‹ Discours prononcé au Petit séminaire de Montréal, le 2 février 1890 [microform]Chapitre 2 sur 4 · ET: QE · texte numérisé non relu

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ne saurais le faire ce soir en moins d’une heure, il vous faut trois choses qui résument, ou je me trompe, tout ce que vous devez acquérir aujourd’hui pour accompiir tout ce que Dieu vous ordonnera demain. Ces trois choses se nomment : le savoir, les convictions et l'honneur.

Le savoir d’abord.

Ai-je besoin de vous le prouver ?

N'’êtes-vous pas ici surtout pour vous instruire et la moitié de toutes vos journées, saut les jours de prière et de repos, n'est-elle pas consacrée à l’étude ?

Mais la question n’est pas de savoir s’il vous faut étudier, mais s’il vous faut apprendre. Car plusieurs d’entre vous vont à la salle d'étude et en classe du même pas et de la même allure qu’ils vont à la prière ou au jeu, au sommeil ou aux repas, parce que l’heure est venue d’y aller et que, passifs automates, ils obéissent d’instinct et d'habitude au son de la cloche qui les appelle.

Ceux-là étudient pour étudier, comme ils prient pour prier, comme ils mangent pour manger.

Or, on ne mange pas pour manger : on marge pour se nourrir et vivre, et l’on n’étudie point pour étudier, mais pour apprendre et savoir.

Et de même que vous mangez tous les jours et, pour que votre nourriture vous profite, vous la prenez saine et substantielle et vous l’assimilez ensuite par un travail digestif que favorisent des exercices de corps ménagés à propos et réglés avec mesure, vous devez de même assurer à l’étude, qui est l’alimentation de votre esprit, les mêmes conditions et les mêmes garanties de succès et de profit. Vous devez étudier tous les jours, comme vous mangez tous les jours, car vous avez à nourrir, à fortifier et développer une intelligence encore jeune et frêle, dont la

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croissance dépend d’une alimentation sans cesse renouvelée.

Or, je vous le demarde, aurez-vous le courage de vous imposer cette étude sérieuse et suivie, l'application soutenue qu’elle suppose, le travail pénible, opiniâtre, décevant parfois — car le résultat n’est pas toujours immédiat — qu'elle exige,la réflexion intime et fréquente qui la féconde et l’améliore de jour en jour, si vous n'êtes d’abord convaincus de la nécessité du savoir, si vous re l’êtes dès le jour de votre entrée au Petit Séminaire, si vous ne l'êtes encore et surtout, au jour de votre sortie ?

Or, il vous faut savoir. Pourquoi ?

Parce que vous n'êtes pas destinés à tracer votre sentier dans la vie à une hauteur quelconque, mais à une plus grande hauteur que le grand nombre des hommes. Vous êtes appelés par vos études supérieures aux carrières Jibérales, et de fortes études scientifiques et littéraires doivert vous préparcr aux études spéciales qui vous attendent à votre entrée dans le monde ou dans l'Eglise. Et, en dehors du savoir nécescaire à l’exercice d’une profession spéciale, il vous faut acquérir ces connaissances et ces idées générales qui font l’homme vraiment éclairé et culsivé, trouvant tout à la fois dans son esprit des instruments et des armes variées pour les exigences diverses de la vie, une source de délassements purs et élevés pour son esprit, une sauvegarde et un refuge pour son âme contre l'assaut et la tourmente des passions mauvaises, l’attrait des plaisirs faciles et vulgaires.

De plus, destinés à faire partie des classes dirigeantes de la Société, vous devez avoir ces connaissances solides et nombreuses qui vous permettent de leur imprimer une direction précise et sûre et vous disposent à remplir, avec dignité et fruit pour vous-mêmes et utilité pour tous, ces emplois publics auxquels tout citoyen d’un pays démo. cratique peut être un joux appelé et qu’il est toujours désirable de voir occupés par des hommes de savoir et de labeur intellectuel plutôt que d'audace et d’intrigue.

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Vous devez donc savoir et apprendre pour savoir, c’està-dire tous les jours, de plus en plus et de mieux en mieux.

Mais que devez-vous apprendre et savoir ?

Tout ce que l’on vous enseigne ici, car tout cela est non seulement utile mais nécessaire à votre formation complète.

Les langues d’abord, car la connaissance des mots — c'est Platoi qui l’a dit entre beaucoup d’autres vérités — conduit à la connaissance des choses. Et, en premier lieu, les langues anciennes, parce que, mères de nos langues modernes, elles seules peuvent vou: livrer, avec le secret de leur origine et de leur formation, celui de leur plus exacte précision et de leur plus haute perfection ; parce que la connaissance de ces langues,tout en vous faisant apprécier et goûter quelques uns des plus beaux chefs-d’œuvre de l'esprit humain, vous met en relation avec les esprits éminents et les esprits distingués de tous les siècles et de tous les pays civilisés ; parce que — pour indiquer quelque utilité spéciale de chacune —- la langne latine est celle de notre Mère l'Eglise que ses enfants, du moins les plus instruits, doivent entendre ; qu'elle est la langue de Ja théologie, ne devant avoir pour les prêtres aucun secret ni opposer aucune ombre impénétrable aux laïques qui doivent pouvoir recourir, dans le besoin, aux lumières théologiques ; et parce que le grec, où toutes les sciences puisent si largement leurs dénominations essentielles et précises, contient le texte d’une version complète de l’Ancien Testament et le premier récit des paroles et des actions du Sauveur et de ses apôtres, et qu’un prêtre vraiment instruit doit pouvoir, à l’occasion, vérifier dans Île texte origina: la fidélité d’une traduction, la justesse d’une interprétation.

Et après les langues anciennes, ces langues qu’on appelle mortes — et qui le sont malheureusement deux fois, et sur les lèvres des peuples qui ne les parlent plus et dans l'estime d’un trop grand nombre d'hommes qui devraient penser mieux — vous étudierez en premier Lieu, avec ar-

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deur,avec amour votre propre langue, la langue française, car elle n’est pas seulement la plus parfaite héritière des langues anciennes, offrant à votre admiration des beautés et des œuvres de premier ordre. Mais elle est votre langue, elle est notre langue, après notre commune croyance, notre lien national le plus naturel et le plus fort, faisant partie intégrale et importante de ce patrimoine que nos pères nous ont gardé et transmis au prix de leurs travaux, de leurs résistances et même de leur sang versé. Avez donc le souci et la fierté de la bien savoir, de la bien écrire et de la bien parler, pour en inspirer à vos compatriotes l’amour et le désir de la conserver et de la défendre à leur tour, pour en imposer le respect et l'admiration à ceux qui voudraient aujourd’hui, —poursuivant une œuvre sectaire, vouée à l'avortement, car eile est injuste et violente, — qui voudraient la faire disparaître des écoles et des actes publics, dans les provinces où ils redoutent notre accroissement présent et peut-être notre suprématie future !

Etudiez-la donc à fond, dans toutes ses délicatesses, dans toutes ses souplesses, dans toutes ses propriétés, et, maîtres une fois de ce difficile et supérieur instrument, vous aurez, pour exprimer vos pensées et aire vibrer vos sentiments, un organe incomparable, une puissance qui fait trop souvent défaut, dans notre pays, aux hommes les mieux doués et les plus convaincus. Et vous ne nous iufligerez pas plus tard, dans l'exercice de vos fonctions professionnelles, duns vos discours et vos écrits publics, la tristesse et l'humiliation d'un langage qui, par ses obscurités, ses inclégances, ses lourdeurs, ses incorrections même, rappelle qu'au temps passé, au jour où n23 pères venaient fonder surles bords du Saint-Laurent la Nouvelle- France et y enraciner pour toujours--oui, pour toujours !— la langue de Corneille et de Pascal, de Racine et de Fénelon,la langue du grand roi, du grand siècle et bientôt de toute l’Europe polie, savante et lettrée, ils entendaient parler sur les mêmesrivages des langues beaucoup moins parfaites et moins harmonieuses.

Ces langues-là sont mortes, mes amis, bien et dûment mortes, et ilest inutile de les faire revivre dans vos discours |

Et voulez-vous échapper à ce danger et bien parler plus tard votre langue ? Débarrassez-vous sans retard de ce préjugé stupide et nusillanime qui permet, ordonne même à un monsieur monté,à six pieds du sol ou du plancher, sur une tribune ou une estrade, d’user d’une langue correcte et pure qui charme l'esprit et l'oreille, et l’oblige au nom du respect humain, ou lui permet... #u nom de je ne suis quoi, redescendu sur lesolou le parquet, de bredouiller un français quelconque.

Si vous voulez parler bien en publie, parlez bien partout, en récréation, au parloir, en famille, dans le monde, et vous serez toujours prèts à faire un discour. où un article élégant et correct.

Et avec le français etautant que le français, vous apprendrez également bien l'anglais, car cette connaissance est nécessaire à votre parfait succès dans la carrière que vous embrasserez ; parce que vous n° serez jamais si forts pour défendre les intérêts et les droits de votre race qu’en le faisant dans la langue de nGs vainqueurs d'hier, devenus aujourd'hui des concurrents habituellement paisibles, mais toujours ombrageux et défiants, parfois même intolérants et agressifs; et parce qu’en somme la science de leur langue vous assure une supériorité de plus sur ceux qui affectent d'ignorer et de dédaigner la nôtre ou négligent de lapprendre.

Et avec l'étude des langues — expressions supérieures du vrai et du beau — vous conduirez d’un pas égal l'étude de l’histoire qui. en vous intéressant à tous les membres de la grande famille humaine, fils avec vous du même Père quiest aux cieux, met sous vos yeux, avec la force irrésistible de l'exemple et la consécration majestueuse des siècles, de grandes actions aecomplies, de grandes vertus exercces,de grandes œuvres réalisées,et vous montre dans le succès éphémère de l'iniquité, son inévitable et

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décisif châtiment. L'histoire profane et l’histoire sacrée, car vous verrez dans l’une la mesure et l’insuffisance définitive des forces humaines et des vertus naturelles laissées à elles-mêmes ; dans l’autre, annoncées de loin et préparées savamment aux siècles profanes par la Providence divine, la naissance et la croissance Ce cette Eglise qui fait la force et la prospérité des peuples rangés sous sa loi, ia décadence de ceux qui s’en éloignent. L'histoire de cette France qui fut notre mère et à qui nous devons ce que nous avons de meilleur et de plus cher. L'histoire, surtout, de votre propre pays, de sa naissance providentielle, de ses développements presque miraculeux, des combats et des luttes héroïques de nos pères, de leurs vertus chrétiennes et civiques que nous nous préoccuperons peut-être plus d’imiter, quand, les connaissant mieux, nous les admirerons davantage, et vous puiserez dans cette étude la conviction que notre pays est dans Ja main de Dieu, qu'il l’a façonné et mis au monde pour les œuvres de sa droite et que vous, appelés par sa providence à vous asseoir sur ses sommets et à contribuer de plus près à son mouvement général, vous ne comprendrez jamais votre mission sociale et les devoirs qu’elle vous impose, si vous n'avez d’abord compris ce dessein de Dieu.

Enfin, messieurs, — car il me faut me hâter et je crains même de paraître pédant en semblant vouloir du haut de cette chaire et tout en passant vous tracer un programme d'études qui vous est déjà parfaitement tracé, mais je ne veux, en insistant, que vous convaincre d’un devoir important, —vous étudierez, l'heure venue, et pour plusieurs elle va sonner bientôt, vous étudierez avec la même application les sciences exactes et les sciences naturelles qui ajouteront à votre esprit cette précision et cette gravité que les études littéraires et historiques ne sauraie donuer ; ouvriront vos yeux et vos âmes à la conte. ,nation des œuvres extérieures de Dieu qui chantent si haut sa gloire et sa puissance (1); vous feront comprer.dre et uti-

(1) Ps. 18.

liser ce considérable et important courant des découvertes et des inventions modernes qui modifie sensiblement et d'un jour à l’autre les conditions de la vie individuelle et sociale et prépare une apologie complète et décisive de la Révélation catholique.

Et par dessus tout, chers timis, — car ceci est d’un souverain intérêt pour votre formation complète et votre influence salutaire dans lPavenir,— livrez-vous avec ardeur à l'étude de la philosophie qui seule peut vous fournir ces notions justes et ces vrais principes sans lesquels les plus beaux discours ne sont que des phrases vides et sonores, les compositions les plus soignces, des tableaux vifs en couleur, peut-être méme trop vifs, mais dépourvus de correction et de vérité ; la philosophie, base et racine nécessaires d’un bon cours de thtologie, de droit et de médecine, fondement de toutes les sciences, puisque chacune d'elles ne donne que la raison des choses de son domaine, tandis qu'elle donne la raison dernière de toute chose naturelle ; la philosophie qu’un trop grand nombre de jeunes gens, plus prompts à fleurir qu'à mûrir, retranchent de leurs études comme un supplément de luxe, tandis qu'elle en est plus que le complément et le couronnement nécessaires, mais le but méme, l'étude maîtresse auxquels doivent tendre et préparer toutes les études précédentes.

Enfin, mes amis, et vous ne sauriez trop vous en persuader, l'étude sérieuse et toujours plus approfondie de votre religion doit être la plus importante de vos études présentes et prochaines.

Car, vous le savez et vous le croyez, vous tes sur la terre pour conquérir le Paradis du bon Dieu, et vous seriez cloquents comme Cicéron et Bossuet, doctes comme Aristote et Leibnitz, diserts et harmonieux comme Platon et Fénelon, vous gagneriez le monde par votre savoir ou votre parole, si vous veniez à perdre votre âme, n'auriez-vous pas tout perdu ? et ne seriez-vous pas de ces ouvriers du Psaume qui ont travaillé vainement à bâtir leur maison, parce qu'ils ont travaillé sans le Seigneur (1) ?

a) Ps. 126, L.

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Eh ! ne savez-vous pas que, passé l’âge de ja croyance naïve de l’erfance et de l’adolescence, de l'oreille et du cœur dociles à la parole de sa mère et de ses maîtres, l’esprit du jeune homme demande une nourriture plus forte et plus substantielle ? qu'aux doutes qui surgissent en lui, aux problèmes nouveaux qui se posent à son esprit inquiet il lui faut opposer plus qu'un acte de foi et d’adoration qui sauvegarde bien sa docilité de chrétien mais quine satisfait point sa raison d'homme intelligent et libre ? Ignorez-vous que l’hommage de votre foi, — c'est saint Paul qui l’enseigne, — doit être raisonnable ? qu'un chrétien doit pouvoir l’exposer et la défendre ? et qu'au milieu des hérétiques qui vous environnent et vous pénètrent plus ou moins profondément de leur influence, vous avez besoin de proclamer, après vous l’être démontrée à vous-mêmes, la supériorité de votre foi ?

Et surtout, si vous êtes prêtres, vous vous convaincrez bientôt que le secret de votre empire sur les âmes, après le zèle et la piété, réside daus une doctrine large, sûre et profonde et que vous ne conserverez, je ne dis pas auprès du peuple mais des classes dirigeantes, ce crédit et cette autorité dont notre clergé à joui jusqu'à ces derniers jours, qu’en entretenant et en avivant sans cesse cette lumière que Notre-Seigneur a poséesur le candélabre et non sous le boisseau (1), voulant confier la direction de ses peuples à des guides éclairés et non à des aveugles qui les précipiteraient dans tous les fossés de Iæ route (2) !

Préparez-vous donc, mes amis, à être des hommes de savoir, c'est-à-dire étudiez tous les jours. Soyez avares de votre temps et de ses moindres parcelles. Ayez l'œil sans cesse ouvert à toute lumière, l'oreille, à toute parole docte et nourrissante, et vous sortirez un jour du Séminaire,convaincus comme Socrate et même plus que lui, —car Socrate éait le premier philosophe de son temps et vous serez,

(1) Matth. 5, 15 €2) Id. 15, 14

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vous,un peu moins que des enfants, —que tout ce que vous savez, c'est que vous ne savez rien, mais sachant au moins une chose : c’est qu’il vous faut savoir, et possédant peutêtre l’art d'apprendre, ce qui est déjà savoir beaucoup.

Le savoir, mes amis, est donc la première condition pour remplir plus tard votre mission sociale, et l’acquérir est votre premier devoir actuel.

Mais le savoir est une force latente et lointaine, c’est-àdire une force enfermée en vous-mêmes et éloignée de l'objet à atteindre, de l'effet à produire.

Le savoir est une lumière qui éclaire le but que vous devez toucher et la voie que vous devez suivre ; mais le savoir, par lui-même, n’est pas une force agissante et peut même devenir un obstacle à votre activité extérieure, en ce sens que l'amour de la science, de l'étude et des travaux de l'esprit pourrait vous confiner à l’ombre et au silence du cabinet, concentrer en vous-mêmes votre propre lumière, faire de vous des savants immobiles, des savants inutiles, des savants de bois !

Voulez-vous que votre Iumière rayonne autour de vous et illumine d’autres esprits ?

Voulez-vous que votre savoir ne soit pas seulement l'ornement supérieur et la vie intime de votre esprit, mais une force agissant sur votre vie tout entière, un principe d'action pour vous et pour les autres ?

Avez plus que du savoir, ayez plus que des connuissances et des idées : ayez 1es convictions.

Penser, c’est avoir de idées. Connaître, c'est posséder dans votre esprit certarns faits, leurs causes, leurs eflets et leurs relations. Etre convaincus, c'est posséder vos idées et vos connaissances non dans l'assurance plus ou moins bien assise d'une simple opinion, mais dans linébranlable

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fermeté d’une certitude, parce que vous avez poursuivi vos recherches, vos efforts et votre travail jusqu'à l’évidence d’un fait ou de l’autorité qui l’aflirme ; parceque,tant qu'il y a eu une ombre, une incertitude sur votre esprit, vous en avez souflert et vous avez travaillé à dissiper cette obscurité, À atteindre, à posséder la pleine lumière de la vérité ; et que, pour en arriver là, pour poursuivre vos recherches, ranimer vos efforts, décupler au besoin votre travail, malgré les distractions, les lassitudes, les découragements, les passions intéressées aux ténèbres, les obstacles surgissant partout, au dedans comme autour de vous, il vous a fallu vaincre mille obstacles, il vous a fallu vous raincre vous-mêmes: il vous a fallu, en un mot, vous CONTAINCTe.

Comprenez-vous maintenant pourquoi la conviction est une force d’action ? Parce qu’elle est le fruit, non d’un mouvement passager de la pensée, d’un entraînement du cœur ou de la volonté, d’un flamboiement de l’imagination, mais du travail et de la iutte opiniâtres de l'esprit et de la volonté, et qu’une idée née de cette origine emprunte À sa naissance même une force d’impulsion qui la pousse à travers le monde.

Car, si vous êtes convaincus, Messieurs, vous agirez sous l'empire de vos convictions, comme d'autres agissent sous l'empire de leurs instincts et de leurs passions et, la conviction supposant le vrai et le bon, vous agirez dans la vérité et pour le bien.

Bien plus, être convaincu, c’est être convaincant, car, possesseur victorieux et paisible de la vérité, an veut faire partager aux autres cette heureuse jouissance et les convaincre à leur tour. Or, vous n’agirez sur les autres, vous n’accomplirez auprès d'eux votre œuvre dirigeante ou réfor.aatrice, que si vous savez les convaincre.

Oh ! sans doute, vous pourrez bien prendre les hommes par la vanité, la cupidité, la satisfaction de leurs multiples appétits; vous gagnerez bien leur appui, leur concours et

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leur fidélité d’un jour par des flatteries, des sous et des sy] rations plus ou moins abondantes. S'il ne vous faut que

À des escabeaux pour monter et vous tenir en haut, des flatxs] teurs pour vous encenser et vous applaudir, tramer autour

| de vos iniquités et de vos vilenies la conspiration du \ mensonge et du silence, vous trouverez tout cela, sans Ph vous donner beaucoup de mal, car les âmes qui s’achètent É sont nombreuses, et le prix d'achat baisse tous les jours

avec la valeur de la marchandise !

Mais, si vous êtes hommes de bien, ne voulant devoir | votre succès qu'à la vérité et à la justice, à l’honnêteté et à la loyauté ; si vous êtes animés de la noble et ‘| rare passion de faire bons et meilleurs ceux qui vous entourent et de ne procurer leur bien matériel que dans la mesure et la dépendance de leur bien moral, vous voudrez avant tout les convaincre que vous avez raison et qu'ils ont tort ; vous aurez de vertueuses indignations confi tre ceux qui les trompent et les corrompent, tout en avant une grande compassion pour leur faiblesse, prompte à l'erreur et à la perversion : et si, un jour,—la Providence vous réservant nn de ces nobles échecs, pour vous appren-

dre lamour du bien pour le bien,--ils vous préfèrent à FE vous, hommes de savoir et de vertu, quelque charlatan À qui les berne, quelque prestidigitateur qui les amuse, quelque industriel qui les achète ou les loue, tombés dans votre dignité, soyez sûrs qu'ils vous estimeront plus que leur nouveau maître ou leur nouvelle idole, et, semblables à ce lâche monarque, assassin d’un grand citoyen qui lui portait ombrage, ils se diront à eux-mêmes, mesurant, non votre cadavre,—car on n'assasine plus à coup de poignard ll les grands hommes ou les hommes de bien, — mais votre valeur morale : ‘* Certes, il ne nous avait jamais paru si

|: 5 grand ! ” Formez donc en vous, mes amis, des convictions. Des ; convictions chrétiennes d’abord, parce que ce sont les : seules qui sauvent, et sans le salut, la vie terrestre cet purement naturelle, la plus féconde et la mieux remplie,

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est perdue "pour celui qui l’a vécue ; parce que les convictions chrétiennes éclairent, ordonnent et fortifient toutes les convictions inférieures ; parce que, prêtres, vous devez être les apôtres de Jésus-Christ, et sans conviction point d’apostolat ; parce que, laïques, vous devez être ses chevaliers et ses soldats, prêts à lui sacrifier, si sa loi l'exige, vos intérêts temporels, et pour cela vous aurez besoin de la conviction d'un Lamoricière répondant à Pie IX. qui s’étonnait de l’entendre citer les Pères de l'Eglise: ‘ Saint Père, je les ai lus en Afrique, sous la tente et en garnison, et c'est d'eux que j'ai appris qu'il n’est point de gloire plus belle que d’être vaincu pour le Christ ! ”

Ayez aussi toutes les convictions qui font l'honnête homme et le bon patriote, car le premier devoir de tout chrétien est d’être parfait honnête homme ; car un chrétien qui n’est pas dévoué à son pays, est un piètre chrétien, un prêtre qui n'aime et ne sert point son pays, est un prêtre incomplet.

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