DANS LA DISCUSSION DE L’ADRESSE
Séance du aa janvier 1RU
Messieurs,
L’honorable M* Billaull disait hier, en commençant son discours : « Ce n’cst pas une question de politique ministérielle, c’est imejjueslion nationale que je veux examiner devant vous. « Je n’accepte pas celte distinction ; c’est ! 'honneur comme le fardeau du ministère de faire, sous sa responsabilité, les affaires du pays ; il n’a point d’autres affaires, La politique ministérielle esl tenue, avant tout, d’être une politique nationale. L’espoir de réussir dans ce dessein est le seul attrait légitime et honnête du pouvoir, [Très-bien i) La politique est-elle ou n’csl-elle pas nationale? Voilà toute la question ? dans tous les cas. C'est à titre de nationale que nous avons adopté et pratiqué notre politique, c’est à ce titre seul que je In défends.
Ce fine j’accepte, c’est la franchise des attaques de l'honu-
r My M. BilfauU et la netteté avec laquelle sou amendement pose la question.
Le discours de la Couronne vous disaif, à propos des événements graves survenus en Espagne et en Grèce, que la sincère amitié qui unit le Roi à la reine de la Grande' Brclagnr, ei l’entente cordiale qui existe entre les deux gouvernements nous confirmaient dans F espérance que ces événements tourneraient au profit de deux nations amies de la France. Voire projet flWeteé vous propose de dire que vous êtes heureux d’apprendre de lois fa ils par la voix de la Gourou ne. L’bono rahle M* Bilîault vous demande dVffacer toute marque d'adhésion, de satisfaction pour les bons rapports, la bonne intelligence, Fen tente cordiale qui existe entre h France et L'Angleterre. L’honorable JH. Rillault ne croit pas à ces faits, il n’en veut pas, il les trouve trop chèrement achetés.
Messieurs, pour nous* depuis la formation du 'cabinet, un des buts essentiels que nous nous sommes proposés a clé * de rétablir les bons rapports, la bonne inlclligenee, Fentenle cordiale entre la France et F Angleterre. Nous avons constamment poursuivi ce but, sous la condition qu’aucune atteinte ne serait portée a F indépendance, à la dignité, aux intérêts de notre pays. Nous croyons avoir presque atteint ce but; nous croyons que les bons rapports, la bonne intelligence, l’entente cordiale sont rétablis entre lesfdeux gouvernements. El, comme M. BillauU vous Fa fait pressentir, il ne s’agit pas ici (F une alliance spéciale, d'engagements , formels; il s’agit d’un bon vouloir mutuel des deux gouvernements, d'une bonne disposition générale qui se manifeste dans toutes les questions importantes. ïl s'agit en particulier de l’accord établi entre eux sur les deux grailles questions qui noos préoccupent maintenant, l’Espagne et la Grèce. Ce fait est-il vrai, messieurs P Ce fait eslü bon? À quelles conditions y sommcs'imus parvenus? Par quels sacrifices , s'il y a eu des sacrifices, Favons-nous acheté? Quel est le prix de celte entente cordiale? Voilà la question
loul entière : je me propose de l'este miner complètement.
Messieurs, i! y a deux grandes affaires qui, depuis quelques années, préoccupent l’Europe, l'Espagne cl l'Orient. Ce sont là les dent théâtres sur lesquels, depuis quelques années, la France et l'Angleterre sont en présence, et je dois dire en lutte.
En Espagne, permettez moi tïc vous rappeler quelle était en 1840 la situation de h France : la défaite du parti monarchlque modéré, l'éloignement de la reine Christine, le retour en France de notre ambassadeur accrédité auprès d'elle; voilà les trois faits qui, à celte époque, signalaient h situation de la France quant à l'Espagne.
Quelle est notre situation aujourd'hui, en 1844? Le paitî monarchique modéré est au pouvoir, l'ambassadeur de France eu Espagne est à son poste ; la reine Christine est redemandée par l'Espagne.
Voilà les deux points extrêmes de la situation ; voilà les traits caractéristiques de 1840 et de 1844.
Comment avons- nous passé de Tun de ces états à l'autre? Qu’est-ce qui a rempli cet intervalle ?
En 18 50, quand notre mauvaise situation a éclaté, nous avons gardé une altitude parfaitement tranquille et neutre. Nous n'avons pas cherché à reconquérir en Espagne notre influence par la lutte des partis, en suscitant des obstacles, des ennemis au gouvernement du duc de ta Victoire. Nous avons maintenu noire dignité ei défendu nos inLéréls quand l'occasion s'en est présentée : à Madrid, quand l'honorable M. de Salvandy y a été envoyé comme ambassadeur; à Barcelone, quand l'honorable M. de Lesscps notre consul y a été attaqué : toutes les fois que des questions de dignité ou des questions d’affaires ont exigé notre action, nous n'y avons pas manqué. Mâts , du resle, dans nos rapports avec le gouvernement du régent, nous avons gardé , je le répète, une attitude parfaitement tranquille, ne lui suscitant nul obstacle, né cherchant pas à entrer en conflit avec lui,
ni à nous prévaloir de tes animosités de partis qu'il CM toujours 51 facile de susciter dans un pays tourmenté par de longues révolution,*.
Quand les évènements, au bout de trois ans, rl je me permets de dire grâce en parLie a la conduite que nous avons tenue, quand les événements, dis-je, en 1853, nous ont rendu m Espagne une autre et meilleure siLuatmn, qu 'avons-nous fait? nous ne sommes pas rentrés dans l'ornière des partis; nous n’avons pas cherché à prendre une revanche de nos échecs; nous n’avons pas vu, dans le retour favorable qui s'est manifesté , l'occasion de pousser les hommes qu'on appelle n^s amis, nos amis seuls au pouvoir. Non , après l'attitude tranquille et neutre, est venue l’altitude impartiale.
Les événements avaient amené en Espagne des rapprochements cuire des hommes longtemps ennemis ; une portion du parLi progressiste s’était rapprochée du parti modéré ; nous nous sommes hâtés d’arcepter ccs faits, de les approuver, de les soutenir, d’aider à leur développement, pour qu’il en sor- UL un gouvernement régulier. L'impartialité, je le répète, est devenue notre règle de conduite du moment où une position active el influente nous a élé rendue par le cours des événements.
Nous en avons donné une preuve érla tante; nous n'avons pas voulu fournir le moindre prétexte, laisser la moindre apparence, contre nous, à t’acciisaÜon d'espril de parti ; nous n’avons pas voulu blesser tes hommes avec lesquels nous nous trouvions en rapport; c’est le motif qui a empêché que nous donnassions au Roi le conseil de renvoyer â Madrid l'honorable ambassadeur qui y avait été d’abord ; il avait, dans son premier séjour a Madrid, fidèlement accompli ses instructions. Ce n’éïaît point lui qui avait élevé la question dont on a parlé sur la présentation de ses lettres de créance; elle avait été élevée contre lui par le ministère espagnol luimême. En défendant, selon ses instructions, et les principes monarchiques et les intérêts monarchiques , el h
dignité de h Pian et et du (iouvçrrtmetit ïlii Roi, il avait offert Lu il! es les trànsâciitms, tous les moyens rPaecornmoi^ment raisonnables, convenables ; ils avaient été écartés. Il avait '!e plus bien jugé les événements de l’Espagne, il avait senti et indique la faiblesse du pouvoir qui la gouvernait aïür*. Les évènements ont confirmé ses pressentiments ; et pourtant je n’ai pas cru devoir donner au Rôî le conseil de le renvoyer à Ma Irîil, parce que son retour aurait pu être pris, par des hommes engagés dans la cause de la monarchie modérée, ralliés à celle cause, comme un triomphe de parti, comme une revanche, comme on chant de victoire. Nous n'avons pas voulu qu’on pût abuser contre nous, contre le parti modéré en Espagne, de tels prétextes.
C’esL là le motif sèrieus, le moLif politique qui a déterminé la Ira nsta Lion de l'honorable ambassadeur à un autre poste. (Très- bien \)
Après avoir donné* messieurs, dans noire nouvelle si1 nation en Espagne, ces preuves d'fepartia’ifè, et pour que notre impartialité ne demeurât p is inefficace, nous nous sommes adressés au gouvernement anglais* Il n’y a aucun de vous qui ne sache que depuis bien des années la rivalité, Phostilile des influences anglaise et française en Espagne fait le malheur de l'Espagne, est du moins une des principales causes qui empêchent ce noble pays d’arriver ao repos et de s'organiser* Et je ne crois pas lui faire tort, je ne croîs pas blesser la juste susceptibilité de l’honneur naLional en tenant un tel langage* Comment se pourrait -il qu'un pays en proie à de longues révolutions, entre det x voisins si puissants qui s'y disputent L'influence, n’en souffrit pas beaucoup, quelque grand, quelque fort qu’il soit? comment serait-il possible qu’une telle hostilité ne lui fut pas dangereuse et fuursîc:
Noire première pensée a été de la faire cesser, de recherehf r s'il n’êlaii pas possible de la* faire cesser.
Nous noos sommes adressés au cabinet anglais, nous avons
fait appel à son bon jugement, à son honnêteté. (Murmures à gauche.)
p&vsfi)K$T' J'iptUe la chambre au silence.
U, U£ .ÎII^IMVHE WlïS ATFIIBEPI ÏÎTU 5 xnm.
Je suis, je l’avoue, bien étonné îles murmures* Gomment, il ne sera pas permis entre des hommes qui se respectent, entre des gouvernements qui se respectent, il ne leur sera pas permis de dire qu’ils ont fait appel à T honnête lé les uns des autres ! C’est ta une injure que je tf accepterais pas pour moi même, pour mon Gouvernement, et que je repousse pour le gouvernement ami avec lequel nous sommes dans de bons et loyaux rapports* [Au centre. Très-bien ! très-bien ])
Nous avons fait appel au bon jugement et a l'honnêteté du cabinet anglais; nous lui avons demandé si l'hostilité, la lutte permanente de la France et de l'Angleterre en Fs pagne avait des motifs bien sérieux, bien réels, bien légitimes ; si ce n’était pas une lutte de routine, d'habitude, do tradition, plutôt que d’intérêts actuels et puissants. Cela a èLè reconnu a Londres comme à l\iris.
Nous avons voulu serrer de plus près les questions. Nous avons demandé si les deux gouvernements et leurs représentants à Madrid étaient réellement obligés de se mettre à îa tète de deux partis différents, d’avoir en Espagne des drapeaux différcnls, de se combattre cl de se nuire perpétuellement. Nous avons reconnu qu’il n'y avait là rien de nécessaire, quel es deux gouvernements Devaient an fond qu'un grand intérêt, l'intérêt qu’un ordre régulier et prospère s’établit en Espagne; nous avons reconnu que raffermissement, le développement, la prospérité de l’Espagne et de la monarchie constitutionnelle convenaient à l’Angleterre aussi bien qu'à la France, à la France aussi bien qu’à l’Angleterre.
Nous avons abordé ensuite ries questions plus précises, plus dèticaLes, la question du mariage de la reine d’Espagne dont on vous parlait hier. Nous ayons reconnu qu’il y avait pour U France, dans cette question, deux grau Is intérêts, l’un
qu’aucune influence hostile à U France, naturellement séparée delà France, ne s’établi L par îe mariage au-delà des Pyrénées ; l’autre, un intérêt que l'honorable M, Dupin signalait hier par une exclamation à son banc, et qui est aussi trèsréel, c’est que la France ne fut pas profondément , intimement, nécessairement engagée, compromise dans les affaires de l’Espagne; que nous n’eussions pas là un de ces liens de famille impérieux qui entraînent, dominent les nations et leur politique. Un gouvernement ami , bienveillant, sûr en Espagne, et en même temps un gouvernement dont la Franco n’eût pas constamment et en toute occasion à répondre Approbation au centre) ; nous avons reconnu que c’était là le véritable intérêt de la France, (4u centre , C'est vrai.)
Eh bien ! dans la question du mariage, c’est cette double idée qui a présidé à notre action.
La chambre trouvera naturel et convenable que je n’enlre pas ici dans un débat de noms propres, de ne le dois pas. ■l’indique les considérations qui ont présidé à notre politique, et j’ajoute que, en respectant, comme nous, la juste indépendance de l’Espagne, ces considérations ont été comprises el acceptées par le cabinet anglais.
Nous nous sommes donc trouvés, sur celte question comme sur La question de politique généra Le, dans cet état de bonne intelligence et de cordiale entente que le discours de La couronne signale.
Reste la question des relations commerciales, Messieurs, je u’ ai qu’un mot à dire sur celle-là ; c’est que nous avons gardé notre complète indépendance. Nous sommes parfaitement décidés à ne jamais faire servir les intérêts de l’industrie et les éléments de prospérité de notre pays uniquement comme moyen de succès et comme appoint dans lei questions politiques, (Nouvelle approbation au centre.) Nous savons quelle est La gravité de ces intérêts, quel respect leur est dû, surtout dans une situation comme la nôtre et avec Le gouvernement que nous sommes appelés à fonder.
Nous restons donc en mesure et en résolution d t maintenir ces intérêts dans nos rapports avec l’Espagne, de les maintenir dans tonte leur portée. Des équivalents , je ne dis pas des concessions égales quand elles ne seraient pas réellement équivalentes, mais des équivalents réels , efficaces en matière d’industrie, voilà les seules concessions dont nous puissions noos contenter. Nous n'avons , je le répète, à cet égard aucun engagement. (Approbation,)
Je vous le demande, messieurs, cst-cc qu’il n'y a pas ta , dans les rapports de ta France avec FEspagne, un changement très-considérable ? Comparez 1 840 et T844, en mettant à leur place tous les faits que je viens de signaler, N'esi-il pas vrai que la situation de la France en Espagne est beaucoup meilleure, que les relations de ta France et de l'Angleterre en Espagne sont beaucoup meilleures, que la relation de FEspagne avec Tune et l'autre de ces deux grandes nations est beaucoup meilleure? Et la situation de l'Espagne en Europe n'est-clte pas aussi considérablement améliorée? N'est-ce donc rien que la reconnaissance de Naples, qui est venue s’ajoulcr à celles dont l’Espagne était déjà eu possession ? N’est-ce donc rien que VI arnionie rétablie entre les diverses branches de la famille royale qui règne en Espagne ?
Voilà les résultats de notre conduite depuis trois ans. Voilà, dans cette question, les résultats du soin que nous avons apporté à rétablir entre la France et l'Angleterre les bons rapports et la cordiale entente ; je le demande , quels sacrifices cela a-l il coûtés à la politique nationale? Quels intérêts avons-nous délaissés? Aucun, intérêts politiques , intérêts économiques, intérêts de famille , lous sont en progrès depuis trots ans, et la principale cause de ces progrès, c'est le soin que nous avons mis à sortir des luttes de parfis, de l'bosLüilè continuelle entre les partis anglais et français* Nous avons obtenu en partie ce grand résultat, il reste sans cloute beaucoup à faire; il y aura en-
eore en Espagne, entre l’Angleterre et nous, beaucoup de difficultés à surmonter : il naîtra de: nouveaux incidents qui viendront se jeter à travers les résultats déjà obtenus ; mais nous sommes dans la bonne voie , nous avons gagné beaucoup de terrain ; la cordiale entente a valu assez et peu coûté. (Sensation.)
Le second elnmp de bataille, passez-moi ce mot, entre la France eL ^Angleterre, c’èLail FOrieuL
Quand nous sommes venus aux affaires, nous sortions d’une lutte très- vive entre ces deux influences en Orient, La chambre m’approuvera de ne pas revenir sur les incidents de celte lutte ; je ne veux parier que des Faits qui les ont suivis. Nous nous sommes appliqués, sans perdre un jour, il reprendre en Orient la politique nationale, la politique tradition nclïe de ïa France. Elle consiste dans ces trois faits : veiller à la sécurité et à l’indépendance de l'empire oüoman en Europe; protéger les populations chrétiennes dans l’empire ottoman; poursuivre ce double but de concert avec les graudes puissances européennes, et ne pas souffrir qu’il devienne le patrimoine exclusif de l’une d’elles. Ce sont Là les trois règles de la politique de la France en Orient ; nous les avons reprises tomes, et nous avons trouvé sur-le-champ Le concours sincère de la politique anglaise. La politique anglaise en Orient s’attache à ces trois principes comme nous; comme nous, elle veut le maintien, la sécurité, Ttncfêp en dance de l’empire ottoman. Gomme nous, elle a h cœur de protéger les populations chrétiennes; comme nous elle désire que cette dou ble protection ne soit pas exclusivement aux mains d’une seule puissance. L’ambassadeur britannique à Constantinople et le ministre du Roi ont constamment agi de concert dans ce triple dessein.
Ainsi la position de notre politique nationale a été repi i e ; elle a été reprise de concert avec l'Angleterre, et dans les incidents particuliers, dans tes questions spèciales qui se sont élevées, le concert a été mis en pratique.
On vous a nommé Jérusalem et la Servie. Quelques mois sur chacune de ces questions..
« n’est pas exact de dire qu’à Jérusalem, pour obtenir la réparation qui nous était due, le concours de l’ambassadeur d Angleterre nous ail été nécessaire. Non, il a été proposé et refuse ; le ministre du Roi l’a formellement refusé. Le ministre du Roi a répondu que c’était là une question purement française, que la France seule devait vider. El, en effet, il l’a vidée seul, sans concours d’aucun autre pouvoir. Vous savez comment il l’a vidée.
On s’est étonné que nous n’ayons pas poursuivi une réparation complète, locale, sur le point même où l’injure avait été commise. Messieurs, ces questions sont complexes. Noos avions, toujours en Orient, à ménager J’empire Olloman lui-méine, la Porte elle-même, le sultan, le divan, leur autorité sur leurs propres sujets. Il est de notre intérêt' de notre grand intérêt , que celle autorité ne soit pas déconsidérée, décriée, affaiblie. (Mouvement d'adhésion.)
Eh bien , en même temps que nous avions une injure à réparer à Jérusalem , en même temps nous avions à maintenir notre politique générale à l’égard de la Porte. Nous avons dû tenir grand compte de ces considérations.
U y a plus; nous étions engagés, au même mumenl, dans «ne lutte dans laquelle nous avons déjà remporté une grande vicloire, quoiqu’elle dure encore. Des excès que vous avez connus, et qui ont rempli les journaux de l’Europe , ont été commis contre des musulmans redevenus chrétiens ; des supplices atroces leur ont été infligés; il y a des lois religieuses de l’empire ottoman qui punissent de ces supplices l’abandon de la religion nationale. Nous avons entrepris de faire cesser de telles alrocilés; nous avons entrepris d’affranchir de ces lois les chrétiens qui, s’étant faits musulmans , revenaient au christianisme, à la religion de leurs pères.
C’était une lutte grave et difficile; nous avions en face
— tt —
de nous tous les préjugés politiques et religieux des Turcs, Nous étions engagés dans cette Lutte au moment même où l’incident de Jérusalem s’est élevé* Nous avons dû, nous avons voulu sacrifier quelque chose de ce que nous aurions pu obtenir à Jérusalem pour être plus forts à Constantinople, et cela nous a réussi. Le parti fanatique dans le gouvernement ottoman , dans le divan , a été vaincu ; en sorte qu’au jour* d’hui, quoique de pareils excès puissent encore quelquefois se renouveler, je n’hèsile pas à dire que la lutte qui doit y mettre un terme est engagée avec grande chance de succès*
Eh bien ! dans cette lutte, seul moyen de protéger réel’
1 ornent les populations chrétiennes de la Turquie, nous avons encore été soutenus par le concours, par Faction décidée du gouvernement anglais*
Regardez-vous cela, messieurs, comme des faits indifférents? regardez-vous cette union des deux puissances , et l’efficacité de leur action, dans de telles questions, comme inutiles à l’autorité et à l'influence de la France en Orient?
Un autre incident s’est présenté i la Servie* Ici, messieurs , il ne s’agissait plus de la France et de l’Angleterre seules; d’autres puissances étaient engagées dans la question, et de plus près que nous, et avec un intérêt plus direct* La question qui s’élevait là était une question <f interprétation de traité en tre la Russie et la Porte* La Porte se montrait disposée à s’adresser aux autres puissances européennes pour leur demander une sorte de médiation pour L’interprétalion des traités ; il y avait là une belle et grande occasion de faire rentrer les affaires de la Porte dans le droit public européen. Nous avons demandé à la puissance la plus directement intéressée dans la question, à l’Autriche, ce qu’elle comptait faire, il n’y avait pas moyen d’agir sans elle en pareille affaire. Le cabinet de Vienne a répondu qu'il regardait celle question comme devant se traiter cuire la Russie et la Porte seules; qu’il ne la regardait pas comme une question euro
pèettfïe, où l'intervention européenne fût ulrle. Le cabinet de Vienne, le pins intéressé, et probablement aussi le plus éclairé dans celle affaire, ayant exprimé un tel avis, îe cabinet de Londres s’y est joint, Non s avons dû dès lors nous arrêter; nous avons dû garder une attitude parfaitement en dehors de ia question; nous n'avons voulu ni donner des illusions à la Porte, ni susciter à la Russie des tracasseries vaines* Nous ne croyons pas qu'il soit du devoir de la France d'aller soutenir seule des questions de ce genre; nous ne croyons pas qu'il soit dans nos intérêts de nous charger seuls d'affaires que d'autres, plus intéressés que nous, abandonnent, (Très-bien l)
Je viens à la grande affaire de f Orient , la Grèce, (Écoulez î écoutei î)
U encore il n'y a aucun de vous qui n'ait entendu dire depuis dix ans quel mal a fait la rivalité, l'hostilité d'influence qui a si souvent existé entre la France et l'Angleterre*
Il n'est pas exact de dire que, dans cette lutte d'influence, les vœux constitutionnels soient toujours venus de Londres, et les vœux contraires de Paris, Non ; il y a eu des moments où c'est de Paris que sont venus les vœux constitutionnels pour la Grèce.
nmuiT, Gela a été alternatif*
nr. ïïæ wivisvBE C'est ce que j’allais dire.
^i* fvi«hieoï. C'était déjà dit*
#*K viiafMSTBK. Quand je suis arrivé aux affaires, je me suis surde-champ occupé de celte question. Dès le mois de mars 1841, j'ai appelé sur l'état des affaires de la Grèce l'attention de toutes les grandes puissances* Indépendamment de la question financière, j'aî fait pressentir quels maux pouvait attirer sur la Grèce une administration faible, inactive, qui devenait de plus en plus étrangère au pays.
Je n'ai point, à cette époque, provoque une constitution. Quand on veut aider un pays à introduire des réformes ,
il fiiut parler de réformes possibles, possibles par les voies régulières; de réforme» sur lesquelles la volonté du Gouvernement lui -même et celle du pays puissent se réunir. Le devoir d’un gouvernement étranger n'esL jamais de provoquer les peuples à agir seuls, à prendre l'initiative de leurs propres destinées*
Qu'avous-nous donc fait pour la Grèce? Nous avons indique un système de réformes et d'institutions administratives qui devait, qui pouvait remédier, s'il avait été adopté, à une partie des maux dont ce pays se plaignait avec raison; nous avoua été appuyés, sincèrement eL fortement appuyés dans notre proposition par le cabinet anglais*
Les réformes n'ont pas été adoptées à temps par le gouvernement de la Grèce* Le peuple grec a pris lui-même l'initiative de ses destinées* Nous en avons eu ici les premières nouvelles. A l'instant, sans concert, sans consulter aucun gouvernement, même ami, nous avons pris notre parti. A l'instant nous avons accepté les faits accomplis en Grèce, et anus avons adressé au roi et au peuple grecs les conseils qui nous paraissaient propres à les diriger dans la voie nouvelle et périlleuse dans laquelle ils entraient.
Je demande à la chambre la permission de lui donner connaissance des instructions que j'ai adressées à cette époque an ministre du Ko* en Grèce* Elles ont été communiquées à votre commission.
.Fai écrit le 27 septembre â M* Piscatory, deux jours après avoir reçu ïa nouvelle des événements de la Grèce :
« Monsieur, votre dépêche du 15 de ce mois et les événements dont vous me rende/ compte ont excité toute l'attention et toute la sollicitude du Roi et de son Gouvernement* Depuis longtemps nous avons prévu, en le déplorant d'avance, ce qui vient d'arriver en Grèce. Nous avons donné au roi Otliou les seuls conseils propres, selon nous, à te prévenir. Maintenant que les faits sont accomplis et qu'ils ont
été acceptés par te roi Otbon luï-mênie, qui n’a trouvé nulle part, ni dam son pays, ni dans sa cour, aucun point d’appui pour y résrsler, il ne reste plus qu’à les contenir dans de justes limites et à eu bien diriger les conséquences. Le roi Otbon sera peut-être tenté, et même, parmi les hommes qui ne Font pas soutenu au moment du péril , il s’en trouvera probablement, comme vous le faîtes pressentir, qui lui conseilleront de tenir une conduite différente, de travailler à retirer ce qu’il a promis, à détruire ce qu’il a accepté, à faire échouer sous main le nouvel ordre de choses dans lequel il s’est officiellement placé. Une telle conduite, nous en sommes profondément convaincu, serait aussi peu prudente que peu honorable* C’est quelquefois le devoir des rois de se refuser aux concessions qui leur sont demandées; mais quand ils les ont accueillies, c’est leur devoir aussi d’agir loyalement envers leurs peuples* (Approbation.) La iî délité aux engagements, le respect de la parole donnée est un exemple salutaire qui doit toujours descendre du haut du trône, et qui sert tôt ou lard les grands et vrais intérêts de la royauté. (Nouvelle approbation,)
r Le roi Othon vous a dit lui-mëmc qu’il avait délibéré sur la question de savoir s’il consentirait à ce qu’on demandait de lui, ou s’il abdiquerait, et que la prévoyance de l’anarchie qui suivrait son refus, et des périls où tomberait la Grèce, Pavait seule déterminé à ne pas abdiquer ; nous pensons qu’il a agi sagement, et que, dans la situation nouvelle où il s’est placé, il peut rendre a la Grèce d’immenses services, et porter très-dignement sa couronne* Il aura, a coup sûr, bien des moyens d’exercer, sur la constitution future de l’État qu’il doit régler de concert avec l’assemblée nationale, une légitime influence. Qu’il les emploie sans hésitation comme sans arrière- pensée ; qu’il s’applique, soit par lui-même, soit par ses conseillers, à faire prévaloir, dans ce grand travail, les idées monarchiques, et les conditions nécessaires d’un gouvernement régulier. Il rcucontreré sans doute de grandes
difficultés t Ü essuiera encore de tristes mécomptes; mats la stabilité du trône cl la force du gouvernement sont trop évidemment le premier intérêt de la Grèce pour que ce peuple si intelligent ne le comprenne pas lui-même, et ne se prête pas a entourer la royauté de La dignité, de L’autorité et des moyens (faction que, sous le régime constitutionnel, de grands exemples le prouvent avec éclat, cite peut fort bien posséder*
« Que si, an contraire, le roi Olhon se laissait aller à tenter de revenir sur ses pas, de retirer ses concessions; s’il entrait dans une voie de versatilité, de duplicité, de travail secret contre ses acles publics el sa situation officielle, ce serait alors que nous redouterions pour lui-même des épreuves plus amures que celles qu'il vient de traverser , el pour la Grèce tous les périls auxquels il a voulu la soustraire quand il s’est décidé à ne point déposer sa couronne, (Trèsbien 3)
« Ce sont là, monsieur, tes conseils que, dans un sentiment très-sincère et que nous avons le droit de croire sage et éclairé, le Roi çt son Gouvernement se permettent de donner au roi Olhon* Ce sont Là les vues que nous nous efforcerons défaire prévaloir auprès des puissances protectrices de la Grèce, C'est dans ce sens que je vous invite à diriger constamment vousmême votre langage, vos démarches et tout ce qui vous appartient de légitime influence; appliquez-vous sans relâche à rallier autour du trône tous tes Grecs dévoués à leur pays, à leur faire sentir combien il leur importe de consolider, de fortifier La royauté, celle clef de l’édifice social, ce ressort central du Gouvernement, cette première garantie des libertés publiques : c’est surtout dans un État naissant cl entouré d’Etats plus puissants que l’affaiblissement de fautorilé royale, la violence et la fréquence des luîtes intestines deviendraient funestes. J’espère que, dans la crise difficile ou il est volontairement entré, le bon sens du peuple grec saura éviter ce dangereux écueil Le Gouvernement du Roi sera
fidèle â la bienveillance qu’il a constamment témoignée à la Grèce, cl il fera, dans toutes les situations, tout ce qui sera en son pouvoir pour servir scs vrais et permanents intérêts. * ^Approbation au centre.'
Eh bien, messieurs, ces conseils que nous avons donnes, à Athènes, ont été à l’instant acceptés cl donnés aussi, avec le concours le plus sincère, par le cabinet anglais.
La situation ne laissait pas d’être délicate ; la France et l’Angleterre notaient pa3 seules à s’occuper officiellement des affaires de la Grèce; la Russie y était appelée, comme la France et ^Angleterre, par le traité même qui a constitué TElal grec. Les impressions, les opinions, les manifesta lions de la Russie, sur ce qui venait de se passer en Grèce, étaient bien différentes des nôtres. V Angleterre n’a pas hésité 5 s’associer â nous pour exercer eu Grèce h même influence que nous.
Le succès, je rF hésite pas à le dire, commence déjà à couronner cette œuvre; l’union qui existe entre les deux cabinets sur les affaires de la Grèce pénètre en Grèce même entre des partis qu'on était accoutumé à appeler parti anglais et parti français ; ces dénominations commencent à s’effacer ; les deux chefs illustres qui passaient pour élre à la tête de ces deux partis, MM. Coleltis et Maurocurdalo, travaillent ensemble loyalement, efficacement, à Fêta' blissement d’une constitution régulière et monarchique dans leur pays. Us font l’un et F autre acte de patriotisme, de dévouement, de bon esprit, d’esprit généreux et sincère; et leur exemple se propage autour d’eux, et leurs partisans se réunissent et travaillent dans le même cspriL, à la même œuvre ; en sorte que cet exemple de cordiale entente, qui a éié donné à l’occident de l’Europe, a retenti à Forient, eL y porte déjà ses fruits; et probablement la constitution monarchique de la Grèce f d’un peuple encore si divisé intérieurement , si travaillé par les luttes de partis, celle constitution cl son
succès seront dus à cet exemple de cordiale en
rappelle en ce moment. (Très-bien ! très-bien !)
Voilà, messieurs, les deux grandes questions, les Sens grands
théâtres sur lesquels la France et l’Angleterre ont èlc* temps divisées. Elles y rencontreront encore, je le
beaucoop d’obstacles; beaucoup d’incidents viendront encore” se jeter entre elles. Mais la dissidence ancienne, fondamentale, a disparu. L’action commune , sincèrement commune , est maintenant le principe de la conduite des deux gouvernements.
Des grandes affaires je passe aux petites; on les a mentionnées toutes à cette tribune, j’ai quelques mots 5 dire sur chacune.
Il y en a une que j’écarterai aujourd’hui, comme l’a fait M. Billault : c’est celle du droit de visite. Elle sera l’objet d’un examen particulier, à propos de son amendement spècial.
Je parlerai d’abord de l’Algérie. Comme la Porte, à laquelle officiellement l’Algérie tenait encore par un lien de vassalité et de tribut, comme la Porte, dis-je, n’a pas encore reconnu notre conquête, les puissances amies de la Porte gardent encore à cet égard certaines réserves; on ne saurait guère s’en étonner. (Ruracors à gauche.) Elles ne font guère là que ce que nous ferions nous-mêmes à leur place (Trèsbien!), ce que noos aurions le droit de faire à leur place. Mais elles savent bien, mais il n’y a personne en Angleterre, comme dans le reste de l’Europe, qui ne sache que la conquête de l’Algérie est définitive pour la France, et que le temps, tôt ou tard, amènera la sanction de la Porte à cette conquête. (Murmures à gauche.) Il n’y a personne qui ne sache. . . . (Interruption.)
Et comment, messieurs, vous voulez que moi, ministre des affaires étrangères, je méconnaisse que la sanction de l’ancien possesseur a quelque valeur pour le conquérant ! Mais c’est la règle élémentaire du droit international.
«■ cii.'viiT-»KSff».*TA Non pas viste-ns de nas
alliés.
*s* li; ^é^istièïh:. Tenez pour cet tari* que, sut noire possession, notre possession définitive, i\ n’y a Incertitude mille part.
El puisqu'on vous a parlé de consuls, j’ai là, dans mon portefeuille, la liste de huit ou dix puissances européennes qui ont envoyé des consuls dans l’Algérie, ries consuls qui ont reçu Vewcyuatur du Gouvernement du Roi ; elles y viendront tonies, et louie puissance qui aura un consul à renouveler dans l'Algérie, demandera et recevra Ve.TcquatvT' du Gouvernement du Roi, ou n’aura pas de consul. (Trèsbîcn ! )
Voici à quel signe nous avons éprouvé la sincérité du cabinet de Londres en ce qui touche l’Algérie.
Nous avons deux voisins eu Algérie, le Maroc et Tunis, desquels nous viennent souvent des embarras; c'est sur ces territoires, tantôt Maroc, tantôt Tunis, que se préparent les insurrections arabes. C'est sur ces territoires, que les die fs ara Les qui nous sont opposés trouvent souvent des secours. Le cabinet anglais a donné des ordres et a employé son influence pour que ses consuls, ses agents sur les lieux, Iravaillassent à réprimer ces insurrections, ces secours ennemis, au lien rie les fomenter.
Quand il s’est agi, par exemple, d’em pocher que la l’or le ne fit contre Tunis une expédirion semblable à celle qu'elle a faîte contre Tripoli pour détruire la régence héréditaire de Tunis et pour la convertir en un pacha Uk perpétuellement amovible ci à sa disposition, entreprise que nous avons toujours déclaré que nous ne souffririons pas, et qu’en effet nous avons toujours empêchée, te gouvernement anglais s'est employé à Constantinople pour détourner te Porte d’une telle idée, pour lui en faire sentir le danger, il noos a servis là on loyal et sincère allié. t
II faut bien que je vous dise de tels faits, car ils servent à
— il) —
dissiper des préjugés, des préventions, qui sont ensuite la source de sentiments haineux profondément nuisibles aux re* talions politiques des deux pays. : Assentiment au centre.) Je ne veux que les faits, je ne veux que la lumière des faits pour îuücr contre de pareilles erreurs.
Dans FOcéanie, là aussi le gouvernement anglais et nous, nous nous sommes trouvés dans un contact difficile; là aussi il a pu avoir des intérêts importants pour lui, des sentiments précieux, puissants chez lui, à protéger; il n’en a pas moins déclaré, formellement déclaré quMl rapporterait aucun obstacle à notre etablissement dans l'Océanie. Il a été placé un moment dans une situation à peu près analogue à la notre* Un de ses amiraux a accepté le protectorat des îles Sandwich. Il n'en a pas voulu, et il nous a proposé de reconnaître en commun Fin dépendance de cet archipel. Nous Favous fait. Et F indépendance des liés Sandwich est un fait grave dans FOcéanie, car il iFy a personne ayant regardé la carte qui ne sache que ce petit archipel a beaucoup d’importance dans les rapports commerciaux de celle partie du monde.
,1e pourrais parcourir encore d'autres questions. J’y retrouverais sans doute beaucoup do difficultés possibles entre les deux gouvernements, beaucoup de causes de conflit ; mais je trouverais aussi la même intention sincère de lutter contre ces difficultés, de faire cesser ces conflits, de maintenir la bonne intelligence au milieu de ta diversité des intérêts.
En sorte que, soit que nous considérions les grandes ou les petites questions, les questions près de nous ou les questions loin de nous, nous arrivons à ce résultat, que ta politique nationale, les intérêts français n’unl clé nulle part et jamais sacrifiés au désir de rétablir entre Londres et Paris les bons rapports, la bonne intelligence qui pourtant ont été rétablis.
Messieurs, faites un essai, passez le détroit, allez à Londres (On riO, écoutez F opposition de ce pays et lisez ses journaux : ils vous diront que le cabinet anglais a complètement
abandonné les interets nationaux ï ils vous dîroiït qu’il les a livrés à la France (llircs négatifs a gau cite)* ils le disent i ons les jours,
{Es vous diront que le cabinet anglais a mis sa politique à li suiic de la noire. (Nouvelles dénégations. — Écoulez ! écoutez !)
Je m’étonne de Finterruplion ; vous pouvez tous les jours ^ nt en rire lenir à Londres ce langage- là. Tous les jours l'opposition, en Angleterre, dit exactement à sou gouvernement ce que vous dites au vôtre.
Eli bien, cela n’es! pas plus vrai à Londres qu'à Paris; cela n’est pas plus vrai du cabinet anglais que du cabinet français. Voici ce que nous avons fait les uns et les autres.
Nous avons en toute occasion subordonné les questions médiocres aux grandes questions, les intérêts secondaires aux intérêts supérieurs; nous avons mesuré altenlivemenl Fimporlance des affaires, car nous savons que, quand un veut faire prévaloir un grand intérêt, un intérêt supérieur, il ne faut pas élever à son niveau les intérêts secondaires qui se trouvent sur son chemin. [Très-bien !) Nous avons fait là de la politique de bon feus; on Fa faite à Londres comme à Paris.
Nous avons fait une autre chose; nous avons réellement compris et pris au sérieux deux choses dont on parle beaucoup et qu’on n’entend guère (On rit) : l’ordre européen et U paix.
L’ordre européen, messieurs, c’est la bonne intelligence de toutes ïcs grandes puissances et le respect de Findépendaiifv et des droîls de toutes les puissances, petites oti grandes (Mouvement d’approbation); voilà l’ordre européen.
Eh bien, nous avons réellement, sincèrement, voulu le maintenir en toute occasion. Quand il s’est rencontré quelque incident , quand il est survenu quelques faits qui nous eussent aisément fourni le moyen de semer, entre telle el telle puissance, des animosités, des chances de rupLure, nous ne l’avons pas fait : nous n’avons pas renouvelé les fautes qui
ont amené, au grand détriment de tonte l’Europe» te traité du \6 juillet 1840 ; nous n’avons pas marché dans celte voie ; en même temps que nous cherchions la bonne intelligence et la cordiale entente entre Londres el Paris, nous avons voulu réellement, sincèrement, te bon accord de toutes les grandes puissances eu Europe.
Et la pais, croyez-vous qu’elle consiste simplement à n’ëlre pas en guerre'1 Croyez-vous qu’il suffise de ne pas tirer des coups de canon pour éLre en paix? Non, certes; si au milieu du silence îe plus complet du canon, il y a une lutte sourde, continuelle, une malveillance cachée, mais incessante ; si tes gouvernements, si tes cabinets qui se disent en paix, qui paraissent en paix, sont perpétuellement occupés â se nuire Pun à Tautre, dans telle ou telle partie du monde, sur telle ou telle question, croyez-vous que ce soit là de la paix? Non, messieurs ; c’est une fausse paix, une paix pleine de périls, et qui lot ou tard amène une explosion.
Eh bien, ce que nous avons voulu, c’est une paix réelle et sincère, une paix qui fut au fond des cœurs, comme au fond des canons endormis dans les arsenaux, (Mouvement.}
Voilà ce que nous avons voulu. Nous avons pensé, et ou a pensé â Londres comme à Paris, qu’il y avait place dans le monde pour nos deux poliLiqacs indépendantes et nationales, pourvu qu’elles sussent se maintenir dans les limites de la justice et du bon sens. Ce sera le bien des deux pays, ce sera l’honneur des deux cabinets, d’avoir commencé, d’avoir inauguré celte politique de la vraie paix, de la paix réelle et sincère; politique difficile, j’en conviens, politique nouvelle, mais qui n’en est pas moins la seule bonne, la seule honora ble ; politique qui, pour cire prudente et modérée, n’en est pas moins grande, qui, pour être honnête, n’en est pis moins utile, (.du centre* Très-bien l)
Voilà ce que nous appelons l'entente cordiale entre les deux gouvernements. [Nouvelle approbation.)
Messieurs» il esL rare que la Providence accorde à une po-
li tique La faveur de porter promptement ses fruits* Il est bien rare que ceux qui ont semé soient aussi appelés à mois* sonner* Et pourtant je n’hésite pas a dire que les fruits de la politique dont je parle sont déjà patents et éclatants autour de nous et dans le monde» (Mouvement»}
Je n’insistenn pas, quelque grands qu’ils soient, sur ces faits purement personnels dont on a parié hier avec un dédain bien peu intelligent; je «'insisterai pas sur cette marque de sérieuse amitié donnée par une grande et charmante reine à noire Roi, au Gouvernement fondé par notre glorieuse révolution; je ne vous parlerai pas de M. le duc de Bordeaux, qui n’a point été reçu à Londres par cette reine qui était venue chercher le Roi des Français en France, {Nouvelles marques d’approbation.) Ce sont là des faits éclatants, qui ont frappé en Europe les souverains et les peuples, des faits qui ont occupé les imaginations et les conversations de l’Europe entière; je les laisse dé cote, quelque grands qu’ils soient rèeîlemenl. (Très- bien, très-bien !)
Voyez quel spectacle donne en ce moment le monde ! Voyez deux «allons, l'Espagne el la Grèce, travaillant laborieusement à leur régénération, à se donner un gouvernement libre et régulier î Voyez, au delà des mers, voyez un monde nouveau dans V océan Pacifique s’ouvrant à des établissements nouveaux, français, anglais, américains, espagnols, n'importe! Voyez un grand continent, la Clone, s'ouvrant aussi au commerce, aux relations de tout l’ancien monde ! Savez- vous à quoi ce spectacle est dû? Il est dû â la bonne intelligence, aux bons rapports, à l’en tente cordiale de la France et de 1 5 Angleterre. Supprimez les bons rapports, Pehlenle cordiale de la France et de l 'Angleterre, et dites -moi si le monde offrira ce spectacle, si aucun de ces faits sera possible; dites -moi si vous ne verrez pas en Espagne, en Grèce, l'hostilité des influences, la rivalité des souvenirs, des traditions, s'employant à déjouer, à faire échouer les efforts des
peuples pour leur régénération et leur liberté; si, au lieu des établissements qui se créent sans trouble au (Tel à des mers, vous ne verrez pas une complète absence de sécurité et de progrès; si, milieu <!e ce spectacle pacifique, satisfaisant, moral, pour le bonheur des hommes, pour la liberté des peuple?, pour le progrès de ta civilisation générale, vous ne verrez pas partout ta confusion eL la guerre . (Très -bien ! trèsbien i)
Messieurs, quanti un grand fait a obtenu en si peu de temps de tels résultats, il vaut ta peine qu’on n’en parle pas légèrement. (Nouvelle approbation au centre,) Il vaut la peine qu’on lui donne en passant , dans quelques mois (Tune adresse, une marque dtaJhèsion et de satisfaction.
Il dépend de vous de confirmer ou de compromettre les résultats déjà obtenus par la politique qui a été suivie depuis trois ans.
Quant à nous, nous resterons fidèles â celte politique* parce que nous la croyons seule nation, le, seule bonne pour notre pays comme pour le monde. (Vive adhésion au centre*^
3f. es ii,i* ix lt. Je ne cherche pas, messieurs, à lutter de talent avec le grand orateur qui descend de la tribune ; mais je viens préciser les fails, je tes mettrai en regard de ce talent même, et La chambre appréciera.
La question à résoudre esL celle-ci : Y a-t ri accord de sentiments entre ta France et l’Angleterre , notamment sur l'Espagne et ta Grèce , et y a-t-il pour ta chambre des raisons suffisantes d'accepter dés à présent cet accord?
J’avais indiqué hier comme l’un des faits à prendre en grave considération, l’annonce d’un traité commercial entre la France 011’ Angleterre.
si* i.i; mugTiic tn:g iffiin£§ rcTBt AW&nva.
Je vous demande pardon; j'ai oublié de vous répondre sur ce point, et je demande à le faire de ma place*
Le fait est inexact* El y a eu des négociations commerciales entre ta France el l'Angleterre. Je dors dire que, dans ces
négociations, aucune des grandes industries de la France n’était joléressée : ui les fers, ni tes Gis et tissas de lia, ni les Gis et tissus de coton; même les tissas de laine n’y étaient intéressés que d’une manière fort restreinte* Ces négociations n’ont pas abouti; à l'heure qu’il est, elles ne sont pas suivies* Il n’y a donc, quant à présent, rien qui motive ce que vient de dire l'honorable préopinant* La question des rapports commerciaux de la France et de P Angleterre, de la manière dont il convient de régler ces rapports, et des changements qui pournient y être introduits, reste entière* Pour mon compte, plus y y pense, plus je suis convaincu qu’avec les grandes puissances, qu’on peuL considérer comine rivales en matière industrielle, des traités de commerce, qui engagent EÊtaL pour longtemps, sont attejpts d’un vice radical (Très-bien t }, et qu’il est préférable, quand on veut , quand on croit devoir faire des changements dans les rapports commerciaux avec les grands pays rivaux, de procéder par vole de modifications dans les tarifs, qui laissent plus de garanties aux intérêts nationaux, et qui ne donnent à Pcxpérîence que la durée qu’on croit devoir lui donner- (Très-bien I)
J’ajoute, pour que îa chambre soit pleinement instruite de notre situation à cet égard , que j’ai lieu d’espérer que ces idées frappent également le cabinet anglais, et qu’il les comprendra et les adoptera pour son propre compte, comme nous le ferons pour le nôtre, laissant ainsi aux deux pays avoir sr, par des modifications de tarifs, ils peuvent atteindre le but qu’ils doivent se proposer, l’extension de leurs relations commerciales. (Marques nombreuses (f approbation.)
EXTRAIT DU MONITEUR UNIVERSEL du 21 janvier l&ii.
Imprimerie , ru* des Poitevins , 6.
4' II. 4M Bit E DES DÉPUTÉS
session îie 1843 — 1 84-4
SINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
(IASS TA ARCWS dp projet d’idrbsse
Séance du 22 Janvier 1841
MIAilIBRE DES DÉPUTÉS
session de 1843—1844
PRONOKCti
PAR M. GUIZOT
MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES