DU PROJET DE LOI SUR LIKSTRCCTION SECONDAIRE
Séance du 35 avril i&H
Messieurs ,
Votre commission, arec une sagesse haute et difficile, a scrupuleusement circonscrit son travail déjà si vaste ; elle s’est renfermée dans les questions de principe et d’organisation que soulève naturellement le projet de loi soumis à son e*amen; elle ne s’est point préoccupée des faits extérieurs et politiques au milieu desquels ce projet se trouve placé ; elle s'est tenue tout à fait en dehors des débats qui se sont élevés à cette occasion entre les grands corps de l’Etal, le clergé, la magistrature, l’administration, l’université, débats où lé Gouvernement lui-méme est si grandement intéressé.
C'est là, messieurs, mi bel cl salutaire exemple de retenue et de sérénité d’esprit, dans un temps ou il semble impossible de ton cher à quelque partie de l’édifice social sans qu’aussilôt une foule de bras ne se lèvent pour le remanier et l’ébranler tout entier; dans un temps où le moindre souffle, venu d'un coin de l’horizon, est à l’instant recueilli, fomenté et transformé en un orage violent et général.
Je remercie votre commission du parti qu’elle a pris î et pourtant je viens faire, en ce moment, précisément le contraire de ce qu’elle a Tait. J’ajourne à la discussion des articles du projet de loi l’examen des questions spèciales qu’il soulève. Mais plus la discussion générale a avancé, plus j’ai senti le besoin que mes honorables collègues, MM. les ministres de l’instruction publique et des cultes, avaient senti les premiers, le besoin de manifester hautement et avec précision quelle est, sur celte situation politique qui entoure et voudrait dominer le projet de loi, la pensée du Gouvernement du Roi, son intention, l’idée qu’il se forme de ses devoirs, la conduite qu’il se propose de tenir.
Cette nécessité est d’autant plus pressante que la situation dont je parle est assez nouvelle et un peu inattendue. Où en étions-nous, il y a deux ans, trois ans, pour les rapports de l’Eglise avec l’Etat, du clergé avec le Gouvernement? Non-seulement ces rapports étaient paisibles, mais ils étaient sincèrement bons, bienveillants , harmonieux; le clergé gagnait visiblement tous les jours, et pour sa situalion extérieure, cl en influence, en ascendant moral sur les esprits. Le Gouvernement le secondait hautement dans ce progrès moral et légitime. Nous étions, je n’hésite pas à le dire, les uns et les autres, en pleine paix et dans la bonne voie, dans la voie de l’ordre véritable et du vrai progrès. Qu’est- il donc survenu qui, de cette voie, nous ail fait passer si vite à l’état de lutte où nous sommes? L’Eglise et l’Etat, le Gouvernement et le clergé ont-ils changé, l’un envers
l'autre, de sentiment, d'intention, de conduite? Par quel» motifs, 4 raison de quels évènements?
Non, messieurs, non; rien de semblable n'est arrivé. Le Gouvernement est, à l'égard de la religion et du clergé, dans les mêmes sentiments, dans les mêmes intentions dont il a été animé pendant tant d'années ; il aime et soutient la religion non-seulement parce que La religion est un principe d'ordre, de soumission aux lots, cette raison est bonne, mais encore par des raisons plus hautes et plus profondes. Le gouvernement sait qu'en même temps qu’elle est un principe d'ordre extérieur, la religion donne et donne seule à la masse des hommes ïa règle intérieure, le frein moral, plus nécessaire dans un pays libre et dans une société démocratique que dans toute autre. (Murmures d’approbation»)
Le Gouvernement sait aussi qu'en même temps qu'elle donne la règle intérieure, la religion satisfait, apaise, élève les âmes; elle les satisfait et les apaise bien autrement que la fortune humaine ne sait les satisfaire et les apaiser ; elle les apaise sans les énerver et les blaser; elle les élève en les laissant dans un état calme et modeste. La religion seule fait de telles choses. Et ce que j'en dis ici n'est point pour le vain plaisir d'étaler devant vous les mérites de la religion; c’est pour montrer que le Gouvernement les connaît, les comprend, qu'il en est profondément convaincu, et qu'aujourd’but, aussi bien qu'il y a quatre ou cinq ans, il sait tout ce que la religion apporte de force, d'appui, de bonheur et d'honneur à la société et à l’Etat dans l'alliance qu'elle a contractée avec eux. (Très-bien ! très-bien:)
Les dispositions, les sentiments du Gouvernement à l'égard du clergé ne sont donc pas changés; ils sont les mêmes, et aussi sincères qu'ils l'étaient autrefois.
Les .dispositions du clergé lui-même sont-elles changées? de ne le pense pas. .Te suis convaincu qu’au] ou rd’hui comme il y a quelques années, La majorité, la grande majorité du
dergè ne songe qu *à accomplir sa Uche religieuse et murale ; qu'elle accepte sincèrement sa situation et sa mission dans la société actuelle ; qu'elle ne demande pas mieux que de s'y dévouer en s'y renfermant.
Un des honorables préopinants s'est plaint de ta défiance qu'on a quelquefois témoignée au clergé ; il avait raison ; il n'y a pas d'alliance sans confiance ; mats je t’affirme, la con fiance du Gouvernement du Roi dans les sentiments, dans les intentions, dans tes idées de la grande majorité du clergé, est réelle et sincère.
Rien donc au fond, et à considérer l'ensemble des choses, rien n'est changé dans les rapports, dans les dispositions de l'Etat et de l'Eglise, du Gouvernement et du clergé.
Pourquoi donc, je vous le demande, pourquoi ïa lutte à laquelle nous assistons, à laquelle nous sommes presque obligés de prendre part P
Une question a été posée, une question qui planait depuis longtemps au-dessus de la société. Elle est descendue dans l'arène; elle a été posée nettement, pratiquement; c'est la question de la liberté de l'enseignement. Elle a mis dans le clergé un grand mouvement; pas aussi grand, j'en suis convaincu, qu'il le paraît ou qu'on le dit ; une portion trèsconsidérable du clergé ne s'est pas associée à ce mouvement, n’est pas entrée dans cette lutte, et a continué de remplir simplement, comme elle le faîsaîL auparavant, ses devoirs et sa mission. Mais j'accorde que l’émotion a êlé grande et qu'une portion très-considérable du clergé français y a pris pari. Permettex-moi de rechercher pourquoi, de rechercher si les dispositions de celte partie du clergé qui est entrée dans la lutte sont partout les mêmes; il importe extrêmement de s'en rendre un compte exact et profond pour savoir comment on doit les juger et les traiter.
Il y a, dans le clergé qui a pris pari au mouvement dont je parle , des hommes sincèrement convaincus , je
n’frèsitc pas à le dire» que l'éducation laïque actuelle est dangereuse pour la religion catholique et qu'il est de leur devoir rfy résister* (Test là l'opposition vraiment religieuse; nous verrons tout à l'heure si elle a raison ; maïs je reconnais sa sincérité*
D'auLres ecclésiastiques, sans se mêler de politique, sans s'enrôler sous le drapeau d'aucun parti» d’aucune dynastie, conservent, pour le compte du clergé lui-même, ce que je n'hèsiterai pas à appeler des arrières-pensées , des souvenirs, des velléités, des tentations d'une situation, d’un pouvoir, d'un degré ou d'un genre de pouvoir inconciliable avec i’étjftt actuel de la société.
C'tîsL ce que j’appelle l'opposition ecclésiastique.
Je ne dirai pas qu'il y a aussi de l’opposition purement politique ; je ne dirai pas qu'il y a des ecclésiastiques engagés dans des factions politiques ; non, messieurs, je me garderai bien de le dire. Mais personne ne peut nier qu'une faction politique ne fasse de grands efforts pour attirer, pour enrôler dans sa cause, sous son drapeau, une portion du clergé français, et s'en faire un instrument de ses desseins. Elle s’est servie de la question de la liberté d'enseignement pour exercer, au sein du clergé, cette séduction fatale.
Voilà les dispositions très-diverses, très-ïnégales en importance, en valeur, mais toutes réelles, que le projet de loi a réveillées dans le sein du clergé français. Et aussitôt, qu’avonsnous vu?
Nous avons vu ces diverses parties du clergé français se servir ardemment de nos libertés nouvelles, liberté de la presse, liberté de la tribune, droit de pétition, pour faire triompher leur cause*
■Fc n'examine pas si cela était convenable, si cela était digne, si cela était dans l'intérêt de la religion et du clergé* 0.i a usé d'un droit* À Dieu ne plaise que je le conteste. On en a usé, permettez moi de le dire, comme des hommes
peu accoutumés à l’exercice de ce droit, pour qui il avait quelque chose de nouveau, et si j’osais employer ce terme, d’un peu enivrant. (Rires d’approbation .)
Et an même moment où ces diverses portions du clergé se saisissaient avec cette vivacité , avec cette àprelè, de toutes les armes que nos institutions et notre société nouvelle leur offraient, à ce mémo moment, i’aulre portion trèsconsidérable, que je crois, pour mon compte, la plus considérable du clergé, et qui déplorait ce mouvement, est restée silencieuse et inerte*
C’est un très- grand mal de notre temps, messieurs, que la timidité et la pusillanimité , passez -moi le mot, des opinions modérées en face des opinions extrêmes. (Marques dissentiment»)
Soit qu’il s'agisse ou de L’Etat ou du clergé, dès que les opinions extrêmes se manifestent, les opinions modérées prennent peur et se taisent. C’est un mal dont nous portons le poids dans cette question comme nous l’avons porté ailleurs*
Voilà les faits, messieurs, tels que le Gouvernement du Roi les conçoit et se les représente, sans exagération je l’espère, sans malveillance, dans un esprit de parfaite sincérité et de véritable conciliation.
Qu’avait à faire le Gouvernement dans cet état de choses, en présence de tels faits? Qu’avait-iï à faire en traitant avec les diverses dispositions que je viens de signaler?
Je prends ta première, l’opposition véritablement religieuse, les convictions sincères qui pensent mal de l’éducation laïque actuelle, la croient dangereuse pour la religion, et croient de leur devoir de Lui résister. Que doit faire le Gouvernement quand il rencontre celte opposition-là ?
ïl doit d’abord lutter contre son erreur, rèclairer sur le véritable caractère de l’éducation laïque, (elle que l’Etal la donne, dissiper les mensonges, les calomnies, les prèven-
lions, les injustices qu’on s’est applique à amasser autour d’elle*
Je ne suppose pas que ia portion du clergé dont je parte ait jamais voulu juger rédncatïon laïque de l’université d’après quelques écarts particuliers, quelques tristes exemptes- Il y en a partout, et te clergé rv ignore pas que si on cherchait de grands scandales intellectuels, de grandes chutes morales, on trouverait dans son sein tes plus éclatants.
Ce n’est pas de tels écarts isolés qu’il faut parler. C’est le corps dans son ensemble, c’est l’esprit général et permanent de l’éducation donnée par l’université qu’il faut considérer* Eh bien, de tous les reproches, celui auquel f université devait Je moins s’attendre, c’est celui de ne pas agir dans une direction morale et religieuse, car, depuis qu’elle existe, c’est dans ce sens qu’elle a constamment travaillé, qu’elle a constamment été dirigée. Elle a été fidèle en cela, non-seulement à la pensée première de son fondateur, mais à La nécessité de sa situation, à la pente naturelle des choses. Comment peut-on imaginer qu’un grand corps auquel L’Etat et La famille confient un si grand nombre d’enfants, ne soit pas et n’ait pas été constamment préoccupé de La pen* sèe que l’éducation morale et religieuse, la direction morale et religieuse des esprits est son premier devoir, sa première lot, son premier travail ? L’université ne l’a pas oublié un moment i et, en vérité, il y a à le méconnaître aujourd’hui, de la part de la portion du clergé dont je parle, autant d’ingratitude que d’injustice, ingratitude qui ne peut s’excuser que par l’excès de l’erreur passionnée.
Messieurs, le soin de former les âmes aux croyances religieuses n’est pas confié à Ptmiversilc seule. C'est au clergé qu’il appartient surtout. Or, penneUei-moi de le demander, le clergé irouve-L-il dans la socièLê , dans les familles, dans les influences qui entourent l’enfance, trouve -t* il des âmes bien préparées? Trouve-t-il qu’il lui soit facile, à
lui, de leur inspirer» de leur inculquer fortement la religion qu'il est chargé de leur transmettre? Le clergé a grand besoin qu’un corps comme l'université, par le caractère général de son influence, par h gravité de son enseignement et de ses mœurs, prépare les enfants â La religion que le clergé est chargé de leur enseigner. L’éducation universitaire est une bonne et nécessaire préparation à l'éducation religieuse qui appartient è î’ègliae- A considérer les choses dans leur ensemble, elle a toujours ea ce caractère.
Et l'Etat, comment pourrait- il méconnaître l’importance de Punivcrsîiè et les immenses services qu’elle lui rend? La grande difficulté de notre temps, tout le monde le reconnaît, c’est la direction, le gouvernement des esprïls* Quand je dis le gouvernement des esprits, je n'entends rien que de conforme aux libertés dont nous jouissons mai nleliant. Mais enfin, au sein même de la liberté, les esprits ont besoin d’étre dirigés, dressés ; et vous le savez bien, et le clergé lui-même le sait bien, ce grand corps spirituel ne peut suffire aujourd'hui à une telle destination. L’Etat a évidemment besoin qu’un grand corps laïque, qu’une grande association profondément unie à la société, h connaissant bien, vivant dans son sein, unie aussi à l’Etal, tenant de PE al son pouvoir, sa direction, qu’une telle corporation exerce sur îa jeunesse cette influence morale qui la forme à l’ordre, à h règle, et sans laquelle, quand une fois ils sont arrivés a Page mûr, les esprits s'échappent et se déchaînent en tons sens*
C’est là, messieurs, ce qu’il est du devoir du gouvernement de répéter et de prouver sans cesse, pour dissiper les préventions d’une partie du clergé contre l’é Jucation laïque donnée au nom de l'Etat..
11 a une autre chose à faire, c’est de réformer tout ce qui peiUôlre à réformer dans cette éducation laïque.
L’uni veraité s’y est-elle jamais refusée? a-l-eiîe jamais repoussé l’esprit de réforme? Non, et le projet de loi qui vous
est présenté en est la preuve. Ce projet de Ktâ est l'accomplissement, mais non pas le premier aclede raceomplissement des promesses de la charte. Déjà ces promesses ont été tenues en grande partie; elles le seront complète me ni. Tout ce qu'il peut y avoir à réformer dans l'université sera réformé. Si d’autres lois sont nécessaires, d'autres lois vous seront présentées ; la discussion est constamment ouverte, l’initiative est à la portée des chambres. Le public peut provoquer les changemensqui lui paraissent nécessaires ; l’unïversiïè ne se refuse à aucun eiamon ; à aucune réforme, soit dans sa constitution, soit dans son enseignement; elle est prête à débattre elle-même et ensuite à accepter ce que les grands pouvoirs de l'Etat croiront devoir ordonner.
Voilà notre réponse à l'opposition vraiment religieuse.
Quant aux oppositions un peu plus ambitieuses, un peu moins exclusivement préoccupées de motifs purement religieux , voici ce que j'ai à dire.
Nous sommes chargés, au nom de la société, au nom du pays*,,,., (je ne dis pas l'université , mais nous, Gouvernement du Roi, Gouvernement du pays, sanctionné, adopté par La confiance des grands pouvoirs de l'Etat).,, nous sommes chargés de défendre trois grands intérêts fondamentaux de noire temps. D'abord la liberté de h pensée et de la conscience, qui est la première de nos libertés, celle avec laquelle nous avons conquis toutes les autres. Il faut bien le dire : ta liberLé de la pensée et de la conscience, ce ne sont jias les influences religieuses qui l'ont conquise, ce sont des influences civiles, des idées civiles, des pouvoirs civils. C’est par l'action de la société civile que la liberté de la pensée et de la conscience a pénétré et Lriompbé dans le monde; ce sont des idées laïques, des pouvoirs laïques qui ont fait pour le monde cette grande conquête. Eux seuls peuvent la garder, comme eux seuls ont su la conquérir.
Oit s'est servi d'une expression très-faussc, a mon avis, et
très-inconvenante* quand an a dit: l'Etat est athée. Non, certainement* l'Etat n’est point athée; mais l'Etat est laïque* et doit rester laïque pour le salut de toutes les libertés que nous avons conquises. C’est ce que mon honorable ami M, Rossi vous disait l’autre jour, quand il vous parlait de l’indépendance et de la souveraineté de l'Etat comme du premier principe de notre rlraïL public, G'cst là le principe que nous sommes essentiellement chargés de maintenir.
Pour maintenir ce principe, cette sécularisation générale du pouvoir* ce caractère laïque de l'Etal* il faut que nous maintenions toutes nos institutions, toutes nos libertés , car c'est là qu'en est la garantie; c’est dans la présence et le concours des grands pouvoirs publics que nous trouverons ta force de maintenir ce principe fondamental do notre société.
Et de même, pour maintenir nos institutions, c'est rétablissement de Juillet* c'est la monarchie de Juillet que nous devons maintenir, car die est la sürelé et La garantie de nos institutions, comme nos institutions sont la sûreté et la garantie de ce grand principe de la liberté de la pensée et de U conscience qui est la base de notre état social.
Voilà ce que nous sommes chargés de garder et de défendre* ce que nous garderons et défendrons contre toutes les attaques directes ou indirectes, patentes ou cachées. Nous avons pour nous dans cette cause ( passez-moi l'orgueil de ces expressions), la raison cL la force, le droit et te fait, ta loi elle pays; nous ne manquerons point à notre lâche.
Quelle conduite tiendrons-nous dans cette lutte que nous n'avons pas cherchée ?
Nous ne changerons point envers la religion , envers le clergé, de disposition, d'attitude , de langage; non; nous Lui perlerons constamment, quelle que soit la lutte, les mêmes sentiments; nous nous conduirons avec lui de la même manière que j’avais l'honneur de vous indiquer
tout à l'heure eu moulant k cette tribune; noua distinguerons toujours avec grand soin l'intention générale, la pensée générale du clergé, cL les écarts particuliers, quelque considérables, quelque embarrassants qu'ils puissent être.
De plus, nous ne nous inquiéterons point, nous ne nous irriterons point de l'usage prudent ou imprudent, convenable ou peu convenable, qu'on pourra faire de telle ou telle de nos libertés ; nous ne nous laisserons point troubler ni irriter par le bruit; nous savons que ïe bruit n'est pas une mesure exacte du mal*
Nous ne nous laisserons engager non plus dans aucune polémique. C'est pour s'être laissé engager dans une habitude de polémique avec le clergé , que tes gouvernements, au 16* el au 17e siècles, se sont tant égarés. Nous nous maintiendrons soigneusement en dehors de celte polémique. Nous ferons notre devoir de gouvernement, maintenir l'ordre el proléger toutes les libertés, celles dont on abuse comme celles dont on use légitimement. Et quand il nous arrivera, comme cela peut nous arriver, d'être contraints de réprimer quelques écarts de ces libertés, nous Se ferons avec grande modération et tolérance. Nous savons qu’il faut élre encore pins réservé avec les écarts de la pensée religieuse qu’avec les écarts de la pensée laïque, car il y a dans la pensée religieuse un caractère qui, même dans ses erreurs, commande longtemps te respect. Nons supportons beaucoup d'écarts de la pensée laïque sans les poursuivre ; c’est un spectacle que vous avez tous les jours sous les yeui. Nous serons modérés et tolérants envers les écarts de la pensée religieuse.
Cependant il y a tel point où il sera de notre devoir de t’arrêter, et nous n’y manquerons pas.
Enfin nous ne serons pas trop impatients de voir terminer cette lutte par des moyens prompts et décisifs. Croyez-moi , messieurs ; il s'agit en ceci d'un état qui ie prolongera plus
qu'au ne Fa imaginé d’abord» el les moyen» prompts cl décisifs, si voue vouliez les employer, aggraveraient le mal au lieu de le guérir. (Sensation*)
Non-seulement il est de noire devoir de ne persécuter aucune liberté, mars il est de notre devoir et de notre prudence de n’en pas avoir l’air un moment, ïl fjut que les mots qu’on prononce si souvent et qu’on viendra encore prononcer si souvent à reite tribune ou ailleurs, les mots de persécution, de martyre, d’injustice soient évidemment un mensonge ou une erreur grossière*
Cela sera. Soyez sûrs que nous remplirons très -fidèle ment cette portion de notre devoir ; et â ces conditions, avec la conduite que j’ai l'honneur de vous indiquer, avec l’accord déjà si visible des grands pouvoirs de l’Etat sur cette question, et avec du temps, tenez pour certain que les difficultés de cette lutte seront surmontées.
Comme j’ai eu l’honneur de vous le dire, quelque grandes qu’elles paraissent, elles sont plus grandes encore qu’elles ne le paraissent; au fond de quoi s’agit-il? Il s’agit pour la société nouvelle de s’accoutumer à une chose à laquelle elle est bien peu accoutumée, car elle en a été longtemps afranchie, de s’accoutumer à la liberté et à l’influence de la religion. Il faut que la société nouvelle accepte ce fait et ce spectacle; et il faut en même temps, chose nouvelle aussi, il faut que la religion accepte les mœurs, les tendances, les libertés et les institutions de la société nouvelle. (Très-bien!)
C’est là le fond de la lutte a laquelle noos assistons, lotte qui va plus loin que la question de la liberté d'enseignement el le projet de loi que nous discutons; lutte dans laquelle vous ne triompherez qu’en tenant la conduite que j’ai l’honneur de vous indiquer. Pour nous, nous sommes bien décidés à ne pas nous laisser entraîner à une autre conduite; et, soit que t’irapulsion nous vienne des uns ou des au-
Ire», soit qu'on nous pousse ou qu’on nous menace, nous ne nous laisserons ni entraver ni pousser; nous continuerons à aimer la religion, à protéger !o clergé, à soutenir ses libertés comme les nôtres ; et j’ai la confiance que dans un temps qu’à Dieu seul il appartient de savoir, la lutte cessera et la réconciliation sera sincère et profonde ; mais n’espérez pas qu’elle soit l’eenvre d’nn jour ni qu’elle puisse être, dans aucun cas, le fruit rie mesures violentes et précipitées. (Marques nombreuses d’approbation.
(Ce discours est suivi d’une sensation prolongée. — mm. le, p*ir« quittent leurs places,)
EXTRAIT Ml MGNlTErm PfflVBRSEL flu 26 arril 18 U
Parts* — Imprimerie PANCKOUCKE , rue des PotleTÎns, 6*
C HAMBRE DES RÉPÉTÉS
session de 18 1 4
PAR M. GUIZOT
ffi'ISTRE DES AFFAIRES ÉTEAlïfiÊIfflS
SVU LA PBTITIÛK
ItELATI VE A L' ABOLITION DE L'ESCLAVAGE
Sèauce dw 4 mai JS44
Il ne faut pas qu'il reste, à la suite de celte discussion, ni chez nous, ni dans nos colonies, aucun cloute sur les intentions du gouvernement du Rot. Il ne faut pas qu’on puisse dire qu’aujourd’hui la queslion a recnlé au lieu d’avancer. ( Trèshien !) Le gouvernement du Roi a la ferme intention, le ferme dessein d’accomplir dans nos colonies l’abolition de l’esclavage,^ (Très-bien !) Le gouvernement du Roi n’a pas aujourd’hui à discuter les divers systèmes, les divers modes d’abolition. Parmi ces systèmes, celui que recommandent les pétitions dont on vient de faire le rapport, l’abolition immédiate, actuelle, en masse, rst tellement impossible
que je ne sache personne dans celte chambre qui osât la proposer, Pourquoi ne demande- t-on pas ^abolition actuelle, immédiaLc , en masse? Si elle est possible, il faut la demander; je serais le premier à la proposer* Si le gouvernement du Bai ne la propose pas, cTest qu’il juge qu’elle n’est pas possible; c’est qu’il juge qu’il y a, soit pour les colons, soiL pour les esclaves , soit pour la métropole, des mesures à prenne pour préparer, pour amener, pour faire réussir l’émancipation. Plusieurs de ces mesures ont déjà été prises; des pas considérables ont déjà été faits; il n’est pas exact de dire, comme on l’a dit à cette tribune, qu’on n’ait point gagné de terrain. Oui, messieurs, dans les colonies, soit pour l'instruction morale et religieuse de l’es* clave, soit pour la constitution de la famille, soit pour la condition matérielle de l’esclave, soit pour ses rapports avec ïe maître, déjà beaucoup de choses excellentes ont été faites; et nous avons trouvé dans une partie des colons, dans les magistrats chargés de l’administfaiîoa des colonies, un utile appui.
H est vrai que nous avons aussi rencontré, que nous rencontrons tous les jours de grands obstacles. Qui pourrait s’en étonner? est-ce qu’une mesure pareille peut s’accomplir sans résistance grave? Cette résistance, avec du temps, nous la surmonterons, soi L par des mesures qu’il est au pouvoir du gouvernement du Roi de prendre luimême, soit en venant vous demander, ce que nous ferons prochainement, les pouvoirs dont nous avons besoin, (Trèsbien !]
Voilà ce que j’appelle la préparation de la mesure; ce n’est point en ne faisant rien, en attendant que le bienfait de l’abûUlioii de l’esclavage nous arrive un jour par la seule Providence, que nous entendons y jouer notre rôle. Non, il faut que tout pouvoir, et dans les colonies, et dans la mêLropole, y travaille, et y travaille efficacement. -T ai
l'honneur 3e dire à la chambre que beaucoup de choses onl déjà été faites, qu’il en reste beaucoup à faire, et que nous demanderons prochainement les pouvoirs dont nous avons besoin pour accomplir ce qui reste à faire, pour donner entre autres à rautorité des magistrats plus diction, plusd’eFfieaeité, plus de réalité quelle n’en a aujourd’hui. Sous espérons qu’avec de telles mesures, sérieusement et sincèrenïent suivies, nous arriverons au but qui est, el je le répète très-haut pour que personne n’en doute, l’abolition de l’esclavage dans nos colonies. Et nous avons l’espéra nce que si nous sommes fermement soutenus par les chambres, avec La résolution très-ferme que nous avons nous-mêmes, nous y arriverons à des conditions meilleures que ne les a obtenues l’administration anglaise, C’est un immense résultat que celui que ^Angleterre a obtenu ; cependant il Laisse beaucoup à désirer ; et quoique personne plus que moi n’admire la grandeur de t’oeuvre , et la beauté du sentiment avec lequel allé a été accomplie, je croîs qn’îl nous importe d’éviter les fautes qui ont été commises. [Vous profilerons de l’e ipèricnce anglaise, et nous atteindrons te même but que l’Angleterre a atteint. (Très-bien 1 très-bien ! — Aux voix ï aux voîxî)
EXTRAIT DU MONITEUR ÏFSIVERSFX du 3 mai ÎSI4
CHAMBRE DES PAIRS
Session de 1344
PAR M. GUIZOT
MINISTM des affaires étrangères,