PARLEMENTAIRE
Certains obcserveront sans doute avec dhdain qu'il ne fut qu'un parlementaire, ou encore un bourgeois : ce qui, pour des esprits rudimentaires, paraît être le dernier terme de la réprobation. Je n'ai garde de médire ici du Parlement ou de la bourgeoisie. Il me plairait plutôt de les exalter pour réagir contre un dénigrement de parti pris.
De beaux esprits, dont quelques-uns se laissent enrégimenter sans trop de peine au service des cours en devenir, ont mis à la mode la critique du parle-
meotarisme et des Parlements II n'est que trop aisé de trouver à reprendre dans toule institution humaine, et ce n'est pas moi qui voudrais soutenir que notre conception comme notre pratique du parlementarisme ne laisse point de place au perfectionnement. Il ne ressort pas moins clairement de l'histoire des trente dernières années que le gouvernement au grand jour fondé sur l'arbitrage du débat publie nous a donné plus d'ordre, plus de paix, et, avec un plus grand développement de la culture humaine, une conduite plus rationnelle des affaires communes que n'avaient pu faire, malgré leurs prétentions, les précédentes monarchies.
Je reconnaîtrai volontiers que les coulisses des gouvernements sous tous les régimes ne sont pas sans ressemblances, et qu'on peut retrouver dans le Parlement, dans l'Administration, dans le Gouvernement môme de la République, quelques-uns des abus trop justement mis à la charge de l'Empire ou de la Royauté. En vérité, cela ne peut surprendre puisqu'un changement de régime modifie les conditions d'activité, non le fond de la nature humaine. Mais ce qui se découvre d'évidence, c'est que dans les conditions présentes du gouvernement populaire les abus obstinément dénoncés ont déjà disparu ou sont en voie de disparaître devant le verdict souverain du suffrage universel, tandis que la monarchie obligée de s'abandonner à une oligarchie gouvernante s'est fatalement vue condamnée, en dépit des intentions de quelquesuns, à cacher et partant à entretenir des vices de gouvernement dont elle tirait avantage.
Il nous appartient donc, tout en faisant à la critique sa légitime part, de revendiquer avec honneur pour
René Goblet ce beau titre de parlementaire, en défaveur seulement auprès de ceux qui ont trop à redouter des discussions publiques où s'atteste Timplaçable puissance des arguments de raison. Oui, Goblet fut un parlementaire, et nous lui en faisons gloire, un parlementaire qui attendait du Parlement, c'est-à-dire de la représentation nationale, la réparation des catastrophes déchaînées par les gouvernements de silence, qui ne peuvent être que des gouvernements d'oppression. Goblet fut un parlementaire parce qu'il ne comprit le gouvernement que fondé sur le respect du droit de chacun, parce qu'un tel régime ne peut trouver de garanties que dans la pleine liberté de dire et dans la réalité vivante du gouvernement du pays par le pays. Que les Français, après une rare suite d'expériences, comparent dans son principe et dans ses résultats le régime parlementaire, tant honni des contempteurs de l'homme libre, avec le fait de dictature, et qu'ils prononcent en connaissance de cause sur leurs propres destinées.