L ARMATEUR AU CAPITAINE
Names, le 3o mai 1820.
Vous confirmant, mon cher***, ainsi qu'à M.***, nos dernières des 3 et 6 mai courant, le but de la présente est de vous remettre inclus un extrait du compte d'ar-
mement du Succès, par lequel vous verrez sa mise hors exacte, montant à 1 56,39$ fr. 41 c. , faisant pour vos sept centièmes d'intérêt 10,947 fr. 89 c. , valeur du 24 janvier dernier, porté à votre débit, ainsi que votre portion dans l'assurance de 58, 000 fr. d'ici B(^rbon seulement^ Quant à ce qui regarde l'assurance de traite , je me réfère à ce que je vous en dis par ma susdite dernière, vous promettant que mon père agira au mieux des intérêts communs. Tant pis pour nous, si nous ne pouvons faire couvrir la totalité. Dites, s'il vous plaît, à M. ^** que j'ai remis à sa dame une copie en grand du compte d'armement pour satisfaire à ses intéressés. Il est débité également au compte courant de vingt-deux centièmes pour l'intérêt qu'il y représente, ainsi que pour l'assurance suscitée à Bourbon.
Sans avoir de motif plus important de vous écrire , la Victorine ne partira pas sans que je vous rappelle que nous nous occupons bien souvent de vous, et que nous avons bien à cœur votre bonne santé , de même que votre réussite complète. Puissent toutes nos espérances se réaliser! Les événements de l'épidémie dont on paroît être débarrassé entièrement dans les deux colonies, pourront contribuer à rendre notre affaire bonne. A cette occasion, un petit avis sur l'introduction de votre seconde traite. Ne pourriez-vous pas, par la perte majeure des noirs à l'île Maurice, y aller effectuer un débarquement, sans risques plus grands qu'à Bourbon? On nous dit par toutes les lettres de ce pays , que plus de huit mille noirs ont succombé par cette maladie. Nous croyons que vous .trouveriez un grand avantage sur ce point. Consultez-vous au reste, et ne prenez pas cela pour de nou-
velks instructions qui deviendi oient superflues de quelque nature qu'elles soient. Nous parlerions d'ici en aveu- (jles. Après tout, faites pour le mieux, voilà le résumé le plus sage. Nos intérêts sont entre vos mains. Nous nous reposons trop sur la prévoyance et Timagination de M. *** et de vous, pour n'être pas certains qu'ils seront bien soignés.
Mon père n'écrira pas cette fois-ci à M. ^**, n'ayant rien d'intéressant à lui mander, et je crois même que nous ne vous écrirons plus ni à l'un ni à l'autre, qu'après avoir eu vos premières nouvelles, à moins de sujet qui en vaille la peine.
Vous renouvelant , mon cher **^, mes sentiments d'amitié; et attendant bien impatiemment de vos premières lettres, je suis tout à vous.
Joie et santé a. tout votre monde.
P. S. Au moment de fermer la présente , nous apprenons l'heureuse arrivée de plusieurs négriers aux Antilles et colonies espagnoles, ce qui prouve que le Gouvernement français ferme toujours les yeux sur ce commerce , et qtie les Anglais mêmes n'exercent pas une grande surveillance. Ces navires ont laissé , à leur départ de la côte, plusieurs gros négriers anglais traitant sur ce même point, ce qui ne leur a pas permis de faire de très belles traites. La concurrence , tout le long de la côte occidentale, est très grande, et rendra par suite un troc bien scabreux. Je vous engage, mon cher ami, à bien, veiller à vos nègres. Nous avons aussi par la même voie une fâcheuse nouvelle concernant la goélette neuve t Industrie à MM. ^** ; elle a été enlevée par ses nègres^,
et l'équipage massacré. Cela fait trop de peine pour en parler davantage. Cet accident paroit provenir de ce que le capitaine avoit descendu d'hommes son navire pour aller faire de l'eau.
Je vous embrasse.
Signé F. M.
Pour copie fidèle.
Signé W. Telfair , substitut-greffier.