‹ Discours prononcésChapitre 13 sur 36 · SUR LES INTERPELLATIONS DE M. DE CARNÉ RELATIVEMENT A TÀITL · texte numérisé non relu

SUR LES INTERPELLATIONS DE M. DE CARNÉ RELATIVEMENT A TÀITL

Séance du âp février 1 su

Messieurs»

je suçais mon penchant, je commencerais par dé* meiitir» par démentir absolument ces imputations honteuses et basses qu’on a essayé de répandre et d’accréditer sur ta question qui vous occupe, ces bruits confluence étrangère, de volonté étrangère qui auraient déterminé la résolution dû Gouvernement du Roi* Mais je ne veux pas qu’on m’accuse de chercher à échauffer cette discussion dès le début,

U faut (Pailleurs que la chambre soiL d’abord parfaitement éclairée sur le fond même de la question, qu’elle connaisse bien les faits, qu’elle puisse les apprécier. Je parlerai ensuite des motifs imputés à la résolution du Gouvernement du Roi ; j’ajourne ceci pour un moment.

La chambre se rappelle le traité du 9 septembre 1842 ; j’ai besoin d*cn remettre le texte sons ses yeux, il est fort court : le voici dans la lettre même par laquelle M, l'amiral Dopetit- Thouars a accepte provisoirement le protectorat de Taïti,

Uarte de Papeïti , le 9 septembre 1S4S- « Madame et messieurs ,

<c ^accepte au nom du Bot et de la France, et sauf ratification, la proposition que vous nie faites de placer les Etats et le gouvernement de la reine Pômare sous la protection de S, j\1. Louis-Philippe, Roi des Français, aux conditions suivantes ; savoir :

u P* Que la souveraineté de La reine, sou autorité et celle des principaux chefs, sur leur peuple, seront garanties.

a 2» Que Loutes les lois et Les reglements seront faits au no tu de la reine Pomarê, et signés par elle.

« 3‘ Que la possession des terres de la reine et du peuple leur sera garantie. Elles ne pourront leur être enlevées sans leur consentement , soit par acquêt ou échange* loutes les contestations relatives au droit de propriété des terres seront du ressort de la juridiction spèciale des tribunaux du pays*

« 4* Chacun sera libre dans L’exercice de son culte et de sa religion.

« 6* Les églises établies en ce moment continueront d’exister, et les missionnaires anglais continueront leurs fondions sans être molestés; il on sera de même pour tout autre culte : personne ne pourra être molesté ou contraint dans sa croyance.

« Enfin, que c’est à ces conditions que la reine elles grands chefs principaux demandent la protection du Roi des Français, abandonnant entre ses mains, ou aux soins de son Gouvernement , ou à la personne nommée par Sa Majesté, et agréée par la reine Pômare, la direction de toutes les affaires avec

fes gouvernements ctrangfTSj rie même que tout ce qui concerne les résidents étrangers, fos règlements de port, etc., etc., et de prendre telle autre mesure qu'il pourra juger utile pour la conservation de la bonne harmonie eide la paix,

« Je suis, etc. , etc. ,

« A. DiïnîTiT-TnouAns.

« A, S . M. ta reine, et aux principaux chefs de Pile de TaïlL »

Voilà le texte du traité.

En vertu de ce texte, îe 28 avril 1843, des instructions furent données à M. l'amiral Oupelit-Thouars et au capitaine ïlruat, nommé gouverneur des nouveaux établissements. Je n'indiquerai à la chambre que les articles essentiels qu'il importe d'avoir présents à l’esprit dans cette discussion.

Le Gouvernement du Roi écrivait à l'amiral Dupetil- Thouars :

Paris, te 2S avril 1845,

g Monsieur Je contre-amiral , j’ai reçu les rapports que vous m’avez adressés de Taîli et de Valparaïso sous les dates des 25 septembre, 3 et 23 novembre, au sujet de la (JélcrminaLkm que vous aves prise d'accorder, au nom du Roi, à ïa reine et aux principaux chefs des iles de la Société, le protectorat sous lequel ils ont demandé à se placer,

« Le Gouvernement du Roi a jugé à propos d’approuver les mesures que vous avez prises, et l'ordonnance qui vous élève au grade de grand- officier de la Légion d’honneur est un témoignage de celte approbation.

« Il a paru nécessaire de réunir sous une direction unique le gouvernement des établissements français de l’Ocêanïe cl le protectorat des îles de la Société. M. le capitaine de vaisseau Rrual a été, en conséquence, par uneordonnancc royale du 17 avril, nommé gouverneur de ces établissements et com-

missaire du Roi près U reine Pomarè. Il emporte les instructions qui doivent le diriger dans l’accomplissement de sa double mission. Vous ave* demandé à recevoir le titre de gouverneur général ou d’inspecteur général des établissements français dans l’Océanie, jusqu’à ce que le Gouvernement eût régularisé le service de ces établissements, li était préférable à tous égards de ne rien faire de provisoire, et d’établir dès à présent une organisation régulière àTaïli' comme aux lies Marquises. Dans cet état de choses, il devenait impossible de concilier avec le bien du service l’un ou l’autre des litres que vous réclamiez.. Ou votre position aurait été purement nominale , ce qui ne pouvait pas être admis, ou elle aurait été destructive de tonte

force, de toute autorité personnelle et de toute responsabilité pour le gouverneur déjà institué par Sa Majesté II a donc été décidé que M. le capitaine de vaisseau Bruat exercerait 1 autorité à terre seul et sans partage. Quant aux bâtiments affectés à son service, ils formeront une subdivision de la station de l'Océanie, et M. Bruat, en qualité de commandant de cette subdivision, sera placé sous vos ordres. Vous recevrez à ce sujet, ainsi que lui, des instructions spéciales sous un autre timbre*

« Recevez, etc. Baron Roussi*.»

Voilà les instructions données au co Dire-amiral Dupelil- Thouars.

Voici les points importants de celles qui s’adressaient au capitaine BruaU II était gouverneur des îles Marquises, et commissaire du lloi auprès de la reine Pomarè. Ce sont ses

deux titres. , . ,

„ [/acte par lequel les lies de la Société ont etc placées

sous le protectorat de la France, a stipulé :

{On répète ici le texte même du traité de 1842. i

« Le Gouvernement du Roi, en accordant le protectorat

qui lui est demandé, accepte ces stipulai ions comme base de son intervention, C'est ce que vous aurez à faire connaître à la reine et au* chefs, en leur déclarant que Sa Majesté compte sur leur fidélité à leurs engagements, comme ils peuvent se confier au loyal et tutélaire appui de la France#

« Il faudra considérer seulement comme une première ébauche les institutions que le contre-amiral Dapeiit-Tbouars a créées afin de mettre sans relard le protectorat en vigueur. Des modifications devront probablement y être introduites. Vous y réfléchirez attentivement, et vous ne ferez rien que de concert avec ia reine Pômare, et dans l’esprit du Lrailè que j’ai rappelé plus haut. »

El, dans plusieurs autres passages de ces instructions, il est formellement recommandé au capitaine liruat de s’entendre, pour le régime intérieur et toutes les modifications qui pourraient y être apportées, avec la reine Pomaré et les principaux chefs, l'intention formelle du Gouvernement du Roi étant d’exécuter loyalement et strictement le traité de 1842, et de ne poînL aller au delà du protectorat qu’il avait établi.

Il n’y a dans les instructions aucune injonction, aucun mot qui prévoie un cas diffèrent, ni qui s'applique à un autre régime; l'exécution loyale du protectorat est la seule instruction qui ait été donnée à l'amiral et au capitaine Bruat.

Eu novembre 1843, près de quatorze mois, comme on le disait tout a l’heure, après le traité, M. l'amiral DupeüU ThoûaïS est retourné à Taitî.

Je prie la chambre de remarquer que, pendant ces quatorze mois, l'amiral n'a pas cru devoir y retourner; Î1 a constamment résidé sur la côte occidentale de l'Amérique, et il n'a pas jugé, avec raison probablement, que ce qui se passait a Taïti réclamât sa présence.

Cependant, quand il y revint, certains faits s'étaient passés

dans Pintervalle, des faits dont je ne veux en aucune façon atténuer la gravilè, et que la chambre doit bien connaître.

Quelques-uns des missionnaires anglais résidant à Taïtl s' étaient appliqués, par toutes sortes de menées, à éluder l’exécution du traité de 1842 et rétablissement du protectorat* Us salaient appliqués à faire tenir à la reine Pomarè et à une partie de ses peuples une conduite qui entravât, qui rendît moins facile et moins complète l’exécution du traité et du protectorat français.

En même temps qu’un certain nombre de missionnaires tenaient celle conduite à terre, dans l*tle, quelques-uns, c’est à dessein que je dis quelques-uns, car tous n’ont pas tenu la même conduite, quelques-uns des officiers anglais envoyés dans cette station donnaient appui , un certain appui aux menées de ces missionnaires.

Il faut que la chambre, d’un coté, connaisse bien ces faits, et que d’un autre côté elle ne leur attribue pas une portée et une valeur plus grandes qu’ils n’ont eu réellement.

Ces faits avaient créé, sans doute, des difficultés, des embarras pour rautorïtè française qui venait exécuter je traité et réaliser le protectorat. Mais en même temps, au moment où l’amiral arriva devant Taïtl, il y trouva les deux lieutenants de vaisseau qu’il avaiL laissés là pour y créer un gouvernement provisoire, il les trouva, dis-je, eu fonctions comme il les y avait mis quatorze mois auparavant : malgré les entraves qu’ils avaient rencontrées , malgré les difficultés qu’on leur avait suscitées, ils avaient continué de résider paisiblement à Taïtl et d’accomplir leur mission.

De plus, le gouvernement anglais, dans l’intervalle, nous avait déclaré qu’il n’apporterait aucun obstacle à l’établissement du protectorat français à Taïti*

Ce fait arrivé a Taïti, apporté peu avant la venue de l’amiral, ne pouvait manquer (T exercer sur la conduite des officiers anglais, sur la conduite même des missionnaires an-

gïaîs les moins bien disposés , une assez grande influence. Dans les premiers temps» ils avaient agi les tins et les autres dans l'ignorance de ce que ferait leur gouvernement. Quand les intentions du gouvernement anglais leur furent connues, leur conduite se modifia notablement, si elle ne cessa pas tout a fait.

Enfin, le commodore Nicholas, commandant de la FïndktivCi qui, pendant son séjour dans la rade de PapetLi, avait prélé aux menées des missionnaires anglais un appui fâcheux, le commodore Nicholas venait d’être rappelé par l'amiral anglais commandant la station, lorsque l'amiral Dupelit-Thouars arriva devant Taïli. Il venait d'être rappelé depuis un mois environ. L'officier qui commandait une nouvelle frégate dans la rade de Papcïti tenait une conduite parfaitement tranquille, parfaitement étrangère aux menées des missionnaires, ne les excitant en aucune façon, et ne suscitant aucun obstacle à rétablissement du protectorat français.

Voilà dans quelles circonstances, au milieu de quels faits, l'amiral Dupelit-Thouars est arrivé le liT novembre devant Taïtî.

H y avait là , sans nul doute, des difficultés pour Inexécution du traité, pour rétablissement du protectorat; il n'y avait aucune de ees difficultés qui ne peuvent élre surmontées par la bonne conduiLe, par la prudence, par la persévérance, par le temps, et qui exigent l'emploi immédiat et radical de la force.

J’affirme, et c’est là une des principales causes qui ont déterminé le Gouvernement du Roi, qu'il n’exislait, de la part de 1a reine Pômare et des indigènes, aucune résistance sérieuse à l'exécution du traité, lis y me liaient plus ou moins de bonne grâce, plus ou moins de bonne volonté ; mais point de résistance matérielle, point de refus d'exécuter le traité*

De la part des Anglais résidants, missionnaires ou marins,

qui sc trouvaient là, aucune résistance matérielle non pins à l’exécution du traité et du protectorat*

Il n’y avait donc aucune raison d’employer la force, de dépasser tes limites du traité : les embarras qui nous étaient suscités étaient de ceux qu’on surmonte par un peu de temps, de persévérance, de prudence et de savoir-faire.

C’est là le devoir, c’est le métier des gouvernements, et c’est ïe devoir de leurs agents, surtout quand ils ont reçu des instructions positives et qu’ils ne doivent point dépasser.

Au lieu de tenir, messieurs, celle conduite mesurée ci patiente, qui était un acte de politique en même temps qu’une règle de justice, qu’a fait l’amiral Dupelit-Thouars? Ici que la chambre me permette* car il le faut absolument dans ï’interêt de ia vérité, que la chambre me permette de parler avec la plus entière franchise de ce que j’appelle, du fond de mon âme, Terreur d’un homme parfaitement honorable, parfaitement dévoué aux intérêts de son pays* II s’est trompé; il n’a agi ni selon ses instructions, ni avec prudence*

Plein d’une humeur fondée jusqu’à un certain point contre les menées dont j’avais l’honneur d’entretenir la chambre, contre les embarras qu’elles suscitaient au Gouvernement et à lui, it a élevé la question du pavillon.

Je crois qu’en peu de moLs je puis la rendre parfaitement claire à la chambre.

Trois pavillons se trouvaient alors en présence à Taïti : d’abord le nôtre, le pavillon, national, le pavillon français; puis le pavillon du protectorat, que Tamiral Dupetit-Thouars, en septembre 1842, avaiL établi à Taïti, selon la description qu’en a donnée mon honorable collègue, et enbn le pavillon personnel de la reine Pomarc. Qu’a ordonné l’amiral Dupelil- Thouars? 11 n’avait rieu à ordonner sur îe pavillon du protectorat ; celui-ci a toujours flotté, malgré tes efforts et les menées qui avaient eu pour objet, pendant quatorze mois, de

Je faire disparaître, L’amiral a ordonne deux choses : il a ordonné que le drapeau national, le drapeau Incolore, fût planté partout, dans l'ile de TaïLi, sur tous les lieux qui pouvaient être occupés par les Français, el en même temps il a ordonné à la reine Pomarè d’enlever le sien, celui dont M. le ministre de la marine vous a aussi donné La description.

On a dit* et je n’élève aucune difficulté 4 cet égard, on a dit que ce pavillon cuit un présent fait par les missionnaires à la reine Pomarè, el sur lequel on avait inscrit une couronne, n’importe laquelle, pour protester contre le traité de 1842,

Messieurs, vous vous rappelez les termes de ce traité; il maintenait â la reine Pomarè la souveraineté intérieure de sou iïe, la juridiction, tous les droits inhérents à cette souveraineté, II est impossible, aux yeux des hommes tes moins exercés en matière de droit des gens, de dire que la reine n’avait pas le droit d'avoir un pavillon. Souveraine intérieure de Pile, elle avait un pavillon, et elle avait le droit de le déterminer.

L’amiral, au nom d’un droit que ne lui donnait ni le traité spécial ni ïe droit général, a ordonné à la reine ou de supprimer ou de changer son pavillon. 11 lui a dit ; Olcz-le tout â fait ou prenez-en un autre, je ne veux pas de celui-là,

La reine, soit par elle-même, soit par les conseils des hommes intéressés à la brouiller avec nous, et qui restaient auprès d’elle, a résisté; elle a refusé d’abattre son pavillon, et cela, dit-elle, dans l’intérêt de sa souveraineté intérieure, que scs chefs méconnaîtraient si elle abattait son pavillon ou si elle le changeait d’après un ordre étranger.

Sur cela, voici la lettre de la reine el la lettre définitive par Laquelle L’amiral a pris et lui a annoncé sa décision. (ChttchoUemcots ,)

Messieurs, quelque petit que soit le lieu, quelque frivole que soit la question...

A gauchi. Mais pas du tou t !

ji* i,n siixiüTiiE. Quelque faible que soit la reine , il faut que j'en parle comme s'il s'agissait d'on grand souverain et d’après les règles du droit des gens, (Très-bien ! trèsbien 1)

La reine a écrit :

Papém, le & novembre 1843,

* Monsieur l’amiral,

k J’ai reçu la le lire que vous m'avez écrite. Vous pensez que je me laisse guider par les conseils des personnes qui m’enlourenl, et qui ne sont pas favorables aux projets de la France, me dites-vous, et qui pourraient même attirer de grands malheurs sur ma personne et sur mon peuple. Vous vous trompez entièrement; j’agis d’après ma propre impul* sion. Quant au pavillon que j’ai adopté, s'il porte une couronne, c’esL parce que j'ai désiré qu'il en fût ainsi, et que cet emblème rappelle celui de ma souveraineté. Tel est le motif pour lequel je désire le conserver,

« Je désire voir mon pavillon ÜoLLcr comme par le passé, sans que nul changement y soit apporté ; rien n’est stipulé à cet égard dans le traité; aussi ne dois je avoir aucune crainte ; le seul motif qui m’ait engagé à donner ma signature, le 9 septembre 1842, était la crainte d’exposer mon peuple à quelque malheur,

a Recevez mes salutations,

et PoMÀüÉ, reine de Taïti,

« A Jf. le contre-amiralt commandant en chef la» talion de l'océan Pacifique* »

L’amiral lui a répondu**, (Murmures,)

Je ne doute pas, messieurs, et je crois répondre, en le disant, aux légers murmures que j’enlcnds, je ne doute pas que la plupart de ces lettres n'aient èLè écrites, pour la reine Pomarè, par quelqu’un des conseillers qui résident auprès

tfdk, cl probablement par un conseiller ennemi de noire protectorat* Gela est dans la situation; cela doit être entendu de tout le monde*

La lettre de îa reine Pomirè était du 5 novembre ; i’amîrai répondît le meme jour :

« Madame, déjà plusieurs fois je vous ai fait donner avis el je vous ai informée par écrit que, depuis le jour où vous avez demandé ta protection de la France et où vous avez signé un traité avec moi pour abandonner la souveraineté des Mes de îa Société à Sa Majesté Louis-Philippe J>r, roi des Français* * * . »

Je prie la chambre de remarquer qu'il y a là un premier abus des mots, une première déviation du traité. Le traité réserve précisément la souveraineté à la reine. Le irai lé ne dît mémo pas la souveraineté intérieure, j'affirme qu'il porte tout simplement la souveraineté* J'entends, comme vous, que c’est la souveraineté intérieure ; mais vous conviendrez que ce serait abuser étrangement des 'mois, que do dire que par le traité la reine Pomarè a abandonné la souveraineté des Mes de la Société-

Je continue*

tï Vous avez perdu le droit de nommer des ambassadeurs et de faire des traités ou tout autre acte de politique extérieure, et par là aussi perdu tout naturellement le droit de bannière* »

La conséquence n'est certainement pas contenue dans le principe* La souveraineté intérieure emporte parfaitement le

droit de bannière à l'intérieur. « Liée irrévocablement . »

ces questions doivent être traitées de bonne foi, et en écartant toute espèce de subtilité* Il est évident que la reine n’avait pas entendu abandonner la souveraineté de son pays et abandonner te droit d’avoir un pavillon* Je reprends*

«Que la réponse du Uaî fût affirmative ou négative* de votre coté touL est consommé du moment où voire signature a été donnée \ vous êtes dès lors délinitivement engagée. La prise d’un pavillon par votre personne est donc un acle vicié dans son origine* nul de plein droit, el de plus une offense envers la France* puisque vous manquiez a vos engagements avec elle. Je vous ai fait toutes les représentations et donné tous tes avis que ma bienveillance pour vous et votre bien m’a suggérés, afin de ménager votre amour-propre, et de vous amener de vous-même à détruire un acte qui, par la manière dont il a été effectué* est non-seulement une infraction formelle à la foi que vous devez au traité* c’est de plus une in* suite gratuite au Roi de France et à son Gouvernement, r

Permettez-moï* monsieur te ministre, de vous rappeler que vous avez oublié une phrase, celle-ci : « Liée irrévocablement* vous n’aviez pas le droit de faire quelque changement que ce fût avant la réponse du Roi* »

ai. niiisixil» Je vous demande pardon, monsieur* je Fat lue.

Je continue :

u Puisque* par votre lettre en date d’hier, vous continuez votre refus d’amener ce pavillon* et que par là vous continuez à insulter à la France et au Roi* cl à vous jouer de notre bonne foi, de vos promesses et de vos engagements tes plus solennels, c’est avec regret, je vous le déclare, puisque vous m’y forcez de nouveau, si avant deux heures écoulées à partir de la remise de cette lettre, ce pavillon n’est point amené, et qu’avant le coucher du soleil vous ne m'ayez écrit une lettre d’excuse de votre inconcevable conduite, et fait une déclaration formelle que vous revenez de bonne foi à votre traité avec la France, je ne vous considérerai [dus comme reine et souveraine des terres et des indigènes des lies de l.i Société, el j’en prendrai possession au nom du Roi et de la France.

« Par salie de cet acte, toutes les terres de la reine Pomaré et celles des personnes de sa famille qui ne se soumeltronl pas au Gouvernement du Roi seront confisquées au profil de l’Etat, » (Rumeur,)

Messieurs, la reine Pomaré répondît :

« Amiral, je ne me suis écartée en rien du traité que j'ai conclu le 9 septembre 1842, traite auquel j’ai souscrit sous l’influence de la peur,,., n (Interruption à gauche.)

M. k»e tuDffMMLE* pounuivant au milieu du bruit . u Oui, je dois le répéter, j’ai donné ma signature uniquement par crainle. Je puis vous Rassurer, en plaçant une couronne dans mon pavillon, je n’aî nullement eu l’jnlenlion . n

ix. lïLEKN. Il y a deux phrases omises, . (Exclama¬

tions au centre.) Les voici : « Oui, je dots le répéter, si j’ai donné ma signature, c’est uniquement par crainte.

Fote rcOTtt&reu^s. On l’a lue î

*f. i*nÉ8iiii>*T. Si on faisait moins de bruit, on entendrait mieux ta lecture.

.vi. GUYKT-»tiawttOTM]¥ïsti. C’est une rectification I si- i.*î tnîiisTiiE iiEPt amiam ÉTRATviîiiie», Je répondrai à V honorable M, Ayltes, qneje lis les pièces tout entières, sans rien retrancher ; il n’a pas cnlendn la phrase que j'ai Ine.

vi. vvm;N. Il y en a deux.

m, i.e tiixifitnE. Je les ai lues toutes deux, La chambre va juger si je pouvais avoir la moindre ration - , , , îi. Aima* Je ne dis pas que vous ayez des raisons, . , . si* i<E ttïMSTitt;. Eh bien, alors, pourquoi ces interruptions? on n’a jamais vu des chicanes aussi puériles.

Je recommence :

u Amiral, je ne me suis écartée en rien du Irai lé que j’ai conclu le 9 septembre 184?, traité auquel j’ai souscrit sous

Pintluence «Je la peur. Ouï, je dois le répéter (Mouvement), si j’ai donné ma signature, c'est uniquement par crainte- *

Je m’arrête 4 ici un moment» Vous pouvez demander, et vous avez le droit de demander à la reine Pomarè l'exécution du traité, quel que soit le motif pour lequel elle l’ait souscrit j qu’elle Paît souscrit par crainte ou par amour, du moment où elle Pa souscrit, elle est obligée de l'exécuter; vous pouvez lui en demander l'exécution* Mais vous n’avez pas le droit de lut demander compte (le ses motifs, (Fruits divers» — Interruption.)

u Je puis vous Passurer, en plaçant une couronne dans mou pavillon , je n'ai nullement eu l'intention de rompre mon traité, ni de me mettre en opposition avec les gouvernements européens.

ci Telle a été ma volonté royale- Je ne désire en aucune manière susciter le moindre éloignement entre moi et le Roi de France; bien loin de là, je suis pleine de respect pour sa personne, ainsi que pour le traité conclu avec lui* »

M. Pamiral Dupetit-Thouars n’en a pas moins exécuté la menace qu’il avait adressée à la reine Pomarê*

La chambre connaît la lettre que la reine Pômare a adres* sêe au Roi par P entremise même de Pamiral et du capitaine Rruat.

Plusieurs membres de la gauche . Lîsez-la : lisez-la l

ME. ub !hixiiktb£. Je la lirai.

Je ferai remarquer à la chambre , parce que je sais qu’en dehors de cette enceinte on a essayé d’ élever quelques doutes à cet égard , je ferai remarquer, dis-je, à la chambre quele caractère de la lettre ne peut être révoqué en doute, qu’elle est écrite dans U langue même de TaïLi , et qu'elle est parvenue au Gouvernement par P entremise de Pamiral Dupelii-Thouars*

Elle est ainsi conçue :

u O Roi ! j'ai été privée dam re jour de mon gouverne-

ment ; ma souveraineté a été violée, et voire ar

/ parce que }*év; tais accusée de ne pas observer le traité conclu Je 9 septembre 1842, /f?

« Je n'eus jamais ^intention, en mcUatatJa couronne' dans mon pavillon, de condamner ledit traité ei dî, vous insulter, à Roî ï Je suppose que vous ne considérerez Wÿjfe fait d'avoirmis la couronne dans mon pavillon comme îhxcrihie* Vïç\ïè . amiral ne demandait le changement que d'une pelBrpSffie; mais si j’y avais consenti, ma souveraineté aurait été méprisée par les grands chefs,

« Je ne connaissais non plus aucune partie du traité qui déterminât la nature de mon pavillon.

« Je proteste formellement contre la dure mesure prise par votre amiral; mais j’ai confiance en vous, et j'attends ma délivrance de votre justice et de votre bonté pour une souveraine sans pouvoir. » (Sensation,)

« Ma prière, la voici :

<i Puisse te Tout-Puissant adoucir votre cœur! Puissiezvous reconnaître la justice de ma demande, et me rendre la souveraineté et le gouvernement de mes ancêtres !

a Soyez béni par Dieu, 6 Roi, et que votre règne soit long et (lotissant. Telle est ma prière ! » (Sensation*)

Voilà les faits complets, messieurs, voilà dans quel état la question sTest présentée au Gouvernement du Roi,

Il a cru devoir ne pas approuver h conduite de l'amiral ; il a ordonné l'exécution pure et simple du traité de 1842, et le maintien du protectorat français dans Vile de Taïli.

Il a pensé qu'il n*y a vait dans les instructions, soit de l'amiral, soiL du capitaine Druat, rien qui autorisât b faire ce qu’on a fait* 11 a pensé en même temps qu'il n'y avait dans les faits, dans les circonstances , au milieu desquels l'amiral est ar-

rivé dans Pile, aucune nécessité pressante, incontestable, évidente, qui ne luî laissât rien à faire que ce qu’il a fait*

Nous avons pensé que, malgré les difficultés, les entraves, les embarras, Inexécution pare et simple du traité, rétablissement du protectorat français était parfaitement possible*

D'autres difficultés seraient probablement survenues ; avec le temps elles auraient été dénouées comme les premières* La force française n'avait la aucun rivai , aucun obstacle; elle pouvait bien garder pour elle Le droit : nous pensons qu'elle ne l'a pas fait*

Nous pensons de plus qu'il n'y avait pour la France aucun avantage a échanger violemment, en un jour, le régime du protectorat contrôla possession complète et directe delà souveraineté* Pourquoi avons-nous voulu notre établissement dans l’Océanie ? uniquement, et la discussion de l'année dernière en fait foi , pour avoir dans ces parages une bonne station pour notre marine militaire et pour notre marine marchande* Nous avons toujours répété, tous, gouvernement et opposition, que nous ne cherchions là ni colonies proprement dites, ni établissements territoriaux, mais une station maritime. Celait là ce que nous voulions. Le protectorat nous le donnait; la souveraineté directe et complète, au contraire, s’écartait du but primitif de l'entreprise : elle était inutile et pouvait devenir onéreuse, en nous engageant dans des complications que nous avions voulu prévenir. Après cela, par le cours des temps, par rinftuence de l’administration , par la force des choses, le protectorat aurait pu se modifier, s’étendre, s'adapter à certaines portions du gouvernement intérieur de File, Tout cela pouvait arriver ; mais quelle différence entre ces résultats naturels, acceptés, d’un bon gouvernement, et un acte violent que ne motivaient ni les instructions, ni l’utilité, ni la nécessité !

Enfin, à toutes ces considérations est venue s’ajouter pour nous celle de la justice. Il n'y avait pas d'instructions, il n’y

avait pas oiilité, nécessité; il n'y avait pas non plus justice envers la reine et les indigènes. L'établissement de la France dans des mers nouvelles ne doit pas s'inaugurer par un acte de violence contre les peuples au milieu desquels elle arrive, (Marques d'approbation au centre,)

Ce sont ces motifs, le défaut d’instructions, te défaut de nécessité et d’utilité, le défaut de justice, qui nous ont déterminés dans la résolution que nous avons prise.

Mais on nous dit, et que la chambre ne s’étonne pas si je me sers d'expressions qui me sont très-désagréables à prononcer, il faut bien les répéter comme on les a entendues; on nous dit ; Vous avez pris votre résolution parce que l’Angleterre Pa voulu ; vous avez attendu pour la prendre de connaître son désir.

Messieurs, est-ce que nous ne parviendrons jamais à nous respecter les uns les autres ?

Au centre ♦ Très- bien 1

si. i,i3 üiixistoi:. Est-ce que nous ne parviendrons jamais à nous critiquer, à nous attaquer, à nous combattre, à nous renverser, sans nous imputer les uns aux autres des motifs coupables et honteux. (Nouvelle approbation m centre»)

Pour mou compte, je respecte profondément mon pays el mes adversaires comme mes amis,

A gauche . Oh 1 oh :

si. 1*13 mvr§TitT:. Je désapprouve complètement leur politique, leurs raisons, leur conduite, mats encore une fois je les respecte eL je ne leur imputerai jamais de motifs coupables et honteux. Je demande pour mes amis, pour mon parti, je demande pour ma politique, pour moi, la même justice. Est-ce trop, messieurs?

Messieurs, j’ai assez vécu pour voir passer devant moi bien des gouvernements, bien des pouvoirs ; j’ai vu l'empire avec l'ascendant de sa gloire ; j'ai vu la restauration avec l'autorité de

ses souvenirs ; j’ai vu le pouvoir populaire avec l* entrainement de ses idées et de ses passions. Aucun de ces pouvoirs, j’o&e le dire, ne m’a jamais trouvé complaisant ni disposé à plier devant lui. Dans le cours d’une vie déjà longue, j’ai plus souvent résisté que cède à la force qui dominait an milieu de noire société. Et ce serait devant des pouvoirs étrangers, dcvanL des gouveruemenls étrangers, que j’irais faire acte de concession el de faiblesse ! Messieurs, cela est absurde à supposer ; cela n’est jamais entré dans la pensée, je dirai dans la possibilité ni de moi ni d’aucun de mes collègues, (Marques d’approbation,) Non, il n’est pas vrai que nous ayons eu avec le gouvernement anglais, avant d’avoir pris notre résolution, des communications sur ce qui pouvait ou devait être fait; cela n’est pas vrai; je le déments formellement, officiellement, complètement (Trèsbien [), et tout a l'heure l’honorable préopinant a reconnu lui-même, avec sa loyauté ordinaire, que le premier ministre d’Angleterre avait dit à la tribune ce que je dis ici, qu’il n’avait eu aucune communication avec le Gouvernement français, La chambre entend bien mes paroles ; clics sont rigoureusement exactes.

Sans douLe, en prenant notre résolution, nous avons tenu compte de nos relations avec l’Angleterre ; il eût été, permcLlez-moï de le dire, absurde de faire autrement. C'est la première règle du bon sens, c’est le premier devoir d’une politique un peu intelligente, d’apprécier chaque question et chaque affaire à sa juste valeur, de savoir quelles conséquences elle aura dans ^ensemble de nos affaires et de nos relations avec les autres Etals, avec tel ou tel État- Je le répète, c’est là la première maxime du bon sens, le premier devoir d’tme publique intelligente; et on voudrait que nous l’eussions oublié, que nous l’eussions négligé ! Dieu m’en garde ! Je suis le premier à dire que lorsque nous avons examiné celte question, nous avons pensé à Pétat de nos re-

1a Lions avec T Angleterre. Mais cela nf empêche pas que nous n’ayons examiné et résolu la question dans la plus complète indépendance de toute influence étrangère, anglaise ou autre, uniquement par des considérations puisées dans l'intérêt de la France elle-même. Quand nous avons accepté eu 1812 le protectorat, avons-nous craint le déplaisir de l’Angleterre P il a été sensible, cependant. Sans uni doute le protectorat, le traité de 1842 lui ont été fort peu agréables* Nous l’avons accepté cependant sans hésiter, parce que nous avons cru que Pintèrct ei la dignité de la France étaient engagés à l’accepter.

Eh bien, les mêmes raisons qui en 1842 nous ont fait accepter le protectorat, nous font en 1841 repousser la souveraineté directe et complète ; nous avons agi dans les deux cas avec la même indépendance, et par les seules considérations puisées dans P interet de la France.

On dit : Pourquoi y avcx-vous mis huit jours, pourquoi ne vous êtes- vous pas prononcés tout de suite ?

Mon honorable ami, M. le ministre de la marine, vous dira tout à l’heure ce qu’il pense de cette question. Pour moi, je réponds sur-le-champ que je ne crois pas que jamais aucune question de celte importance ait été examinée et résolue plus vite. Une question semblable s’est présentée , il y a peu de mois, à l’Angleterre elle-même. Un de ses officiers avait pris possession du protectorat des îles Sandwich. Elle a examiné si elle avouerait ou désavouerait cet officier , si elle accepterait ou refuserait ïe protectorat, et elle a mis plus de six semaines à résoudre celte question. Entre la nouvelle et la résolution , plus de six semaines, si je ne me trompe, sc sont écoulées.

Je sais bien qu’on dit : Mais dans ces huit jours il est arrivé que quelques paroles oui été dîtes dans le parlement an* glaîs sur la question, et certainement ce sont ces paroles qui

vous ont décidés. 11 es t bien malheureux que vous ne vous soyiez pas prononcés avant qu'elles aient éLè dites*

Messieurs, c'est moi qui ai du malheur, car ce qui parait fier à mes honorables adversaires, à moi me parait timide et bas* Ce qu'ils regardent comme un acte de fermeté, moi, je le trouve un acte de faiblesse et de pusillan imité. Comment ! parce que nous craindrons que quelques paroles soient dites dans un parlement voisin, sur une question à laquelle il porte intérêt, il faudra que nous décidions celle question à U course ! [Très-bien! très-bien!) Il lauira, par crainte de quelques paroles, que nous ne nous donnions pas le temps d’examiner ces questions et de les peser mûrement! Il faudra que nous approuvions ou que nous désapprouvions la conduite d’un officier dans les vingt*qualrc heures, pour éviter qu’on en dise un avis, qu'on en exprime une opinion de l’autre coté de la Manche l

Messieurs, je n’hésite pas 4 dire qu'il y aurait dans celte précipitation, fondée sur un tel motif, infiniment plus de faiblesse, infiniment plus de pusillanimité que dans la conduite que nous avons tenue, incomparablement plus* (Marques d’approbation*)

Pour nous, je le dis très-haut, je le dis sans craindre de blesser les hommes honorables qui siègent dans le parlement britannique, pas plus que je ne crains de blesser mes amis, nous réglons notre conduite indépendamment des paroles qui peuvent être dites, ou n’étre pas dites dans l’enceinte du parlement; nous les décidons pour elles-mêmes, par des raisons françaises, et non pas à cause des paroles anglaises. Nous n'avons pas craint que ces paroles fussent pronon cées, et nous nous sommes conduits après comme nous nous serions conduiLs avant* (Très-bien ! très-bien !)

Quant a la question de savoir si huit jours sont de trop pour prononcer sur une pareille affaire, j’ai V honneur de dire h la chambre que mon honorable collègue, M. le ministre de

la marine répondra à celte panie do l’ubjecLion. (Très-bien : très-bien ■)

Messieurs, je crois que cela saflit à la question qui vous occupe* Mais cela ne me suffit pas à moi.

Indépendamment de ce qui a pu se dire à l’égard de celte question spéciale, on parle beaucoup, on parle sans cesse de* puis longtemps de la faiblesse du Gouvernement du Hoi visà-vis de FÀnglelerre, de sa timidité, de scs concessions per* pètueiîes,

Je «o P&nx laisser passer celte calomnie (Très-bien) ; et, puisqu'elle se présente ici, je la prendrai de front, et je lui demanderai raison de l 'audace avec laquelle elle se produit. (Marques très- vives d’approbation.)

Ouï, messieurs, je croîs les bons rapports, la bonne intelligence entre la France et' l’Angle terre, essentiels à la prospérité, au bien-être, à la dignité des deux pays et des deux gouvernements ; et, pour mon compte, je m’applaudis, je tiens à honneur d’avoir contribué à rétablir et de contribuer tous les jours à maintenir cette bonne intelligence et ces bons rapports. Mais ils ont été rétablis; iis sont maintenus sans nul sacrifice des vrais, des grands intérêts et de la dignité de notre pays. Notre politique a été constamment, est constamment indépendante et nationale.

Un mol, un seul mol sur quatre ou cinq faits ; je ne les traiterai pas, je ne veux que les rappeler.

En Espagne, personne ne peut dire que nous nous soyons mis à la suile de la politique de l’Angleterre ; nous avons eu tort ou raison, mais personne ne peut dire que nous avons concouru, travaillé à maintenir ce que l’Angleterre maintenait, à renverser ce qu’elle renversait, personne î Bonne ou mauvaise, notre politique, en Espagne, a été parfaitement indépendante et nationale.

Dans une question qui a si fortement préoccupé la chambre, dans la question du droit de visite, les chambres ont in-

diqué, clairement indiqué au Gouvernement quelle était la politique qu'elles regardaient comme nationale ; le Gouvernement Ta acceptée; il L’a sérieusement, loyalement acceptée. Ce n'était certainement pas pour plaire au cabinet anglais*

Dans des questions d'un autre ordre, qui ont aussi beaucoup préoccupé les esprits , dans les questions de 1 ordre matériel, on a beaucoup parlé d'un traité de commerce qui serait imposé par l'Angleterre ; a-bil été conclu ? Ne vous ai -je pas dit, au contraire, que nous sortions de celte voie , que nous entrions dans une autre voie qui assurait à la politique matérielle de notre pays plus d'indépendance et de sécurité. Nous n'avons certainement pas là fait acte de complaisance et de servilité envers l'Angleterre.

Voulez -vous de plus petites questions? N'avons -nous pas rendu ces ordonnances qui ont changé les rapports commerciaux de l'Angleterre et de la France sur les questions des Lils et tissus de lin:1 N'avons- nous pas pratiqué à cet ègari-là une politique ds intérêts matériels parfaitement indépendante et française?

Tout à l'heure, au mois de décembre dernier, M. le présb dent du conseil n'a-t-il pas fait rendre, sur les tarifs et les douanes de l'Algérie, une ordonnance vouée également aux seuls intérêts français et qui a blessé sur plus d'un point des intérêts anglais respectables, mais qui n'étaient pas les né* très?

Soit que vous preniez les grandes questions politiques, soit que vous preniez des questions d'intérêts purement matériels, vous trouverez que notre politique, non pas notre politique annoncée, mais notre politique adoptée, pratiquée*.. (Trèsbien ! très-bien !} a clé parfaitement indépendante de toute influence étrangère, parfaitement nationale.

Il est ridicule de parler de soi ; il est ridicule, et, en général , très-inconsidéré de se faire valoir ; cela n’est bon ni pour la considération personnelle, ni pour Tuttlil de la poli-

tique qu’on sert ; mais je n’ hésite pas à le dire : partout ailleurs que sur ces hmtà (Montrant lu bancs de la gauche), demandez qu’on examine tout ce qui s’est passé entre l’Angleterre et la France depuis trois ans* etdemandez si nous avons droit de noos plaindre. {Mouvemeoten sens divers.)

La tâche que nous nous sommes imposée depuis trois ans, et que nous croyons avoir accomplie, est celle-ci : c’est de rétablir et maintenir les bons rapports, la bonne intelligence, l’entente cordiale avec le gouvernement anglais (Sensation), en pratiquant, toutes les fois que ^occasion s’en présenterait, une politique indépendante et nationale, une politique dirigée par les interets français.

Nous avons eu et nous avons beaucoup à nous louer du bon esprit, du bon vouloir du cabinet anglais; j’ai la confiance qu’il en dît autant de nous ; mais soyez sûrs qu’il est bien convaincu de la complète in dépendance de notre politique, et qu’il ne compte pas de notre part sur une concession, ni sur une faiblesse.

Je reviens à la question spéciale et je la résume en quelques mots.

Voici dans quelle alternative nous nous sommes trouvés :

D’un coté, le respect des traités et de la justice, le maintien des instructions et de la discipline au sein du Gouvernement (Très-bien !) , le soin prévoyant des intérêts français, particuliers et généraux, en Océanie et en Europe*

D’un autre côté, une infraction aux traités et à la justice, un oubli des instructions et de la discipline au sein du Gouvernement, un oubli des véritables, grands, généraux intérêts français; et, en outre, des clameurs irréfléchies et des imputations calomnieuses.

Voilà les deux côtés de la question, voilà entre quoi nous avons eu à choisir. Nous n’avons pas hésité. El si nous avions hésité, si nous avions pris une résolution autre que celle que nous avons prise, messieurs, aujourd’hui, au moment où la dis-

cjssïon cl la publicité se lèvent sur ccîle affaire, je ne sais pas ce qu'on nous dirait; mais je sais bien que, pour moi, je baisserais la tête el je chercherais à me cacher à mes propres yeux, tant je mt sentirais houleux et coupable d'avoir fait avec tant de légèreté, d'imprévoyance el de faiblesse, les affaires de mon pays. (Vif mouvement d'approbation au centre.)

(Après co discours , une vive agitation règne dans ta

chambre.)

EXTHAtT DU MONITEUR UNIVERSEL du l r mar& 1844*

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SESSION DE 18 i 4

PKONOSCK

PAR M. GUIZOT

MAISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

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