‹ Discours prononcé le 6 octobre 1907 à l'inauguration du monument élevé à Amiens à la mémoire deChapitre 7 sur 10 · II · texte numérisé non relu

II

Humiliant aveu de coafesser que le dernier mot reste à la force dans le monde I II est trop vrai pourtant que si l'idée juste et bonne et belle doit triompher tôt ou tard, elle ne se trouve assurée contre un retour offensif des réactions inévitables que lorsqu'elle obtient la garantie définitive de la force mise à son service du consentement de tous. Car le progrès, qui ne peut supprimer la force, a pour simple effet de la déplacer en la faisant passer du service d'un seul ou de quelques-uns au service de tous pour l'ultime garantie du droit de chacun. Ainsi, celui qui se propose de guider l'évolution humaine ne se trouve qu'insuffisamment armé et court au-devant des servitudes maudites s'il se confie uniquement à la puissance morale de l'idée. L'idée a besoin du temps pour faire ses preuves en forçant les portes des esprits fermés. Elle crée la force avec l'aide du temps, mais tandis que le temps passe, c'est la fortune et la vie mêmes des nations qui se jouent. Ce n'est donc pas trop de joindre aux meilleures qualités de l'esprit les mâles vertus physiques qui sauvegardent, par l'indépendance des peuples, la liberté de leurs actes, la dignité de leur vie. Nous vousvoulonsintellectuels, sans doute, jeunes gens,mais soldats, car c'est folie d'opposer comme exclusifs les deux aspects d'humanité qui font l'homme achevé.

Soldat, cela veut dire homme de discipline et d'abnégation, capable du sacrifice nécessaire pour mettre au service des justes causes la puissance qu'il crée de son apport de dévouement. Et par la simple vertu de ce sacrifice, voilà qu'il peut être donné au plus obscur d'accomplir l'acte héroïque qui le mettra deipain au rang des plus glorieux. N'esl-ce pas le suprême achèvement de l'homme de pouvoir donner

éL.

sa vie pour une idée? A vaut de mourir pour la liberté de penser, Socrate, bon soldat, sauvait la vie d'Alcibiade à Potidée. Aux deux pôles de Faction sociale, il servait ainsi toujours la même idée de la noblesse humaine. Et quand il offrait sa vie pour Athènes qui devait le mettre à mort, l'efforl d'humanité n'était pas moindre que dans sa philosophie» puisqu'Athènes, en dépit de ses défaillances, demeurait Tespoir des hommes à venir. Le Français criminel qui apporterait son concours à l'étranger contre la France, sous le prétexte insensé de servir le progrès humain, porterait atteinte d'abord à la part, assez belle, du progrès humain dont l'esprit français n'a été et ne peut demeurer Torgane que dans sa pleine indépendance.

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