‹ Discours prononces a la Direction des beaux-arts, 1888-1891Chapitre 36 sur 42 · PHILIPPE LOCKROY · texte numérisé non relu

PHILIPPE LOCKROY

Ancien commissaire du gouvernement près la Comédie-Française.

21 Janvier 1891.

Messieurs,

Le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux- Arts a voulu qu'un de ses représentants vînt exprimer ici à M. Edouard Lockroy la profonde sympathie qu'il éprouve, dans cette triste circonstance, pour un de ses prédécesseurs qui n'a laissé derrière lui qu'affection etreconnaissance. Je remercie le Ministre de m'avoir confié le soin d'être son interprète : il savait combien cette mission répond aux sentiments personnels qui m'unissent à mon maître et ami.

La carrière de M. Philippe Lockroy n'est pas de celles qui ont besoin d'être longuement louées, pour

en faire ressortir tout ce qu'elles contiennent de droiture, de labeur et de mérite. Il me suffit de la rappeler en quelques mots, simples comme sa vie, modestes comme son caractère.

Artiste, Philippe Lockroy avait embrassé, dès ses débuts, la cause du romantisme; il en avait interprété les chefs-d'œuvre avec un talent sûr et vigoureux. Devenu auteur dramatique, il appliqua aux travers de son temps une observation pénétrante sans amertume, railleuse sans méchanceté; il traduisit avec bonheur ce penchant de notre caractère national, qui s'amuse de la vie comme d'un spectacle et la présente comme une leçon de bonne humeur, de philosophie tolérante et de raison. Lorsque ses œuvres reparaissent devant le public, elles rencontrent le même accueil qu'au premier jour : elles sont la fidèle image d'un esprit et d'un cœur d'honnête homme, que l'on aime en l'applaudissant.

Républicain de vieille date, Philippe Lockroy fut chargé par le gouvernement de 1848 de diriger la Comédie-Française : il s'y montra administrateur habile et ferme dans des circonstances difficiles, esprit libre, camarade et confrère excellent.

Rentré dans la vie privée avec l'Empire et profondément attristé par le désastre où sombrait la liberté, mais sans regrets pour lui-même, il s'était fait, loin du monde, l'existence d'un sage. Il n'en sortit qu'en 1870 pour acclamer le retour de la République et défendre la patrie : septuagénaire, il prit les armes

et fut blessé sous Paris, dans le bataillon que commandait son fils.

Telle a été cette carrière, Messieurs, devant laquelle aucune haine politique ne saurait s'élever et qui inspire à tous le même sentiment de respect, je dirais volontiers de vénération. A nous, les amis de M. Edouard Lockroy, elle nous permet, en partageant son deuil, de l'assurer plus fortement que jamais de notre attachement, car les qualités charmantes et fortes du père revivent dans le fils. Sa douleur est de celles que rien ne console, mais il lui sera doux de penser que tous ceux qui l'aiment s'unissent à lui dans les sentiments que lui laisse son père, au seuil de la séparation éternelle.

FUNÉRAILLES

DE

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