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c’est l’application. C’est sous ce rapport que nous pouvons beaucoup profiter des observations de nos hommes studieux et expérimentés. Trop souvent les écrivains d’outre-mer, travaillant sous l’inspiration d’un ordre de choses, et pour des hommes différänt des nôtres de toute la différence qu’il y a entre la jeunesse et la caducité, entre la santé et la maladie, entre le passé et l’avenir, montent nos têtes juvéniles et leur font voir tout en noir dans nos hommes et nos institutions. Eugène Sue, ou tout autre écrivain favori du jour, a écrit que telle et telle chose était bonne ou mauvaise en France ou ailleurs, on en conclut, de prime abord, que cette chose est bonne ou mauvaise pour nous. Alors programmes de pleuvoir, assez renflés d’articles pour occuper nos hommes d’état pendant un siècle à venir. Toutes ces clameurs jettent le trouble et l’inquiétude dans l’esprit des classes laborieuses, auxquelles on réussit à faire croire que leur pays est une terre de désolation, tandis qu’on leur fait voir un nouveau paradis terrestre de l’autre côté de la ligne 45. Le double résultat de tout cela, c’est qu’il se perd en vaines déclamations une somme d’intelligence et d'activité qui pourrait, mieux dirigée, nous faire marcher à grands pas dans la voie du progrès industriel ; et que dans un pays où il se trouve des millions d’arpents d’excellente terre à ouvrir, on voit des familles entières s’expatrier par centaines tous les ans, et aller porter ailleurs leurs capitaux et leur travail, diminuant d’autant nos forces et nos moyens pour maintenir notre chère et honorable nationalité, dépôt sacré qu’il est de notre devoir, de notre intérêt et de notre honneur à tous de transmettre intact à nos enfants. Pour moi, c’a été et ce sera toujours la devise de ma vie. C’est sur un sujet étroitement hé à notre nationalité qu’en 1846; je donnai ma première lecture publique, et toutes celles qui l’ont suivie s’y rattachent d’une manière plus ou moins étroite. Et pendant douze années de journalisme, passées bien agréablement au milieu de vous, j’ai écrit, ayant devant les yeux.et dans le cœur aussi, l’épigraphe : ‘ Nos institutions, notre langue et'nos lois.” Le sujet dont je vais vous entretenir n’est .pas étranger non plus à cette pensée de tonte ma vie. Les déserteurs, les transfuges peuvent appeler cela une marmotte tant qu’ils voudront ; pour moi, et-pour vous aussi, j’en suis sûr, c’est une religion, c’est le eulte national, c’est le respect dû à la mémoire de nos pères, c’est la considération de notre postérité, c’est l’accomplissement d’un décret providentiel, de la volonté de Dieu, qui crée les nationalités pour qu’elles vivent. Or, qui niera que nous, Canadiens-français, ayons une nationalité, lorsqu'on en trouve la reconnaissance dans un acte législatif même du Parlement Britannique, la 14e Geo. III, ch, 83, passé à la veille de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis,
signalé dans cette même déclaration comme un des griefs des Etats-Unis, et auquel J’Angleterre dut la conservation du Canada. Cet acte est plus qu’une reconnaissance, il constitue, vu les circonstances dans lesquelles il fut passé, un vrai contrat social entre nous et l'Angleterre, venant à l’appui, étant la consécration de notre droit naturel. Je sais qu’on fait souvent bon marché de ces contrats et de ces droits, quand on est sorti d’embarras et qu’on est le plus fort ; mais aussi la providence est toujours-là, qui sait, quand elle le veut, et quand ils le méritent, protéger les faibles contre le fort. Or, messieurs, la providence aide ceux qui s’aident, qui secondent ses desseins, qui se soumettent de bon cœur à ce qui est d’ordonnance divine dans les choses humaines, et se contentent sans murmurer du sort qui leur est fait, .ce qui n’empêche pas chacun de travailler de son mieux à rendre son sort meilleur, sans nuire à son prochain ni à la société, :
Nous voici amenés à notre sujet, et, sans plus de préface, nous allons yentrer. Je dois vous dire, auparavant cepêndant, que c’est avec un singulier plaisir que j’ai reçu l’invitation de donner une lecture au milieu d’une population ouvrière, moi qui tiens à honneur de sortir: de cette classe si utile à la société, qui doit être, et qui est en effet, la
. première dans mes affections. Je rougirais, je vous assure, qu’on pût
dire de moi : Voilà le fils d’un père qui, pendant sa vie, n’a fait que: manger, boire et dormir. Et si l’on pouvait ajouter : Il vit comme vécut son père. Oh! pour le coup, je courrais me cacher. Je l’ai dit cent fois: un homme qni vit sans rien faire, est un homme inutile, nuisible même à la société.Jusqu’à présent, j’ai pu craindre quelquefois de n’être pas compris de mes auditeurs ; mais ici, au milieu. de, travailleurs et d’enfants de travailleurs, comme moi, je suis sans appréhension aucune ; je me sens chez :noi, au milieu des miens, et je n’aurai pas .besoin de recourir aux précautions oratoires pour
” faire passer certaines vérités. L’on saura que c’est un ami qui parle
du fond du cœur, et que tout ce qu’il dira il le croira dans l'intérêt et pour l’avantage de son auditoire,
Je dois vous dire aussi, et l’on a dû s’en apercevoir déjà, que ce n’est pas un discours académique que je viens vous faire, mais biens un entretien familier sur quelques points qui intéressent la classe des ouvriers : et par ouvriers j’entends non seulement les gens de métier, mais tous ceux qui vivent du travail manuel, les travailleurs en un mot.
Le sort des classes ouvrières..Si j’avais àprononcer ces mots devant un auditoire européen, vous entendriez un sourd murmure courir dans tous les rangs. C’est qu’en Europe il y à dans ces cinq mots de quoi renverser dix empires. C’est vous dire qu’en Europe les classes
ouvrières sont dans un état déplorable,sous le double rapport moral et matériel. Sous le rapport matériel, c’est-à-dire quant aux moyens de subsistance,elles sont, surtout dans les grandes villes, toujours dans l’état le plus précaire, souvent réduites à la plus aflreuse misère. Et à l’état moral, elles en sont venues, la misère aidant, à ne plus respecter aucune autorité même celle de Dieu, dont un grand nombre, vous aurez de la peine à m’en croire, n’ont même jamais entendu parler. Cet état de choses est effrayant, n’est-ce pas ? Aussi est-ce le grand, le principal objet de sollicitude,depuis longtemps, pour tous ceux qui s'occupent du sort des sociétés. Ilest peu de sujets sur lesquels il ait été, depuis cinquante ans, écrit autant de livres. Les essais pratiques n’ont pas non plus fait défaut. Mais livres et essais ontété jusqu’à présent inefficaces, pour produire un adoucissement sensible à un mal si grand, si invétéré.
Mais me demanderez-vous, quelle est donc la cause de ce mal si formidable ? 11 y a un gränd nombre de causes, dont il vous importe de connaître les principales au moins, afin de pouvoir en prévenir l'introduction ou en empêcher la continuation dans notre pays. (Car, eomme je l’ai dit, dans une autre occasion, nous, enfants de la vieille Europe, avons sucé avec le lait le germe du mal qui la tourmente, et tôt ou tard nous e:: souffrirons comme elle, si nous ne profitons de la vigueur de la jeunesse pour l’extirper de notre constitution sociale.
Les causes de ce mal, quoique nombreuses et diverses, peuvent néanmoins se réduire à une seule, à l’erreur plus ou moins coupable : erreur chez les gouvernements, erreur chez les maîtres, erreur, mais plus pardonnable, chez les ouvriers eux-mêmes. Mais pour bien comprendre cela il faut remonter à l’origine des choses.
Dieu. ... il faut toujours en venir là, lorsqu’on parle des choses humaines... Dieu, en créant l’homme avec des besdins multipliés et des affections durables, le destina à vivre en société. Mais ce n’est pas seulement par le corps et par le cœur que l’homme est sociable, c’est surtout par l’intelligence. L’homme isolé peut, tant bien que mal, pourvoir à ses besoins physiques, de même qu’il peut supporter la vie dans un cercle très restreint d’affections ; mais les besoins, mais les aspirations, mais les ardeurs inextinguibles de V’intelligence, il n’y a que dans la société et par la société qu’on peut, je ne dirai pas y satisfaire, mais au moins lui faire prendre son essor vers les régions de la lumière, où l’attire ou la pousse une force irrésistible. Aussitôt donc que les premiers hommes eurent eu pourvu suffisamment aux besoins physiques et moraux, ils pensèrent à ceux de l’intelligence, et la société, telle que nous la connaissons, fut imaginée, ou plutôt l’homme y fut instinctivement poussé. Alors on
vit sé développer le goût de l’art et de la science, dé l’art qui imite l’œuvre de Dieu, de la science qui la fait connaître et l’explique, deux besoins, dzux jouissances de l’âme aussi impérieux pour elle, que le sont pour le corps les besoins et jouissances purement physiques. Mais l’homme n’est pas seulement sociable, comme l’abeille ou le castor ; il est de plus qu’eux perfectible ; c’est-à-dire qu’il aspire sans cesse à être mieux qu’il n’est, de même qu’à faire mieux qu’il ne fait. Notre castor, malgré les piéges du trappeur, construit encore sa chaussée comme du temps de Jacques Cartier ; le rossignol ne chante pas mienx qu’il ne le faisait dans le paradis terrestre, et l’âne n’est pas plus renommé qu’il ne le fut de tout temps pour le charme de sa voix Mais l’homme à qui Dieu a révelé l’existence de l’infini, ne s’arrêtre, ne pourra s’arrêter jamais dans la poursuite de cet infini ; il faut qu’il marche, marche, marche toujours vers ce but, qu’il ne peurra jamais atteindre, mais dont il approchera cependant, découvrant à chaque pas des beautés et des merveilles nouvelles,qui le récompensent bien de ses peines et de ses travaux. Eh ! c’est Dieu, qui, sachant que nous ne pourrions, sans être anéantis, supporter tout l’éclat de sa gloire à la fois, nous la laisse voir par parcelles, par petits rayons successifs. Et il en sera de même jusqu’à la fin des temps, par une progression constante, sans que l’homme puisse jamais ici bas connaître toute la gloire de Dieu. C’est ce que Dieu lui-même fit entendre clairement à Moïse, qui désirait le voir dans sa gloire : “Vous ne pourrez voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre,” dit Dieu. Ce sublime désir de Moïse, Dieu l’a mis dans le cœur de l’humanité, et l’expression s’en trouve dans cette tendance constante vers la perfection en tous genres, perfection physique, perfection morale, perfection intellectuelle, tendance qui n’est que l’aspiration innée de l’âme humaine vers l’infinie perfection. Et en cela, il ne faut jamais l’oublier, il n’y a pas seulement des besoins légitimes à satisfaire, mais aussi l’accomplissement de devoirs. Tant que l’homme est capable d’efforts, il est de son devoir comme de son intérêt, de travailler à faire mieux. L’on a mis la paresse le dernier des péchés capitaux ; c’est je suppose qu’on le regardait comme le pire de tous. Pour moi, ça re souffre pas de doute. Le paresseux, à mon sens, est le plus dégradé des hommes. Chez les autres pécheurs, au moins, il. y a de la vie, quelque chose à quoi l’on reconnaît un être intelligent ; mais chez le paresseux il ne reste plus rien de ce qui caractérise l’homme, et si le paresseux n’a pas tous les vices,c’est qu’il n’est plus capable de rien, le malheureux, pas même de faire du mal. De la nécessité de pourvoir aux besomns de l’humanité d’une manière de plus en plus parfaite, est née celle de la division dutravail. Vous
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concevez que s’il fallait que chaque honime fût agricultour,charpentier, tisseur, peintre, sculpteur, musicien, poète, et par dessus tout versé dans toutes les sciences humaine ;, vous concevez, dis-je, qu’il n’y aurait pas de progrès possiblis dans les arts ni dans les sciences, ni par conséquent dans le bien-être at les jouissances qu’en retire l’homme. Prenez la société la plus avancée en civilisation ; faites-y résoudre à chaque père de famille de se suffire à lui-même, de ne tequérir en quoi que ce soit les services de personne, ét une génération he se passerait pas que cette société ne fût retombée dans le barbarie primitive. L’homme a tant de besoins à satisfaire, ces besoins sont si étendus, et la vie est si courte, et chaque intelligence est si bornée, qu’il ne faut rien moins que l’action réunie et co-opératrice de tous les hommes pour y satisfaire dans la mesure du possible, Nous sommes ici @& soir quelques centaines d’hommes, jouissant toùs d’un certain bien-être. Nous avons des habitations confortables, de bons vêtements, une nourriture saine et abondante ; plusieurs même peuvent se permettre un peu ‘de luxe. Eh! bien, il n’y na pas un seul parmi nous qui, s’il eût été laissé à ses propres ressources; pour se procurer tout cela, eût pu se donner, je ne dirai pas seulement les vêtements qui le couvrent, mais même l’article le plus simple de ea toilette, et qui n’eût été obligé de se contenter d’une peau de bête comme le sauvage du nord, ou de feuilles et de nattes grossières comme celui du sud. Que serait-ce done, si de ce premier besoin nous remontions aux merveilles des arts et de la mécanique qui, à l’heure qu’il est, mettent à la portée des classes ouvrières mille jouissances iueonnues ou inaccessibles à leurs devanciers? Pour cela il a fallu que quelques homnmies aient mis de côté tous autres soins pour étudier la nature, lui ravir ses secrets et réduire en servage ses plus redoutables puissances, C’est à la science que nous devons tout ; c’est elle qui d’un sauvage fait un homme civilisé ; qui d’un être faible fait un être fort. Les hommes isolés en présence de la nature sont ses esclaves, mais rétnis én société ils deviennent sesmaîtres. Ses feux, ses glaces, ses vents, ses courants, ses espaces, ses pesanteurs, ici ils s’en rient, là ils les utilisent,
Voilà ce que fait la société au moyen de la division du travail, qui permet à chacun de perfectionner l’art ou la science dont il s’oceupe ; ce qu’elle ne pourrait faire sans cela, et ce quine peut se faire que par elle. Or, messieurs, la division du travail snppose différentes professions, différents corps de métier, mille occupations diverses employant des classes particulières. Parmi ées occupations, il y en d qui demanderont plus où moins d'intelligence; ou des aptitudes spéciales ; enfin 11 y en aura de plus ou moins élevées. Ah! voici
une diffculié qui se présente, Chacun prétendra aux occupations les plus élevées ; qui décidera entre les concurrents, qui fera le partage des lots? Qui? messieurs, ce sera un juge irrécusable, ce sera le père commun de tous les hommes, Dieu lui-même. Dieu qui créa l’homme social, c’est-à-dire pour ne faire de toute l’humanité qu’un
ul être collectif, a répa:ti diversement et inégalement entre les
rmmes, l’intelligence, les aptitudes et les goûts, et a par là désigné à chacun sa place, dont chacun doit se contenter s’il ne veut se constituer en état de révolte contre Dieu même, De là découle aussi
ur les gouvernants, dans toute société, l’obligation de seconder les vues de la providence, en mettant chacun en état d’arftver à sa place, en voyant à ce qu’il y soit protégé, et traité en frère, comme mernbre utile et respectable de la grande famille, Si gouvernants et gouvernés eussent toujours bien compris et bien fait leur devoir à cet égard, les sociétés humaines n’auraient pas si souvent offert l’affreux spectacle de vraies tanières, où des bêtes féroces se u:sputent une
roie.
Si Dieu, au lieu de laisser à l’action lente du temps, et de la raison humaine, l’accomplissement de l’œuvre sociale, eût voulu, par un acte de sa toute-puissance, tirer tout d’un coup les peuples de la barbarie, et les mettre en pleine jouissance des avantages de la vie civilisée, il eût envoyé à ces peuples un de ses anges :
‘6 O1 hommes, leur aurait dit l’enyoyë d’en haut, le Tout-puissant a jeté un regard de pitié sur vous ; il a vu vos misères et il veut les abrèger., Vous êtes les dernières créatures sorties des mains du créateur ; mais vous êtes ses bien-aimés. Tout ce qui a été créé avant vous l’a êté pour vous. Dieu ne vous a pas, comme la brute, fait en naissant ce que vous devez être, une ctéature complète en son genre; mais Dieu vous a donné la raison, don bien supérieuro à l'instinct de la bête, et qui vous fera connaître le créateur et les secrets de sa création, autant qu’il le faudra pour votre bien-être, et 1r sa propre gloire ; car à vous seuls il est donné de glorifier le Seigneur sur la terre que vous habitez. C’est votre titre à la souveraineté sur les autres créatures vivantes, comme l’arme qu’il vous a donnée pour dompter la nature entière : et c’est en remplissant la tâche qui vous sera assignée à chacun que vous saurez mériter auprès de votre père.’ . € Mais,” auraient peut-être remarqué les hommes, ‘“ comment Dieu veut-il que nous accomplissions la haute destinée que vous nous .annoncez ; que nous nous perfectionnions ; que nous
- apprenions à le mieux connaître; que nous augmentions notre bien- - tre en ravissant à la nature les secrets qu’elle tient cachés? Hélas!
comment le pourtions-nous ? nous n’avons pas d’hommes pour nous e.
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enseigner ces grandes vé:ités. Et en eussions-nous, nous n’aurions pas le temps de les écouter, encore moins celui de pratiquer leurs leçons. Avec nos armes et nos instruments grossiers, nous n6 pouvons bien souvent subvenir aux besoins les plus pressants de nos enfants. Puis viennent les guerres avec les peuples voisins, qui devastent nos bourgades ; puis les maladies et les famines qui les jonchent de morts et de mourants ; enfin nous avons les méchants au milieu de nous, qui pillent ceux qui font des approvisionnements pour l’avenir; car nos chefs sont sans autorité, sans pouvoir contre les malfaiteurs. Dans l’état où nous sommes, chacun à tout à craindre de tous: tous sont en guerre contre chacun. O! Envoyé du Grand Esprit, ne venez pas ajouter à nos autres peines celle d’un
. cruel désappointement. N’affaiblissez pas votre courage par un
vain espoir d’amélioration dans notre sort. Nous sommes prêts À souffrir et à combattre en hommes,jusqu?au jour où notre race, comme toutes celles qui l’ont précédée sur cette terre, disparaîtra comme elles, sans laisser plus de traces à sa suite que les fevilles emportées par le vent d’automne. ”?
Eh ! non, hommes de peu de foi, eût répliqué le messager divin, vous ne disparaîtrez pas comme les feuilles d’automne ; vos races vivront longtemps et laisseront un grand renom après elles ; car voici ce que dit le Seigneur : je choisirai d’entre ces peuples des hommes à qui je répartirez mes dons dans leur plénitude, pour le bien et l’avantage de leurs frères ; ils seront mes représentants, mes agents, les dispensateurs de mes faveurs au milieu de ces peuples. Je vais, leur envoyer des guides éclairés et des chefs vertueux ; mais qu’ils se rassurent : les humains sont tous mes enfants, et tous ont un droit égal à mes bienfaits, Il n’y aura donc parmi eux ni maitres ni esclaves ; il n’y aura que des frères préposés par moi, et chacun dans son état, à l’accomplissement de l’œuvre commune, ma gloire et le bonheur du genre humain. Aux uns je donnerai la science du bien, et ils enseigneront à régler sa conduite de manière à me plaire et à mériter mes faveurs ; aux autres, la science du juste, et ils enseigneront à rendre à chacun ce qui lui appartient ; à ceux-ci, la science de lutile, et ils enseineront l’emploi le plus avantageux des forces, de l’iatelligence et des ressources de chaque peuple ; à ceux-là, le sentiment du beau, et ils offriront à l’admiration des hommes les merveilleuses beautés que récèlent mes œuvres. A d’autres enfin je révèlerai les grands secrets de ma création, à l’aide desquels ils apprendront à tirer de la terre, encore ingrate, des subsistances abondantes pour de nombreuses générations d’enfants et de petits enfants ; à bâtir des villes et places fortes, où ils pourront
défier les attaques de leurs ennemis ; à trouver dans les herbes, qu’ils foulent aux pieds, et dans les minéraux, dont ils ignorent l’existence, des remèdes souverains contre les maladies, qui les épouvantent et les ravagent ; à tirer des contrées les plus éloignées les subsistances dont ils auront besoin dans les années de disette. Enfin les méchants seront comprimés et punis par des chefs que je ferai forts et puissants. Chaque offense, chaquelinjustice commise contre un seul d’entre eux, sera considérée l’avoir été contre tous, et les coupables soront écrasés sous le poids de la vindicte publique.??
Voilà bien le langage que Dieu eût tenu aux premiers peuples, s’il leur eût directement manifesté sa volonté quant à l’œuvre sociale, Mais ce langaga ne le fait-il pas aussi clairement entendre au fond de la conscience de chacun de nous ? Une voix intérieure ne nous dit-elle pas à tous, que la science, la force, la grandeur, la puissance ont été données à quelques-uns pour l’avantage de leurs frères plus nombreux, à qui est échue la part la plus pénible, et lu plus indispensable de l’œuvre sociale ? Oui, la part la plus indispensable :
On peut supposer une société politique sans savants, sans artistes,
sans grands industriels, mais sans travailleurs, impossible ; car ils sont la base même de l’édifice social. A tous cette voix dit que les ‘hommes du travail manuel ent droit à une protection toute particulière
6e cette voix, même depuis que l’on répète soir et matin père qui êtes aux cieux ? ?” Où sont nos lois de protection,
gegarder de tous côtés, vous ne verrez guère que brotection du riche. Ilne faut pas parler des e ; il est à pen près reconnu qu’ils sont pires que d x -. EtlesxPoor Rates ne font guère qu’empirer i restait do dignité personnelle :
endant qu’il commence à promettent boaucoup ; es, Ce sont de Je nom de
s’élever en France des je veux parler de ce qu’on.appe vastes bâtiments, dont quelqu monuments, divisés en logem notables économiss, que cette espèce de vie faire sur le chauffage, l’éclairage, et maint'autre!l surtout sur la nourriture, lorsqu'il y à une tablé 10 procurer aux ouvriers les précieux avantages d’une. d’une chambre de lecture, où l’on reçoit des journaux, et d'un | école pour les enfants de l’établissement. Ce sont généralement les maîtres des grandes industries qui construisent ces bâtiments, poit
de la part de tout ce qui est puissance dans la société. L’a-t-on bien,
y loger leurs ouvriers, moyennant une modique contribution. Mais il n’y en a qu’un petit nombre, qui le font. A leur défaut, pourquoi l’état ne le ferait-il pas, au‘lieu d’abandonner les classes ouvrières à Providence ? Mais la Providence du pauvre, c’est l’état, qui ne doit pas les laisser à la merci des maitres, trop souvent impitoyables.
Chez les anciens, comme on sait, l’ouvrier était esclave, c’est-àdire une vraie bête de somme, que l’on traitait même souvent comme une bête fauve, témoin la chasse aux ilotes à Sparte, que l’oh faisait faire aux jeunes gens pour les habituer à la guerre. Cette abomination et autres du même genre disparurent devant le christianisme ; mais ce ne fut guère qu’après la reconstitution de la société en Euroye, au moyen âge, que le sort du travailleur s’améliora notablement, ron-seulement par l’abolition de l’esclavage légal, mais par l’action bienfaisante de la religion chrétienne, qui semble avoir été établie principalement pour les pauvres, pour les faibles, pour les hommes du travail manuel, pour le peuple enfin. Malheureusement tout le monde ne comprend pas le christianisme, soit dans un sens, soit dans un autre. (Cela vient de ce que certains hommes jugent les choses d’un siècle avec les idées d’un autre siècle, aidés en cela, il faut le dire, par d’autres hommes qui tiennent à d’anciennes choses non essentielles, au milieu d’un ordre d’idées nouvelles mais légitimes.
Jugeant des institutions du moyen âge, d’après l’état social de no. jours, et d’après nos idées toutes modernes, que n’a-t-on pas ri en contre les couvents et les monastères? Cependant, .cés (4 au temps où elles furent créées, étaient des institutions éminsfinent populaires ou démocratiques. (C’était-là .que les. enftts ‘les: er intelligents du pauvre travailleur, trouvaient une exigiénce honorable. On parvenait à tout par l’église daté ces temps-là, et o’était alors, comme aujourd’hui, dané la classé ouvrière que sb recrutait le clergé. Etces monastères étaient des: , des hôpitaux, des refuges, où les pauvres trouvaiegt de secours assurés, et qui n’avilisaient pas, offerts qu’ils .étaient par là main de la religion ; c’étaient même des hôtelleriés, où les voyageurs trouvaient une franche et généreuse hoépitalité; c’était mieux que cela encore, c’étaient des écoles, et des sagctuaires où la science s’élaborait pour une glorieuse renaissance. :
Tous 5e$. établissements, écoutez.bien, étaient fondés et maintedus au moyen dés dons qu’on obtenait des classes aristocratiques, qui possédaient toute la richesse sociale alors. C’était la manière de ‘ae de la démocratie dans ce temps-là, et la bonne pour le temps. Atjotd’hui les grands pécheurs, au lien de fonder dès mouastèren,
bâtissent des châteaux pour des danseuses d’opéra. Le peuple n’y a guère gagné comme vous voyez.
Que n’a-t-on pas dit aussi contre le célibat des prêtres et de tous les ordres religieux de l’un et de l’autre sexe ? Ne vous étonnez pas de me voir aborder ce point à propos des classes ouvrières, car il intéresse ces classes plus que toutes les autres. Ces ordres religieux se dévotient tous à quelque œuvre de bienfaisance, sans demander autre chose que la plus humble subsistance, tandis que là où ils n’existent pas, il faut pourvoir à l’existence de plusieurs familles, ou se passer de l’œuvre. Et les œuvres de bienfaisance, c’est aux pauvres qu’elles profitent. Puis ces célibataires utiles sont un frein salutaire à ce tropplein de population, qui fait le tourment de l’Europe aujourd’hui, et qui fera celui de notre Arérique un jour, qui heureusement est encore éloigné. Alors on concevra la sagesse et l’avantage, même sous le rapport profane, d’institutions qui offrent une position utile et honorable aux meilleures intelligences populaires, sans contribuer à augmenter le mal provenant du surcroit de population chez les classes ouvrières, où ce mal se fait naturellement plus sentir qu’ailleurs.
Dans un temps où le philosophisime dans notre propre sein, et le bigotisme ou l’intolérance religieuse autour de nous, cherchent à décréditer nos institutions religieuses, je dois profiter de cette occasion darappeler combien le système catholique est admirable d’intellil'endroit des besoins sociaux, à l’endroit des misères du
Il la été, c’est maintenant admis par tout le J’ère de l’émancipation politique, qui a remis les x dns le creuset de la Providence. Laissez-le faire, saura,s’accommoder aux exigences de la nouvelle ‘ À mt donnez-lui le temps de se recon-
au, que nous foulons depuis moins d’un siècle, ce-qui de rénovation sociale. Le catholicisme est de fat et partant ne peut se con-
etituer sentinelle avancée dur ravetil tiqe à Mais ne l’alarmez pas par le libertinage de la pensée, & Dettes qu'il ne se réfugiera pas parmi les traînards. Etudiezt@ms he “me; mes jeunes amis, et vous verrez que c’est le systéme Pus favorable au peuple, ou, pour me servir de votre ‘fi0t. cratique qu’il y ait, et qu’il y ait jamais eu at vrirez, à votre grande surprise peut-être, que détsme et toutes les doctrines du jugement privé, Ont varaièone : éminemment anti-démocratique sous le rapport politique: Mais pour: découvrir cela, il faut descendre au fond des choses, étudier et méditer longtemps, et c’est ce qu’on ne fait guère dans le nue À \,
où l’hamanité se trouve aujourd’hui engagée. La plupart des hommes ; d’intelligence se bornent à effleurer la surface des choses, entraînant après elles les muititudes abasourdies, vers un 18 brumaire ou un 2 décembre, ou pis encore. Dans tous les cas, c’est le peuple qui paie les pots cassés.
Ouvriers, mes amis, pour quije parle, vous qui êtes les abeilles . trava'lleuses de la ruche sociale, voulez-vous éviter les maux dont souffrent vos semblables ailleurs, tenez fort et ferme à votre système catholique, et à tout ce qui en fait l’essence. Repoussez les adeptes du jugement privé, qui cherchent à vous en éloigner. Le Catholicisme, voyez-vous, c’est l’association dans sa plus haute et sa plus vaste expression, et cela au profit du pauvre et du faible, qui ne peuvent être forts que par l’association. (Celle-ci en les réunissant en un faisceau saura les rendre plus forts que les forts. Je ne nierai pas que, humainement parlant, le principe du jugement privé, qui est, en' pratique, l’individualisme appliqué aux choses morales, ne tende à augmenter la force des individualités ; mais cela ne peut profiter qu’au petit nombre d’individus fortement trompés. L’indivicualisme ost comme le vent qui anime un brasier, mais qui éteint une chandelle, Aux masses il faut l’association d’idées, l’unité et par conséquent l’autorité. Je prie ceux de mes jeunes auditeurs qui seraient, comme on l’est trop souvent à leur âge, enclins à se révolter contre toute espèce d’autorité, de bien réfléchir là-dessus, avant de jeter le doute et le trouble dans l’esprit du peuple, à l’endroit.dé'se anciennes institutions. Les anciennes institutions d’un‘pa croyances religieuses surtout, ilne faut jamais l’o | peuple ce que sont à un individu sa constitution g habitudes, sa manière de vivre: en un mot,1c7est sa# dire qu’il se trouve des hommes, de soi-disant nffriotes, | ,#e réforme et de progrès!
Les malheureux! ils ne voient: “Se c’est. ln destruction et la mort. Réformons, mais ne. SWirUisons pas; AVançons, mais sans .
lâcher le fil conducteur ‘ué la tradition... Mais revenons à notre sujet.
Nous avons laissé lé travaïlleur sous la protection du corps clérical
ou monacal, au môyen âges: c'éWt alors le seul protecteur qu’il
pouvali avoir conitre la grande puissance du temps, la féodalité. Peu
à peu le foyer/de la lumiére, rallumé au fond des monastères, rayon-
«nant au dehors, fitéclore au sein du peuple la classe importante de
la bourgevisie, qui, bientôt, sous le soutile des idées d’émancipation
qu £e firent Jour avec la presse, disputa, et souvent même arracha
‘ x pite aux rois et aux barons. Alors commença l’ère de cette.
ds trie. moderne, qui par ses immenses développements, a, pour .
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tinsi dire, greffé une socièté nouvelle sur le vieux tronc humuin, modifié considérablement au moins les conditions d’existence et les relations sociales. La mécanique, aidée de la science, a renouvelé, de nos jours, le prodige mythologique de Deucalion, à qui il fut donné de faire des hommes avec des pierres, dvec cette seule différence que c’est avec du fer qu’elle fait les siens. Et ces hommes d’acier, montrant autant d’intelligence et d’adresse que ceux da chair et d’os, mais infatigables et sans ‘besoins aucuns à satisfaire, inondent le monde de leurs produits à des prix, qui auraient paru plus que fabuleux aux fabricants de jadis. Il en est résulté d’abord un surcroit d’âisance surtout pour les classes ouvrières ; mais aussi un accroissement de population correspondant. D’un autre côté, les grands centres manufacturiers ont, par l’appât de bons gages, attiré de tous côtés des masses considérables d’ouvriers, qui vivent à l’aise dans les temps de prospérité commerciale ; mais qui aussi sont exposées à une grande misère dans les temps de gêne et dædépression. Dès lors, on le voit, le sort des ouvriers a dépendu des opérations heureuses ou malheureuses des maîtres, de fluctuations commerciales indépendantes de leur volonté, qu’ils sont absolument hors d’état de prévoir, et contre lesquelles ils n’ont pu penser à se prémunir. Puisilse trouve toujours des hommes, ignorant les lois du monde industriel, où animées d’intentions perverses, qui prêchent à ces multitudes d’ouvriers affamés des doctrines subversives de tout ordre social, ajoutant ainsi aux ‘souffrances physiques les souffrances morales de l’envie et de la haine, et poussant ces malheureux à des violences, qui ne font que creuser davantage l’abîme de misère où ils sont plongés.
C’est ici l’occasion de vous signaler une des plus graves erreurs que commettent quelquefois les classes ouvrières, en se coalisant pour faire augmenter le prix de la main-d’œuvre ; fatale erreur qui ne peut qu’empirer leur sort. ÆEntrons dans quelques détails sur ce point important,
Il est une science qui a été mise en corps de dectrine par un anglais, Adam Smith, mais qui a reçu de la plume d’un français, Jean-Bapiisis Say, les perfectionnements, l’extension, la portée dont elle était susceptible. Cette science, c’est celle de l’économie politique, qui explique le mécanisme jusqu’à ces deux grands hommes assez incomsris, du travailet de la production ; elle nous fait vous voir que l’industrie a ses lois que l’on n’enfreint jamais impunément ; lois dont la violation emporte des peines certaines, irrémissibles ; lois dont les violateurs, peuples ou individus, doivent boire le calice jusqu’à la dernière goute. Ces lois, comme toutes
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celles de la nature créée, sont indépendantes de l’homme, ont êté décrétées par le créateur pour le gouvernement du monde social, et elles ne sauraient être changées, non plus que les peines qui en sont le complément et la démonstration, sans un miracle, sans utig nouvelle création, pour ainsi dire,
Ces lois, nousles subissons volontiers tous les jours, jusqu’à ce qu’elles viennent à froisser nos intérêts. Alors : ‘us nôus révoltone, et nous les foulons aux pieds. Mais tous les effoits que nous fesons pour briser nos chaînes, ne font que consumer nos forces dans une lutte inutile et insensée. Bien mieux pour nous de reconnaître ces lois immuables, et d’employsr notre intelligence et notre énergie à les bien comprendre, et à marcher courageusement dans la voix qu’elles nous tracent. C’est surtout à l’homme de iravail qu’il importe de bien connaître les lois qui règlent le salaire, lui à qui l'erreur est bien plus fatale qu’à tout autre ; lui qui travaille, non pas pour acçumuler des capitaux, muis pour donner du pain à une compagne et à ses enfants ; lui qu’un faut calcul, un aveugle entraînement n’aura pas seulement l’effet de priver de quelques objets de luxe, mais du plus stricte nécessaire, de ce qu’il attend pour vivre iui et les siens. On lisait dernièrement dans les journaux que les ouvriers mécaniciens employés dans les manufactures d’armes de guerre, en Angleterre, ayarit suspendu leurs travaux pour avoir de plus hauts prix, des comiuandes considérables venant du continent ont été retirées et envoyées en France. Les derniers journaux annoncent que 9009 à 10,000 de ces ouvriers sont retournés à leur ouvrage, après avoir perdu plusieurs mois de travail. Il y a quelques années, les ouvriers de Pittsburg, en Pensylvanie, ayant eu recours au même moyen perdirent, à ce qu’on calcula, la somme de vingt et quelques mille piastres par un chômage de quelques jours, sans obtenir un sou de gages de plus. Si j’ai bonne mémoire, nous fûmes témoins de quelque chose de semblable ici, il y a une douzaine d’années, parmi les charpentiers de navires. Plus récemment, certaines classes de nos ouvriers, non contentes des prix fort raisonnables qu’elles recevaient, voulurent en avoir de plus élevés encore. La conséquence en fut que les maîtres demandèrent et obtinrent que les soldats de la garnison donnassent tout le temps, dont ils pouvaient disposer, à différents genres de travail. Ce surçroit de travailleurs fit baisser les prix, comme de raison, et les ouvriers trop exigeants furent bien aises d’accepter de l’ouvrage à des prix plus bas que ceux qu’ils avaient refusés,
Le prix du travail, comme de tout ee quiest dans le commerce, se rêgle par la concurrence, ou, ce qui revient au même, par la de-
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mande et l’approvisionnement., Ya-t-il peu d‘onvrage et beaucoup d’ouvriers, beaucoup d’approvisionnement d’un article sur le marché et peu de demande, les prix du travail et de cet article seront peu élevés. Ce sera tout le contraire s’il y a peu d’ouvriers et beaucoup d'ouvrage, peu de produits et u.. : grande demande, Et cela viendra tout seul sans que l’on s’en mêle, et malgré que l’on s’en mêle. La concurrence entre les ouvriers et les vendeurs dans un cas, entre les
maitres et les consommateurs dans l’autre, établira l’échelle des.
prix. Toutes les coalition d’hommes pour la changer, ne pourront avoir d’autre effet que de déranger pour le moment, tout au plus, léquilibre naturel des choses, Mais, comme je l’ai remarqué plus haut, on ne viole jamais impunément üne loi-de la nature : la nature est impitoyable, il n’y a pas de miséricorde ni d’adoucissement à attendre d’elle,
Mais la nature est donc une marûtre, qui défend aux hommes de pourvoir de lour micux à leur bien-être ; qui les condamne à se soumettre sans mot dire à l’exaction, à l’exploitation, à l’avidité d’un petit nombre de ses favoris. Non, Messieurs, la nature n’est pas une marûtre, elle est le code de Dieu, et elle apparaîtra une bonne mère à quiconque voudra l’étudier. Le monde ne serait pas l’œuvre d’une intelligence suprême, au moins il ne serait pas la preuve de l’existence de cette intelligence, s’il n’était pas régi par des lois fixes et immuables. Dieu a créé le monde avec ses lois ; en même temps il a créé l’homme avec la raison, et lui a livré le monde pour en jouir selon l’ordre qu’il a établi. C’est notre faute, c’est la faute de notre ignorance, de notre paresse, de nos passions dé sordonnées, si nous tournons le dos à l’ordre établi de Dieu, pour nôus jeter dans la voie opposée. L’igncrance même n’est pas une excuse, puisque s’il nous 2 doué d’une intelligence, c’est pour la cultiver. Et les malheurs qui accompagnent partout l’ignorance sont une leçon que Dieu fait sans cesse résonner à nos oreilles.
Mais revenons à notre sujet, et voyons à quelle illusion funeste ce laissent aller ceux qui veulent régler le prix du travail autrement que par la loi de la concurrence, et qui croient améliorer leur sort par de folles coalitions pour faire hausser les prix. Prenons pour exemple uñe de nos classes ouvrières, disons celle des charpentiers de navires, classe si importante dans notre ville : tout autre répondrait aussi bien à notre objet. Un bon jour donc nos charpentiers se mettent en tête de forcer les entrepreneurs ou constructeurs à leur donner de plus hauts
prix. On se rassemble, on se concerte, et l’on en vient à la résolution: :
de présenter un - ultimatum : tel prix ou point d'ouvriers. Il arrive,
daus ce cas, de deux choses l’une, ou les maitres cèdent ou ils résis-
tent. S’ils résistent, les ouvriers restent des semaines sans ouvrage. Of c’est-là une mauvaise affaire pour des gens qui se plaignent de ne
pas gagner assez pour vivre. Il faut donc se résigner à manquer de pain, ou retourner humblement à l’ouvrage aux anciens prix. Mais,
dit-on, si les maitres cèdent, le point est gagné. Point du tout, il est perdu encore plus que dans l’autre cas, comme nous allons vous en convaincre. Les prix, que vous obtenez par la coërcition, laisse-
ront aux chefs d‘industrie un: retour snffisant ou non. Dans le pre-
mier cas, vous croyez être en sûreté n’est-ce pas ? Vous vous abusez. Vous ne pourrez jamais empêcher les maitres de faire tous les
profits que le marché leur permet de réaliser. Vous avez profité d’un moment où les ouvriers étaient rares à proportion du travail; eh ! bien, les maittes se mettront immé:liatement à l’œuvre pour faire tourner la balance en leur faveur : ils feront venir des ouvriers d’ailleurs, ils mult iplieront les apprentis, ce qui est fort facile lorsque les prix sont élevés ; et tt bon jour, au moment où vous vous y attendrez le moins, et après vous être habitués à vivre largement, on vous dira qu’on va décharger une partie des ouvriers. Alors commencera la réaction, la punition d’une fausse démarche, qui aura fait augmenter le nombre des ouvriers au delà des besoins de la place. Alors il faudra se résoudre à aller chercher fortune ailleurs, ou offrir son travail à vil prix. C’est là que les maitres vous attendaient, et c’est maintenant qu’ils vont vous faire la loi à leur tour, et vous faire rembourser avec intérêt les profits que vous leur aurez arrachés. Qui niera qu’il eût été bien mieux pour l’ouvrier de se contenter des prix antérieurement étabhs paisiblement et régulière-
ment par la concurrence ? Ce qu’il faut à l’ouvrier, c’est un cours uniforme dans les affaires : les grandes fluctuations lui sont pernicieuses, car ses pensées et ses habitudes ne l’y ont pas préparé.
Nous venons de voir le résultat d’une hausse forcée dans les gages, lorsqu’elle laisse encore certains profits aux chefs d’industrie. Voyons maintenant ce qui arrivera dans le cas où une pareille hausse serait ruineuse pour eux. D’abord ils mettront tout en usage pour augmenter le nombre des ouvriers sur la place, afin de faire tourner par là l’avantage’de leur côté. S'ils n’y réussissent pas, vous en ruinez quelques-uns, et vous forcez les autres à diminuor, sinon à cesser la construction ; c’est-à-dire vous diminuez la concurrence entre les maîtres, qui est tout à l’avantage des ouvriers ; ou vous faites cesser l'ouvrage; ce qui est bien pis encore ; car le grand point pout les ouvriers, C’est qu’il y ait toujours beaucoup d’ouvrage proportionnellement à leur nombre.
Si telles sont les lois qui règlent la récompense du travail, il faudra
bien s’y soumettre, me direz-vous. Il me semble cependant vous
entendre murmurer en vous-mêiues: 4 Mais il faut avouer que le: sort des classes ouvrières est bien misérable. Subir toutes les exigences d’un maître avide et inhumain; le voir s’enrichir des sueurs de pauvres mercenaires, et n’avoir pas le droit, la satisfaction de résister. Ah! il est bien triste le lot que la Providence a fait à l’homme de travail. 7 Ne murmurons jamais contre la Providence, messieurs, si nous ne voulons recevoir la leçon que reçut l’homme de la fable, qui s’étonnait que Dieu n’eût pas fait croître la citrouilla sur le chêne. Pendant qu’il critiquait l’œuvre du Créateur, un gland lui tomba sur le nez, comme vous savez, et cela le guérit pour toujours de la manie de critiquer la création, car il se dit que s’il y eût eu une citrouille à la place du gland, son nez s’en fut trouvé encore bien plus mal. Lorsqu’il nous arrive de rencontrer quelque chose qui nous parait étrange dans la création, soyons persuadés que c’est la faute de notre intelligence, qui ne peut voir assez loin dans les secrets de Dieu, et ne nous exposons pas à nous faire tomber sur 12 nez non plus le gland, mais bien la citrouille. C’est ce qui nous arriverait peut-être, si nous concluions à la légère, que l’ouvrier est tout-à-fait laissé à la merci du maître qui l’emploie, et que la main de Dieu s’appesantit sur lui. Détrompons-nous, l’ouvrier n’est pas à la merci du maître, et son sort n’est pas aussi mauvais qu’il paraît, à en juger d’après les apparences et les idées communes. On s’exagère beaucoup le bonheur des classes élevées, de ceux qu’on appelle les heureux de ce monde. On voit de beaux dehors, et l’on s’imagine que tout est joie au dedans. On oublie que ce sont les hauts lieux que la tempête tourmente davantage. Que l’homme de travail ferme son cœur à l’envie ; il y a pour lui.des compensations. Dites-moi, où trouve-t-on le plus communément le rire franc et joyeux, et l’air soucieux et préoccupé ? Le premier n'est-il pas l’hôte familier des humbles habitations, et l’autre n’est-il pas l’habitué des salons
ages, dorés ? La santé, la force et la vigueur, où les trouve--0n le plus yons communément, si ce n’est dans les classes laborieuses? Au reste, erait les avantages dont paraissent jouir quelques-uns, viennent de qualités, | aug: de talents que Dieu a distribués selon qu’il l’a jugé à propos, dans sa | ar là sagesse et pour ses propres fins, et ici il faut bien se soumettre. Tout | dinez ce qu’on a droit d’attendre, c’est que les lois des hommes w’aillent { er la pas au-delà des lois de Dieu, en traitant la richesse comme si elle | e les appartenait uniquement à ses possesseurs, et non pas aussi un peu à
mer la communauté entière. Ce n’est pas du socialisme que je prêche là,
it les mais bien du bon et pur christianisme. On obtenait autrefois par la
tion force du sentiment religieux, ce que je demande, aujourd’hui qne ce |
sentiment s’est affaibli, à la force de la loi: voilà tout.
Je disais aussi que l’ouvrier n‘avait pas été laissé à la merci de son maître ; car s’il y a une loi pour régler les rapports de l’ouvrier avec le maître, il y en a une aussi pour régler les rapports du maître avec l’ouvrier ; et cette loi est encore celle de la concurrence. 11 y a aussi une loi qui pose des bornes à l’avidité des maîtres, et des punitions pour eux lorsu’ils la violent.
Il existe nécessairement entre les maîtres ou chefs d’industrie uno certaine rivalité, de la concurrence. Chacun cherchera de son côté a attirer les meilleurs ouvriers dans son chantier ; et pour y réussir, il lui faudra offrir les plus hauts gages possibles. Cette concurrence sera toujours un moyen assuré de protection pour l’ouvrier, dans le cours régulier et ordinaire des choses. Mais supposons que les maîtres fassent eux-mêmes la folie de se coaliser, pour produire ou maintenir, dans le prix de la main-d’œuvre, une baisse que ne commandent pas les circonstances, voici ce qui arrivera immanquablement : ils verront s’élever de nouveaux ateliers, qui leur feront concurrence, et les forceront à payer de plus hauts pnx, leur infligeant par là une peine permanente en venant partager avec eux les profits de leur industrie. C’est une vérité que l’expérience de tous les jours démontre à qui= conque sait observer ce qui se passe dans le monde. Qu’une industrie donne de plus grands profits qu’une autre, vous voyez les gens s’y jeter, souvent même avec une imprévoyance et un entraînement qui préparent bien des mécomptes. A cet égard, craignons plutôt l’excès qu’autre chose. C’est une loi bien établie que l’intelligence et les capitaux se portent toujours du côté où se trouvent les grands profits.
Pour éclairer davantage les ouvriers sur leurs instérêts et leur position, signalons un autre phénomène du monde industriel : c’est que, lorsqu’un genre de travail quelconque n’est pas suffisamment rétribué, ceux qui s’y trouvent engagés diminuent progressivement en nombre, soit par l’éloignement de ceux qui laissent la place pour aller ailleurs, soit par l’absence de nouvelles additions. Il se trouvera donc, au bout d’un temps plus ou moins court, quele nombre de travailleurs ne sera plus proportionné aux besoins de la place. Alors de toute nécessité les prix hausseront, jusqu’à ce que de nouvelles circonstances viennent donner un autre cours aux choses de cette industrie.
Des considérations précédentes, fruit d’études approfondies des lois et phénomènes sociaux par des hommes d’un grand génie, il faut conclure :
Que l’oûvrier méconnait ses intérêts bien entendus, lorsque par dea coalitions avec ses compagnons ou autrement, il force celui qui l’em-
ploie à lui donner un prix plus élevé que celui résultant de la concutrence.
nette mere nr pe — acr-cgntinrminnlererinniniatie sent tte tes