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omen Q | 1 | wemmants, dan homme dont le courage et la vertu sont au-dessus &t- ' * tout éloge et qui depuis trente ans enseigné dans les lointaines praizies.: cit Nord-Ouest, aux métis et aux sauvages, qu'il y.a un Dieu à ammer et. .à adorer ; voici ce que dit le bon père André dans ce document. écrit.’ " par:lui et que je tiens maintenant dans ma main : = “£a population du Nord-Ouest, sans distinction de religion et de nationalité, ét je puis le dire avec, l'affirmer, en toute vérité, que ‘dans he procès de Riel vous avez mis le doigt sur la plaie en représentant lr spstè aeanormal qui nous gouvernait dans le Nord-Oueet ; blancs et. naétis s'accordaient à demander la cessation de ce système et & nous: donner un régime qui nous donna les privilèges du gouvernement: constitationnel. I! est temps qw’il finisse, le système qui a produit de aii) grands malheurs et qui est de nature à en produire de plus grands dans : ‘’ Favenir, si on n’y porte remède C'est cette centralisation à Ottawa quii ' & produit la rébellion du Nord-Ouest.
“Si nous avions eu un gouvernement responsable dans le Nord-- ° ““ Ouest, avec autorité et pouvoir de remédier aux griefs dont les métis “se plaignaient depuis si longtemps, pensez-vous que nous eussions eu “I rébellion dont nous déplorons tous les suites funestes? Les. * demandes des métis étaient bien simples et raisonnables ; ils derman- * daïent reconnaissance: 1° de leurs terres qu’ils occupaient sans être: “ obligés de payer pour leur préemption ; 2° ils demandaient le privi-- “ ge, comme aborigènes, d’avoir du foin et du bois pour leurs besoins: “sans payer aucune taxe à la Couronne; 3° ils deraandaient d’avoir - ” “Jeurs terres divisées en lots de rivières de 26 chaines de front sur “2. milles delong ; 4° ils demandaient d’avoir une école industrielle “ dans chaque grand centre de métis, entretenue par le gouvernement, “ pour initier leurs enfants aux connaissances nécessaires à leur situa “tion ; 5° ils demandaient du secours pour aider les métis pauvres à. “ s'établir sur des terres, comme une paire de bœufs, une charrue et. , “herse, la semence pour 3 ans. Le conseil du Nord-Ouest, avait joint. . . ses instances à celle des métis, mais sans résultat ; 6° ils demandaient. “ des scrips pour les métis du Nord-Ouest qui n'avaient pas recu leur - . “ part des terres accordées par l'acte de Manitoba ; 7° ils demandaient. que le gouvernement, dans la distribution des emplois dans le Nord. * Ouest, eût plus d’égards à accorder aux métis les emplois qui comve- "* naient à leurs aptitudes comme ag:nts et fermiers pour les sauvages; 7 “3° ils demandaient que vu le grand nombre des métis français sépan- ‘ dus sur les territoires du Nord-Ouest, tous les employés publics. “ fussent obligés de connaître le français avant d’être employés par le “ gouvernement; 9° avec tous les blancs, ils demandalent des repré- :"%sentants dans la chambre des communes à Ottawa, et un gouverne- “ ment représentatif et responsable dans le Nord-Ouest. ‘ Pétitions sur pétitions, lettres sur lettres, sur les questions impur- “tantes, ont été adresséés à Ottawa par les personnes. influentes dha * Nord-Ouest et en état d'apprécier les besoins du pays: ; mais le gox- # yernement fermait l'oreille à toutes représentations et soulevait Find
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“ gnation par son obstination et son refus à accorder les plus justes: “ demandes, et quand il a fait droit à quelques-unes de'ces demandes’. “ ce'n’est qué cdmime dominé-par la peur et-effrayé des conséquences. “ terribles de sa négligence, qu’il a.ouvert les yeux et qu’il s’est rappelé “ qu'il y avait une population métisse dans le Nord-Ouest qui deman- “ dait justice. ”-—(M. Mercier: Ah! ils aimeront mieux croire les. orangistes.) | U | oi Il n’y‘a pas que le saint missionnaire qui se soit prononcé ainsi sur: les justes réclamations de ces populations ignorées et oubliées : le Weil! dé Toronto, l'organe officiel ‘du gouvernement, et surtout de Sir John: A; MacDonald, a admis les justes réclamations de ceux dont Riel devait” êtré encore une fois le guide et le chef. La dzimerve, encore nr journal. officiel, s'exprime ainsi : | a “Certes, nous blâmons les hommes qui suivent Riel et qui menacent:
de sortir des voies légales et constitutionnelles. Mais encore, doit-on’ tenir compte des impatiences, des aigteurs DE CES PAUVRLS GENS, DEPUIS SI LONGTEMPS NEGLIGÉS, OUBLIÉS, MÉPRISÉS, BAFOUÉS.' Ledépartement de l'Intérieur ont ils relèvent, a beau dire, CEST LUI QUI" EST LA CAUS DE CES PERTURBATIONS. IL NE DEPENDAIT QUE DE LUI,, QUE TOUTES CES DIFFICULTÉS FUSSENT REGLÉES DEPUIS LONGTEMPS. Il a préféré traiter les métis en parias, leur préférant même les Mennonites, , à eux, premiers colons du pays. QUE LE DÉPARTEMENT DE L'INTÉRIEUR: PORTE LA RESPONSABILITE DE SES ACTES !”
* Et un autre journal dont Pimportance ne peut pas être niée, le A/anitoba de St-Boniface, écrivait ce qui suit : L
“ Quand un gouvernement s’est rendu coupable de la négligence qui a eu lieu dans le Nord-Ouest, au sujet du règlement de la question des droits des métis, ce gouvernement a perdu«le droit d’être sévère : la
clémence est le seul moyen de réparer ses fautes et de rétablir la con-fiance. :
‘ La;commission nommée pour régler les réclamations des métis, æ.
constaté la justesse de près de 2,000 réclamations qui étaient négligées.. Comment, en face d’un pareil résultat, les autorités pourront-elles se: eroire justifiables d’user de rigueur !” - ‘Dans cette triste position, ke souvenir du passé se présenta à l’esprit- - des métis, qui dirigèrent leurs regards vers celui qui, depuis” dix ans: était séparé d'eux, mais qui pendant tout ce temps n’en tait pas moing resté leur chef. Car il re faut pas l'oublier, depuis 1874, Riel, bien que” "éloigné de ses ccmpatriotes, était considéré par eux ccmme ayant été- “leur'ancien sauveur, et j:mais cn n’oubliait de mentionner avec enthou— siasme son nom dans les grandes réunicns publicues,cu lors des fêtes nationales dans le Manitcka et jc Nord-Ouest. Alors les métis ccmme:
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les anciens Romains qui au temps ct la Fatrie était «1: darger allèrent chercher le vieux Cincinratus à <a charue, partirent en Céputaticn et se
‘rendirent au Montara, ct Ric! vivait avec sa ferme ei ses deux enfants et dont Phumble fenction était cel!
cele d’être l'instircterr Ce petits enfants .
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et le prièrent de: venir sur les bords de la Saskatchouan pour ‘aider et soulager , un peuple qu’il avait aidé et soulagé dix ans auparavant sur les bords de la rivière Rouge. .
‘Riel accéda à la demande de ses compatriotes et l'agitation qui se fit dans le Nord-Ouest depuis le mois de juin 1884, jusqu’en janvier 1885, fut une agitation purement politique et constitutionnelle. Pendant tout. ce temps, les métis dirigés par Riel, se réunissaient en assemblée publique pour discuter, comme la chose se fait dans tous les pays où la liberté de la parole est reconnue, les meilleurs moyens à adopter pour ‘faire avancer leur cause et reconnaître leurs droits. Des enquêtes furent préparées et désignées par les évêques, les prêtres et les missionnaires, et les hommes les plus renseignés sur la condition du pays et adressés. aux autorités fédérales, mais ces dernières ne répondaient pas, ou ne * donnaient que-des réponses évasives. ; Les agents, les employés du gouvernement, par leur conduite indigne, ” leur précaution et leurs refus constants de rendre justice aux métis.et aux sauvages, furent pour beaucoup la cause de l'excitation des esprits. . à la fin de l’année 1885 ; on disait au métis'que le gouvernement répon-drait à leurs requêtés en envoyant un plus grand nombre d’hommes.de la’ police montée, pour les tenir en respect. Et les paroles malheureuses du fameux. Lawrence Clarke, à St-Antoine, le jour de la St-Joseph, fête presque nationale des Métis, lorsqu'il disait que le major Crozier, s’avançait à la tête. de au-delà de 200 hommes pour faire Riel et les autres chefs métis prisonniers, furent le premier signal de la rébellion. __,
-Les métis naturellement militaires, s'organisèrent par bandes, . et: ils allérent à la rencontre du, major Crozier, , à qui ils firent défense des aventurer sur leurs réserves et leurs propriétés. Le major Crozier, , se moqua de leurs sommations et il crut que, une balle suffirait pour faire prendre la fuite & des gens qui étaient braves, qui avaient du courage et du-cceur, I] se trompa, car il fut obligé de fuir, laissant dergière. lui ses, morts,
“Cette première victoire des métis, fat peut-être : un malheur pour, eux, car elle les engagea à tenir. plus; ‘ferme Pétendard, de la révolte. . Un deuxième avantage les. attendait à, .) Anse aux Poissons, ou-ils firent la rencontre du général | Middleton, a la tête d’nn grand nombre .de-, comnous dévions être enfin, témoins. de la plus ‘grande farce militaire: de notre’ siècle : pendant, quatre jours, une poignée d’hommes dont la; plu-- - part.n avaient pas d’armés et qui pour faire balles, se servaient de cailloux de la plaine, résistèrent, au commandant en chef des troupes, du Nord- Ouest, qui avait Sous ses ordres 1 500 soldats lesquels promenèrent sur un parcours de 20 milles dans les environs de Batoche, l'incendie, la ruine et lé pillage.
Au milieu du combat une correspondance fut échangée | entre le . général Middleton et Riel ; ce dernier comprenant que c'en était fini de ses hommes épuisés, connaissant les excès auxquels s'étaient portés les soldats du gouvernement, sachant que la vie des femmes et des.
‘ ' - md ‘ ' . - ' | enfants métis étaient en danger, écrivitau commandant en chef, une note-par laquelle il le priait de ne. pas tirer sur,un certain établissement dans lequel étaient réunies les femmes et les enfants des métis.
Le général eut l'humanité d'accéder à cette demande et c’est alors qu'il écrivit à Riel un billet dont je tiens en ma main l'original, .dans lequel il lui disait : que sil se rendait avec son conseil, il les prendrait sous sa protection jusqu'à ce que le gouvernement fédéral décidât de leur sort. Ceci établit au moins la présomption que Riel s’est constitué plus tard prisonnier. Riel, en effet, lorsqu'il fut arrêté par les Scouts de. Middleton, se dirigeait vers le champ. de bataille de ce dernier.
On a accusé Riel d’avoir été lâche, parce qu’il s'était rendu et qu’il n'avait pas, comme Dumont, dépassé les lignes américaines et cherché un refuge aux Etats-Unis. J'aurais aimé, M. l'Orateur, que vous et tous mes honorables collègues auriez entendu les paroles si touchantes et ‘si -éloquentes, dont Riel se servait, pour répondre à ces reproches : “ Je me suis rendu, disait-il, pour arrêter le carnage et pour sauver la vie des femmes ‘et des enfants métis, car je sdvais que les soldats du général en -chef étaient avides de sang ; j'aurais bien pu m’exempter d’être fait pri '” sonnier.d'Etat; jaurais bien pu ne pas trainer à mes pieds le boulet ‘qu'on ya attaché ; j'aurais bien pu ne pas subir un procès pour haute trahison, et surtout j'aurais bien pu ne pas monter sur l’échafaud hideux que l’on ne manquera pas d’ériger pour moi. Mais si.je dois mourir, jaurai‘au moins avant de partir de ce monde, une suprême consolation, . c’est que j'ai été fidèle à mes compatriotes, et que les femmes que jai
‘sauvées prieront le bon Dieu pour inoi; et que mon nom aura une place dans le cœur des enfants métis qui vivront pour me venger. ?” (bravo, - applaudissements’ dans les galeries.’ Vivé sensation dans li chambre).
‘Le procès de Riel devait commencer et s’instruire devant le magistrat stipendiaire Richardson. Ila été dit que ce juge avait été nommé par les libéraux. Qu'il ait été nommé par les libéraux ou par les conservateurs;’ cela importe peu. Ce dont'il s’agit, c’est de.savoir et de con- ‘ naître si ce procès a été légal, juste et équitable. rire.
‘Il a été dit-de plus que ce procès avait été fait en vertu dé lois passées par l'administration: libérale de l’'hon. M. Mckenzie, ‘c'est une erreur. Si Riel avait subi son .procès en vertu du statut de 1875, il aurait dû -être jugé par une cour présidée par un juge de la cour du banc de la Reine de Manitoba, assisté d’un magistrat stipendiaire, tandis que par la loi de 1880, faite par le gouvernement de Sir John A. Macdonald, la cause devait s’instruire devant un simple magistrat stipendiaire, assisté * dun juge de Paix. - ots re
‘Si le procès eût eu lieu en vertu de la loi de 1875, les jurés auraient été au nombre de huit, tandis qu’en vertu de l’acte 1880, ils n’ont .été que Six. oe ' Le magistrat stipendiaire Richardson n’avait pas à mon sens, ni l’expérience, ni la compétence pour juger et entendre une cause de cette © importance, et je pourrais citer à l'appui de ce que javance la correspondance remarquable publiée dans le onde, par laquelle on ridiculise
vda présence de cet homme au tribunal de Régina. Il n'avait été qu'un simple subalterne dans le département de la justice à Ottawa, et lors de “52 nomination, la population dans le Nord-Ouest était peu considérable et les affaires judiciaires qu’ils était appelé à juger étaient peu importantes. Le procès at-il été juste et légal ? Strictement parlant, il a, peut-être, été légal. Mais juste, jamais. D’après la loi de 1880, le magistrat stipen- * diaire a le droit, même dans le cas de haute trahison de choisir lui- “même les membres du jury, et d'après cette loi, ces derniers n’ont besoin d'aucune qualification. Le juge peut prendre le premier venu
‘dans la rue, l'étranger, l'aubain, comme l'habitant du pays. Le jury
- était composé de gens qui ne partageaient pas les croyances religieuses «de Riel et qui n’appartenaient pas à sa nationalité. Etait-ce légal ? Oui. iEtait-ce juste? Non, car les juges naturels de Riel devaient être au ‘moins en parti des catholiques, des Canadiens ou-des Métis. Pourquoi ‘cette exclusion du jury des coréligionnaires et des compatriotes de Riel? Il y avait pourtant un bon nombre de Canadiens français dans les environs de Régina et à Régina même, et les métis se comptaient rpar milliers, et les catholiques étaient aussi très nombreux. Pas un seul ‘n'avait été assigné pour participer à ce grand drame judiciaire. Je me itrompe, un catholique faisait partie du jury, mais lorsque l’appel de son “nom fut fait, les avocats de la Couronne, moins un, mirent tous tant -d’empressement à le récuser que l’un de nous ne’ put s’empécher de -sécrier : “ No Irish catholic need apply here. ” ‘ Si le procès d’un orangiste accusé de haute trahison se faisait dans la province de Québec, et que tout membre de sa nationalité. et de sa Goyance religieuse fut exclu du jury, ces fanatiques ne crieraient-ils pas +de suite à l’infamie? Et nous Canadiens-frangais.et catholiques, nous -aurions vu le sang d’un des nôtres couler inutilement sur un échafaud, “Sans pouvoir faire entendre de justes protestations. -Il n’y avait aucun «décorum dans la Cour. On n'avait pas même songé à se procurer. des interprêtes pour traduire les témoignages français en anglais, et comme
on peut le constater, dans le livre-bleu publié par le-gouvernement, on
‘fut obligé de changer, dans le cours du procès, quatre fois les inter- “prêtes, à tel point qu’une des séances de la Cour fut levée, parce que les témoignages français ne pouvaient-plus être traduits en anglais d’une “manière décente.
Mais quelle justice pouvait-on attendre dans ce débat judiciaire, après -qu’un.des ministres de la Couronne eut cherché à préjuger l'opinion “publique par une lettre inqualifiable, écrite par lui, en réponse aûx vives :Sollicitations de certains Canadiens des Etats-Unis qui avaient imploré
‘la clémence de l'Exécutif en faveur de l’infortuné Riel, lettre publiée
avec le consentement de ce ministre et dans laquelle Riel était repré- -senté sous les plus noires couleurs ? La plus simple convenance | devait imposer silence à ce ministre de la Couronne, lorsque cette dernière
- devait être la partie poursuivante dans la cause'de Riel. Pareille indi-
.-gnité ne se trouve pas dans ,les annales judiciaires ‘et parlementaires.
{Honte-Honte).
Deux questions se sont soulevées au procès : 1° La question de la <constitutionnalité du tribunal et 2° la folie de Riel. Une troisième question aurait pu se présenter : les causes de la rébellion et sa justification, si toutefois, en loi, une rébellion peut-être justifiable; mais ce dernier moyen de défense fut promptement écarté par la poursuite et par le magistrat Richardson, lui refusa la production de tous les papiers ~ trouvés sur Riel, lorsqu'il fut fait prisonnier à Batoche, et de tous les documents publics, pétitions, requêtes, etc., etc., produits au département de la Justice et de l'Intérieur, à Ottawa, et en la possession des ministres fédéraux.
La question de la constitutionnalité du tribunal a été discutée dans la pfe esse et par des hommes éminents des barreaux de Québec, d’Ontario
- et du Manitoba. Sur cette question, nous n’avons pas profité seulement : .des conseils d'avocats appartenant au parti libéral, mais nous avons eu les avis et les conseils d’hommes de loi les mieux posés dans le parti . conservateur. Et un grand nombre d’hommes distingués s’accordaient à dire que le tribunal de Régina, n’avait pas juridiction dans la matière.
Néanmoins les différentes juridictions par lesquelles nous avons passé ‘se sont prononcées contre nous et nous avons dû nous soumettre avec respect à leurs décisions.
La question dominante du procès, qui devait prévaloir en | faveur de l'accusé, fut donc le plaidoyer de folie. Riel était-il fou et quel était le caractère de sa folie? Riel n’était pas un dément, ni un idiot, ni un fou. d’après le sens vulgaire de.ce mot. Riel était un maniaque, un monomane ; sa maladie mentale était celle connue en médecine sous le nom de mégalomanie.
Il y avait deux hommes dans Riel; à côté d’une brillante intelligence, ‘d'un esprit éclairé, d’une grande éloquence, il y avait le maniaque qui “Sur certains sujets ne pouvait pas raisonner, et qui était irresponsable de : uses actes, lorsqu'il agissait en rapport avec certaines questions, telle que la politique et la religion.
- Le plaidoyer.de-folie est.un de, ces.plaidoyers dont on.a souvent abusé __. -dans les cours de la justice, dans les cas‘désespérés.. Mais dans l'affaire | Riel, ce plaidoyer était non seulement vraisemblable, mais encore vraï, et a été appuyé par des médecins experts et par des témoins et des per-
,sonnes dont les témoignages ne pouvaient pas être mis en doute. —
Il y avait au moins une forte présomption que Riel fut fou.’ Dans le «cas de maladies mentales, les mêmes causes produisent généralement ‘les mêmes effets. Or, en 1874, Riel était devenu fou à la suite de ‘grandes excitatiens et de grandes souffrances morales, sa maladie men- ‘tale consistait alors dans-des illusions et hallucinations, il se croyait pro- phète, appelé à devenir roi, voulait établir une nouvelle religion, ' Cette ‘maladie prenait quelquefois un caractère tellemeut développé que Riel
devenait fou furieux. Pendant l’espace de dix ans, il avait été interné
trois fois dans des asiles d’aliénés, et chaque fois les symptômes caractéristiques d* la mégalomanie aigüe se manifestaient chez lui. Les aliénistes et auteurs qui ont traité de la médecine légale s'accordent à dire
«que l'individu qui est frappé d'une telle maladie, n'est pas responsable ' des'actes qu'il fait en rapport avec: les sujets qui sont objet de sa folie.
Malgré tous ces’ antécédents de Riel et de l’abündance de preuves on
n’a pas réussi à porter la conviction dans l'esprit des jurés’ de Régina. ‘Si une semblable cause se présentait devant aucun tribunal à Ontario “ou à Québec, et que telle preuve de folie fut faite dans de seniblables «circonstances, qui peut douter pour un instant que laccusé n’échappepas à la rigueur de la loi et ne serait pas acquitté ?. Si Riel était devenu fou en 1874, à la suite de grands troubles et d’une grande excitation, et à la suite d’une rébellion, était il surprenant de présumer' et de croire qu'il fut de nouveau devenu fou, à la fin de l'année 1884, ou au commencement de l’année 1885, puisqu’alors il avait passé par les mêmes circonstances qué celles de 1874 ? Au procès, des témoins oculaires et auriculaires de: la conduite, des paroles, des actes de Riel, ont juré positivement qu'à cette époque Riel était fou.
- Des missionnairés catholiques, qui Pavaient vu, qui l'avaient entendu, et qui par: à même ‘avaient été en état de pouvoir apprécier son état‘ mental, ont déclaré sous serment, de la manière la plus positive, qu’à cette époque, Riel était privé de ses facultés mentales surtout lorsqu’ il | parlait de politique et de religion, ou lorsqu'il agissait en rapport ‘avec ces sujets. Deux témoins experts, le Dr Roy, de Québec, qui avait connu Riel à Vasile de Beauport, a découvert chez ce dernier, lors du procès, les mêmes: signes d’aliénation mentale que. ceux de 1876, Le ‘DrClarke, de: Toronto, un aliéniste distingué, a parié ‘dans le même sens.
Cette preuve n’a pas été. détruite et ne pouvait pas être détruite, et la ‘Couronne s’est contentée de produire des témoins qui déclarèrent ne pas s'être aperçus que Riel était fou, pour la bonne raison, qu’ils
n'avaient jamais parlé ou causé avec lui, sur. les sujets sur lesquels son ‘cerveau était détraqué. Cependant, ce plaidoyer de folie, ‘aussi forte- ‘ment soutenu par-une preuve irréfutable, fut écarté par le verdict du jury.. Mais je le demande de nouveau à tous mes honorables collégues, . de vouloir me dire, la main sur'la conscience et sur le cœur, si un tel - plaidoyer ‘de folie fait dans nos cours de justice, dans notre province, . ne serait pas ‘maintenu par le verdict de douze jurés, auxquels serait ‘soumis une accusation quelconque contre un criminel.
On ne fut pas aussi sévère, ni aussi exigeant dans la cause de Jackson, le secrétaire de ‘Riel qui: fut acquitté pour cause de folie, qui fut loin d'être ‘établie comme celle de Riel, par les Pères. André et Fourmond, témoins si dignes de respect. Mais voyez-vous, Jackson, portait un nom anglais, il n’était pas catholique. Et chose assez curieuse, “ce même Jackson qui fut interné dans un asile ‘daliénés, trouva quel- ‘ques mois après, la facilité de pouvoir s’échapper de cette maison de santé, et maintenant, il parcourt les Etats-Unis, donnant des lectures intéressantes sur les. événements du Nord-Ouest, démontrant par B «qu’il n’était pas fou et qu’il ne l'avait pas été.
Riel fut donc condamné ! ! Le verdict de culpabilité rapporté contre
» mo ian wo Sa ‘ ‘ sde,
“ui fut accompagné d'une recommandation à la miséricorde du tribunal .
et de l'exécutif. La sentence de mort fut prononcée par le magistrat. Richardson, qui fut assez impitoyable pour dire à Riel que, 'en effet, les.
jurés l'avaient recommandé à sa miséricorde, mais qu’il ne devait rien |
attendre des hommes, et qu’il devait se préparer à mourir.
C'était bien là le langage qu’on devait trouver dans la youche | d'un juge, qui ne tient pas son office durant bonne conduite, comme les juges: dans la province de Québec, mais suivant le bon plaisir,, c’est-à-dire suivant les.caprices des autorités fédérales ! Ce langage était bien naturel. à cette créature du gouvernement, dont l’un des ministres avait déjà déclaré publiquement et avant le procès, que Riel n’était pas digne dessympathies des canadiens-français et des catholiques !
“Riel fut donc condamné à mort ! Et de ce moment une grande commotion se fit sentir dans tout le pays, et particulièrement dañs la province de Québec, parce que les gens bien pensants croyaient que la cause que Riel avait servie était une cause nationale, et que la condamnation à mort de ce chef de tout un peuple était injuste. Les citoyens de la province de Québec, élevèrent la voix pour implorer la miséricorde de nos gouvernants, mais la voix de tout un peuple qui criait pitié, ne ‘se rendit pas au cœur des ministres, ces derniers fermèrent l'oreille et “restèrent sourds aux protestations parties de toutes parts. Elle est pourtant grande et solennelle la voix émue de tout un peuple qui demande et prie au nom.de la justice, que le sang ne coule pas inutilement, que l'échafaud ne s’érige pas et que l’on ne donne pas une victime au fanatisme. Cette voix..du peuple qui est la voix de Dieu, vox populis VOX Dei, devait s’élever dans le désert, et Riel fut sacrifié et dit mourir tel qu'il avait promis, avec Za Sot du martyr et le courage du héros. "Xl dut mourir, pauvre et délaissé, n’ayant plus rien, pas même son cœur “qu'il. avait déjà depuis longtemps donné à son pays” il dut mourir, éloigné des siens, de sa vieille. mère,, séparé de .son épouse et privé des tendres baisers de ses chers enfants. (Très bien, très bien).
Le peuple de la province de Québec s’est naturellement ému, un mouvement national s’est formé, et il s’agit de savoir M. l’orateur, si nous. lés mandataires de la province de Québec, nous avons droit de, continuer ‘dans cette: enceinte parlementaire le mouvement national, commencé par le peuple ; et de plus si nous avons le pouvoir d'éxprimer des regrets au sujet de la pendaison de Riel, et si nous devoñs blamer les autorijés fédérales pour avoir sacrifié Louis Riel, au fanatisme orangiste. (Une voix: C’est là la question). .
L’honorable solliciteur général nous a dit que la question avait été jugée par. les, deux autorités qui ppfivaient*la juger, par l'autorité judiciaire de Régina, et par l'autorité parlemeñtaire d'Ottawa. que le parlement de cette. province n’avait pas pouvoir de s’occuper de cette affaire, qu’il y avait chose jugée, et que par conséquent, ce, jugement devait avoir le respect que l’on doit à la chose. jugée. Mais je soumets M. VOrateur, qué cette chose jugée n’a pas été éxécutée comme clle a été jugée. Le jugemeut dans la cause de Riel était un verdict de coupable
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malt roo po TR : Lou oe ‘ , ! a7 ‘ ‘ torr , 1 ‘ ‘ 1 , ' 2 0 ‘ r . ‘ : :
avec recommandation à la miséricorde de la cour, et partant de Yexécutif. ‘Or, il n’y-a qu’une partie du verdict qui a été exécutée et l’autre partie a été méconnue. Si les jurés, qui étaient les juges de Riel, ont pu sous serment recommander ce dernier à la miséricorde de la cour et de l’exé-cutif, il nous faut une explication pour connaître pourquoi cette partie: ‘ du'verdict ma pas été exécutée, Or, cette explication n'a pas été: donnée, 6 Il n’y a pas que des citoyens de ce pays qui ont démaandé l’exécu-tion de la chose jugée ; mais encore les voix les plus autorisées tant en: France, en Italie, en Espagne, cn Angleterre qu'aux Etats-Uuis, se sont fait entendre ct ont prié les autorités fédérales d'exercer leur clémence et leur miséricorde en faveur de Riel, comme les jurés sous serment l'avaient demandé. | | Nous avons des précédents qui permettent notre intervention en pareille cas. N’avons nous pas le précédent de 1874, établi par Hon. M. Chapleau, défenseur de Lépine, et alors ministre de la couronne et et aussi par ’Hon. M. Ross, alors conseiller législatif et maintenant Premier ministre de la province de Québec ? Ces deux hommes politi-ques firent adopter unanimement par le parlement de la province de Québec des résolutions par lesquelles on priait le gouvernement fédéral de ne pas exécuter la sentence de mort prononcé contre Lépine, et tout cela, disait-on, dans le but de rétablir la paix publique dans le pays. Mais l’non. Solliciteur général a soutenu que nous avions bien le droit: de prier, mais non le droit de reprocher et de blèmer. (Rires). Voilà une doctrine pour le moins curieuse, car le droit de prier comporte bien sou-vent le droit de reprocher. Lorsqu'on demandait en 1874 la commutation de la sentence portée contre Lépine, ce n’était pas une simple prière, mais encore un reproche. Car pourquoi demandait-on la commutation de cette sentence? Parcequ’alors, corame dans le cas de Riel, on voyait dans Lépine une victime, on comprenait que le verdict du jury: de Manitoba avait été dicté par le fanatisme ; on croyait que, dans la cause de Lépine comme dans le cas‘de Riel, justice n'avait pas été:
, rendue.
Cette prière comportait un blame, un reproche, on disait ni plus ni moins : “ Ne pendez pas Lépine, parceque ce serait injuste et cruel” ; et aujourd’hui les mêmes hommes, MM. Ross et Chapleau, nous disent à dix années d'intervalle à peu près : “ Vous n’avez pas droit d’exprimer des regrets ”. (Très bien.)
Si nous avions droit de prier, comme Parlement, comme ministres,. comme députés ou comme citoyens que Riel ne fût pas pendu, pourquoi: les ministres de la province de Québec, n’ont-ils pas avant la réunion des chambres et avant la pendaison ‘de Riel, prié le gouvernement de ne pas exécuter cet ‘homme ? “ Nous ne l’avons pas fait, ajouterons ceux qui siègent sur les banquettes ministérielles, parceque nous ne devons pas intervenir dans le domaine fédéral.” Mais l'intervention fédérale ne se manifeste-t-elle pas tous les jours dans les affaires locales ? N’est-il pas connu publiquement que les ministres fédéraux font le beaw
TL Lire - temps et le mauvais temps dans n nos affaires locales, et qu ‘ls n ‘ont besoin que de cligner de l'œil pour faire tourner et retourner les ministres” locaux ? L'hon. Solliciteur Général, nous a dit que le parlement Anglais: avait avec hésitation, adopté en 1861 des ‘résolutions de condoléance’
pour la famille du président Lincoln qui était tombé sous les balles dé: Booth, je n’ai pas référé à ce précédent, mais, tout ce que je sais, c'est’ -que nous n’avons pas hésité ici, dans ce parlement Provincial, de faire .
un article d'un document ministériel, et d'issérér un paragraphe dans le:
discours du Tréne de 1882, par lequel on exprimait des regrets à-l’occa-
sion de la mort du président Garfield, qui lui aussi était tombé sous la balle d'un assassin, et voici quel était ce paragraphe du discours du Trône en 1882 : “ La république voisine a été moins heureuse, et je: dois exprimer à l’occasion du crime qui a fait disparaître de ce monde un grand citoyen le président des Etats-Unis, des condoléances d'autant plus vives, que nos relations avec ce pays, ont été des plus amicales. % Les mêmes condoléances, ne les. exprimons-nous pas lorsque quelque malheur vient frapper la famille royale ou la mère patrie ?
Mais M. l’Orateur, se contenterait-on de prier, si le parlement fédéral voulait déclarer l’Union Législative, si on voulait abolir notre langüe ou
enlever à nos autorités provinciales, les pouvoirs qu’elles ont en vertu de .
l'acte d'Amérique Britannique du Nord ?
Si un pareil cas se présentait, quel est.celui qui mettrait en doute notre droit d'élever la voix dans cette enceinte parlementaire et de protester de la manière la plus vigoureuse contre de pareils attentats 2
Je me demande M. POrateuy, si le parti libéral eût été au pouvoir, Phon. Solliciteur Général, serait-il aussi scrupnleux, serait-il partisan aussi dévoué de la non intervention ? Non, eh 1874, c’étaient les libéraux
qui tenaient le pouvoir à Ottawa, et on pouvait alors intervenir, mainte--. nant ce sont les conservateuts qui siègent sur les banquettes ministé-
riejles et pour sauver et blanchir les ministies fédéraux, il faut absolu. ment devenir partisans de la, non intervention. (Très bien; approbation) Cette intervention nous est imposé par une raison nationale et si nous -avons une raison nationale, nous avons droit de soutenir la proposition de lhônorable député de Québee ; car nous formons une “ Assemblée nationale,” qualification donnée à notre chambre par le Solticieur gé-
néral lorsqu'il parlait des résolutions adoptées par ce Parlement pour,
féliciter l'hon. M. Gladstone sur sa politique concernant l'Irlande. Oui, il s'agissait, en prevenant la mort Riél, de prévenir surtout la -victoire et le triomphe d’une secte fanatique, ‘ennemie de l'ordre dans la société, ennemie de la nationalité canadienne française et de tout ce
qui porte un nom catholique, (vifs applaudissements). ‘ Laisser pendre ”
Riel, c'était donner de la force et du courage aux orangistes, à ces gens
-détestés et détestables non seulement pour nous Canadiens-frangais, mais.
' pour tous les loyaux sujets de Sa Majesté, car depuis la bataille de la Boyne, ils ont toujours été une cause de troubles constants dans l'Empire
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