L'EXEMPLE
Pour avoir été des premiers à mettre la France en garde contre les théories de démence auxquelles un peuple sain n'aura jamais la tentation de s'abandonner, Goblet devait être traité de petit esprit, et le fut. Mais il avait livré bien d'autres batailles et ne voulut jamais rien calculer en dehors du devoir. Révoqué de la mairie d'Amiens au 16 mai, rejeté par les départements de la Somme et de la Seine aux heures funestes où un vent de folie poussait des foules avides de servitude à ces mêmes catastrophes de la dictature que nul encore n'avait eu le temps d'oublier, Goblet ne trouva jamais dans la défaite qu'un domaine nouveau pour une activité nouvelle. C'est ainsi qu'une vie si noblement remplie s'acheva
en un suprême effort pour la France républicaine. Dans sa fîère retraite il avait emporté l'espérance invincible d'un cœur au-dessus des atteintes humaines. Ni l'âge ni Tinjuste défaveur ne pouvaient abattre quelque chose de sa vaillance et de sa foi. On peut vraiment dire qu'il est mort debout, puisqu'il voulut tomber dans le combat et que sa dernière parole fut un grand acte de patriotisme républicain.
Nous avons besoin de tels exemples, car l'esprit de sacrifice, la grandeur du caractère et le dévouement aux idées ne s'enseignent point par le raisonnement. Il y faut autre chose qu'une démonstration d'avantages présents ou à venir. Seule, c'est la leçon de l'acte qui s'impose aux esprits par l'heureuse contagion des beaux mouvements d'humanité. C'est pourquoi, tout en appréciant à sa juste valeur Tœuvre totale de l'homme en qui nous honorons la France d'aujourd'hui, je recommanderai moins ce qu'il a dit que ce qu'il a fait.