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Que le maître de même méconnait aussi ses vrais intérêts, lorsqu'il ne donne pas à son employé le prix qu’il a droit d’attendre d’après la même règle. s
L’unet l’autre, dans ces deux cas, amônent dans l’industrie des perturbations, des secousses qui leur nuisent à tous les deux, mais au simple ouvrier d’une manière bien plus sérieuse, puisque lui c’est son stricte nécessaire qu’il met en danger. Leur intérêt commun exige donc que la plus parfaite bienveillance règne dans leurs rapports entre eux, et le meilleur axiôme d’économie politique sera toujours ce beau précepte de l’évangile : “ aimez-vous les uns les autres.”
Terminons ce point important de notre entretien, en exprimant le désir que nos chefs d’industrie et nos ouvriers respectent les lois immuables qui règlent le travail et l’industrie, en ce que ces lois résultent de la nature même des choses comme toutes les lois de Dieu ; et que notre société canadienne n’ait jamais le spectacle douloureux de maîtres aux prises avec leurs ouvriers, spectacle qui est toujours l’indice certain d’une ignorance déplorable et de passions désorganisatrices.
Mais, quoique l’on fasse, dans les pays où l’industrie a pris un certain développement, ikest impossible d’empêcher que les classes ouvrières, surtout dans les grands centres d’industrie, ne soient de temps à autre réduites à une position des plus critiques. Si l’on ne peut prévenir le mal, on peut au moins ménager des moyens curatifs ou adoucissants, contre le mal. Ces remèdes de prévoyance peuvent venir des gouvernements, et des ouvriers eux-mêmes. Je pense, moi, que les gouvernements, doivent, jusqu’à un certain point, s’interposer entre les maîtres et les ouvriers. Je ne pense pas qu’il soit juste, humain, chrétien, que les chefs d’industrie puissent, à leur convenance, dire aux musses d’ouvriers qu’ils auront fait venir des quatre points cardinaux, en leur donnant l’espoir d’un emploi long ou permanent : “ Mes amis, il n’y a plus d’ouvrage, pourvoyezvous ailleurs du mieux que vous pourrez.” L’état doit être prévoyant pour le pauvre ouvrier, quiluine peut étudier le mouvement commercial et industriel du monde. Il ne sait, il ne peut savoir qu’une chose, lui, c’est qu’en tel lieuonoffre de bons gages ; et dans sûn ingnorance bien excusable, il ne pense pas aux incertitudes de VPavenir; il ne fait pas d’épargnes; et arrivant le chômage il se Itrouve inopinément eu face de la misère. Je voudrais donc que les maîtres, en temps de prospérité industrielle ordinaire, fussent
‘estreints à déposer aux caisses d’épargnes ou dans quelque autre
lieu sûr; tant pour cent en sus de ce qu’ils paient chaque semaine à
leurs ouvriers, ou ce qui reviendrait au même, tunt pour cent sur les gages convenus. De cette manière, on établiruit un système d’épargnes obligatoires, tout au profit de l’ouvrier ; car rappellons-nous qu’il faudrait que la balance revenant à l’ouvrier, fût amplement suffisante pour sa subsistance et celle de sa famille : les maîtres ne pourraient se procurer d’uuvriers qu’à cette condition dans les temps de prospérité industrielle, où l’ouvrage abonde. Le législateur a bien pourvu partout à l’établissement de caisses d’épargnes ; mais il n’y a malheureusement que les plus prévoyants qui en profitent, et c’est le petit nombre.
Le grand nombre, dans les temps de prospérité, pensent à se procurer des objets de luxe ; on augmente ou on raffraichit la toilette, on pousse jusqu’à la délicatesse dans le pot au feu, enfin l’on vit bien. Pour moi, je voudrais de tout mon cœur que le travailleur pût mettre la poule au pot, non seulement tous les les dimanches comme le voulait le bon Henri IV, mais même tous les jours de l’année. Mais cela ne se peut pas, et ilarrive toujours un temps où pour avoir trop souvent mis la poule au pot, on ne peut plus y mettre le petit morceau de lard.
A ce propos, qu’il me soit permis d’adresser un mot d’avis aux classes ouvrières de cette ville en particulier. Depuis les deux grands incendies de 1845, l’ouvrage a été très abondant, et par suite les gages élevés. ‘Au moment où cessaient les travaux de reconstruction, le siége du gouvernement revient à Québec pour quatre ans. En même temps il s’ouvre et se prépare des travaux publics considérables dans notre district. Cela va assurer à nos classes ouvrières plusieurs années encore de grande prospérité ; mais je crains que cette prospérité prolongée n’ait l’eflet d’augmenter leur imprévoyance naturelle, si on ne leur répète souvent que cette prospérité sera inévitablement suivie d’une période de ‘dépression. Je dis inévitablement, et je le dis avec certitude; et voici comment la chose arrivera sans qu’il soit besoin de la .survenance d’aucune inconstance extraordinaire, La présence du gouvernement à elle seule doit augmenter la circulisation de la place d’une couple de centaines de mille louis par an. Ajoutez à cela les sommes considérables qui vont se dépenser dans le district, et dont la majeure partie reflusra dans la capitale, et vous avez les éléments d’une activité et d’une prospérité industrielles peut-être sans exemple. L'ouvrage va augmenter, mais la population ouvrière aumehtera aussi à peu près «ans la même proportion. Or que deviendra cette population doublée, triplée peut-être,. lorsque Pouvrage tombera, à son ancien niveau, si. colle n’a pas fait des épargnes, qui
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pérmiettrout à une partie d’entré elle d’aller chatéher fortune uiltéitrs, ou d’attendre que les affaires aient repris viguen:. Je le déclare du fond dè mon cœur, je redoute pour nos classes ouvrières le sort qui les attend dans cinq ou six ans, et qui leur sera d’autant plus pénible à supporter qu’elles auront perdu l’habitude et le souvenir du mal-être ; je crains de voir se réaliser pour un grand nombre la fable de la Cigale et de la Fourmi. Cette fable on devrait la faire apprendre par cœur à tous les enfants d’école, avec avis de la réciter à leurs parents do temps en temps.
A ceux donc qui ont des rapports fréquents avec les classes ouvrieres ; aux chefs d’industris ; à vous, messieurs et mesdames, qui vivez au milieu d’une population ouvrière ; aux ministres de l’évangile surtout, eux dont la parole est si puisante, eux qui ont plus que tous autres à souffrir du spectacle des misères du peuple ; à tous de faire prendre à l’ouvrier ses précautions contre les mauvais jours.
Comme il n’est guère à espérer que notre législature prenne linitiative d’une mesure comme celle dont je parle plus haut, et qu’elle attendra pour lé faire qn’on l’ait fait ailleurs, c’est aux ouvriers eux-mêmes, et à ceux qni s’intéressent particulièrement à leur sort, de s’occuper dès ce moment des mesures à prendre contre l’âvenir. La caisse d’épargnes, comme étant la plus simple, est bien la meilleure, et l’on ne saurait trop prêcher aux onvriers de recourir à ce moyen. Îlen est un autre que je suggérerais comme offrant de bien grands avantages, non-seulement pour chaqne individu, mais aussi pour le cotps entier auquel il appartiendrait. Je veux parler de l’association des oueriers d’un même métier, dans le‘ but d’aider ceux de ce métier à trouver de l’emploi au loin, lorsqu’il en manquera sur la place. Chacun comprendra facilement que, lorsqu'il y a plus de bras que d’ouvrage dans une branche quelconque, les prix doivent nécessairement baisser au-dessous des moyens de substance ordinaire. En eflet, supposez que das un temps de grande prospérité, cent cuvriers d’un métier suffisent aux besoins de la place ; cette prospérité venant à cesser, cinquante suffiront : c’est dife qu’il restera la moitié de ces ouvriers sans ouvrage.
Or rester à ne rien faire pour le simple ouvrier, c’est être exposé à mourir de faim lui et sa famille ; et on évite cette extrémité tant qu’il ÿ à moyen de gagner un morceau de pain, Les ouvriers désœuvrés iront donc offrir leur travail à vil prix et il faudra bien que ceux qui séront encore employés acceptent ces prix. Tout le corps du métier est donc, ex ce cas, intéressé à diminuer temporairement son nombre, si l’on yeut que les prix se maintiennent à un taux raisonnable. Sans cela tous les gans de ce métier seront réduits À la misère à la fors.
Mais comme on ne pourra forcer personne à s’éloigner, il faudra être en état de donner quelque encouragement, quelques secours à ceux qui seront disposés à le faire ; et rien ne sera plus facile, si l’on veut se concerter d’avance ; la moindre contribution hebdomadaire ou mensuelle, commencée aujourd’hui, suffirait dans cinq ou six ans, pour éloigner de la ville le surcroit d'ouvriers en différents genres, et sauver tout le monde de la misère et de la souffrance.
Au moyen de l’association que je propose, il y aurait un comité chargé de suivre le mot “ement de l’industrie dans les autres parties du pays et dans les pays voisins. Au besoin ce comité serait en état de fournir d’utiles renseignements à ceux qui consentiraient à s’éloigner, en même temps que des secours pécuniaires à même la caisse de l’association. Ces secours, cependant, devront toujours être donnés de préférence à ceux qui resteront dans le pays, à ceux surtout qui voudront aller prendre des terres nouvelles. Des ouvriers ordinaires, il y en aura toujours assez ; mais des colons jamais, tant que nous aurons des terres à ouvrir. L’ambition de tous nos ouvriers devrait être de se mettre en état, au bout de quelques années de travail, d’aller prendre une de ces belles terres, qui abondent de tous côtés, et qui ne demandent que des bras vigoureux pour assurer une existence honorable et indépendante à des milliers de familles, Oh! que j’aimerais bien mieux voir nos ouvriers, sans ouvrage, s’acheminer vers nos riches forêts, plutôt que d’aller doter un pays étranger de leur travail et de leur énergie, souvent pour toujours, renonçant ainsi aux chères habitudes comme aux douces affections du pays natal.
Mais que dis-je ? nos ouvriers. ... il n’y a malheureusement pas qu’eux qui s’expatrient. On n’entend parler de tous côtés que d’émigration parmi la classe agricole. De l’émigration parmi la population agricole d’un pays uouveau, qui possède des millions d’arpents d’ex-
cellente terre inculte, est-ce croyable ? Ce n’est pas croyable, et
cependant cela est, et cela a lieu depuis plusieurs années au vu et su de tout le monde. Mais a-t-on fait quelque chose pour arrêter cette déplorable dépopulation ?
De patriotiques associationr se sont formées, à la tête desquelles
j'ai été réjoui de voir plusieurs mambres de notre clergé, qui ne reste jamais en arrière lorsqu'il s’agit d'œuvres patriotiques. Quelquesunes de ces associations ont fait des prodiges avec leurs modiques ressources, puissamment secondées, il faut le dire, par l’indomr:table courage de nos compatriotes, qui ont, en cette occasion, retrouvé
l’héroïsme tant renommé de nos pères. C’est à fendre le cœur, mais
aussi c’est à exciter l’admiration et l’orguenil national, que d’entendre les récits des tribulations et des souffrances, endurées avec