‹ Discours prononcé par l'Honorable Thomas Chapais contre l'abolition du conseil legislatif, le 22 mars 1900 [microforme]Chapitre 8 sur 9 · PONT | IPS · texte numérisé non relu

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une voiture. Cette question de la seconde chambre en comprend plusieurs.... Dans toutes les sociétés libres il y a deux éléments : l'un qui repousse, l’autre qui retient. Sans s'occuper du titre à leur donner, vous arriverez à ce résultat que l’une des deux assemblées poussera et que l'autre retiendra, si elles représentent les deux éléments.... Le pays est sage; il est plus sage que les partis. Il pourrait cependant nous donner une mauvaise chambre. J'appelle ainsi celle qui exigerait des économies irréalisables comme on en propose parfois dans cette assemblée, ou qui établirait de mauvais impôts, ou qui ferait prévaloir dans l'instruction publique certaines tendances que je regrette de constater dans le pays.... Le remède est donc deux assemblées ; là est le besoin.”

Vous savez, messieurs, ce qui est arrivé. La troisième république a eu son Sénat, et c'est sans aucun doute l’une des causes qui l'ont fait vivre plus longtemps que ses deux devancières.

Voulez-vous entendre maintenant un homme d'Etat anglais. Voici celui qui a exercé probablement l'influence la plus prestigieuse sur l'opinion britannique à notre époque.

En 1852, parlant sur le bill des colonies australiennes, et faisant allusion à la proposition de leur octroyer un Conseil Législatif, M. Gladstone prononçait les paroles suivantes : “Je suis persuadé que, lorsque les habitants de la Nouvelle-Galles du Sud seront informés de ceci, ils regarderont cette proposition comme l'un des plus grands bienfaits qui puisse leur être conféré. Je ne désire pas citer d’autorités à ce sujet, mais je ne puis m'empêcher de mentionner l'ouvrage d'un éminent écrivain et philosophe, le livre de M. de Tocqueville, sur les Etats-Unis. Ce distingué publiciste a prouvé clairement la nécessité des doubles chambres, et montré comment le temps et l'expérience ont convaincu les différents Etats de l'Amérique que le système de la seconde chambre était le seul moyen d'éviter les difficultés. L'expérience des Etats-Unis établit que le système des deux chambres doit être regardé comme un axiome dans la science politique.”

Je n’en finirais pas si je voulais citer, outre les orateurs et les hommes d'Etat, tous les auteurs qui ont soutenu la même thèse. Je pourrais vous lire des extraits de Delolme, de Lieher, de Bagehot, de Hearn, de Freeman et d’une foule d'autres, qui tous ont proclamé l’éclatante supériorité du système des deux chambres.

Mais c'est assez, c'est trop de citations. Je vous demande par-

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don d'en avoir abusé, Mon but a été de faire surgir devant vous, d'appeler de tous les points de l'horizon politique les plus éminents esprits, afin de vous montrer que, malgré leurs ifférences de principes et de formation intellectuelle, ils se rencontrent tous pour affirmer cette vérité de sens commun que le dualisme législatif est une garantie de modération, d'ordre et de progrès.

Sois, me dira-t-on. Mais le rôle du Conseil Législatif, dans la province de Québec, concorde-t-il avec cet axiome de la sagesse politique? Je réponds oui, sans hésiter. Sans doute, il n’y a pas eu dans notre province de ces grandes commotions, de ces grandes crises qui auraient pu fournir au Conseil une occasion de sauver la patrie. Mais il n’est pas nécessaire que la foudre tombe tous les jours pour que les paratonnerres soient utiles. Ici, comme ailleurs, il peut surgir des occasions où le contrepoids salutaire du Conseil soit considéré comme un bienfait public. Il peut se produire des mouvements populaires violents et excessifs, qui se traduiraient dans une autre assemblée par des mesures extrêmes auxquelles la sage résistance de cette chambre, plus indépendante par sa constitution, ferait obstacle assez longtemps pour donner à la réflexion et à la raison politique le temps de faire leur oeuvre pacificatrice.

Faisons un pas de plus, A Dieu ne plaise que le fléau des discordes nationales éclate parmi nous. La majorité en cette province a prouvé de longue date qu’elle entend respecter les privilèges et les droits de la minorité. Mais, enfin, si, dans un moment d’affolement, un souffle d'intolérance passait sur notre peuple, et poussait une majorité à porter la main sur ces privilèges et ces droits, n’est-il pas vrai, --j'en appelle à tous mes collègues, —que telle tentative trouverait ici un obstacle infranchissable contre lequel viendraient se briser tous les assauts. On a dit que la minorité a d’autres garanties, qu’elle a le lieutenant-gouverneur avec son veto absolu ou suspensif, et qu’elle a le désaveu par le gouvernement fédéral. Messiéurs, la minorité manitobaine avait le droit de compter, elle aussi, sur le veto du lieutenant-gouverneur et sur le veto fédéral. Elle n’a eu ni l’un ni l’autre. Et ses privilèges, ses franchises ont été foulées aux pieds par une majorité despotique et oppressive. Je ne suis pas membre de la minorité en cette province, maïs si je l’étais, rien au monde ne me ferait renoncer à une parcelle des garanties d’im-

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