DANS LA DISCUSSION SUR LES FONDS SECRETS
Span™ du 16 avril 1 84 4
Je n’ai pas dessein de prolonger celle discussion; mon bondraide collègue M, le ministre de rinstruclion publique a répondu sur le fond des choses. Mais, après ce qui vient d’étre dit à cette tribune, après ce qui a été dil hier par M. le prince de la Moskowa et par M, le conile de la Redorle, je lie puis me dispenser de présenter à la chambre quelques cour les observations .
Messieurs, il y a des reproches auxquels il devient chaque jour plus difficile de répondre; ce sont ceux qui ont été dis fois, vingt fois produits et réfutés ; réfutés non-seulement par ceux qui sont intéressés à les comlmtlre, mais par
les juges naturels de pareilles questions, par vous, messieurs, par les grands pouvoirs de P Etal.
Que voulez-vous que je réponde, après je l'ai déjà lait si souvent, à cette accusation de pusillanimité, de crainte, qui se reproduit toutes tes fois qu'il est question des affaires étrangères? C’est une question que vous avez jugée vingt fuis, que le pays a jugée vingt fois avec vous. C'est la question qui se débit entre nous depuis plusieurs années; c'est la question qui se reproduiL dans toutes Ses adresses, qui K* vient à propos de TaïLï, à propos de l’E^ague, à propos de la Grèce, à propos de toutes choses. Qce vous dirai -je que vans ne sachiez? ï ^opposition fait sans cesse résonner de grandes paroles qui flattent l'amour-propre du pays; l’opposition parle au nom du pays; maïs le pays a condamné vingt fois l’opposition; le pays est avec nous et non pas avec elle; le pays a jugé deux ou trois fois par an que notre politique n'avait rien de blessant, rien de Funeste pour les intérêts et la dignité de la France. Qu’on cesse donc de reproduire un reproche qui a été réfuté vingt fors, non par nous seuls, mais par vous -mêmes, messieurs, mais par l'autre chambre, mais par le pays tout entier.
Il est un point dont l’honorable prince de la Moskowa a parlé hier et sur lequel je suis bien aise de m’expliquer ; c'est une question intérieure. Il a parlé de la dotation.
Messieurs, il est très-vrai que le cabinet pense que la conséquence naturelle, légitime, non-seulement de la loi de régence, comme le disait hier M. le prince de la Moskowa, mais de tout notre établissement monarchique, c’est un système de dotations pour la famille royale* Le cabinet regarde cela comme légitime, comme juste, comme utile dans les intérêts du paya tout entier, car les intérêts de la famille royale ne sont et ne peuvent être que ceux du pays luimême* (Très-bien î )
Le cabinet n’ignore pas en même temps, et une triste ex-
pérîenee le lui a appris chaque jour, qu’on a profité de celte question pour répandre une multitude d’erreurs, de caloni* nies accueillies par une ignorance crédule, par une mal* veilla n ce intéressée, et dont les factions se servent dans les plus perfides desseins*
Messieurs, il faut lutter contre ces grossières et funestes erreurs; il faut les dissiper ; il faut guérir le mal qu’elles ont fait, car ce n’est pas avant d’y avoir réussi qu’on peut porter devant les pouvoirs publics une semblable question ; ce ne sont pas là des questions qu’on hasarde, qu’on puisse perdre impunément* Quand on les a perdues, non-seule* ment il en résulte pour ces questions mêmes un grand mal, mais ce mal s’étend sur la monarchie et sur la royauté elle-même. (C’est vrai ï)
Il ne faut porter de telles questions devant les pouvoirs publics que lorsqu’on a guéri, autant qu’il est permis de l’espérer, le mal qui, dans les esprits, est uo obstacle à un dessein si légitime. C’est à ce mal qu’il faut s’adresser; ce sont ces erreurs qu’il faut dissiper, ce sont ces calomnies qu’il faut combattre. Et quand on aura atteint ce premier but, quan l le pays sera détrompé et éclairé sur les faits à propos desquels ou l’a tant abusé, c’est alors qu’il sera du devoir du Gouvernement de reproduire la question, de La débattre devant les chambres et d’en obtenir, comme je l’espère, une solution conforme aux grands intérêts du pays. (Très -bien î) Bien loin donc qu’on puisse faire au cabinet aucun reproche sur la conduite qu’il a tenue en cette circonstance, je n’hésite pas à dire qu’il a tenu la seule conduite qui fut sage, monarchique, loyale, je dirai patriotique*
Je viens à la question spéciale qui a rempli hier toute la séance, à la question de Taïli* Je vais la résumer en peu de mots, pour bien mettre devant les yeux de la chambre et les faits essentiels et les motifs qui ont déterminé h résolution du Gouvernement.
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fl y a dans celle question trois époques bien distinctes : rétablissement du protectorat provisoire soumis à la ratification du Roi; l'intervalle qui s'est écoulé entre l’établissement de ce protectorat provisoire et la dépossession de ta reine Pomaré ; enfin cette dépossession même, qui est ïe dernier acte de ce drame*
Dans la première époque, les motifs qui ont déterminé Pamiral Dupelit-Thouars à accepter le protectorat provisoire ont été sérieux, légitimes* Je ne reprendrai pas la question tout enLière de nos établissements de l’Océanie; il faut que les discussions aient un terme, que lorsque les questions ont été solennellement débattues et résolues par les pouvoirs publics - . .
mu Lr: cohte de i*,i ike doute* C’est la première fois que celle question est Irai Léo devant la chambre des pairs*
si. i,e vïCoute k> u ii 4i D t t i Ai* k * N on , je Pai traitée , moi.
m* le mviaiuL. La question de nos établissements dans L’Océanie a été largement débattue dans la chambre des députés l’année dernière; Le projet de toi dont elle était l’objet a été porté dans ceLle chambre ; il y a été examiné et voté* S’il n’a pas été ici l’objet d’une discussion plus détaillée, ce n’est pas au Gouvernement qu’il faut s’en prendre, c’est aux honorables membres de l’opposition ; la chambre ne peut pas avoir oublié que la question spèciale de la convenance de nos établissements dans l’Océanie a été, l’année dernière , l’objet d’un projet de loi spécial discuté dans les deux chambres.
Je répète qu’il faut bien que ces questions-là, quand elles ont été sérieusement débattues, soient considérées comme résolues et qu’elles ne soient pas reproduites tous les jours comme si ta résolution était encore à prendre.
Le protectorat provisoire , établi par l’amiral Du petit-
Thouars, «’a pas laissé de faire entrevoir dès l’origine, comme le disait l’honorable M. Peiet, des difficultés, des embarras possibles. C’est la condition de toutes les affaires de ce monde : vous ne verrez nulle part un acte de quelque importance, il n’arrivera nulle part un événement un peu remarquable qui ne contienne en germe des difficultés et des embarras, C’est ce qui est arrivé ici. Il y avait parmi les chefs de Taïti des hommes à qui le protectorat plaisait, qui IV vaienl provoqué ; il y en avait d’autres à qui il déplaisait. Il y avait parmi les résidents étrangers, parmi les missionnaires, des hommes qui n’ont fait aucun obstacle à l’établissement de ce protectorat, qui y ont formellement applaudi; il y en avait d’autres qui Pont trouvé fort mauvais, et qui, dès le premier moment, ont suscité des obstacles. La situation était donc prévue dès l’origine, personne n’a le droit de s’en étonner, c’est la condition de tous les événements de quelque valeur.
Une fois le protectorat provisoire établi, M. l’amiral Dupelit-Thouars retourna à la côte du Chili. Il n’avait laissé à Taïti que deux lieutenants de vaisseau chargés du gouvernement provisoire, eLune corvette dan s la rade. Pendant tes premiers mois, peu de difficultés se sont produites : le gouvernement provisoire a vécu en paix avec les naturels, avec la reine ellemême, Bientôt cependant des symptômes de malveillance n’ont pas tardé à se produire; les missionnaires mécontents et les chefs qui n’avaient pas accepté le protectorat de bonne grâce ont fait des menées pour exciter la reine contre nous, pour susciter au gouvernement provisoire des difficultés* Une corvette anglaise est arrivée en rade , elle a prêté un peu la main à ces embarras, à ces menées ; elle s’est retirée apres un court séjour. Une frégate anglaise est arrivée, celle que commandait le commodore Nicholas; elle a encore plus clairement appuyé les adversaires du protectorat provisoire ; elle leur a donné tantôt des conseils, tantôt un certain appui
moral ; tantôt même le commandant a fait quelques entreprises qui étaient d'accord avec la mauvaise volonté de certains habitants.
Je prie la chambre de remarquer que les officiers de la marine anglaise qui s'associaient ainsi aux menées des malveillants dans rile de Talti, et le consul anglais missionnaire qui se prêtait aux mêmes menées, n'avaient reçu encore aucune instruction de leur gouvernement, ne connaissaient a cette époque en aucune façon les intentions de leur gouvernement. Les instructions données par le gouvernement anglais à ses agents, je n'ai pas besoin de les lire à la chambre, M. le prince de la Woskowa lui en a donné hier lecture ; elles ont été parfaitement claires et catégoriques. Sans aucun doute, l'établissement du protectorat français ne plaisait pas au gouvernement anglais ; il n'en a pas moins déclaré qu'il n'y apporterait aucun obstacle, que les bâtiments anglais auraient l'ordre de saluer le pavillon français, le pavillon du protectorat, et que la reine Pomarê, qui avait signé le traité, devait l'exécuter. Les instructions et la conduite du cabinet anglais ont éLé parfaitement franches et nettes. Sans doute il a fait des réserves dans l'intérêt de la protection à accorder aux missionnaires anglais, aux résidents anglais qui voudraient rester dans l'ile pour y faire le commerce; réserves légitimes, et qui n'aUeigoaîent en aucune façon les droils que le protectorat concédait à la France,
Mais , je le répète , à l'époque dont je parle , dans l'intervalle entre rétablissement du protectorat et la dèposscssion de la reine Pomarè, les agents anglais n'avaient aucune connaissance de ces instructions. Elles sont parties en juillet 1843 ; les dernières dont parlait M. le prince de la Moskowa ne sont parties qu'eu septembre. Il est donc è peu près certain que les instructions, même les premières, n'é * raient pas arrivées k Taïti lorsque l'amiral a changé l'étal de choses qu'il y avait établi avant son départ.
™* ee cuctte mie li bkdoute. Mais vous avez dit le contraire à la chambre des députés-
m* ee hïhntbe, St je Pavate dit, je me serais trompé, j aurais mat calculé les dates, et je n'hésiterais eo aucune façon à reconnaître une erreur*
m* ee comité de 14 redoute* Vous avez même tiré des conséquences de ce que ces inslructions étaient alors arrivées,
“ "iïistbk, Ce qui importe ici, ce n’est pas une erreur possible de dates, ce sont les faits mêmes.
bes instructions du gouvernement anglais, dis-je, sont de juillet 1843, et aux époques dont je parle, les agents anglais n’en avaient aucune connaissance. Qu’esl-il arrivé cependant? Tous ces embarras, toutes ces menées, soit de quelques-uns des ehefs tje l’ïJe, soit de quelques-uns des missionnaires, soit de quelques-uns des officiers anglais, n’or,l eu aucune conséquence importante, aucun résultat pratique. Il n’y a eu, au gouvernement du protectorat provisoire, aucune opposition effective, matérielle. Il n’y a eu entre les officiers français et les officiers anglais aucun conflit. Je dis plus, les officiers anglais dont nous avions à nous plaindre ont été rappelés de la station de Taïti par l’amiral Thomas, qui commande toute la station de l’Océan Pacifique, quand il a été informé que leur présence suscitait des chances de collision entre la France et 1 Angleterre. Lorsque l’amiral Dupelit Thouars est arrivé à Faili, le commodore Nicbolas avait été rappelé par l’amiral Thomas, avant que les ordres donnés par l’amirauté anglaise pour son rappel fussent arrivés.
Enfin, pendant cet intervalle, M, Dupetit-Thouars luimême n’avait pas jugé la situation assez pressante, pour que sa présence à Taïti fût nécessaire, et tes deux officiers chargés du gouvernement provisoire, et qui l’ont conduit avec beaucoup de sagesse, de mesure cl de fer-