‹ Discours prononceChapitre 3 sur 12 · SECRÈTES · texte numérisé non relu

SECRÈTES

Mais ce n'est pas seulement à cause de cela que je suis opposé à ce projet. J'entretiens sur ce point des sentiments qui, je dois le dire, ne seront partagés que par une petite minorité daus cette Chambre ; mais je ne les partage pas moins pour cela. Je suis opposé à ce que l'Etat reconnaisse les sociétés secrètes. Il m'importe peu de savoir combien bonnes sont les fins qu'ils poursuivent, ni quel est leur but ; je crois que c'est une erreur que de poser comme principe que toute société secrète devrait être reconnue par l'Etat. Je crois que les sociétés secrètes, les sociétés liées par serment sont, en autant qu'on peut raisonnablement soulever cette question dans le cas actuel — bien que je convienne que nous avons à décider la chose d'après ce que nous croyons être juste— je pense que de pareilles sociétés sont opposées à l'esprit de la loi anglaise à l'égard des sociétés reconnues. Je sais que la loi criminelle de Québec leur est contraire. Maintenant ce n'est pas par un bill passé dans cette Chambre que la loi criminelle de Québec peut être modifiée. Nous avons le pouvoir de la modifier, de l'abroger ou de la reformer ; et un honorable député nous a soumis un bill pour la réformer, à propos duquel, s'il arrive à la deuxième lecture, j'espère faire voir ce que je comprends être les vrais principes à suivre pour notre conduite dans des cas de cette nature ; mais je dis que la province de Québec n'aura pas à se plaindre si nous proposons de réformer ou de modifier une partie quelconque de la loi criminelle, simplement parce que cette partie de la loi est en ce moment la loi de Québec

exclusivement ; car nous seuls, — et non pas eux — avons le pouvoir de nous en occuper. Mais la manière de s'occuper de la loi criminelle, c'est de l'amender ou de l'abroger par un acte général ; et si vous jugez à propos de l'amender et de l'abroger" de façon à donner l'existence légale à cette société, de façon à l'ériger en constitution corporative dans le pays, alors travailler à la passation du bill autorisant la création de celte entité corporative ne sera plus un acte contraire à la loi du pays. Il me semble qu'il est sans précédent et certainement très inopportun d'abroger une loi criminelle générale pro tento, par la création d'une corporation particulière ; car nul ne doute que ce bill particulier en vertu duquel nous organiserions légalement la société des Orangistes, par lequel nous lui permettrions de grossir le nombre de ses loges et ainsi de suite ; par lequel nous lui donnerions l'existence légale et nous la reconnaîtrions officiellement — personne, dis-je, ne doute que la chose relève de la loi criminelle de Québec. Ce n'est pas là une façon convenable de se dérober à l'opération de la loi criminelle. On pourrait, comme la chose a été faite dans l'autre Chambre à la dernière session, présenter un projet portant sur la loi criminelle d'après les principes généraux à invoquer pour s'en occuper. J'entretiens encore l'opinion que j'ai exprimée dans cette Chambre dans des occasions précédentes, qu'à moins d'être forcés à agir autrement par une nécessité manifeste, nous devrions promulguer des lois uniformes pour toutes les parties du Dominion concernant les intérêts communs dont nous avons charge. Je trouve que c'est une anomalie — peut-être justifiable en certaines circonstances, et qui ne peut être jnstifiée que par des circonstances vraiment extraordinaires — qu'il y ait une loi criminelle pour une partie du Dominion et une loi criminelle pour une autre partie. Je crois donc qu'il serait opportun de déposer un projet de loi concernant les sociétés secrètes, en gardant dans le statut les parties de la loi de Québec qu'on peut juger à propos d'y laisser, en modifiant généralement les parties qu'on jugera à propos de garder dans le sens que j'indiquerai dans une autre occasion Mais c'est mettre la charrue devant les bœufs que de légaliser au moyen d'un bill particulier l'existence d'une institution que l'on soustrait à l'opération de la loi criminelle. En principe général la loi devrait d'abord être réformée ; mais si l'on trouve que l'institution est une de celles à qui on peut légalement donner l'existence corporative, on pourra procéder à la lui accorder. Maintenant, comme je l'ai dit, je ne suis favorable à la reconnaissance par l'Etat d'aucune société secrète. Je n'ai jamais appartenu à aucune, bien que nombre de mes meilleurs amis soient membres de sociétés secrètes qui sont, comme celle-ci prétend être, de bienfaisance, des sociétés secrètes qui ne se mêlent aucunement de politique, des sociétés secrètes dont le but véritable, en autant qu'un homme du dehors peut le savoir, ne va pas au-delà des fins qu'avoue chercher l'association. Mais je crois que les tendances du secret même sont pernicieuses. Je pense qu'il contient en lui-même la probabilité du mal; je pense qu'il exige jusqu'à un certain point le sacrifice de l'individualité et de l'indépendance et qu'il fournit aux chefs entreprenants de très grandes facilités pour égarer les membres et pour faire le mal. C'est là la proposition générale que j'émets au sujet des sociétés secrètes liées par serment, point pour la défense duquel je dois dire comme il y a un instant, que je suis en petite minorité; car je suppose que la grande masse des membres protestants de cette Chambre, au moins, appartiennent à l'une ou à l'autre de ces sociétés; et je ne veux pas que l'on comprenne que ces tendances au mal se manifestent dans beaucoup de ces sociétés, dont les opérations, en autant que je puis le savoir, sont bienfaisantes. Mais on ne doit traiter ces choses qu'en s'appuyant sur des principes généraux ; et je soutiens qu'en luimême le secret est une mauvaise affaire ; et si ces sociétés sont bienfaisantes, elles le sont en dépit et non à cause de cet élément du secret. Il y a trois sortes de conduite que le gouvernement peut adopter à l'égard de ces sociétés, c'est la

suppression, la reconnaissance ou la neutralité. Et je soutiens qu'à moins qu'une société poursuive un but manifestement mauvais, dans notre siècle et dans les circonstances où nous sommes, la seule ligne de conduite à adopter, ce n'est ni de la supprimer ni de la reconnaître, mais de prendre à son égard une position neutre ; de n'intervenir ni d'une façon ni de l'autre, de ne pas la faire reconnaître par l'Etat et de ne pas tenter de la supprimer, ce qui, dans la plupart des cas, est une tentative inutile. Ceux qui parlent du caractère bienfaisant des sociétés secrètes ont lu, je crois, l'histoire des premiers siècles et de ceux qui les ont suivis, et surtout de ceux qui sont venus bien après, l'histoire de l'Europe, du Royaume-Unis et des Etats-Unis, d'une autre façon que celle que j'ai adoptée pour la lire. Je crois qu'une grande partie des perturbations sociales et politiques qui se sont produites dans ces pays, est due aux sociétés secrètes ; et je pense que nous qui venons de l'un ou de Vautre quartier du Eoj^aume Unis ; que nous qui sommes doublement intéressés à la paix, à la prospérité et au contentement de chacun des trois Royaumes, nous avons dû remarquer 1 influence déplorable que les sociétés secrètes ont eue dans cette partie du Royaume-Unis qui, malheureusement a fourni tant de causes de trouble, d humiliation et de difficulté au Parlement d'Angleterre et au peuple anglais dans tout le monde. Si vous vous rappelez la Société Ribbon, la société Phœnix, la société Fénienne et toutes les autres société de ce genre dont j'ai parlé, vous verrez facilement quelles sont les possibilités de faire le mal qui résident dans le secret. C'est la, monsieur l'Orateur, une opinion partagée par beaucoup de ceux qui ont réfléchi à la question, et j'ai trouvé, l'autre jour, dans un livre que M. A. M. Sullivan a écrit il n'y a pas lonptemps, une observation qui m'a tellement frappé, que je crois devoir prendre la liberté de la soumettre à la chambre. Il dit :

lt Ce n'est pas en vain que j'ai étudié l'histoire des associations liées par serment secret. J'ai éprouvé un sentiment d'horreur en les examinant. Je "savais tout ce qu'on pouvait dire des facilités qu'ils ont de révolutionner un pays, mais même lorsqu'elles étaient soumises à la direction la plus ferme et la meilleure, elles avaient une tendance directe à la démoralisation et souvent, elles étaient, somme toute, plus dangereuses pour la société que la tyrannie."

Voilà ce qu'a dit un écrivain très éminent qui a pris part à une agitation pour

arriver à ce qu'il croit et ce que plusieurs de nous croient une amélioration de

la condition du peuple irlandais. Il a vu quelle puissante agence ces sociétés

formeraient ; mais il a vu aussi, grâce à la triste expérience personnelle qu'il en

a faite et grâce aux observations auxquelles il s'est livré, quelle tendance au

mal et à la démoralisation elles ont. Yoici quelle est la difficulté à propos de

la reconnaissance par l'Etat — elle est essentielle , vous ne pouvez vous en

débarrasser ; elle réside dans le fait que la société est secrète — c'est qu'on ne

peut déterminer, vu qu'elle est secrète, jusqu'à quel point elle peut s'écarter du

but avoué qu'elle prétend poursuivre ; dans quelle direction elle peut aller,

jusqu'à quel point, étant ostensiblement une société religieuse et de bienfaisance,

elle peut devenir une société politique ; jusqu'à quel point, étant loyale, elle

peut aller dans la direction opposée, comme nous savons que sont allées autrefois

des sociétés qui se prétendaient loyales, nous ne saurions le déterminer. Je dis

donc que l'Etat ne devrait pas reconnaître les sociétés secrètes liées par serment.

On ne peut pas dire à quelle sorte de tyrannie elles ne peuvent pas se livrer.

C'est dans la nature de ces sociétés de devenir tyranniques et despotiques. Les

discussious ouvertes et publiques sont les grandes garanties de l'ordre, de la

liberté, de la loyauté et de la modération. Ce sont dans les réunions intimes

d'individus qui professent tous la même opinion que se révèlent et se manifestent

avec éclat ces dispositions à l'amertume, aux fausses représentations et à la

malignité. C'est précisément là qu'on est sûr de voir surgir cette pire difficulté

que nous n'éprouvons que trop communément dans notre vie publique même et

qui ne s'aplanit que si nos discussions se font ouvertement et en présence de gens

qui entretiennent des opinions différentes. Il se peut que dans les pays opprimés, gouvernés despotiquemcnt, les sociétés secrètes soient devenues une pénible nécessité. C'est possible. Je ne l'admets pas ; mais cela peut être. Elles peuvent fournir le seul recours que puissent avoir les pays qui aspirent à la liberté. Mais ce n'est pas là la condition dans laquelle se trouve la population de ce pays. Il n'y a ici rien que nous désirions, il n'y a pas d'amélioration de notre condition que nous ne sommes pas libres de proposer dans les assemblées publiques, à propos de quoi nous ne pouvons engager un débat public. Si nous croyons que ceux d'entre nous qui ont une foi particulière entretiennent des sentiments, nonseulement erronnés au point de vue de la religion dogmatique (ce qui n'a rien à faire avec la question), mais des sentiments hostiles à la constitution ou dangereux pour l'ordre social, nous avons droit de le dire, nous avons droit de leur résister, nous avons droit d'attaquer leurs opinions et de les provoquer à les exprimer, mais n'avons pas droit— vu que nous n'en n'avons pas besoin — de former dans ce but des sociétés secrètes, lesquelles, comme je l'ai dit, ont souvent enfanté la malice, la fausse représentation de la bigoterie.

Cependant le bill fait beaucoup plus que d'accorder le droit de propriété. Comme je l'ai dit, il donne la reconnaissance de 1 Etat ; il accorde 1 existence corporative. Dans ce but il invoque l'acte d interprétation ; et le dernier article donne à cette société le pouvoir d'exécuter son œuvre. Il est vrai qu'on a modifié le préambule du bill. A la dernière session, il y était dit que la Société demandait le pouvoir de faire son œuvre ; cette année il n'est pas question de cela ; mait les articles, en autant que je puis les comprendre, sont les mêmes ; et, bien que le préambule ne propose pas de donner ce pouvoir, les articles le font. L'acte d'interprétation donne des pouvoirs qui, tout en étant parfaitement légitimes en fait, absolument nécessaire pour les affaires d'une corporation ordinaire, sont cependant des pouvoirs qui peuvent être mal interprétés et dont on peut faire un mauvais usage, dans le cas d'une société secrète comme celle-ci pour la propagation d'une opinion. La majorité est revêtue d'un pouvoir sur la minorité. Si cela est nécessaire dans le cas d'une corporation ordinaire, dans le cas d'une société comme celle-ci, vouée à la propagation d'une opinion, un article comme celui-ci peut probablement porter la majorité exercer la tyrannie sur la minorité. On libère aussi de toute responsabilité individuelle, ce qui est tout-à-fait pertinent pour le cas des corporations d'affaires ordinaires ; mais encore une fois, un pouvoir particulier est concédé par cette disposition à cett organisation conformément à la constitution contenue dans la cédule, et nous lui donnons le pouvoir de modifier cette constitution comme elle l'entendra par la suite. On nous demande de constituer légalement une institution à être nantie du pouvoir de modifier sa constitution comme il lui plaira, et de donner ensuite tous les pouvoirs qu'elle voudra à ses dignitaires ; mais nous ne savons pas ce que pourront être ces altérations, vu que le voile du secret cache les actes ; et pourtant personne n'en peut être tenu individuellement responsable.

LA SOCIÉTÉ ORANGTSTE EST DANS L'ONTARIO UNE ORGANISATION PRESQUE COMPLETEMENT POLITIQUE.

Maintenant, mon honorable ami le représentant de Huron a parlé d'une question qui a d'abord provoqué des démentis ; mais, lorsqu'on lui a répondu, je n'ai pas remarqué qu'on ait sérieusement combattu ses prétentions. Il a dit que cette société poursuivait des fins presque complètement politiques. Je ne suis pas pour parler de la manière dont la société orangiste opère dans les autres Provinces du Dominion ; je ne le sais pas ; je ne sais pas jusqu'à quel point elle est fidèle à la mission avouée de l'institution, ni jusqu'à quel point elle dépasse le but ; nous ne savons pas si elle poursuit un but politique ou non ; mais je

pense parler de ce que je sais quand je dis que l'observation de mon honorable ami, quand à ce qui concerne l'Ontario, est parfaitement exacte ; et je pense qu( le fait seul qu'après avoir été accueillie par des démentis, cette assertion n' pas été contredite, lorsqu'ils s'est agi d'y répondre, en démontre suffisament 11 la vérité.

M. WHITE (Hastings). Il a dit que des Orangistes avaient été expulsés pourl avoir voté en faveur du parti réformiste. Je nie la chose.

M. BLAKE. Je ne sais pas jusqu'à quel point cela peut être vrai ; mais je vais, avant de finir, fournir à l'honorable monsieur quelques renseignements sur ce point. Je maintiens que l'ordre est politique dans l'Ontario, et je dis que les objections qu'il y a à ce que l'Etat reconnaisse les sociétés secrètes tirent une force double du fait qu'elles prennent leur pleine vitalité lorsqu'on les applique aux sociétés secrètes. C'est en politique surtout qu'il n'y a de sûreté que si la discussion est publique, l'attaque et la défense ouvertement faites, les accusations et les réponses portées et rendues au grand jour. . Plusieurs d'entre nous croient, et je suis sûr que la plupart d'entre nous conviendront si la chose était faisable, — mais je ne crois pas qu'elle le soit — que ce serait un grand bien pour le public si on abolissait la cabale intime et si l'on pouvait s'arranger de façon à faire de la propagande en rencontrant les électeurs des deux côtés dans des assemblées publiques où on exposerait les principes et où l'on définirait les positions. Et pourquoi ? Parce que nous savons que la propagande faite en particulier fournit l'occasion de faire des énoncés qui vont au tempérament politique de la personne à qui on s'adresse ; parce que nous savons qu'elle donne occasion de faire certains avancés au sujet de la croyance politique des candidats et de faire privément des attaques contre la foi politique et le caractère d'un adversaire, et qu'à cela il faut objecter de toute manière. Je crois que la publicité est le souffle même de la liberté en politique ; et je n'ai eu aucune hésitation à déclarer que, bien que j'aie voté pour le scrutin comme nécessaire à la liberté, je ne me suis jamais réconcilié avec l'idée que nous serons toujours obligés de voter par un procédé secret; car je crois que nous aurons accompli un grand progrès le jour où nous pourrons croire que pour toute notre population le vote ouvert serait le vote libre. Ce n'est que parce qu'il y a des cas où le vote ouvert n'est pas un vote libre, que j'ai consenti, à cause de la nécessité, à l'établissement du scrutin, afin de rendre le vote libre. A part cela, je pense que l'effet du scrutin lui-même est plus dommageable qu'avantageux. Pour contenancer ce que j'ai dit au sujet des organisations politiques secrètes, je vais vous donner un exemple emprunté à ma propre carrière. Lorsqu'en 186V, je suis entré dans la vie publique, je briguais les suffrages de deux comtés. Dans l'un j'étais candidat aux honneurs de la représentation provinciale ; dans l'autre je voulais être élu membre- de cette chambre ci. Les deux comtés étaient éloignés de 200 à 250 milles l'un de l'autre, et pour faire ma propagande électorale, il me fallait courir de l'un à l'autre. A un certain endroit, un peu avant de quitter la division sud de Bruce pour me rendre à Durham-Ouest, j'appris qu'on organisait une cabale secrète coutre moi, laquelle était montée par cette société de bienfaisance. D'un coté on disait que c'était mon père qui avait tiré un coup de feu sur le colonel Moody en 1837 ; de l'autre, que j'étais moi-même catholique romain. M. WHITE (Hastings). Ce devait être un Orangiste grit. M. BLAKE. Ayant pris des renseignements qui ne me laissaient pas le moindre doute que ces déclarations étaient mises en circulation dans la division sud de Bruce par l'organisation orangiste, par suite de ce qui avait été décidé à sa dernière réunion ; sachant qu'il y avait dans la salle des gens qui faisaient circuler ces histoires, j'invitai ceux qui les avaient répandues, je les invitai tous à s'avancer et à formuler leurs accusations soit contre mon père soit contre moi, afin que j'y répondisse ; mais personne n'a voulu s'avancer. Je les ai convoqués

trois fois à une assemblée publique, mais, bien que ceux qui répandaient ces calomnies fussent présents, ils n'ont pas voulu venir. Dans la division ouest de Durham, la même cabale secrète se montait ; on suivait la même tactique, on mettait précisément les mêmes calomnies en circulation ; et, lorsque je suis arrivé dans cette division, on m'a posé des questions au sujet de ceci et au sujet de cela ; mais j'ai refusé de démentir des assertions que personne n'osait faire en public. Voilà le mal produit par la propagande faite clandestinement, surtout lorsqu'elle est conduite par une société secrète. Est-ce que je m'oppose à cette société parce que c'est une organisation politique ? Pas du tout. J'approuve les organisations politiques. Je crois aux organisations politiques qui sont publiques, qui avouent ouvertement qu'elles sont politiques et qui ne craignent pas de se dire telles ; mais je ne crois pas aux organisations politiques secrètes, ni aux organisations secrètes ou autres, qui prennent le travestissement de la religion ou de la philanthropie. Je ne m'oppose pas à cette société parce que la majorité de ceux qui la composent me sont hostiles en .politique. Ce n'est pas là une raison pour objecter à son existence. Ceux qui en font partie ont autant que moi droit à leurs opinions politiques, et ce droit qui leur appartient m'est aussi cher que celui que j'ai d'entretenir les miennes. Comme j'entretiens mes opinions en vertu du même droit qu'eux, et Comme, pour aucune considération, je ne voudrais me départir de mes droits, je tiens le leur pour également cher. Mais si cette organisation politique m'est opposée, je veux savoir que ses membres sont mes adversaires et je ne veux pas qu'ils ne soient connus comme membres d'une société religieuse ou charitable. Nos opinions religieuses devraient être tenues entièrement séparées de nos convictions politiques. La plus grande calamité qui puisse arriver à une nation, c'est lorsque les attaches de ses corps politiques s'adonnent à être les mêmes que celles de ses organisations religieuses. C'est là une grande calamité, un grand malheur. Je désire que, quelles que soient nos croyances ou nos opinions religieuses, nous comprenions qu'elles n'ont rien à faire avec nos sentiments politiques, et que nous puissions nous entendre ou différer au sujet des questions politiques tout à fait indépendamment de la croyance que nous nous adonnons à avoir sur les questions religieuses. Plus vous faites d'une grande société protestante une combinaison qui devient une organisation politique, plus vous rendez semblables, ou plus vous essayez de rendre semblables les lignes de démarcation entre les opinions politiques et les opinions religieuses du peuple, et plus vous agissez en opposition directe à ce que je crois être les intérêts de l'Etat. Il y a déjà assez d'acrimonie dans nos différences de sentiments politiques, sans y introduire nos divergences religieuses, et si Yodium theologicum que l'on sait être si aigre doit encore être accentué par des divergences religieuses, cela va devenir intolérable. Tâchons donc de ne pas faire des choses semblables de la ligne de démarcation entre les opinions politiques et de la ligne de démarcation entre les opinions religieuses. Cependant cette société qui, sous le couvert de la religion et de la bienfaisance, est, dans l'Ontario, surtout politique comme puissance et comme efficacité d'action, est justement à exécuter cette chose que je crois être un malheur plutôt qu'un bienfait public. Je ne me propose pas. pour faire valoir mes sentiments au sujet du tempérament politique de cette société dans l'Ontario, de parler de quelque chose qui se soit passé il y a bien longtemps. Je ne me propose pas même de parler de choses qui soient aussi anciennes que celles dont il a été question dans le discours de mon honorable ami le représentant de la division ouest de Huron (M. Cameron). Il me suffit de parler de ce qui s'est fait récemment. L'honorable député de Hastings (M. White) a prononcé un discours dans la ville de Woodstock, le douze juillet dernier ; et dans ce discours, il a parlé d'une façon très amusante de l'histoire secrète de ce bill. Au cours de ses énoncés, il a adopté une ligne d'argumentation

que je désire faire remarquer, et il a démontré ce que j'ai dit pour faire voir que cette société est en réalité et en substance une organisation politique. Il a dit :

" Le bill et ce qu'il demandait ont été soumis à la population du Dominion, mais avant la deuxième lecture, on a malheureusement commis des fautes. 11 n'avait pas de grands reproches à faire aux catholiques romains ni aux réformistes ; mais, pour ce qui concerne nos gens, comme conservateurs et comme orangistes, ils ne se sont pas montrés aussi zélés qu'ils auraient dû le faire. 11 va leur dire que pour ce qui est des réformistes, ils oublient le fait que les neuf dixièmes de la société des Orangistes dans la province d'Ontario appartenaient au parti conservateur."

M. WHITE (Hasting.) Supposons qu'il en soit ainsi.

M. BLAKE. Eh bien, supposons qu'il en soit ainsi. J'en suis fâché, mais je le suppose. Je suis seulement à faire voir que c'est une organisation politique.

M. FAEEOW. Cela ne le démontre pas.

M. BLAKE. Si cela ne le démontre pas pour l'honorable député de Huron, je désespère de le lui démontrer. Ce n'est pas à l'honorable monsieur que j'adresse le reste de mes remarques.

» Il croyait en justice, d'après les principes réformistes, qu'ils auraient dû passer pardessus tous les légers torts dont ils pouvaient avoir eu à souffrir dans le passé, et voter en faveur du bill donnant l'existence légale à l'ordre orangiste. 11 aurait désiré qu'il en eut été ainsi, et s'ils l'avaient fait, il était convaincu qu'à l'élection suivante les Orangistes se seraient divisés et qu'ils se seraient prononcés pour les hommes et pour les mesures et pas aussi fortement pour le parti."

" Et pas aussi fortement pour le parti." Voilà la description que fait l'honorable monsieur, du caractère de l'organisation orangiste dans l'Ontario, c'est quils se sont naguère fortement prononcés pour le parti et qu à l'avenir ils pourront modifier leur manière d'agir et se prononcer davantage pour les hommes et pour les mesures. Et ce n'est pas là une organisation politique !

M. WHITE (Hastings). Ce sont là de bonnes paroles.

M. BLAKE. Ce sont de très bonnes paroles ; je voudrais qu'on leur donnât effet.

« M. Bunting s'est rendu à Ottawa ; il a travaillé jour et nuit en faveur du bill ; il a dit aux Français que s'ils n'approuvaient pas le projet, ils commettraient un acte de grande injustice. Il a parlé à sir Hector Langevin, à sir John A. Macdonald et à d'autres membres du cabinet à ce sujet. Il leur a parlé de l'appui général que le parti conservateur a toujours reçu des Orangistes.

SIK JOHN A. MACDONALD. Très bien.

M. BLAKE. Oh ! ce n'est pas une association politique ; mais elle donne son appui général au parti conservateur.

M. WHITE (Hastings.) Ce sont là de très bonnes paroles, je n'en rougis pas.

M. BLAKE. Il remerciait (lui, M. White,) M. Bunting du noble secours qu'il leur a donné pendant ce temps d'épreuve, assistance qu'ils espéraient avoir pour résultat un triomphe.

lt Dans des conversations qu'il a eues avec vingt autres messieurs, avec sir Hector Langevin, il a dit : " sir Hector, il faut que nous obtenions l'institution corporative." Quelle a été la réponse ? sir Hector à dit : " Pour ce qui est de vous constituer en corporation, je souhaite personuellement que vous obteniez la chose, mais je suis opposé à toutes les sociétés secrètes, parceque l'église à laquelle j'appartiens y est opposée. J'aime à voir le parti conservateur prospère, mais j'aime mieux la prospérité de mon église que celle du parti conservateur ; mes évêques et mes prêtres nous disent à nous membres de l'Egli6e catholique de ne pas voter en faveur de pareilles sociétés." En réponse M. Bunting a dit: " C'est là une grande erreur, car il n'y a personne sur terre qui désire plus que les Orangistes, rendre justice à tout le monde et accorder à votre église tous les actes dont elle peut avoir besoin pour des institutions corporatives créées à son avantage." Dans son opinion ,(à M. White) sir Hector Langevin devait découvrir qu'il avait commis une grande erreur ; car si jamais il arrivait au poste de chef d'un gouvernement dans ce pays, il lui serait impossible de s'y maintenir, sans l'assistance et la coopération de la société orangiste."

" Leur organisation " a dit l'honorable monsieur, devenu enthousiaste dans sa péroraison.

11 Leur organisation est une grande affaire ; qu'elle soit bonne, prudente et circonspecte, et il leur dit comme conservateur de songer à la prochaine élection générale, et si nous ne réussissons pas à obtenir justice, jugeons chaque homme d'après ses actes. 11 faut arracher une feuille du livre de l'archevêque Lynch. La société orangiste est capable de dominer tout le pays si elle veut se rester fidèle à elle-même.

Puis, monsieur l'Orateur, l'honorable monsieur a encore prononcé un discours à HamiJton. On a poussé trois hourrahs pour " sir John " à un certain moment, dans l'assemblée, après quoi l'honorable monsieur à dit que :

" Lui (sir John) était un ami aussi sincère et aussi consistant du bill des Orangiste qu'aucun membre de la chambre. On a proposé de retirer le bill ou qu'il fût accordé à toutes le différentes provinces à l'exception de la province de Québec, sir John lui a dit ; " monsieur White, n'acceptez pas cela,car si vous le faites, cela ne peut amener que la déconsidération sur votre société. Il vaut mieux faire adopter le bill pour tout le Dominion ; mais ne vous déshonorez pas en désertant les dignes membres de votre ordre qui habitent la province de Québec." C'étaient là de bonnes paroles, et il était convaincu que rien au monde n'aurait causé plus de plaisir à sir John que la présentation du bill constituant les Orangistes en institution corporative, au gouverneur pour le faire sanctionner, car sir John est intimement convaincu qne les neuf dixièmes des membres appartiennent au parti conservateur. "

Eh bien, je vois que l'honorable monsieur s'amuse; j'ai cru que j'allais l'égayer.

M. WHITE. (Hastings) Ce discours mien qu'il est à lire, est la meilleure partie du discours de l'honorable monsieur.

M. BLAKE. Les preuves que je donne sont toujours les meilleures parties de mes discours, et voici ma preuve :

« En supposant que sir Hector Lange vin serait le chef d'un grand parti et que dans les rangs de ce parti il y aurait une société qui lui serait aussi fidèle que la société orangiste l'a été à sir John MacDonald, il s'adresserait à sir John et il lui dirait : " Il est nécessaire, dans l'intérêt de notre parti, que cette société qui est loyale envers la reine, envers la constitution et envers le pays, soit munie d'un aete qui la constitue en institution corporative." Sir John répondrait: " Oui, je consens de tout mon cœur à ce que vous l'ayez." Le premier ministre est le chef d'un parti qui est franc et loyal, pendant que sir Hector Langevin est à la tête d'un parti qui est lié par les mains et par les pieds ù l'église de Rome, qui a des dispositions absorbantes, qui prend tout et ne donne rien."

Puis, l'honorable monsieur eut occasion de parler du ministre des douanes, et, après l'avoir hautement loué de la façon dont il remplit ses devoirs, il dit:

« Les Orangistes avaient entretenu l'espoir et avaient vécu dans l'attente qu'il parlerait lors de la deuxième lecture du bill, et en ne le faisant pas, il pense (lui M. Bowell) qu'il (le ministre des douanes) a commis une grande faute. Ils étaient fiers de lui quand il s'est levé dans la chambre des Communes et en a fait expulser Riel ; quand il a pris des mesures pour faire traduire le premier membre de la chambre, monsieur l'orateur Anglin, à la barre de la chambre pour répondre à l'accusation d'avoir violé la loi à la passation de laquelle il avait contribué — l'acte concernant l'indépendance du Parlement. Il ne savait pas (lui M. White) pourquoi le ministre des douanes n'a pas porté la parole à la chambre lors de la deuxième lecture du bill, mais il espérait que M. Bowell reprendrait le terrain perdu, et qu'il serait à leurs yeux, comme par le passé, un membre digne et honoré de la société. S'il a commis une faute, il ne faut pas qu'on lui témoigne trop peu de miséricorde ; il faut l'endurer avec patience et il espère que si l'occasion se présente de nouveau, il se lèvera et parlera en faveur du bill constituant légalement l'ordre des Orangistes, même au risque de perdre son siège dans le cabinet."

Voilà, monsieur l'Orateur, pour ce qui concerne l'honorable député de Hastings. Mais il y a d'autres preuves récentes qui établissent le caractère politique de cette organisation religieuse et bienfaisante, telle que dirigée dans l'Ontario, Le frère Marshall dont j'ai déjà parlé, qui occupe une haute position dans l'Ordre et qui était à Winnipeg avec l'honorable monsieur, a dit :

" On leur a demandé pourquoi ils avaient toujours voté pour les tories ; et la réponse a été que c'était parce que les tories s'étaient toujours montrés leurs amis."

On voit qu'ils déclarent avoir " toujours voté en faveur des tories " ; mais ce n'est pas une organisation politique 1 A la réunion de la grande loge, à Ste-

Catherine, le grand maître, M. Merrick, qui est en même temps membre de la législature locale, dit :

"J'espère que cela va nous servir de leçon pour notre conduite dans l'avenir, et nous engager à ne pas nous fier à un simple parti politique agissant comme tel, mais à appuyer et à souteni le plus énergiquement possible ceux qui nous aideront et travailleront pour nous ; nous pourrons sans doute dire alors avec le grand maître de la Nouvelle Galles du sud :

" A propos des dernières élections des membres du Parlement, nous voyons que dans chaque localité, dans les différents collèges électoraux, quand une loge se mettait à l'œuvre, le candidat choisi par la loge recevait le plus grand nombre de votes."

Mais ce n'est pas une organisation politique . Pais, à la même réunion, M. Johnston a dit :

11 Les frères devraient s'efforcer de la rendre moins politique et d'en faire davantage une association religieuse et de bienfaisance."

M. WHITE (Hastings.) Comment cela vous irait il ?

M. BLAKE. Cela m'irait très bien ; mais je ne comprends pas que l'honorable monsieur soit à faire la chose, monsieur l'orateur. Puis il y a eu grande réunion du conseil triennal en Angleterre, à laquelle des délégués canadiens étaient présents, y compris M. Marshall et M. Bennett. Des discours ont été prénoncés par M. Bennett et par d'autres ; et quelques uns ont signalé la condition de l'ordre dans une autre colonie, ce qui, à ce point de vue, ne manque pas d'intérêt. M. Neale, qui représentait la Nouvelle Zélande, l'Australie méridionale et Queensland, a parlé et il a dit,

" La dernière élection générale a fourni à l'Orangisme l'occasion du plus grand triomphe qu'il ait jamais eu dans la Nouvelle Galles du sud. Nous avons gagné pas moins de vingt huit sièges dans le Parlement colonial ; un nombre très considérable d'autres députés doivent leur élection au vote orangiste, et huit catholiques romains seulement ont réussi à se faire admettre."

Yoilà les déclarations que ces délégués canadiens ont entendu faire et qui font voir l'état des choses et la manière de procéder de l'Ordre dans la Nouvelle Galles du Sud. M. Bennett qui représentait l'Ontario, était présent à la réunion, et il a dit ceci :

" Je dois aussi vous dire que nous avons dans notre pays une feuille orangiste, et nous avon8 constaté qu'elle produisait un effet avantageux et magique, car, divisés comme le sont les Protestants du pays en deux partis politiques dont chacun courtise le vote catholique romain, de sorte que les organes de ces partis politiques n'osent pas, de crainte d'offencer les catholiques romains, dire quoique ce soit en faveur de l'orangisme, en ayant un journal à nous, non seulement nous avons des nouvelles concernant les orangistes dans toutes les parties du monde ; mais nous avons un organe qui, non seulement expose nos vues au pays, mais repousse les attaques dirigées contre nous par la presse catholique romaine et jésuite da pays."

De sorte que vous voyez, monsieur l'Orateur, que l'Ordre est une organisation politique et que dans l'Ontario aujourd'hui, de l'aveu de ces principaux hommes, bien qu'il s'adresse ici pour se faire constituer légalement comme association religieuse et de bienfaisance, la manière qu'il prend pour en appeler à ses amis et la façon de parler qu'il adopte pour se faire appuyer, sont politiques. Ils disent qu'ils forment une association politique. Il votent presque tous d'un côté; c'est une organisation de parti politique. Aussi ne faut-il pas s'en étonner monsieur l'Orateur, car nous savons tous que dans les deux quartiers principaux d'où l'ordre sort, la Grande loge Irlandaise et la Grande loge Anglaise, l'ordre a été pendant nombre d'années, comme il l'est encore, je crois, politique. Je ne me propose pas d'essayer moi-même d'expliquer l'origine et encore moins de faire connaître les progrès et les travaux des loges Irandaises, mais je me propose de lire un court extrait d'une lettre écrite par M. Francis Hincks, il y a quelques années, dans laquelle il disait :

" J'ai lu dans beaucoup de journaux, ainsi que dans le sermon du révérend monsieur Doudiet, cette opinion exprimée, que la raison pour laquelle les catholiques romains irlandais se trouvent

ffensé s, c'est qu'on célèbre l'anniversaire de la bataille de la Boyne. Je crois que ceux qui entretiennent cette opinion se trompent du tout au tout, et il est très à désirer qu'ils soient tirés de leur erreur. Les catholiques romains irlandais ne se seraient jamais sentis offensés par la célébration d'une victoire ordinaire, mais la bataille de la Boyne a été la première d'une série de victoires qui ont amené le complet asservissement des Catholiques d' friande aux Protestants de la Grande Bretagne, et l'effet de cet asservissement, c'est qu'une minorité protestante établie surtout dans une des quatre provinces de l'Irlande a pu dominer une majorité catholique romaine et la gouverner avec une verge de fer dans le dix-huitième sciècle."

" Le mot d'ordre de la minorité protestante pendant des années avant que les loges orangistes prissent existence, était " Domination protestante " et cela a été maintenu par des lois pénales, et toutes les améliorarions proposés à ces lois ont été combattues par les orangistes avec toute la vigueur qui les a toujours distingués. Quand on se rappelle que pendant près d'un siècle, après la bataille de la Boyne, aucun catholique romain ne pouvait ni être élu ni voter pour un membre du Parlemeut ; qu'aucun catholique romain ne pouvait être ni avocat nisolliciteur ; qu'aucun catholique romain ne pouvait garder d'armes ; que ses enfants ne pouvaient pas se faire instruire et que son clergé était proscrit ; qu'aucun catholique romain ne pouvait posséder un cheval valant plus de £5 ; quand, de plus, on se rappelle que toutes les réformes de ces lois pénales ont été graduellement arrachées à la minorité qui seule était représentée dans le Parlement irlan dais, grâce ùl'influence des hommesd'Etat anglais, qui tout en entretenant des opinions différentes au sujet d'autres questions, étaient presque tous favorables à l'abrogation des lois pénales statutaires ; quand, dis-je, tout cela est pris en considération, il n'est pas difficile de comprendre la haine qu'éprouvent les catholiques romains pour une institution qui a pour principe capital la "domination protestante," et dont les membres ont l'habitude d'afficher ce principe au moyen de leurs drapeaux et de leurs chants de partisans " Protestant Boys et Croppies lie down.

Sir Francis Hincks continue à faire remarquer que l'œuvre politique permanente des Orangistes irlandais au sujet de rémaneipation des Catholiques, au sujet du désétablissement de l'Eglise, fait voir l'activité comme corps politique qu'ils ont déploj'ée jusqu'à une période relativement rapprochée. Il fait remarquer l'organisation Orangiste a existé dans la province du Haut-Canada ; qu'elle a été hostile à certaines réformes dont il lui a plu d'appeler les promoteurs déloyaux; et il démontre que là aussi ils formaient une organisation politique.

Voilà, monsieur l'Orateur, pour ce qui concerne les loges anglaises ; vous verrez que dès le commencement de l'enquête qui a été faite au sujet de l'institution Orangiste dans la Grande-Bretagne et dans l'Irlande peu après que l'ordre eut été formé en Angleterre, l'assistant grand secrétaire à qui on avait posé quelques questions, et qui parlait de sa nature véritable, a répondu comme suit :

469. Question. Tl est dit ici que comme partie du grand corps conservateur qui s'étend sur tout le Royaume et qui à sa tête dans la métropole, la valeur de notre établissement provinciale est immense. " Voulez-vous dire ce qu'on entend par l'avantage qu'il y à avoir cette association générale opérant sur toute la surface du pays, la tête du corps se trouvant dans la métropole ; avez vous entendu par le corps conservateur l'institution Orangiste loyale? — Non, li s'agit de l'institution connue comme le corps ou le club conservateur.

470. Ceci est publié avec Papprobation du Grand maître dans PEmpire, Son Altesse royale le duc de Cumberland ? —Oui, c'est cela, mais je n'hésiterais pas à dire que cela se rapporte aux associations conservatrices plus qu'à l'ordre Crangiste, mais je considèie que l'une est mêlée à l'autre.

471. Voulez vous parler de ce qu on appelle communément le Carlton Club ? — Oui.

472. Voulez vous nous dire ce que signifie ceci " Enfin cela permet aux hommes qui ont de la richesse et du patronage à leur disposition d'accorder des distinctions aux véritables amis des principes constitutionnels, de récompenser le mérite et l'honnêteté chaque fois qu'on subit l'oppression et le malheur. Par le mot " on " entendez vous l'institution Orangiste loyale ? — Je dois dire plutôt, va que je suis pris par surprise, que cela doit signifier l'institution conservatrice ; j'ai toujours regardé les deux choses comme si bien mêlées ensemble, aveo des noms différents, que cela tire peu à conséquence.

473. Vous considérez l'association loyale Orangiste comme ayant le même caractère que celle appelée le Carlton Club et comme identifiée avec elle? — Oui. je le considère ainsi; avec cette distinction, que l'institution Orangiste est une association religieuse et que le Carlton Club ne prétend pas l'être. Quand il s'agit pour quelqu'un de se faire admettre membre du Carlton Club, si, en sa qualité d'homme d'un certain rang dans la société, il se trouve éligible, on ne demande

jamais, je crois, quelle est sa religion ; ce qui nest pas une raison d'exclusion, pendant que jel n'ai aucune hésitation à dire que la religion est la chose capitale dont nous nous occupons dans| l'institution Orangiste ; par exemple nous excluons les papistes et les juifs.

476. Devons nous comprendre que vous croyez que le Carlton Club et l'institution Orangiste I ont généralement les mêmes opinions, mais que vous regardez le Carlton Club comme plus| politique et l'institution Orangiste comme plus religieuse ? — Oui."

Je pense, monsieur l'Orateur, que cela prouve assez bien que dans l'opinion de l'assistant grand secrétaire, l'institution Orangiste et le Carlton Club étaient des institutions ayant des noms différents, mais poursuivant à peu près le même but. Cela est encore pratiquement démontré par les documents produits dans le temps. Entre autres on trouve le rapport du grand secrétaire, en 1835, dans lequel il disait : »

4. Peut-être que le meilleur de tous les moyens pour donner le plus d'efficacité à l'Orangisme ou lui faire rendre tous les avantages possibles, c'est d'observer en pratique ses principes quand l'exécutif sent la nécessité de faire un appel à la nation. Si cependant par un abandon de ces principes qu'ils disent professer ou au moyen drun compromis, ses membres sont assez inconsistents pour appuyer des candidats qui se disent ouvertement hostiles à l'église protestante et à la libre constitution, le fait qu'ils continuent à rester avec nous doit ruiner notre cause. Ceci paraîtra si manifeste aux esprits les moins cultivés, qu'il n'est pas nécessaire de faire le moindre raisonnement pour contenancer la chose,

5. Il n'est peut-être pas hors de propos de faire observer que depuis que cette manie de réforme s'est introduite parmi nous, un très grand nombre de nos frères se sont fait prendre aux charmes captivants de cette illusion. Par conséquent il n'est pas superflu d'ajouter, d'après les représentations faites au D. G. S. oralement et par écrit, que, laissant de côté cette obligation dont ils sont si tiers, mais qui est pour eux vide de s,ens, plusieurs Orangistes ont accordé leurs suffrages à des adversaires reconnus des institutions du pays et de l'existence de notre propre association. Cette conduite est si contraire, non-seulement à l'esprit, mais à la lettre de la loi qui devrait guider leurs actions ; elle est si opposée au double point de vue des sentiments et de l'honneur, aux votes qu'ils s'étaient engagés à donner, qu'elle nous a obligés de demander leur expulsion d'une association dont ils avaient trahi les intérêts et compromis l'existence. Comme citoyens, leur droit indiscutable d'exercer les franchises électorales, n'a jamais été mis en doute ; mais comme membres d'une institution formée dans un but de loyauté et de répudiation de ces tendances au libéralisme, ils auraient dû éviter une conduite aussi anormale qui est de nature à faire douter de leur intégrité et les expose à la déconsidération qui s'attache à une telle conduite.

6. A l'appui de ce qui précède le D. Gr. S. peut montrer un extrait d'une lettre qui lui a été adressée par le I). G-. S. de Eochdale, peut de temps après l'élection, et qui fait voir, mieux que tous les renseignements, le justesse des remarques par lesquelles il dénonce ce lâche abandon des vrais principes du pur Orangisme. Voici ce qui lui est rapporté officiellement par ce dignitaire :

T. " Nul doute," dit l'écrivain, " que vous avez appris le triomphe que nous avons remporté sur le candidat Whig par l'élection de John Entwistle, écuier, de Foxholes, comme représentant de cette division. Cependant, même après avoir remporté la victoire, je ne suis pas entièrement satisfait, car trois de nos membres ont voté pour le parti Whig contrairement aux règles de notre loyale institution. Les noms des personnes qui se sont séparées de nous sont : Eichard Simpson, du warrant 68 ; James Whittles, 266 ; et John Crossley, 302. Les membres de mon district demandent ouvertement l'expulsion des coupables. Je sympathise avec Crossley, parce que son patron l'a forcé à voter contre ses esntiments. J'espère que vous accorderez une indulgente considération à son cas, car je le crois sincèrement Orangiste. Je vous serais obligé de me donner votre avis sur la conduite que je dois tenir dans cette circonstance. A la prochai-

n« réunion de la grande loge, j'espère que vous soumettrez la qmestion aux dignitaires de l'association. En attendant, j'ai hâte d'avoir votre réponse."

8. Nous devons des éloges au D. G. S. de Rochdale pour nous avoir signalé sans délai, ces délinquants, ainsi qu'aux frères de ce district pour leur juste réprobation d'une conduite aussi indigne de leur société. D'autres faits d'un caractère semblable, mais moins graves ont été signalés au D. G. S. qui leur donnera une attention toute spéciale lors de sa prochaine visite d'inspection générale. Il est très bien renseigné sur les districts les plus profondément atteints et les maîtres qui paraîtront s'être prêtés à ces offenses, où ne s'y être pas opposas énergiquement, peuvent s'attendre à être remplacés. Un tel abandon de principes de la part des membres et un tel éloignement du devoir de la part de leurs officiers, dans un moment de danger somme celui dans lequel nous nous trouvons, quand le trône et l'autel sont menacés, ne peuvent être tolérés impunément plus longtemps. Ainsi, pour faire un exemple et dans le but de prévenir plutôt que de punir que les deux principaux coupables soient expulsés et que celui qui a été si induement influencé soit suspendu.

II. Le D. G. S. a maintenant une autre communication à faire plus en rapport avec les sentiments de l'Orangisme que les précédentes, et qui est non moins honorable pour le D. G. S. de Barnsley que pour tous les membres dont il a été chargé de surveiller les procédés. Avant les élections cet officier réunit ses forces et dans une courte harangue il fit une analyse des principes fondamentaux qui leur avaient été inculqués depuis leur enrôlement dans nos rangs. A l'aide de la tradition et de la loi écrite il leur expliqua comment leurs actes devaient être gouvernés dans ces occasions. Ainsi, pendant que leur cordial appui est acquis aux candidats dont les principes sont conformes aux doctrines conservatrices, ils sont tenu de le refuser à ceux dont les idées sont défavorables au but légitime que nous poursuivons. En effet, c'est un devoir impérieux pour eux comme Orangistes, de soutenir ceux qui sont résolus à réparer nos vénérables monuments d'antiquité, au lieu de les détruire par d'iniques tentatives sous prétexte d'en enlever la poussière. Le résultat de cette conduite habile fut que tout le district, avec trois hourras chaleureux, se déclara prêt à voter conformément aux enseignements qu'il avait reçus. Ceux d'entre les membres qui n'étaient pas électeurs s'engagèrent à faire tous leurs efforts et à prendre tous les moyens en leur pouvoir pour faire triompher la bonne cause."

Telle était la ligne de conduite suivie en 1835 par la loyale association Cran giste de la Grande Bretagne.

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