ce qui n'arrive guère, il en tirera un parti quelconque, au profit des absents.

Combien de terres abandonnées avez-vous dans votre paroisse, demandaisje l'autre jour à un de nos bons curés qui se dépêchait de fonder un cercle agricole ? Trente à quarante, me répondit-il, avec un soupir. Et les paroissiens ? Partis pour les villes.

Ne faut-il pas remplir ces vides désolants pendant qu'on est à faire de nouvelles trouées dans la forêt vierge.

Emparons-nous du sol répète-t-on souvent. Encore faut-il pouvoir le garder. Le général habile, après la victoire, laisse bonne garnison dans les villes conquises.

Déjà dans notre culture nous avons beaucoup trop de terre sous la charrue. Si nous en cultivions moins et la cultivions mieux, le profit serait meilleur. J'ai lu un excellent livre sur l'agriculture par un auteur américain j il avait pour unique titre " We farm too much land." Nous cultivons une trop grande étendue de terre. Et tout le long avec pièces à l'appui, il prêche la condensation de la culture. (1)

Il est aussi un fait que nous constatons à l'heure qu'il est, c'est qu'aussitôt l'industrie du beurre et du frommage efficacement implantée dans une paroisse le manque de bras s'y fait de suite sentir. On importe les travailleurs. L'in-

(1) L'autre jour, au congrès agricole de Iluntingdon, un excellent agronome, Mr. D. M. MacPherson, de Lancaster, faisait monter sur l'estrade un cultivateur pour témoigner de l'excellence de cette condensation. Cet homme avait échoué dans l'exploitation d'une lerre de cenl i inquante arpents sous charrue, et prospérait maintenant sur un lot de cinquante arpents ; il pouvait augmenter son troupeau et vendre d'avantage. Et il en rendait témoignage devant la grande assemblée.

dustrie laitière rémunérant le cultivateur lui fait de suite augmenter ses troupeaux et il a les ressources pour payer l'aide nécessaire.

Nos campagnes ne sont donc pas trop peuplées ; bientôt toutes les paroisses auront leurs fromageries et leurs fabriques de beurre. Malgré cet état de chose, il y aura toujours de la colonisation à faire, à diriger, à aider afin que le colon, ce Tirailleur hardi de nos exploitations, ne se prenne pas à désespérer et n'abandonne pas lui aussi sa tâche à moitié faite.

Il y aura toujours des colons à suivre, à protéger au bord de la forêt. Ils y sont conduits par différent motifs: à un bon nombre on ne pourrait persuader d'aller occuper une de ces terres toutes défrichées et abandonnées dans nos vielles paroisses. Non, c'est le père d'une nombreuse famille qui vend sa petite terre au village pour établir ses fils autour de lui, et leur donner à chacun une grande propriété, héritage de son travail et de sa prévision ; c'est le cultivateur qui, au vieux village, a eu l'infortune en partage ; il s'en va dans la forêt cacher son malheur, faire nouvelle provision d'énergie et de courage ; des jours prospères lui sont peut-être réservés là ; c'est le fils qui ne voit pas d'héritage sérieux, en vue, qui ne l'attend que de ses bras vigoureux ; quand il aura défriché, bâti maison et grange, il reviendra au village y prendre la compagne courageuse de ses travaux et de sa vie.

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