CHAMBRE DES DÉPUTÉS SESSION DE J
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PAR M. GUIZOT
ministre des affaires étrangères,
***** LA DISCUSSION DU BUDGET IlESJt DEPENSA
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OHUIBRE DES DÉPUTÉS
PAR M. GUIZOT
NIMBE ilKS AFFAIRES ËTBMGÉRES
[UNS t.A I) lb C t Si I L>> JHJ BLfDljBT UK S JULPEN^KS il K J 8^5 MINISTÈRE DE LA GUERRE
Séance üu 5 juillet lsH
Messieurs,
Je saisis volontiers la première occasion de donner à la chambre les explications que vient demander l’honorable préopinant (1). 11 n’y a, dans la conduite et les internions du Gouvernement du Roi, à l’egard dn Maroc, rien qui ne puisse élre exposé ici dans la plus complète vérité, et je n’ai rien dit, rien communiqué nulle part que je ne sois prêt à mettre sous les yeux de ta chambre.
Nous n’avons avec le Maroc aucune cause naturelle et nationale de conflit cl de guerre.
(O la marquis de la Itorlnnaqiidc-m
Un étranger, Abd-ebKader est venu se placer entre le Maroc et la France; c'est là le seul principe de mésintelligence et de querelle entre les deux Etats,
Abd-eï-Kadcr, chassé de l'Algérie, s'est établi sur la frontière dn Maroc, Là, depuis longtemps, il Irouve un refuge, il prêche, il recrute, il excite le fanatisme des populations musulmanes, et rassemble, soit ses propres adhérents, soit les Marocains soulevés par son influence, pour les lancer contre nous.
Nous avons réclamé depuis longtemps contre ce fait; nous avons demandé <m*Abd-el-Kader fût éloigné de la frontière de notre LerriLoire,
L'empereur de Maroc, embarrassé, entravé par le fanatisme de son peuple, a fait quelques efforts pour nous accorder ce qui nous était dû ; mais le résultat n'a pas été obtenu.
Un second fait s'est produit. Abd-el-Kader a fait élever entre nous et le Maroc une question de territoire dont, jusque-là, nous n'avions pas entendu parler. On a soutenu, au nom de l'empereur de Maroc, que le territoire que nous occupons, entre la Tafna et scs Etats, ne nous appartenait pas, qu'il faisait partie du Maroc, et que notre frontière devait s'arrêter à la Tafna.
Celle prétention est contraire à tons les faits anciens, h toutes les cartes connues, â toute l'histoire de l'Algérie. De tout temps le territoire dont il s'agit a fait partie de l'Algérie, de la province tt'Oran; de tout temps le dey d'Alger a perçu des tributs sur ce territoire ; toutes les cartes marquent ta place des campements des Turcs qui venaient, à certaines époques, prélever ces tributs. Nous occupons ce territoire comme appartenant à la province d’Oran,
Cependant les provocations d'Abdel-Kadcr ont suffi pour susciter ks prétentions du Maroc ; nous les ayons repoussées. La querelle s'esl échauffée ; une invasion marocaine a eu lieu sur notre territoire.
Je ne saurais, messieurs, rendre trop de justice à la modération et à la sagesse en même temps qu’à la fermeté avec laquelle nos généraux ont repoussé celte invasion. L» leçon a été sévère comme le fait le méritait. Mais les généraux Limoriciére et Bedeau, ne voulant pas, sans l’aveu de leur Gouvernement, engager la guerre avec le Maroc, se sont arrêtés sur notre frontière après avoir réprimé PalLaque, et n’ont pas poussé pius loin leur triomphe.
G invasion s est renouvelée ; je n’ai pas besoin d’en retracer les détails; elle s’est renouvelée d’une manière honteuse, contre le droit des gens, au milieu d’une conférence pour la paix; elle a été de nouveau et vertement repoussée. Cette fois M. le maréchal Bugeaud a jugé nécessaire d’entrer sur le territoire du Maroc, de pousser jusqu’à Ouchda ; il n’a rencontré aucune résistance; les Marocains cl les partisans d’Abel* el-Kader se sont dispersés devant lui ; il a occupé Ouchda sans coup férir ; là, il a fait preuve delà même modération, de la même sagesse que le général Bedeau et le général Lamoricière avaient montrées ; il est rentré au bout de deux jours sur notre territoire, et a laissé au Gouvernement du Roi le soin de décider de la paix et de la guerre. Je suis bien aise de rendre hommage ici à la sagesse avec laquelle, dans celte situation délicate, nos généraux se sont conduits; ils ont rempli leur devoir; il l’ont rempli fermement; mais ils ont laissé la politique an Gouvernement, à qui elle appartient. (Trèsbien !)
j -uaDt a la poétique du Gouvernement du Roi, la voici, il n’a sur le Maroc aucune vue de conquête, il ne forme aucun projet d’agrandissement territorial, il trouve que le territoire de l’Algérie suffit (Rires) aux efforts de la France. La charnère me permettra de rappeler que je suis de ceux qui depuis 1 origine, et quelle qu’ait pu être la diversité des systèmes, quant au mode d’occupation, ont regardé la conquête dé Algérie comme un fait immense pour l’avenir de la France.
Je ne suis pas de ceux qui croient qu'il y a Jà plus de charges que d'avantages ; à mon avis, les avantages qui rêsa lieront pour la France de la possession de l'Algérie sont întinimenL supérieurs aux sacrifices qu'elle lui impose. Mais, je sais en même temps convaincu qu’il serait insensé de nourrir la des vues d'agrandissement et de conquête ; nous n'en avons absolument aucune; tout ce que nous dcmanlonsà l'empereur do Maroc, et ce que nous avons le droit d'en obtenir, c’est la paix et La sécurité de notre frontière.
Eh bien, pour la sècuriLè de l1 Algérie et de notre frontière, il est indispensable qu'Àbd-cbKader vaincu, fugitif, ne réside pas sur cette frontière; il est indispensable qu’il ne puisse plus | à nos portes , rallumer à chaque instant La guerre.
Voilà ce que nous avons le droilde demander, ce que nous demandons positivement et efficacement à l'empereur du Maroc. Que tes rassemblements de troupes formés, spontanément ou par des agents marocains, sur notre frontière, soient dispersés; que les agents qui, contre le droit des gens, nous ont attaqués, soient rappelés eL punis; qu'Àbd-el-Kader, si un souverain musulman se croit tenu de lui donner asile, qo'Àbd-el-Kader soit du moins envoyé dans l'intérieur, sur les côtes de l'Océan, qu'on lui assigne une résilence fixe; que ces garanties nons soient bien assurées, nous nous tiendrons pour satisfaits.
Voilà la politique du Gouvernement du Roi envers l'empereur du Maroc. Nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour arriver à ccs résultats.
M. Mauguin parlait tout à V heure (je suis arrivé à la lin de son discours) de la nécessité de fiïrc sentir au gouvernement, et surtout à la population du Maroc, une puissance supérieure à celle d’Abd-el Kader , de placer une crainte audessus d'une autre crainte. Il avait raison ; oui, il faut que ce résultat soit obtenu ; il faut que le gouvernement et la popu-
talion du Maroc sentent la puissance de la France, et sachent bien que l’état actuel des choses, sur la frontière de la province d’Oran, ne saurait continuer. Il faut que nous ayions, et par des actes et par des conventions formelles, la garantie que cet état de choses ne se perpétuera pas.
■I ai l’honnenr de le redire à la chambre; toutes les mesures ont été prises, et par terre cl par mer, pour arriver à ce but. Les renforts nécessaires à M. le maréchal BugeauJ lui ont été ou lui seront envoyés. Les forces de mer, placées sous le commandement d’nn de nos princes, sont suffisantes pour produire, le long des côtes du Maroc, (’crrel que nous devons chercher. Et je n’hésite pas à dire, à l’honneur du prince qui commando ces forces, qu'en le chargeant de ce commandement, ]c Gouvernement du Roi a eu la confiance qu il y apporterait autant de prudence et de sagesse que de courage et de dévouement à l’honneur et aux intérêts de la France. Sans celte double conlnnce, le cabinet n’aurait pas donné au Roi le conseil de confier au prince ce commandement. Le cabinet sait tout ce qu’il y a de délicat, en même temps que cela est noble et nécessaire, à mettre nos princes à ta tête de nos armées soit de terre, soit de mer; le cabinet n’hésite jamais à accepter la responsabilité de la conduite des princes, quand des commandements leur sont confiés au nom du Roi et du pays; mais il y regarde avec soin auparavant; il a besoin d’être certain que les instructions politiques aussi bien que militaires, qui leur sont données, seront fidèlement et sagement exécutées. Nous avons cette confiance dans le noble prince dont on vient de parler à cette tribune, et c’est là le motif, le double motif qui nous a déterminés à lui confier le commandement dont il est revêtu.
Les instructions qu'it a reçues sont conformes, exactement conformes à ta politique que je viens d’avoir l’honneur d’exposcr à ta chambre. Cette politique, vous le voyez, n’a rien de secret, rien qu’on ne puisse, qu’on ne doive produire hau-
lemeiH, devant nos al Ne?, devant nos amis, comme devant Jes chambres elles* memes. Sans aucun doute l'Angleterre a, sur ce qui se passe dans le Maroc, l’œil attentif; des intérêts graves sont là engagés pour elle- Nous avons agi envers elle, dans celte occasion, comme des gouvernements loyaux, éclairés, sérieux, agissent toujours ; nous lut avons fait connaître, d'une manière générale et parfaitement exacte, nos vues, nos intentions; nous les lui avons fait connaître comme nous les faisons connaître aujourd'hui à la chambre, avec moins de détails que je nfen donne à la chambre eu ce moment, mais en lui disant toute la vérité, en lui affirmant que nous n'avions d'autre dessein que d'obtenir une juste réparation et J a sécurité de nos possessions d'Afrique, Cest notre droit, et nous le ferons prévaloir.
Voilà, messieurs, tout le vrai sur noire politique dans celle affaire, sur le commandement donné au noble prince qui dirige nos forces navales, et sur nos rapports diplomatiques à ce sujet, (Très -bien ! très- bien î)
EXTRAIT DU MONITEUR UNIVERSEL du Ü juillet lSi-4
chambre des députés
session de 1844
rrtorfONCÉs
DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
HANS LA DISCÜSSIÛJI