II. Ï-U KtOIÜTRK 11 ES AVUIttEl KTRlXGinES
J'ose dire aux honorables membres qu’ils sont peu au courant des maximes du droit public. Quand un agent est accrédité auprès d’une personne, il reste à son poste tant que celte personne est au pouvoir, quels que soient les changements qui surviennent dans ïû forme du gouvernement* Et c'est là une des principales raisons pour lesquelles, dans l'intérêt de la monarchie, on accrédite en général les agents diplomatiques auprès du souverain, même mineur, même incapable d’exercer le pouvoir. On veut prêter ainsi au trône une force morale qui le protège, môme au milieu des révolutions intérieures j on veut que les puissances étrangères ne soient pas compromises, par la situation de leurs agents, dans les mouvements qui pourraient troubler les régions secondaires de l'Étal. En nous conformant à ces mEiximes, à ces usages, nous avons agi dans l'intérêt de la monarchie espagnole elle-même, dans l’intérêt de cette jeune reine que nous voulions entourer de notre déférence et de notre appui*
Est-ce que ce sont là des motifs puérils, des considérations d'étiquette? Qu’aurions-nous dû faire, selon l'honorable M, Berville ? Nous aurions dû faire la volonté du gouvernement espagnol ; et il nous en donne pour raison ropinion dun ministre anglais ! Ce ne sont pas là nos règles de conduite.
Nous avons agi dans l'intérét de la monarchie en Espagne comme en France, et selon notre propre jugement.
L’honorable préopinanl a donc, selon moi, maî apprécié les faits et les situations. Il est. également mal informé des détails.
1 ! nous reproche de navoir montré aucun esprit de conciliation ; et, à cet égard, il a encore cité des paroles étrangères. Un moyen d’arrangement, a-t-ildit, ïa remise des lettres de créance à la reine, en présence du régent, a été proposé par l’Angleterre, maïs trop tard. Il y a ici une inexactitude. L'honorable ambassadeur que le Roi avait envoyé en Espagne a lui-même, dès les premiers moments, fait celte ouverture ; il a offert que les lettres de créance fussent remises à la reine, en présence du régent, qui les recevrait immédiatement de la main de la reine et ferait la réponse.
E t, au moment même où notre ambassadeur faisait cette proposition à Madrid, je lui mandais par une dépêche télégraphique : « Ne remettez vos lettres de créance qu’entre les mains de la reine, en présence du régent. »
Ainsi, ce moyen de conciliation, la France elle-même l’avait proposé au début; la France est allée, en fait de conciliation, aussi loin qu’elle le pouvait faire sans abandonner ses propres maximes, ses propres pratiques, celles de tous les États monarchiques, les intérêts de la monarchie elle-même.
Un dernier mot, messieurs. L'honorable préopi riant ne
connaît pas bien non plus la dernière situation, l’état actuel îles faits. Il a dit que les rapports diplomatiques avecl’Espagne étaient rompus. Gela n'est pas. Nous sommes avec l'Espagne dans une situation délicate, mais régulière....
w. miLULT Je demande la parole, je, I.E üiEXïwï'RE. Nous avons un chargé d affaires à Madrid, comme l'Espagne en a un à Paris, Il n'a pas convenu à l'Espagne de recevoir l'ambassadeur du Roi aux conditions auxquelles il était envoyé. Je l'ai déjà dit dans la discussion de ladresse ; rEspagne a été dans son droit, elle est juge de la conduite que sa constitution lui impose, comme nous sommes, nous, juges de la nôtre. Nous n'avons jugé à propos d’envoyer un ambassadeur en Espagne que d’après telles maximes et sous telles formes ; elle u H a pas jugé à propos de le recevoir dans ces formes et d’après ces maximes; elle est dans son droit comme nous dans le nôtre.
Qu'en est-il résulté? Qu il n’y a pas d'ambassadeur de France à Madrid, ni d'ambassadeur d’Espagne à Paris; mais les rapports des deux États ne sont point rompus; la situation est régulière, et il peut arriver tel moment où elle change par des procédés également réguliers. Je ne puis ni ne dois indiquer ici quand ou comment ce changement pourrait arriver ; je me contente de dire qu’il est possible, et qu’il n'y a rien là d'inouï ni d’irrémédiable, rien dont on ne rencontre plus dïin exemple dans les relations diplomatiques et pacifiques des Etats* (j4« centre. Très-bien ! très-bien ! )
EXTRAIT DU MONITEUR UNIVERSEL du 7 avril
CHAMBRE !>ES pairs
session me 1842-J 843.
EXTRAIT DU DISCOURS
PR OSQS CE
PAR M. GUIZOT
Dans la discussion générale dn projet d'ndraMC.
Séance du 21 jnmriir 1&13.
J’arrive à l'Occident,
L’honorable M. de Brézé a surtout parlé de l’Espagne. J’aborde sur-le-champ celle question. Je l‘aborde en relevant une expression qui est échappée hier A l’un des hooorables orateurs.
On a parlé de desseins d’usurpation en Espagne.
Jo ne sais rien, je n’ai rien vu de semblable ; je ne crois à lien de semblable. Quand même nos rapports avec le gouvernement actuel de l’Espagne manqueraient d intimité, quand même nous aurions à nous plaindre de sa conduite envers nous et de ses erreurs sur certains points importants de nos relations, je ne lui rendrais pas moins la justice qui lui est due. Je ne crois à une un dessein, à
aucun acte, ù aucune tentative en Espagne pareille ù celle dont on a parlé*
J’ajoute qu'aucune puissance en Europe n'a, sur ce point, l’œil aussi attentif que la France* Nous savons trèsbien que nos intérêts nationaux* comme notre honneur, sont üés en Espagne au trône de la reine Isabelle II et au maintien de la maison de Bourbon sur ce trône glorieux. Nous ne l’avons point oublié, et nous ne l'oublierons pas*
On n’a point attaqué la politique du Gouvernement du Roi dans les derniers événements qui viennent de se produire en Espagne* Non-seulement on ne l’a point attaquée, mais encore, dans la personne de notre consul, on l’a louée* Je ne me plains point que tous les éloges aient été placés sur la tête du consul* Il les a mérités* Ce que je veux discuter à fond, c'est notre politique générale envers l'Espagne, car c’est à celle-ci que les reproches s'adressent.
De môme quon a dit que nous avions livré l’Orient à l’Europe, l'Orient où, dit-on, nous devrions être seuls, de même on prétend que nous livrons [ Espagne à l’Angleterre, l'Espagne où nous devrions être seuls aussi* L’un n’est pas plus vrai que l'autre. On oublie que le cabinet du 29 octobre a reçu la situation de la France en Espagne en aussi mauvais état quelle l'était en Syrie; on oublie que six semaines auparavant le gouvernement de la reine Christine avait été renversé en Espagne aux cris de : À bas les Français!
Le paru français avait été défait en Espagne, défait politiquement au moment mémo où le cabinet a pris les affaires* Il faut bien que je me serve de ces mots : Parti français, parti onltfrançais, car on s’en sert en Espagne*
Je ne m’étonne pas qu’il y ait un parti antifrançais en Espagne* Il y a des gens qui s'en prennent a la maison
(ifl Bourbon, qui disent que c'est I absolutisme de In maison de Bourbon qui a fait lu décadence de l'Espagne. Je crois cela parlailement faux. Il faudrait remonter plus haut. Le parti qui, en Espagne, accuse la maison de Bourbon devrait remonter à Philippe II ; il devrait voir dans quel état l'Espagne a été remise à la maison de Bourbon à la mort de Charles II. Elle n'était certainement ni forte, ni prospère, et te règne d’un Bourbon, de Charles III, a plus fait pour [ Espagne qu’aucun des règnes de ses prédécesseurs. Il n’est donc pas vrai de dire que la maison de Bourbon ait amené la décadence de l'Espagne. Ce qui est vrai, e’esl que depuis 1808 la lutte dans laquelle la France s'est trouvée engagée avec l'Espagne nous a fait beaucoup de tort dans la Péninsule ; c'est que l’esprit de liberté et de nationalité s'est élevé pendant plusieurs aimées contre nous en Espagne, et que de là il s’est formé en Espagne un parti antifrançais.
C est ce parti qui venait de triompher au moment où le cabinet du 29 octobre s’est formé. Qu'avions-nous à faire? Il n’y avait que trois conduites possibles : ou bien il fallait ne tenir aucun compte de l'échec que venaient de subir en Espagne nos amis, et s'adresser au parti qui leur succédait, comme s’il nous eût voué la même amitié. Cette conduite eût élé, je n'hésite pas à le dire, une platitude qui n eut tourné ni à l’honneur ni au profit de la France ; nous ne I avons pas tenue. Il y en avait une autre : nous pouvions entretenir en Espagne la lutte des partis, alimenter l'espérance, l'action et l'hostilité du parti haqçais contre le parti qui venait de remporter la victoire ; nous pouvions faire de l'Espagne un champ de bataille pour les ri val îlés des influences étrangères, pour les luttes traditionnelles des partis. Nous ne l’avons pas fait non plus. Nous avons regardé celle conduite comme peu
digne de la justice de la France et, de la bienveillance que nous avons toujours témoignée au gouvernement de la reine Isabelle IL Quelles qu'aient été les phases de ce gouvernement, les formes à travers lesquelles il a passé, nous nous sommes toujours montrés bienveillants envers lui* Quand notre bienveillance n'a pu être aussi active, aussi efficace que nous l'aurions voulu ? nous nous sommes du moins interdit tout acte de malveillance 5 nous n'avons voulu lui susciter aucun obstacle, aucun embarras j nous n’avons pas voulu accepter une situation hostile, pas plus que nous ne voulions accepter une situation peu digne.
Il n'y avait qu’une seule chose à faire, c’était de suivre une politique tranquille , de ne pas se mêler des affaires intérieures de l'Espagne , de ne pas chercher à nuire et de ne pas prétendre à diriger } c’est ce que nous avons fait*
Nous savions très-bien que la France ne peut pas être longtemps absente de l'Espagne sans que l'Espagne s’en aperçoive et le regrette* Nous savions très-bien que l’Espagne a besoin du concours bienveillant de la France* Nous savions en même temps qu'il n'y a pas de peuple plus jaloux de Y influence étrangère que le peuple espagnol j nous savions qu'il n’y a aucun peuple à qui l'étranger inspire plus vite méfiance et antipathie* Nous étions sûrs, eu restant étrangers à la lutte des partis en Espagne, qu’il s’opérerait bientôt une réaction en faveur de la France, de son nom, de son Gouvernement, C'est ce qui est arrivé* Au bout d'un certain temps, et d un temps qui n'a pas été très-long, le désir de se rapprocher de nous, la nécessité de trouver auprès de nous un point d appui contre d’autres influences trop exclusives, s'est fait sentir* Nous n’avons témoigné ni rancune, ni humeur j le
Roi a envoyé un ambassadeur en Espagne j il l J a envoyé selon les règles de noire droit publie, d'après les maximes et les exemples suivis par nous il l'étranger, et chez nous par l'étranger. Nous respectons le droit publie de l'Espagne , nous respectons aussi le nôtre. Nous avons agi selon nos principes cl nos habitudes, et dans l'intérêt de la monarchie espagnole, de loti le monarchie.
Ou est parvenu à élever en Espagne à ce sujet une question qui n’a pus été (la chambre le sait bien , elle a trop de lumières et d expérience politique pour s’y tromper), qui n a pas été une question d’étiquette, mais une question de principe et de parti. On a envenimé cette question. Qu’a fait la FranceKilo n’a pas cherché à envenimer à son tour la difficulté. U n’a pas convenu à l’Espagne de recevoir notre ambassadeur dans les règles et selon les formes qui convenaient à la France 5 l’Espagne était parfaitement maîtresse de sa conduite, de ses habitudes, de ( interprétation de sa eonstilution. Elle n'a pas reçu notre ambassadeur, 1 ambassadeur est revenu ; nous sommes rentrés dans noLre altitude vis-à-vis de l’Espagne, nous y sommes rentrés par les mêmes raisons, avec les mêmes idées et les mêmes espérances que nous avions I année auparavant, bien certains que la justice envers la France ne se ferait pas longtemps attendre. Elle est arrivée. On vient de vous parier de Barcelone. A Barcelone, on a crié naguère Vivent les Français ! comme deux ans auparavant on y criait : A bas les Français! Et ce n’est pas à Barcelone seulement; dans bien d'autres villes, où le gouvernement n'a iras été aLtaqué, le même mouvement s’est manifesté en faveur de la France. Qu’avions-nous fait ? Nous n avions suscité aucun obstacle ; nous 11 avions pas cherché à agir par des iulluences occultes; nous avions prévu ce qui arriverait. Notre atli-
tu de ferme , modérée, patiente, a seule amené ce résultat
Qu arrivera-t-il à présent? Quels seront les faits ultérieurs qui se développeront à la suite d'un tel événement? Je l'ignore. La chambre ne peut pas me demander de îe savoir j mais je puis lui dire que les droits et l'honneur de la France seront soigneusement maintenus et cultivés en Espagne , comme ailleurs. Nous sommes patients et persévérants; nous savons attendre ; nous savons avoir foi dans le temps et dans la bonne position prise. Nous n'avons envers l'Espagne aucun dessein d'influence exclusive ; nous ne prétendons l'exploiter ni au profit de notre domination , ni au profit de notre industrie ; nous désirons seulement l'Espagne heureuse , prospère, bien administrée, bien gouvernée ; nous sommes surs que la masse du peuple espagnol comprend que tel est au vrai le sentiment de la France, et que le parti antifrançais, bien loin de gagner du terrain, en perd tous les jours. Nous ne nous servirons des progrès que nous pourrons faire en Espagne contre personne, nous nous en servirons pour la France et pour l'Espagne elle-même. Mais la chambre peut être sûre que là aussi, par une conduite sans bruit, sans faste, l’influence et te nom de ta France ont déjà regagné un temûu considérable, et que tous les jours les faits le prouvent.