‹ Discours prononcésChapitre 26 sur 36 · DANS LA DISCUSSION DU PROJET D’ADRESSE · texte numérisé non relu

DANS LA DISCUSSION DU PROJET D’ADRESSE

Séance du 15 janvier 1844,

Messieurs,

Je commence par écarter absolument de ce débat les dernières paroles de rjtpnorable préopînant(l). Si jamais on cûtdû s'attendre à ce qu'elles ne fussent pas prononcées, c'est à l 'occasion de la question qui s'agite devant la chambre.

Comment ! il existe à nos portes un État depuis longtemps spécialement proiégé par la Grande-Bretagne, en face duquel* a quelques lieues de ses rôles, elle a Uun de ses principaux, de ses plus importants établissements l Nous avons fait la guerre a cet Etal; nous l'avons faite malgré les appréhensions qu elle inspirait justement à la Grande-Bretagne* appréhensions fondées sur des intérêts légitimes, impossibles a méconnaître* que nous élions loin de contester Non-seulement nous avons fai! la guerre, mais nous avons attaqué* eu face de Gî-

(1) M. le prince de lu Mnsfc&wa,

braltar, îa place même qui alimente C.i b raïtar; nous avons détruit scs fortifications; quelques jours après, nous sommes allés détruire la principale ville commerciale du Maroc, avec laquelle se fait surtout le commerce de la Grande-Bretagne. Nous avons fait tout cela en face des vaisseaux anglais qui suivaient les nôtres pour assister à nus opérations et àiios tombais. El l’on nous dît que, dans celle affaire, nous nous sommes laissé gouverner par la crainte de l'Angleterre, par les intérêts de r Angleterre! Eu vérité, messieurs, jamais les faits, jamais les actes n'avaient donné d’avance un plus éclatant démenti à une telle inculpation. Ce que je m’attendais à entendre à celle tribune , et rc que j’y porterai moi-même, c’est la justice rendue à la loyauté, à la sagesse avec laquelle le gouvernement anglais a compris et les motifs de notre conduite et les nécessités de notre situation. (Marques d’approbation.) Le gouvernement anglais a compris, a reconnu, a proclamé que les griefs de la France contre le Maroc étaient justes, que les demandes de la France au Maroc étaient modérées ; non-seulement il Va reconnu, mais il l’a dît, il Fa dit officiellement au Maroc lui-même; il a engagé le gouvernement du Maroc à faire ce que la France lui demandait; il lui a officiellement notifié que, s’il ne le faisait pas, il ne devait compter en aucune façon sur l’appui direct ou indirect de l’Angleterre. Le gouvernement anglais a ordonné à ses agents militaires et diplomatiques d’employer leur influence pour que le Maroc reconnût les griefs de la France, et acceptât les conditions que la France lui faisait.

Voilà tout ce qui s"esl passé entre les deux gouvernemen ts. Il n’y a rien de pins, rien de moins.

La conduite du Gouvernement français, dans celte affaire, a été ce qu’elle devait être, ce dont il ne doit pas se faire un mérite, ce dont personne ne peut lui faire uw mérite, pleine d’indépendance et de préoccupation des intérêts français. La conduite du gouvernement anglais a été pleine de

loyauté, de sagesse, de sincérité; je saisis avec empressement cette occasion de lui rendre celte justice qui lui est due, et dont une des pièces déposées sur le bureau de la chambré est une éclatante preuve. Qu’on lise la dépêche de lord Aberdeen aux lords de ramiranté, transmise ans officiers de l'escadre anglaise, et tju’ort se demande si jamais paroles onl été plus loyales et plus dignes d’un allié.

J'entre dans le fond de la question.

L’honorable préopinant, comme la plupart des honorables adversaires par lesquels, dans cette enceinte ou ailleurs, j’ai déjà entendu attaquer les actes et ]a conduite du Gouvérnemenl du Roi dans l'affaire du .Maroc, l’honorable préopinant oublie une chose, une seule chose, la politique de la France en Afrique.

La France est mallressc de l’Algérie. J’ai quelque droit do me servir de ces mois, car le cabinet actuel a beaucoup fait poui qu ils devinssent une vérité. Nous avons fermement copie l’entreprise d’opérer la soumission complète de l’Algérie, d’établir la domination complète de la France dans l’Algérie ; nous avons accepté la responsabilité de tous les actes nécessaires pour atteindre un tel but. Mais nous avons en mémo temps fermement déterminé et maintenu les limites de ce but et de nos efforts ; en même temps que nous voulons la domination complète et réelle de In France dans l'Algérie, nous voulons le s/«ft» <jw autour de l'Algérie ; nous voulons qu’aucun changement ne survienne dans l’état des territoires, aucun changement aux dépens de personne, aucun agrandissement au profit de personne.

■Nous le voulons à cause des charges nouvelles qui seraient imposées à la France si die était obligée d’entreprendre là de nouvelles conquêtes. Pendant longtemps encore l’Algérie sera pour la France une charge : il lui suffît de celle-là.

Nous avons egalement pensé aux complications politiques, européennes, qui pourraient résulter d’une nouvelle entreprise de notre part sur ces eûtes. Il faut que le pays saccoutume à entendre traiter ici ses aftaïres avec simplicité et vérité. Savez-vous pourquoi la prise de possession de l’Algérie par la Franco n’a amené aucune grande complication européenne, n’a donné lieu à aucune Lutte grave? C’est à cause de la révolution de 1830. C’est dans h gravité des événements de 1830 que la prise de possession de l’Algérie par la France a disparu. Sans ce déluge d’ affaires énormes qui sont venues tomber sur l’Europe, vous auriez vu cette extension, cet agrandi sseniüiil territorial, celte conquête de la France devenir en Europe la source de complications et d’événements très-graves. Rien de semblable n’arriver ait plus aujourd’hui.

Oui, la possession de TA Igéric par la France est acceptée t>n fait, complètement acceptée par l’Europe, par l ouïes les puissances de l’Europe. Mais ne croyez pas que de nouvelles conquêtes, qu’une nouvelle extension, que de nouvelles occupations w passeraient ainsi sans évènements graves ; il est du devoir des hommes qui ont Flionneur de gouverner leur pays de penser à ces complications, de les prévoir et de les prévenir. (Très-bien!)

Ainsi, soit dans T intérêt intérieur du pays, et pour que des charges nouvelles, et qui n’auraient pas de justes compensations, ne viennent pas peser sur lui, soit dans FioLérèL de sa politique extérieure et de sa bonne situation en Europe, son Gouvernement doit maintenir sévèrement, et respecter luiméme, comme faire respecter par les autres, le ita&u quo en Afrique autour de l’Algérie.

ni. XJ3 i*mxc£ piî i<* Je demande la pa-

rule.

m . le xiiîiiM’ruE. Je le répète avec précision, pour que celle idée soit bien présente à tous les esprils dans le cours du débat : la possession ferme, complète, tranquille, àt

l Algérie, et le statu quy autour de l'Algérie, voilà la pulitiquo de la France en Afrique,

Messieurs, nous avons dans cette politique dos appuis, des alliés naturels, presque necessaires ; ce sont nos propres voisins en Afrique : le bey de Tunis, à Test; Fempereur de Maroc, à Fouest.

Je sais parfaitement que l'un et T autre iFont pas beaucoup de goût pour nous, se délient un peu de nous ; maïs je sais en même temps que la paix et le statu guo sont à leurs yeux leur meilleure chance, et qu'ils tes veulent sincèrement.

Us sont donc, sur ce point, les alliés naturels de notre politique.

ÎN ous avons réussi sans difficulté à Test, auprès du boy de Tunis. Nous n'avons pas également bien réussi à T ouest auprès de l'empereur de Maroc, pourquoi? A cause d’ Abdel- Kader qui a ses racines, sou siège natal dans la province d’Oran* et son point d'appui dans le Marée.

Abd-el-Kadcr, depuis qu'il est entré sur ta scène pour lutter contre la France, s est constamment applique à exciter dans l’esprit de l’empereur de Maroc la crainte, la méfiance, 1 aversion des Français; et quand les sentiments quTü fomentait dans l'esprit de l'empereur ne lui paraissaient pas suffisants, il s’adressait à la population même du Maroc, aux passions religieuses et nationales du peuple marocain, et les excitait contre l'empereur* pour dominer indirectement ïc gouvernement marocain par son peuple, quand il ne pouvait pas le dominer directement liü-meme. (Très-bien 1)

C est là la politique d'Abd-el-Kader ; personne ne peut s’en étonner*

La notre, en présence de la sienne, est de calmer l’eut? pereur de Marne, de le rassurer, de le confirmer dans son désir de la paix et dû statu qua, et en même temps de lui donner quelque appui, quelque force contre les passion*!*-

nàfiqucs de son peuple» qui le* poussent à sortir de cette politique*

Voila la polilique naturelle qui nous est indiquée, à nous, par h situation meme. Pour qu'une puli tique réussisse, messieurs, il faut la suivre cl ïa pratiquer toujours, dans les temps difficiles comme dans les temps ordinaires, au sein meme de la guerre, cl quand les rapports sont inoïficntanémcîîl în Icr^ rompus, comme au sein de la paix ; P esprit de suite dans la politique est la condition nécessaire du succès.

Eh bien, c'esl en considération de res ta il s, c'est au nom de celte politique , que nous avons fait tout ce qui s' est passé en Afrique dans ces derniers temps; c’est là la clef de notre conduite, c’est là la maxime qui a constamment présidé à nos actes; vous allez le voir par l'examen bien simple des motifs de la guerre, de la manière dont elle a élè déclarée, dont elle a élé faite, et du traité par lequel elle a été terminée ; vous retrouverez partout, à chaque instant, à tous les actes de la guerre et de la paix, la poÜLique que je viens de vous signaler, et qui doit être la règle de ta conduite de la France en Afrique. (Marques d'assentiment.)

Vous savez comment la guerre a commencé; vous savez q u'Àbd-el-Kader , chassé de l’Algérie et ne pouvant plus s'y maintenir, s'est établi sur la frontière du territoire marocain ; J u il a réussi à soulever une question de territoire; il a persuadé aux Marocains que le territoire de Lalla-Magfinin cl les tribus établies sur ce territoire n’a p par tenaient pas à l'Algérie, mais au Maroc, 11 les a poussés à en réclamer la possession*

Au même moment, et par une coïncidence de pur hasard, une querelle s'est élevée entre l'Espagne et le Maroc ; au même moment encore, le Danemark et la Suède, du fond du nord, sont venus réclamer du Maroc l'abolition du tribut qu'ils lui payaient depuis longtemps*

Àbd-ebKader s'est appliqué à persuader au gouvernement

et au peuple marocain que estait la France qui suscitait l1 Espagne contre le Maroc* la Suède çl le Danemark contre le Maroc; il a tenté de mettre à notre charge tous ces griefs, et il a amené 1rs incursions, les agressions hostiles que vous connaissez de mai, juin, juillet.

Qu avons-nous fait en présence de motifs de guerre si naturels, si légitimes?

Nous avons maintenu fermement tout ce qui était d’un intérêt réel pour V Algérie; nous avons maintenu que le territoire qu’on nous contes lait nous appartenait bien réellement, qu'il avait toujours appartenu au* Turcs , et qu’à ce titre il était passé sous notre domination,

Nous avons rédamé péremptoirement, décidément, l'expulsion d'Akd-cl-Kadcr du territoire marocain*

Enfin nous avons réprimé et puni sévèrement tes agressions doül noire territoire avait été l’objet*

Voilà ce que nous commanda ienL les intérêts de l'Algérie* Mais en même temps nous avons soigneusement écarté des adirés de la France tout ce qui leur était étranger, tout ce qui ne sTy rattachait pas directement, Nous avons offert à l'Espagne notre médiation pour aplanir scs différends avec le Maroc; nous avons offert au Danemark et à ta Suède qui les réclamaient, nos bons offices pour leur l'aire obtenir dn Maroc ['exemption du tribut qu'ils lui payaient. Mais nous avons tenu mis affaires, nos questions soigneusement séparées de eelles-là; nous n'avons voulu nous idenliiier avec aucune de res querelles-là* Nous avons soin de ne jamais mêler les affaires de la France aux affaires des autres peuples, à moins qu’une alliance intime ne nous y oblige, et ne nous en fasse reconnaître futilité. Or, dans cette occasion, il n'y avait aucune utilité de joindre à notre querelle celles qifon cherchait d'ailleurs à l’empereur du «Maroc, et qu’Abd-d-Kader s'efforcait de joindre à la nôtre; nous le* avons soigneusement écartées.

Enfin nous avons dit sur-le-champ à Teuipereiir de Maroc quelles ételéiitnos conditions de pais et de bons rapports avec lui, en ne consultant que le fond des intérêts de BAIgérîé et le langage que nous avions tenu depuis longtemps.

Tout cela n’a pas empêché la guerre ; Ucm perçu r n’a pas reconnu la légitimité de nos griefs et la modération de nos demandes. La guerre s’csL décidément engagée. Elle a été faite vivement et énergique nient, pour qu’elle fût prompte et décisive. Nuis moyens n’ont manqué à nos troupes de terre et de mer ; nos vaisseaux sonL partis de Toulon en trois jours; les renforts demandés par le maréchal Bugcaud sont très- rapidement arrivés à Oran. De plus, nous n’avons tenu compte, comme je le disais à la chambre en montant à la tribune, d’aucune considération extérieure ; nous ne nous sommes laissé gêner ni embarrasser par mienne des circon s lances extérieures qu’on rappelait tout h llicure ; nous avons dit hautement à l’Angleterre, comme à l’Europe entière, nos griefs et mê demandes, et nous avons en même temps annoncé que nous userions de tons Les moyens et de tous les droits de la guerre ; noire politique, les motifs qui la dirigent, les limiLes dans lesquelles nous voulions la. contenir, rien n’a été ignoré de personne ; nous avons agi au grand jour vîs-à-vis de toute PEurope.

Vous savez quelle a été la marche de la guerre. Les agents du Roi, dans celte occasion, lés commandants de nos troupes de terre cl de mer, ont parfaitement compris cl suivi les Instructions du Gouvernement du Roi. M. le maréchal Btigeaud a apporté autant de sagesse que de vigueur dans ht guerre de terre : en même temps qu.1l gagnait dés batailles et qu’il réprimait les agressions marocaines, dés qui! âvatl atteint son but, il rentrait sur notre territoire, pour donner aux Marocains, à l’Ëtmvpe, la preuve de la loyauté de notre conduite et de la modération de notre politique. (Marques d’approbation.)

Et non-seulement M. te maréchal Bugeaud rentrait sur notre territoire après avoir vaincu, mais il a fait à plusieurs reprises des ouvertures de paix modérées.

M. le prince de Joinville a tenu exactement la même conduite; il n’a pas été parader fastueusement sur les côtes du Maroc pour irriter les populations marocaines ; il s’est tenu en repos à Gibraltar et à Cadix, jusqu’à ce que te moment de commencer les hostilités fût venu. Lorsque cette nécessité a été évidente, il a agi, je ne dirai pas sans ménagements, on ne doit jamais agir sans ménagements; au moment même où il a bombardé Tanger, il a ménagé la ville, conformément à ses instructions. Il iTa point oublié, ainsi que le lui avait dit te ministre de la marine, que Tanger est une ville en quelque sorte européenne, dont il fallait prendre soin au milieu même delà guerre; il a détruit les fortifications, mais i! a ménagé Tanger. Quand il a attaqué Mogador, le moment pressait de frapper un coup vigoureux ; il Ta fait, et après avoir atteint le but, après avoir fait ce qu’on disait que nous ne ferions jamais, après avoir occupé cet ilôt qui ferme le port de jVIogador, il est revenu à Cadix attendre que tes circonstances rappelassent a une nouvelle action.

Voilà comment la guerre a été commencée, comment eïle a été conduite, toujours sous inspiration de la même politique, pour atteindre le même but, pour nous affermir dans ta possession de l’Algérie et pour garantir le statu q tio autour de PÂlgêrré, pour bien démontrer, au moment même où L tétât normal des affaires était suspendu, que nous ne sortions pas de notre politique et que nous lui demeurions fidèles. J’ajoute que nous lui sommes demeurés fidèles dans le traité aussi bien que dans Forigiae cl dans la conduite de la guerre. (Très-bien !)

D’abord, messieurs, il y a un fait que j’ai un besoin absolu de rectifier. On parte de négociations , de concessions faites soit au Maroc, soit aux représentations d’autres puissance».

On n’a donc pas remarqué, ou n u pas lu de quelle façon le traité a été conclu. Sur la demande de la paix olïïcieflement ntl rossée a nos négocia leurs et à E le prince de Joinville par le plénipotentiaire de l'empereur du Maroc, M. le péihce de JoinviÜe et nos négocialcurs se sont rendus devant Tanger, A l'Instant même de leur arrivée, le gouverneur de Tanger est venu à bord du vaisseau amiral demander de nouveau officiellement la puis:. On lui a dit : Voilà un traité tout rédigé; il n’y a pas un mot à y changer, il n'y a pas un article à discuter; il va être porté chez vous par les plénipotentiaires français : vous le signerez â l'instant même, ou la guerre va continuer. Ce senties paroles mêmes des plénipotentiaires français. Ce qui a clé dit a été fait. Les plénipotentiaires français ont porté le traité à Tanger; le traité a clé signé, et m deux heures tout a été fini. IJ n’a donc été lait de concession à personne. C’est la volonté de la France représentée par le prince et par les plénipotentiaires qui a dicté le traité.

st- i*iî MARçrig de nu las*. Je demande la parole.

*i, wæ mviSTît r. J’entre maintenant dans Fexamen du traité même, et je prends d’abord ce qui a excité le plus de réclamations, ce qui sc rapporte à Abd-d-Kailer.

Messieurs, rfoublicz jamais ce que je viens de dire à la chambre ; nous sommes parfaitement responsables de tout le traité, car il est entièrement une oeuvre française; tout ce qui y est, personne ne t’a demandé à la France, c’est elle qui l’y a mis. [Vous y avons écrit qu'Abd-el-Kadcr senil mis hors la loi par l'empereur du Maroc. Or, celle expression de mise hors la loi , c’est Texcommunic^iion religieuse; il faut bien que je redise, quoique l'honorable préopmaut Fait contes! é, que Tempereur du Maroc est chef de la religion et qu’il pouvait excommunier Abd-ebKadcr, tandis qu\\bd-e1-Kader n’aurait pu le faire à son égard.

m* te l'îifsn: i>e ü Je ne l’ai pas con*

este le moins du monde,

àIp IpE nnimE. Ne m'interrompe?, pas. Àbd-d-Kader , tout respecté qu’il est comme marabout, n’aurait pas eu le droit d'excommunier rempereur du Maroc. Quelle que soit son influence sur la population, il est sans autorité religieuse, et s’il s’êiail avisé, dans je ne sais quel accès de colère, d1 excommunier l’empereur, je suis persuadé que les populations auraient souri à une pareille prétention.

L empereur du Maroc avait le droit d’excommunier Abrîcl-Kader; nous lui avons imposé cette excommunication. C’est un fluL grave, messieurs, et qui a des conséquences pratiques graves que rhaiiorabïe préopuianl semble ignorer, celle, entre autres, cï’irtiertlire à tous les Marocains de lui donner asile*

Mais en même temps que nous imposions celte condition a l'empereur, nous avons mis dans le traité, c’esL la France qui Ta mis, on ne le lui a pas imposé, que si Àbd-el-Kader, poursuivi par les troupes marocaines, tombait entre nos mains, il seraiL traité avec égards et générosité* C’est la une déclaration que la France a faite, et mm pas une condition qireïle a subie ; ce n’est pas un échange de conventions, c’est une déclaration spontanée; et nous Pavons dit par un motif politique, pour couvrir, jusqu’à un certain point, l’empereur de Maroc vis-à-vis fie scs sujets, eu présence de l'excommunication religieuse que nous lui demandions contre Àbd-d-Kader; au moment même ou la France imposait à l’empereur un acte si grave, elle a senti la nécessité de dire quelques paroles qui fussent aux yeux de ses sujets une sorte de garantie, une sorte île sauvegarde pour le gouvernement qui acceptait la condition de mettre Àbd-d-Kader hors la loi religieuse du pays,

A oii à. Messieurs, le sens, le seul sens des paroles qui ont été insérées dans le traité, cl qui Foui été librement, volontairement, parce que les plénipotentiaires français las ont ju

~ îk —

gées conformes aux intérêts» à là politique du pays. (Très-

bien 1}

Je viens à ce qui regarde lâ personne d’Àbd-el-KadOf.

Il v avait, messieurs» quant aui demandes à faire à Tempercur de Maroc sur Àbd*el-Kader , deu* partis à prendre : on pouvait lui demander de l'expulser de son territoire, demande que nous lui avions effectivement adressée; ou bien lui demander de s'en saisir, de l'iutcrncr et de le retenir à l'ouest de son pays, dans un des ports de la côte.

j/nn ou TauLre parti, adopté exclusivement, avait bien des avanlages et bien des inconvénients.

Lf internai d'Àbd-el-Kader avait l'inconvénient grave de t'établir , pour ainsi dire, officiel le ment au milieu de ta population marocaine, au milieu des hommes sur lesquels il cherche à exercer son influence; de T y établir comme nue Victime toujours présente du gouvernement marocain, de lui donner par conséquent de grandes facilités pour agir sur 1 esprit ries populations et de rendre sa position plus intéressante*

En même temps, ce parti avait cet autre inconvénient de rendre l'empereur de Maroc responsable de tout ce que ferait Àbd-cl-Kader ; du moment où il l'avait dans ses États, où il le tenait sous sa garde, nous avions droit de lui demander raison de tout ce qui arriverait. Ce pouvait être une source de conflits continuels entre le Maroc et nous.

U y avait donc à cette combinaison de véritables inconvénients, quoiqu'il y eût des avantages réels, je ne le conteste pas*

Une autre considération nous à tourbes, c'est la difficulté d'exécution, Imposer à l'empereur de Maroc l'obligation de prendre Abd-el-Kader, de l'emprisonner, de le garder, en lui disant, commfc le demandait l1 honorable préopinant ; Mous ne cesserons pas la guerre, k guerre continuera jusqu'à ce que vous vous soyez saisi d'AM-el-Kader ; c'eût élé une demande bien élran e.

Messieurs, il y a quatorze ans que nous cherchons à fèiri cela en Algérie, et nous n’y avons pas réussi; depuis quatorze ans nous ne demandons pas mieux que de prendre Abd-el- Kader, et avec 80,000 hommes et le maréchal Bugeaud nous n’y avons pas réussi. (C’est juste !)

L’empereur de Maroc aurait eu le droit de nous dire * Vous me demandez beaucoup plus que vous n’avez pu Taire vous-mêmes, et mes moyens sont très -inférieurs a u\ vôtres, et les moyens d’Àbd-el-Kadnr chez moi valent bien cens qu’il avait chez vous.

Ces motifs nous ont touchés ; il nous a paru qu’ïï valait mieux n’adopter exclusivement ni l’un ni l’autre des deux partis; qu’il valait mieux mettre dans le traité l'obligation alternative, pour l’empereur, ou d'expulser Àbd-el-Kader dé son territoire, ou de l'arrêter et de le retenir. C’est coque nous avons fait.

Que l'honorable préopinant ne croie pas que le traifé ait été Tait sans y penser et uniquement pour se débarrasser de la difficulté du moment; c’est après y avoir réfléchi qu’on a trouvé qu’il valait mieux ne pas imposer â l’empereur de Maroc envers Àbd-el-Kader un seul parti à prendre, un seul système à suivre ; que cela était plus dangereux pour lui, peut-être plus dangereux pour nous, et, dans tous tes cas, trèsdifficile, sinon Impossible, à exécuter; qu’îl valait mieux lui laisser l’ai lernative mi d’expulser Àbd-el-Kader de son territoire, de lui refuser tout secours, tout appui, on bien de le faire interner dans Foïtest de ses Étals : c’est l’un ou l’autre de ces aides que nous avons exigé de lui, parce que nous avons cru celte alternative préférable,

de reconnais que si Abd-el-Kader, expulsé du territoire de Maroc, se rejette, avec la bande 1res -faible qui lui reste on celle qu’il pourrait recruter de nouveau , vers le sud de nos possessions, dans le désert, il en résultera pour nous des embarras, de nouvelles tenta rives d’instirrértion Sur lYïtrêm#

limite de l'Algérie. Je n'ai pas la prétention, et aucun homme sensé ne peut avoir la prétention que le traité ait mis fin à tous les embarras de la situation. Tanl qu’A bd- cKK acier vivra, c'est un homme trop énergique, trop habile, trop éprouvé par le malheur, pour que la lutte contre lui ne soit pas toujours une affaire difficile ut importante. Mais je dis que, par le traité, par l'alternative qu'on y a écrite, on a fait ce qu’il y avait de mieux à faire : on s'esL donné contre lui lus meilleures armes qu’on pût se donner en ce moment.

L'honorable préophianl parait ne tenir aucun compte des engagements; tout engagement, il t’appelle un engagement illusoire, un engagement hypothétique. Il ne faut point faire de traités alors; il faut aller jusqu’au bout, poursuivre à outrance son dessein, jusqu’à ce qu’on Fait accompli par U force; il ne faut se fier à personne ; il ne faut cent racler aucun engagement ; H ne faut faire aucun acte de diplomatie; il tant la guerre, et encore la guerre, jusqu'à ce que tout soit accompli.

Voilà la conséquence de ce que dit F honorable préopinant, ^Très-bien ! très bien !)

QtiVt-il déjà été fait pour Fcxécutîon de ces engagements? L’honorable préopinant croit que rien du tout n'a été fait ; et il le croit parce qu’il ne te trouve pas dans les pièces communiquées à la chambre. Que F honorable préopinant tue permette de le dire ; nous n’avons pas la prétention d’avoir mis dans les pièces tout ce que noos savions et tout ce qui avait été fait; nous u'avons pas la prétention d’apporter ici, dans celte enceinte, à celte tribune, tout ce qui s’est passé depuis six semaines, depuis deux mob, en Afrique, Il a été fait plusieurs choses pour l'exécution du traité ; F empereur de Maroc y a travaillé sérieusement; il a travaillé à faire venir Abd-cl- Kader à Fez , à lui assurer une situation convenable pour qu’îl vécût tranquille dans cette ville; il a entamé une négo* eiatiOLi avec Àbd-eî-Kader.

Je 'ois iju ou s’clünne que je me sent; tfii mut négociation; mais que voulez-vous que fasse l'empereur de .Manie:1 S’il n’cxéculc [.ns sur-le-champ le traité, e’esi qu’il ne le peui pas sur-le-champ. Si Ahd-rl-Kadcr continue à nous harceler, nous verrons ce qu’il y aura à faire ; nous ne renonçons à rien; si les engagements ne som pas remplis, nous aviserons; mais nous avons les engagements; ils nous dnniicul des droits, nous les mainfiendrons; cl nous donnerons le temps raisonnablement nécessaire pour nous assurer de leur ac coin pli sSêmenL

J’ai la confiance, non pas que tout sera (ait en Irês-peu du temps, mais qu’un grand pas est déjà fait.

Je passe aux autres dispositions du traité, à celles du moins qu’on a al laquées; la chambre ine pardonnera de n’itisis 1er que sur celle-là.

La punition des chefs qui avaicnL pris part aux agressions dont nous avons eu h nous plaindre a eu lieu.

1 ai mi ces chefs, il y en avait trois ou quatre, les uns ont été destitues ; les autres ont été emprisonnés et le sont encore ; !’ honorable prèopinant riYsigc pas* je pense, que nouveaugions, nous, que l’empereur de 31a roc les traite plus sévèrement, qu’il les traite avec la barbarie africaine. Non, Les uns ont été destitués, les autres sont en prison.

Quant a T indemnité, si elle n’a pas été mise dans le traité, je dis ici ce que je disais loutà l'heure sur Àbd-H-Kndcr, e’est que nous ne l’avons pas voulu ; c’est que nous n’avons pas jugé que eek fui bon pour la situation et In politique de la France m Afrique. D’après ce que je disais à la chambre de cette politique, elle a pu voir que nous nous sommes toujours considérés comme devant user, envers l'empereur cie Maroc, de certains ménagements, comme né devant pas le poussera bout et le traiter eu ennemi qu’il tic s’agissait que d’abattre. Non, messieurs; nous avons voulu, au contraire, que, même apres la guerre et pendant la paix, il restât entre l’émpcrtiîr

de Maroc et nous des rapports tranquilles* et* jusqu'à un certain point , confiants. Nous n'avous pas voulu que des sentiments hostiles, amers, violents, fussent* entre lui et nous, le résultat de celle guerre. C’est là un des principaux motife qui nous ont portés à ne pas écrire dans le traité l'obligation d'une indemnité.

Le second motif, et tous les hommes qui ont été eu Afrique , qui ont pris part à ces événements , le diraient comme nous, c'est que Lies -probablement , je dis certainement, quand l'indemnité aurait clé écrite dans le traité, pour ravoir il aurait fallu aller la prendre. C était la continuation de la guerre, la prolongation, on ne sait pour quel temps, de la guerre. Nous avons pensé qu'il en résulterait pour te pays plus de charges et plus tP embarras que l'indemnité ne pouvait valoir. Nous avons jugé qu'une expédition à Fez, à Maroc ou à Méquincz, où il aurait fallu aller chercher V indemnité , coûterait beaucoup pins que l'indemnité ne valait. Voilà les deux raisons qui, dans l'intérêt du pays, au nom de la politique du pays, et non par une autre considération, nous ont déterminés à ne pas insister sur l'indemnité.

Quant à ce qui regarde les intérêts des Français créanciers de V empereur du Maroc, que T hou* arable préopinant se rassure, ces intérêts ne sont pas abandonnés. Ces créances serotiL payées i les unes sont déjà liquidées , les autres seront également poursuivies cl payées. La France n 'abandonne pas les intérêts particuliers des Français , au moment où elle croit, dans l'intérêt du pays, devoir renoncer à la demande de frais de guerre. (Mouvement d'approbation.)

iteste un dernier point, l'évacuation immédiate de nie de Mogador, tandis que , dans le traité, il était écrit que cela n’aurait lieu que lorsque tels el tels articles auraient été exécutés. L'honorable préopiuant in’ accordera que celle stipulation était facultative pour nous , et que nous étions bits

eerlainement nndtrefd'y renoncer si nous jugions que Tintérét du pays le conseillai Eh bien, après le traité signé* au moment même où il était signé, M. le prince de Joinville avec, Je ne vous pas dire une sagesse, mais un courage , une fermeté politique dont je crois de mon devoir de le louer,.* (Très-bien 1 très-bien!} a pensé que l'intérêt du pays ordonnait l'évacuation immédiate de Tllc de Mogador, cl il a dit ses raisons dans une dépêche qui a été mise sous les yeux de la chambre.

Je ifai rien à ajouter 4 ccs raisons ; je lirais cette dépêche si je ne savais que toute la chambre Ta lue. (Très-bien ! treshieu ! }

Le Gouvernement a complètement approuvé la ferme et sensée résolution de M* le prince de Joinville.

Nous avons élé dirigés dans toute cette affaire par deux motifs généraux et supérieurs à toutes les questions de détail dans lesquelles je viens d'entrer.

Nous avons voulu que l'empereur de Maroc eut en même temps ïa conviction de notre force et la conviction de notre modération ; qu'il sût que nous pouvions lui faire, dès que nous voudrions, en peu de jours, une guerre fatale, et que cependant, non -seulement nous n'abuseriuus pas, mais nous n'userions pas jusqu'au bout des droits de la guerre, car nous voulions continuer 4 vivre en bons rapports avec lui. Nous avons voulu lui donner celle double conviction, et nous y avons réussi. (Marques d'approbation.)

Nous avons voulu de plus terminer complètement cette affaire, afin quelle n'eût pas de queue, qu'elle n'eût pas la chance de recommencer bientôt et sans cesse, Nous avons voulu qu’une fois le traité signe et ta paix faite, il ne restât plus rien 4 faire , entre le Maroc et nous , que de vivre en paix. Voilà le butdenoLre politique.

Savez-vous ce qui est résulté de cette conduite et de la persévérance avec laquelle nous avons adhéré 4 l'idée qui dornint

ci qui doit dominer la politique de la France en Afrique? c'est que F Algérie se calme, qu'elle est parfaitement raffermie \ c'esl que les Arabes de F Algérie sont désabusés du Marne, qu'ils n'ont plus aucune idée de la force du Maroc, que leurs ycux^nc se tournent plus vers F ouest. Le Maroc est désabusé lai-mèmè de sa force à notre égard. Il sait qu’il n'en a pas, et en même temps il sait que nous n’abuserons pas de notre supériorité; que nous ne vouions que le statu tjuo ; qu il n’a aucune violence, aucun acte d1 envahissement à redouter de notre part, U nous craint, et cependant il a une certaine mesure de confiance en nous.

Voilà les résultats que nous voulions atteindre. Gela vaut mieux que quelques millions écrits clans un traité ; cela est plus sensé et plus cflicace. Toute autre conduite eût compliqué notre situation en Afrique, eût profondément altéré la poli' tique que nous y avons suivie, l’attitude que nous avons voulu y prendre. Nous y avons été fidèles ; nous continuerons à y être fidèles ; nous exécuterons et nous ferons exécuter le traité dans le même esprit avec lequel la guerre et la paix ont été faites tour à tour. (Vif mouvement d'approbation,)

Messieurs,

L’honorable orateur (I ) veubii me permettre de dire un mot pour ne pas prolonger la discussion sur ce fait-ïà ?

Vuîci Fart. 4 : u À bd -cl- K ad er est mis hors la loi dans toule Fé tendue de F empire de Maroc . U sera, en consé¬

quence, poursuivi à main armée.. „ parles troupes marocaines, sur leur territoire, jusqu’à ce qu'il eu soit expulse, ou qu’il soit tombé au pouvoir de l’une ou Fanlre nation. »

(F M. 1<j prince de ta Moskewa.

Il y a donc là ralternalive ou de l'expulsion ou de l'arrestation d’Abd-el-Kadçr. Dans le cas de l’arrestation, dans le cas où il tomberait au pouvoir des Marocains, l’empereur

s’engage à l’interner.

L’alternative que j’ai indiquée à la chambre existe donc pleinement dans le traite. L’empereur du Maroc peut faire poursuivre, aux termes du traité, Abd-el-Kader par les troupes marocaines, et l’expulser de son territoire. Si, au lieu de l’expulser, il le prend, il est obligé de l’interner dans un des ports de l’ouest et de l’y garder.

Voilà le traité. Cet acte a été publié en entier. L’honorable orateur n’avait pas lu le premier paragraphe de l’art. 1.

w. MB co vitk oc la ncooRTC. Je reproche au Gouvernement, dans toute cette affaire, d’avoir demandé à l’empereur une satisfaction insignifiante, de n’avoir point usé dans la guerre de tous les droits de la guerre, droits qui apparliennentà toute nation indépendante; je lui reproche d’avoir manqué en cela à la dignité de la France, car la dignité des nations consiste essentiellement à n’abandonner aucun des droits inhérents à l’indépendance.

Enfin je lui reproche de n’avoir pas atteint le but qu’il se proposait, raffermissement de la sûreté de l’Algérie; car, en ne punissant pas l'empereur, en faisant éclater un désir impatient de mettre fin à la guerre, en montrant que l’on craignait d’user de tous les droits que la guerre donne, on a laissé voir qu’un n’était pas fermement résolu à réprimer désormais toutes les manœuvres auxquelles l’empereur pourra se livrer pour contrarier et troubler notre domination en Algérie. Enfin j’ajoute, et c’est ce qui m’est le plus pénible.

que toutes ces choses ont été fat les dans la crainte de mécontenter une puissance dont on ne peut parler à celte tribune sans exciter toute la susceptibilité de M. le ministre des affaires étrangères. (Très-bien ! très-bien I)

tï. le nni^ini: tfrtioEg ETnttoÈBES,

Messieurs, ma réponse sera très-courte et parfaitement claire.

Aucune des instructions données soit a Ta mirai, soit au général de l'armée de terre, n’a été communiquée à aucune puissance; aucun des droits, aucun des moyens de la guerre n’a été, à aucun moment, abandonné par le Gouvernement du Roi. Le Gouvernement tîu Roi a au contraire constamment déclaré, positivement déclaré, qu'il entendait user de tous les droits et de tous les moyens de guerre dont il aurait besoin pour atteindre sonbuL.La seule chose que le Gouvernement du Roi ait fait connaître, et il Ta fait connaître publiquement, par ses déclarations à cette tribune et à celle rie l’autre chambre comme dans scs rapports officiels, c’est qu’il n’entendait faire aucune conquête dans te Maroc, qu’il ne cherchait là aucun agrandissement de territoire. Le Gouvernement du Roi a dit cela au gouvernement britannique, apres l’avoir dit aux deux chambres, à la France entière. Il n’a rien ajouté à celte déclaration, il n’a rien communiqué de plus. C’est là la substance de la politique du Gouvernement du Roi, à laquelle sir Robert Peei a fait allusion. Il n’a certainement pas al taché à ce mot un autre sens que celui que j’y alLaclic moi-même en ce moment ; car aucune communication au delà de ce que je viens de dire n’a été faite au gouvernement britannique. Je répète mon assertion, et elle sera comprise, j’en suis sùr, nu delà du détroit comme ici. (Marques d’approbation.) Aucune instruction donnée soit à l’amiral, soit au général de l’armée de terre, n’a été communiquée à aucun gouvernement ; aucun délai! sur la marche à suivre dans les opérations soit de terre, soit de mer, n’a été communiqué. La seule chose qui ail éié

communiquée au gouvernement britannique, c'est notre intention, notre pensée politique; c’est que le Gouvernement du Roi ne cherchait à faire aucune conquête, aucun agrandissement de territoire, qu’il n’entendait s’emparer, d’une manière permanente, d’aucune portion du territoire du Maroc.

J’aurais etc bien mal venu à ne pas dire cela à une puissance alliée, quand je l'avais dit tout haut devant l’Europe

Quant à l’emploi de tous les moyens de guerre, à l’exercice de tous les droits de la guerre, il a etc non-sctileiuent main tenu en fait , mais nous avons toujours dit que nous en userions au besoin.

1 otlà ce qui a été dit, voilà ee qui a été fait, rien de plus, rien de moins.

EXTRAIT JW MONITEUR UNIVERSEL du IC janvier 18*5.

t lI VTlimi: ÜKS DtPIfTll

Session de T 844 - 1 8 i5.

FROKONeÉ

PAR M. GUIZOT

Mimi DES AFFAMES ÉTRANGÈRES

HANS LA DISCUSSION GÉNÉRALE DU l'ROJET D’ADRESSE

France du 21 janvier 1845.

Messieurs,

l/hononble prtopiMnt (lj rn’a prM une intention que je liftais pas ~9 que je n’ai pas davantage après ravoir entendu ; il a suppose que je voudrais lui parler rie 1840 et de l'héritage qu'il nous a légué.

Je regarde la question de 1840 comme une question jugée, jugée en France, jugée en Europe. Je tiens que les opinions de tous les hommes de sens, et qui comprennent vraiment le cours de la politique, sont fixées à cet égard. (Assentiment au centre- )

Je ne sens donc aucun besoin, ni pour ma cause, ni pour moi-méme, de parler de 1840 et du cabinet du î*r mars, et

(t) M, Thicrs.

iJu iriste état où il a mis et laissé les affaires. Je n en dirai rien. (Rumeurs diverses.)

Je ne suivrai pas tiou plus F ho no rai) le préopina ni dans toutes les questions qu’il a parcourues, questions politiques* questions militaires* questions historiques, toutes nos alliances possibles, toutes les faces de la politique de notre pays. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire, à propos des questions réellement en débat aujourd’hui, d’agrandir ainsi outre mesure le champ de la discussion. A mou avis, il en résulte plus de confusion que de clarté, et les vraies questions, les questions actuelles sont serrées de beaucoup moins près, cL beaucoup moins bien discutées cl résolues quand on parle de tout à propos de ces questions-là. (Mouvement 0

C’est donc dans les questions actuellement ou récemment pendantes que je me renfermerai.

Par une circonstance que je pourrais appeler une bonne fortune, ces questions sont presque toutes récentes; les unes sont nées et ont été résolues, les autres, nées antérieurement, ont été résolues dans l'intervalle des deux sessions. Je puis donc me resserrer dans un espace fort court et j y rencontrerai tout ce qu’il y a de sérieux et d’important dans ta discussion qui nous occupe, et que l’honorable preopinant vient de répandre sur un si grand espace.

Rappelez-vous, messieurs, où nous en étions à la clôture de votre dernière session. Vous nous avez laissés en présence de questions graves, et aux prises avec de graves difficultés. Quand ou a à marcher en portant ainsi le poids de glandes choses, et pour peu qu’on soit capable de les sentir, on oublie bientôt les intérêts elles embarras secondaires. Quand donc, après votre dernière session, nous nous sommes trouvés seuls, en face des affaires et de notre responsabilité, toute préoccupation de personnalité ou de polémique a disparu ; nous n’avons plus songé qu’aux grands intérêts qui élaienL engagés, aux grands devoirs qui nous étaient imposés; nous n'avons

plus cherché qu'à résoudre* selon ces intérêts et ces devoirs, ïes questions posées devant nous.

Prises en elle s-mêmes, messieurs, el quand elles auraient été isolées, parfaitement exemptes de toute complication étrangère, ces questions étaient graves et difficiles.

Une première guerre, dans un établissement nou veau comme P Algérie, contre un voisin à demi barbare; les premiers pas d'un établissement lointain, à 4,000 lieues de la métropole, cela était grave en soi. Maïs, de plus, cela touchait de très-près et très-vivement au pays avec lequel nous avons les relations tes plus fréquentes, les plus importantes, les plus intimes, l'Angleterre.

Toute notre politique extérieure était engagée dans les questions que vous avez laissées pendantes quand vous vous êtes séparés.

Nous nous sommes proposé ce double but : résoudre ees questions en maintenant les droits, les intérêts, la dignité de la France ; el, en même temps, pour être équitables cl sensés, faire ans droits, aux intérêts, à ta dignité du pays étranger que ces questions louchaient, la part qui leur était due.

L’honorable préopinant le disait lui-même tout a l'heure; toute bonne politique extérieure est à ce prix ; on ne peut pas ne penser qu'à soi seul, et ne faire que ce qui vous convient et vous plaît à vous- mêmes; il faut faire la part des autres.

Je prendrai l'une après l'autre les questions qui sont i'objel de votre discussion : Maroc, Taïli , le droit de visite. J'examinerai comment nous les avons résolues, quelle part nous avons faite aux droits, aux intérêts, à l'honneur de la France; aux droits, aux intérêts, à l'honneur de l'Angleterre, J'examinerai quelle situa lion en est résultée pour nos rapports avec l'Angleterre. 11 me semble que c'est là la question dle-ménie. serrée de liès-prcs, tout entière; je n'en rc- Iranchmi rien, je n'y ajouterai rien. (Très -bien ! — Ecoutez I,

V oici comment nous avons considéré el conduit la question du Maroc,

Nous avons, commencé par dire tout haut, par déclarer publiquement à cette tribune, quelle était notre politique, quelles éLaient nos intentions* ce que nous voulions taire, ce que nous ferions.

On a parte de commun ica Lions faites au gouvernement anglais ; rien de plus que ce que je dis là, rién de plus que ce que j’avais déclaré è celle tribune nTa été communiqué officiellement; j’ai communiqué ce que j’avais dit tout haut.

Cela Fait, nous avons pris nos mesures, non pas comme Tîndiquait tout a l'heure rhünurable préopînanl, pour faire une autre puissance juge de nos différends, pour rengager à faire elle- même nos affaires ; non, nous avons pris nos mesures pour faire nos affaires nous-mêmes ; nous avons dit que nous voulions les faire nous-mêmes.

Nous n’avons pas repoussé, nous avons accueilli les bons offices qui nous étaient offerts; nous aurions éLé insensés de les repousser. Mais nous ne nous en sommes point rapportés a ces bons offices. Pendant que les bons offices suivaient leur cours, nous agissions; nous faisions É93' affaires nous^nèmes.

Les bons et grands instruments pour les faire nom-mêmes ne nous manquaient pas. Nous avions sur terre pleine confiance dans TLliustrc maréchal qui présidait aux opérations, et qui, depuis quatre ans, a conquis l'Algérie pour la France. II y a eu deux conquêtes de r Algérie i la première, celte île 1830, lit seconde, celte de 1841 à 1844; la seconde est due à M. le maréchal Bugeaud, (Très- bien ! 1res- bien!)

Nous avions, du côté de la terre, pleine confiance en lui ; tous pouvoirs, tous moyens lui ont été remis.

Du cm de la mer, nous avons conseillé h la ronronne de confier à M. le prince de Joinville le commandement de notre flotte, .le dis sans détour que nous prenions la une grave

responsabilité, Cesl toujours grave de charger mi prince d’un cümuiïi ml e ment, d’une affaire politique a eoncUdrçv Cela Pê- Uùl encore plus dans les circonstances *>û nous nous trouvions*

H n y a aucun de vous, messieurs, qui ne se rappelle le bruit, je dirai l’abus qu’on a lait de la note de 31, le prince de Joinville sur les forces navales de la France, On a voulu y voir, y faire voir un acte, une velléité du moins, de malveillance pour le cabinet, <r hostilité pourYÀngîeLerrc. On avait fait ainsi au noble prince une situation délicate.

Nous avons pensé qu’il était de notre devoir de lui fournir la première occasion de montrer à la fois son dévouement au jKiys, à F honneur cl k Ja dignité du pays, et en même temps son intelligence de la politique qui convient au pays* (Très-bien !)

M. le prime de Joinville en publiant sa note n’avait cru, n’ïivail voulu faire autre chose qu’un acte de bon marin et île bon citoyen.

,11. nopn, Tout le monde l’a approuvé aussi, (Rires et mouvements divers.)

n, Uï mifisTiiE. L’honorabie -AU Dupin n’a pas compris nia pensée,

n, miras. Je l’ai complétée en tout cas. (Rire approbatif. )

n, wæ EIII9THÜ , L’honorable M. Dupin ne lTa ni comprise ni complétée ; quand je viens de dire que AL le prince de Joinville, en publiant sa note, avait voulu faire un acte de bon marin et de bon citoyen, apparemment c’est là une app r oba lion. Ce q u c j ’a i dit, e’ es t qu’a n ava ît voulu défi gurer les intentions et lë sens de sa note; c’est qu’on avait voulu lui donner un caractère et une portée qui n’étaient pas dans la pensée du prince. Voilà ce que j’ai dit, ce qu’il était utile de dî te . (À ssen t i m e n t au cet lire.

Quoi qu'il en soit, nous avons voulu, fit je reviens à d esse in sur mes paroles, nous avons voulu donner à l'un des fils du Roi roCeaston de prouver son dévouement au pays, à l'honneur du pays, cl de servir en même temps la bonne politique du pays,

Notre attente n'a pas été trompée : la conduite du prince a répondu à la confiance du Gouvernement du Roi ; mais il n'y à personne dans cette chambre qui puisse nier que la responsabilité était grave pour nous et qu'il y avait quelque mérite à s'en charger. (Approbation au centre,)

Notre politique à l’égard du Maroc bien définie, toutes nos mesures prises pour la ire nos affaires nous-mêmes, les commandants de terre et de mer mis en possession de tous les moyens dont ils avaient besoin, nous avons cru qu'il nous convenait de mener promptement, de finir promptement la guerre et la paix.

Ou a dit que nous Tarions fait, sinon par complaisance pour l’Angleterre en général, du moins à cause de T affaire de TaïtL

Cela est faux, complètement faux ; il n'y aurait pas eu d’Angleterre au monde, la question du Maroc n'aurait pas clé bée aufc intérêts cl à la situation de l'Angleterre que, dans le seul intérêt de notre politique en Afrique, par les seules considérations puisées dans la question même, dans la situation de l'Algérie , nous aurions cru de notre devoir de mener et de finir promptement la guerre et la paix. (Trèsbien i)

Je ne pense pourtant pas que l'honorable M Thiers me reproche d'avoir tenu compte, dans cette circonstance, de la situation de IWngleLerre cl de Rinlérêt qu'avait pour elle la question. Le plus simple bon sens m'en faisait une loi.

Je n'entrerai pas , pour te moment , dans l'examen des

clauses du traité, nous y reviendrons plus tard, quand la discussion portera spécialement sur cc point. Ce que j'ai à cœur, c’est de bien caractériser la manière dont nous avons engage et conduit l'affaire du Maroc, de montrer comment nous avons à la fois tenu compte des intérêts, des droits de l’honneur purement français, et en même temps, de ce que conseillaient nos relations avec un autre pays, et l’importance que la question avait pour lui.

le viens a Taïli. Il y a ici plusieurs questions que l’honorable préopinant a, je ne dirai pas confondues, mais mdecs, et qui ne sont pas toutes soumises directement, en ce moment, à ia délibération de la chambre. Je ne dis pas cela pour éluder la discussion sur aucune de ces questions, mais uniquement pour y porter plus de clarté cl arriver à quelque précision.

Quant à la première question, celle de l’établissement français dans l’océan Pacifique, l'honorable préopinanl me permettra de lui rappeler qu’elle à été longuement, solennellement débattue devant la chambre dans la session de 1842 à 18 id. l’out le monde, à celle époque, cl si je ne me trompe, l'honorable préopinant lui-même, a dit scs raisons sur celte question,

J gauche. ïYon, non !

Mnimu;, I| me semblait que M, Thiers avait pris la parole alors ; mais s’il ne Ta pas prise, il a eu grand tort, du moins si à cette époque il pensait tout ce qu’il vient de vous dire aujourd’hui. (Approbation au centre.) Si l’entrepi is( excitait alors son indignation, si elle lui paraissait une bevue énorme, une faute qui mettait la politique delà France tlans la dépendance de l’Angle terre, comment ne Ta-t-il pas dit? comment nVl-ïl pas élevé ta voix? Quoi, au momcnl même où la question cia h soumise à la chambre, où il vagissait rie la décider, YL Thiers s’est tu ! En vérité, per-

mettez- moi de croire que les idées de l'honorable pre opinant, .sur cette question, sc sont un peu animées, échauffées, depuis 1842. (On rit)

A gauche. Non ? non I

Jlf. *U*T »K ClKiillSi.OVP*Ml!DAT. Qu’eU pOUVCZvous savoir?

ai. i*E Si cek n'est pas, le silence du préo¬

pinant, en 1842, est inconcevable.

n, udkluv iiiiirnii. L’opposition a parle, ses amis ont parlé.

w. iji> aiiüitiTfflE. Soit, L'opposition a parlé, la chambre a entendu, et la chambre a décidé la question (A la bonne heure !), et l’autre chambre l’a également décidée, cl c'est en vertu de l’examen, de la délibération , du vote des chambres que l'entreprise a suivi son cours. Vous conviendrez qu'au moment où se manifestent les difficultés de l'entreprise, difficultés bien moins graves que ne le disait tout à l'heure rhonorahic préopinaut, mais réelles , vous conviendrez , dis-je, que le moment n'est pas bien opportun pour la combattre; ce n'est pas ainsi qu'on donne de la force au Gouvernement et qu'on sert les intérêts du pays. (Très-bien l très-bien !)

Je ne connais aujourd'hui qu’une condition à laquelle on puisse venir raisonnablement attaquer notre établissement dans rOecamCj c'est en disant qu'il faut y renoncer, l'évacuer, Je n'ai rien h dire à ceux qui tirent celte conclusion, je reconnais qu'ils ont le droit d'attaquer rétablissement même. Quant a ceux qui ne demandent pas l'évacuai ion, qui conseillent de rester, qui ne veulent pas que le drapeau français recule dans l'Océanie, il ne faut pas qu'ils combattent T occupa lion.

Je n'ai pas tout dit. L'honorable préopinaut s'est mal souvenu des faits relatifs à l'origine de cet établissement; il a

confondu et les faits et ks époques. Le Gouvernement du Roi n’avait jamais pensé a s’emparer de Taîti et à mettre ainsi la politique de la France en contact sur ce point avec celle de l'Angleterre. Il avait voulu avoir dans l'océan Pacifique un porL pour notre commerce, pour notre marine militaire, pour que le nom* français Fût là et protégeât les intérêts commerciaux et religieux que nous avons dans l’océan Pacifique et qui grandissent tous les jours. .Vous n'avons cherché que cela. Les .Marquises avaient été choisies dans ce but. La chambre me permettra de ne pas examiner en détail si ces tics sont propres ou non à ecl établissement. Des hommes très-capables ont cru et croient encore qu'elles conviennent parfaitement au but que nous nous sommes proposé*

M. Faillirai Dupetit-Thouars, envoyé pour cette expédition, a cru devoir prendre le protectorat de nie de Taltt dont ses instructions ne faisaient aucune mention* Deux raisons nous ont déterminé à celte époque à ne pas refuser le protectorat et à ratifier ce que M* l'ami rai DupelU-Thouars avait fait : l’une, c’est qu'en effet, pour rétablissement des .Marquises, le protectorat de Taïti avait quelque importance, et qu'il eût été fâcheux qu’une autre puissance vînt s’y établir à cété de nous. L’autre raison, plus décisive, c’est que nous n’a von* p36 voulu qu’au moment de son apparition, de son premier établissement dans l'Océanie, le drapeau français reculât. (Très-bien! très-bien!)

Le meme sentiment qui, selon le dire de plusieurs honorables membres, dans la discussion fie 1 R43 , fil accepter la loi que nous proposions , le désir de ne pas faire reculer le drapeau trançais, ce même sentiment a dirigé alors la conduite du Gouvernement*

J’ajoute qu’eu faisant cela , en acceptant le protectorat qu’avait pris >1. l’amiral Dupetit-Thouars, nous n’avons pas lait quelque chose de si inconcevable et de si déraisonnable* En voiliez- vous la preuve? Le protectorat provisoire, non rc-

— io —

connu encore par le Gouvernement du Roi, a duré plus d'un au, treize ou quatorze mois* Sans doute II a rencontré des difficultés , des embarras; mais il n’y a eu contre lui aucune sédition , aucune insurrection , aucune tentative à main armée; it a rencontré les difficultés que tout établissement nouveau rencontre inévitablement; mais il a existé pacifiquement , régulièrement Qu’est-i! arrivé lorsqu’on 1843, au mois de novembre, M. Fa mirai Dupelit-Thouars, par de très-honorables motifs, mais par une erreur, à mon avis, a converti le protectorat en souveraineté absolue ? que s’esl-il passé ?

Un membre „ El Pritchard l

vi* fcB nivxiTAË. J’entends prononcer le nom de M. Pritchard. M* Prilchard était à Taïti avant le mois de novembre 1843 ; II y était sous le protectoral provisoire comme apres la prise de possession de la souveraineté absolue. J’ai eu l’honneur de dire à la chambre que je serrerais les questions de près, que je n’entrerais dans aucun détail étranger aux questions, mais que je dirais tous ceux qui me paraîtraient nécessaires pour les éclairer; il faut bien quTon me le permette* (Parlez! parlez !)

Je disais donc que, sous le régime du protectorat provisoire, M. PrHchnrd, présenta Taïti, n’a pas voulu ou nTa pas pu exciter contre Pautorité française une véritable sédition, une résistance matérielle, sérieuse. Ge nTest quV près la prise de possession de la souveraineté directe, après ce qu’on a pu représenter comme une infraction des traités, ce n*est qu’alors que la sédition et l’insurrecLton ont commencé* Le Gouvernement du Rot n’avait donc pas si grand tort de regarder le régime du protectorat comme bien plus possible, bien plus facile à établir que celui qu’on a voulu y substituer. C'étxuL en le contenant dans ces limites que nous avons accueilli, accepté le premier acte de Phonora-

ble amiral Dupelit-Thouars ; nous avons refusé le second par les mêmes raisons qui nous avaient fait accepter le premier. Le second ne nous a pas paru nécessaire pour sauver l'honneur du drapeau français dans l’Océanie, ni pour affermir nos établissements ; il nous a paru au contraire qu’il les compromettait.

Voilà les motifs qui ont décidé le Gouvernement dans la seconde comme dans la première résolution: et ce point-là, c’est encore un point qui a été débattu, discuté l’année dernière, sur lequel la chambre a prononcé.... (Dénégations) et sur lequel je me serais dispensé de revenir si on ne l’avait pas fait rentrer dans celte discussion.

J’arrive au dernier point, à l’incident de M. Pritchard, qui est le véritable objet du débat actuel, car c’est le fait nouveau dans l’histoire de nos établissements dans l’Océanie.

Vous vous rappelez tous la vive émotion que cet incident a produite quand il a été connu, en Angleterre encore plus qu’en France. Gctlc émotion nous a paru avoir deux causes : d’abord l’opinion ou l’on était en Angleterre que M. Pritchard était, à cette époque, agent officiel du gouvernement anglais, puis le sentiment religieux blessé dans sa personne. Voici la conduite que nous avons tenue à cet égard.

Nous nous sommes d’abord appliqués à rétablir la vérité des faits et des situations, à bien établir, ce qui était vrai, que M. Pritchard n’était plus consul, qu’il était un simple résident étranger, vivant à Taïli sous la loi commune.

S’il avait été encore consul, agent officiel, il n’aurait certes pas pu faire avec impunité tout ce qu’il aurait voulu; mais il y aurait eu certaines formes, certaines règles à observer envers lui, quaud même on aurait, avec raison, voulu le réprimer,

Mais il n’avait plus de caractère public, Nous «avons rétabli, auprès du gouvernement et du public anglais, la vérité des faits à cet égard.

Quant à Tcspril religîéux, nous nous sommes appliqués l\ bien démontrer, a bien prouver, par les faits, {pie tV$prit religieux n^ail, point à se plaindre de nos établissements dans TücÉïnîé; f entends Tesprït religieux dans ce qu’il a de légitimé, tl jouable, dans ce dont les gouvernements doivent tenir rom pie Nous avons établi que la liberté du culte, de la prédication, de l'activité religieuse la plus entière, continuait de régner dans 1 "Océanie au profit des missionnaires anglais comme auparavant, que par conséquent l'esprit religieux légitime travail pas eu à souffrir, et n’avait nul droit fie se plaindre.

Ces faits bien établis, nous nous sommes tenus tranquilles, nous avons attendu; nous avons voulu laisser à la passion qui avait éclaté en Angleterre le temps de se calmer. Il arrive en Angleterre, comme ailleurs, que les hommes sensés, quand ils ont le temps d'étudier tes questions et d’agir sur le publie, finissent par comprendre ïa vérité, la raison, et par la faire accueillir du public lui-méme. Nous avons eu cette confiance dans le publie anglais*

Quand nous avons abordé le fond de la question, qmavonsnous'fail? comment l’avons-nous résolue?

Nous avons d'abord pleinement établi noire droit, le droit des autorités françaises, à Taïli, d’expulser tout étranger qui troublerait Tordre, ou travaillerait à nuire à rétablissement français*

Après avoir maintenu ce droit, nous avons soutenu que nos agents avaient eu de légitimes raisons d’en user, dTa fréter, comme ils Taraient faîl, AI. Pritchard, et de l'expulser de rétablissement.

Cela lai!, nous avons reconnu ce que nous aurions reconnu, je n’hésite pas k le dire, quand il se serait agi d’une petite puissance , nous avons reconnu qu’il y avait eu f dans les procédés employés à Tégard de AL Pritchard , certaines circonstances regrettables cl blAmables. de tiens A

devoir et h honneur de dire que je n'admets pas* même envers des hommes qui onL tort et qu’on a le droit d’expulser, je n’admets pas que tout soit permis ni possible ; je n’admets pas que, sur aucun point du globe, des agents français ne soient pas tenus à observer dans leur conduite les bons procédés, les règles d’équité et de convenance qui doivent faire partout la loi des gouvernements réguliers et moraux, (Trèsintm i très-bien i)

La conviction du Gouvernement du Koi a été que, dans celle circonstance, on avait manqué à quelques-unes de ces règles d’équité et de convenance, (lîruils divers.)

m. iM itt'Mt Lesquelles?

H- i-»* Je n’ai pas entendu l'interruption.

vr. uruciiui Quels sont les procédés auxquels un a manqué?

*i. v,e m* intri; Je vais le dire* sans produire aucun détail irritant dans une situation délicate.

Nous avons pense que, pour éloigner M. Pritchard de Tnîti, quand ou n’a va il contre lui aucune de ces preuves flagrantes qui permettent de traduire un homme devant les tribunaux et de le faire juger* el lorsqu’ en même temps on avait, a l’égard de ses manœuvres, une de ccs convictions morales que les autorités mteStgentes peuvent fort bien acquérir, quoique les preuves judiciaires leur manquent, lions avons pensé, dis-je, que, tel étant Tétai des choses , quanti on avait pour éloigner M, Pritchard nu des bâtiments anglais, ou des bâtiments français dans le port, à son choix, et qu’on pouvait le faire partir immédiatement, en le mettant i bord, ü n’éiait pas nécessaire de le tenir pendant six jours au secret, en lui interdisant de voir même sa femme et ses enfants, eL de mettre ordre à ses affaires ; nous avons pensé que cela ïTétnit pas nécessaire ; et que puisque cela n’était pas nécessaire, rein n’ëtaïL ni équitable ni convenable.

iNüua avons pensé qu’on aurait pu faire, au premier moment, en arrêtant M, Pritchard, ce que le gouverneur luiméme a fait si* jours après* quand il est revenu à Papéïti ; il a fait à l'instant sortir M. Pritchard de prison; il Ta fait embarquer et partir. Nous avons pensé que cela aurait pu être (ail au premier moment, comme six jours après. J’ajoute, et ce que je vais dire, je ne le dis point pour que le Gouvernement se mette à couvert derrière le gouverneur de Taïïï : cela ne serait ni honorable ni légitime; le gouverneur de Taïti , en arrivant à Papéïti * a pensé qu’il ne pouvait approuver ni le motif ni la forme de la conduite qu’on avait tenue envers M. Pritchard; il Ta pensé, et ii l’a écrit, comme il le devait, au Gouvernement du Roi, Quand il ne Faiirait pas pensé, quand il ne l’aurait pas écrit, le Gouverne^ ment du Roi aurait tenu h conduite qu’il a tenue ; il n’entend pas, le moins du monde, se couvrir des paroles de M. BruaL M. BruaL est un des plus honorables marins, un des hommes tes plus intelligents comme les plus courageux dans cette marine qui en compLe tant, (Très-bien ! Lrès-bicn.) Il a donné, ai il donne lotis les jours, à Taïti, dans une situation difficile, de grandes preuves de son courage, comme de son habileté et de son intelligence, Eh bien, sans nous couvrir, le moins du monde, des paroles de M. Bruat, nous avons pensé qu’il valait la peine d’en tenir compte, et qu’elles avaient quelque autorité puur nous, quand il s’agissait de former notre opinion. Elles ont contribué à la former. Bien de plus, rien de moins, Nous avons donc reconnu qu’il y avait eu certains procédés dans lesquels on avait eu tort, et qu’il était honorable de le dire tout haut et d’en exprimer notre regret et notre improbation, Nous avons pense en même temps qu’il résultait de la, à raison de ces procédés spéciaux, cl de ceux-là seulement, la légitimité d’une indemnité à M, Pritchard.

La chambre voit que je n’éïude aucune partie dr la question, (Assentiment à gauche,) Je n’en élude aucun**

Mais, indépendamment des raisons que je viens d'exposer à la chambre, nous avions, pour penser ainsi an sujet de l'indemnité dont je parle, un précédent remarquable. Lorsque en 1835 ou 1836, je ne me rappelle pas bien l’année, deux missionnaires français catholiques furent expulsés de Taïti où ils étaient allés pour prêcher leur foi, , , * .

a*, nupj esl Ils n'allaîent pas conspirer;

î**, iiis uf\iüT«i; L'honorable M, Dupin me permettra de lui dire qu’il n'est pas bien au courant de la question ni des laits. Je vais le lui montrer.

Quand les deux missionnaires dont je parle sont allés à Taïti pour prêcher la foi catholique , ils y sont allés sons Verapire d'une législation qui interdisait absolument tou Le religion et tout culte contraire au culte établi. D y avait à TaïLi une religion d'Etat.

Voix à gauche. TI y avait des lois de septembre.

n. lk niffiST&ts. Non, c'estla charte de 1814.

H y avait à Taïti une religion d'Etat* Je ne dis pas que cela soit bien, je dis que cela était. Les deux missionnaires qui étaient allés prêcher là le catholicisme étaient en contravention â cette loi. C'est en vertu de eette loi , dont ils étaient les transgresseurs, qu'on les a renvoyés de Taïti; on les a renvoyés avec des procédés violents, que je trouve parfaitement illégitimes. Qu'a fait, deux ans après, en 1838, l'honorable amiral DnpeÜl-Thouars? qu'a-t-il eu raison de faire? il a exigé une indemnité du gouvernement de Taïti pour les deux missionnaires ainsi renvoyés, une indemnité a raison de leur expulsion, quoique, je le répète, leur séjour dans nie fût interdit par les lois du pays. Il a exigé une indemnité de 2,000 piastres que les missionnaires ont reçue.

w. QViftETTE' C’est la reine Pômare qui l'a payée.

nu i.E nvusmi: C'estla reine Pomarê qui a payé.

L’honorable Amiral DupeiU-Thouarsa eu raison, parfaitement raison de demander celle iiidamjiitjé^parfaîlemeat raison fie la faire payer. Mais je dis que c'élail là un précédent qui devait avoir sur nous, en pareil}# matière, quelque autorité; surtout quand nous établissions bien clairement, bien catégoriquement qu'aucune indemnité ne pouvait être allouée à M. Prilqhard pour avoir été renvoyé, attendu qu’on avait ie droiL de le renvoyer et qu'on avait bien fait de îe renvoyer, cl que rindemnité ne pouvait être attachée qu’aux procédés que nous blâmions, que nous regrettions nous-mêmes.

À de Lellcs raisons , à de tels précédents, j’ajoute encore cette considération politique que je suis fort loin dé cacher, c’est que l'indemnité était le meilleur moyen de dissiper le nuage que cette question avait élevé entre les deux pays. Nous avons tenu grand compte de celte considération; et nous nous serions regardés comme coupables, comme manquant à tous nos devoirs, si, avec de Lclles raisons, de tels précédents et un mo« tir politique aussi sérieux , nous n’avions pas accordé tïndemnilé.

Voilà les motifs de notre conduite. Quand la discussion reviendra sur ce point, si elle y revient, ^insisterai de nouveau ; quant à présent, il me suffit de caractériser la façon dont nous avons conduit Patlaire P ri Lehar d, comme t'affaire du Maroc* (Très-bien S 1res- bien I)

Un mol maintenant sur là conduite que le gouvernement anglais, à son tour, a tenue envers nous dans celle double circonstance ; et par là j’arriverai à l’état actuel de nos rappu r ts a v ec 1 T An gle l e rre .

Qu’a faiL le gouvernement anglais dans T affei re du Maroc? 11 nous a fait connaître la sollicitude que celte affaire lui inspirai!, les intérêts qui s’y trouvaient engagés pour lui* Il a fortifié sa station pour veiller aux intérêts anglais, îî a pris soin cependant, et je suis bien aise fie le dire en passant, Il a pris soin de maintenir sa station au-dessous des forces un-

valcs qu avait là la !• rance, pour qu'on ne pùl y voir aucun dessein hostile, pour qu’il fût bien flair qu’il ne voulait que veiller aux interets légitimes que l’ Angleterre a dans ccs parages.

Il nous a donné ensuite, dans tous ses rapports et partout, pleinement raison pour nos griefs et nos réclamations ; il a proclamé, à Tanger comme ailleurs, que nos griefs étaient lé* gitinics cl nos demandes modérées.

Il a fait plus, il nous a offert ses bons offices. Je vous ai dit comment et dans quelles limites nous les avions accueillis. Les bons offices ont été réellement exercés ; le gouvernement anglaisa sérieusement cL sincèrement fait tout ce qui était en son pouvoir pour décider l’empereur de Maroc à reconnaître la légitimité de nos griefs et de nos demandes.

Enfin, et ceci est ce qu’il y avait de plus difficile* le gouvernement anglais a accepté sans aucune plainte, sans aucune humeur, une situation difficile et délicate pour lui, on en conviendra, celte d’assister, à côté de nos vaisseaux, avec lessiens, à notre guerre eL â nos succès. Je n’hésite pas à dire que c’est là un acte de bonne et sincère amitié. (Approbation.)

Quanta Taïti et à l’incident Pritchard, voici quelle a clé la conduite du gouvernement anglais. Officiellement, positivement, il ne nous a rien dit ni rien demandé; il a eu ce bon procédé d’attendre (Bruits divers) ce que nous- mêmes nous jugerions juste et convenable de faire. Nous savions quelles étaient ses agitations, ses sentiments ; nous savions quelle gravité la question avait pour lui dans son propre pays, maïs il ne nous a officiellement rien demandé.

J’ajoute qu’a près avoir partagé bien vivement, au premier moment, le sentiment qui avait éclaté dans son pays, quand ce sentiment s’est un peu calmé, quand U n’a plus eu luinième à eu porter le poids, le gouvernement anglais n’a pas hésité à reconnaître ce que la première impression publique avait pu avoir d’erroné ou d’excessif; et alors ce que nous lui

avons dit de nos regrets et de nuire improbation sur certain* procédés lui a paru juste cl convenable.

Croyez-vous, je le demande à tout homme sensé, croyezvous que si au premier moment la question eût etc ainsi posée, le gouvernement anglais nous eût fait la réponse qu'il nous a faite un mois après? Evidemment non.

Un seul mot sur cette réponse, un mot qui caractérise avec vérité l’incident :

tt Ma conviction, écrivait lord Aberdeen à l'ambassadeur d’Angleterre à Paris, nia conviction est que le désir sincère des deux gouvernements de maintenir l’entente la meilleure et la plus cordiale, rend presque impossible que des incidents de ccttc nature, s’ils sont vus sans passion et examinés dans un esprïL de justice et de modération, puissent aboutir autrement qu’à une issue amicale et heureuse, »

Voilà ce qui caractérise réellement, soiL P incident lui- ni me, soit la situation des deux gouvernements. Ouï, pour que de tels incidents n’aient pas une gravité extrême, pour qu’ils n’entra tuent pas les événements les plus compromettants, il faut qu’ils soient traités dans un esprit de justice cl de modération, entre deux gouvernements qui veuillent s’entendre sincèrement, cordialement, et qui aient l’habitude de le faire.

C’esl ce qui est arrivé dans celte occasion entre le gouvernement anglais et nous. Supprimez quelque ehose, je ne dis pas de la paix, mais de la bonne intelligence qui règne entre les deux cabinets, du Sentiment commun qui les anime, de l’esprit mutuel de modération qui préside à leurs rapports, et vous verrez quelles auraient pu être les conséquences d’une tel incident. Ce qu’elles auraient pu être, elles ne l'ont pas été, grâce , comme le dit lord Aberdeen, à l'esprit de confiance et de bienveillance qui existe enlre les deux gouvernements.

H, niLLAUi/K» Je demande ta parole»

il. LE SKlWïifTtlE DEtt 4 ÉTlIAZVCWElEt.

On a appelé cela de la cordiale en Lente, de la bonne intelligence, de Familiê, de ftlliauce. Messieurs, il y a ici quelque chose de plus rare* de plus nouveau et de plus grand que tout cela. La France a été souvent en paix et en rapports amicaux avec l'Angleterre j mais au Tond de cetLe paix , derrière ces bons rapports, subsistait toujours, non-seulement entre tel nu tel parti des deux pays, mais entre les gouvernements eux- mêmes, un esprit de rivalité jalouse, méfiante et hostile. La prospérité, le progrès de l?un des pays étaient tenus pour un inconvénient, pour un danger dans Vu u Ire.

Il n'en est plus de même aujourd’hui Mouvement) f et Hion ora Lie membre qui allait m'interrompre va voir dans quel sens je le dis. Il y a aujourd’hui en France et en Angleterre deux gouvernements qui croient qu’il y a place dans le monde pour la prospérité et pour l1 activité matérielle et morale des deux pays (Très-bien IJ 5 qui croient qu’ils ne sont pas obligés de regretter, de déplorer, de craindre les progrès Tun de l’autre, qu’ils peuvent, eu déployant librement et avec une en U ère indépendance leurs forces de toute nature, s’enlr’aider au lieu de se uuire; il y a deux gouvernements qui croient cela, et qui, croyant qu’ils le peuvent, croient qu’ils doivent le faire, qu’ils le doivent à l'honneur comme nu bien-être de leur pays, qu’ils le doivent à Ja paix et à Ja civilisation du monde, El ces deux gouvernements, croyant qu’ils le peuvent, croyant qu’ils le doivent, le font réellement cela (Très -bien! très -bien 1); ils pratiquent celte conduite ; ils se témoignent dans toute occasion un respect mutuel des droits, un ménagement mutuel des intérêts, une ctmüance mutuelle dans les intentions et dans Les paroles. Voilà ce qu’ils font* et voilà pourquoi les incidents les plus délicats, les plus graves, n’aboutissent pas entre eux à ta rupture ni même au refroidissement des relations des deux pays. (Nouvelles marques d’adhesion au centre.)

J’arrive au te rut»*

Les faits que je viens de vous retracer* la conduite que nous sv on» tenue, en voici te résultat, non pas le résultat conjectural, mais le résultat patent, palpable, matériel, visible pour le monde entier.

Le Roi des Français est allé à Windsor. On nous a dit, non pas ici, mais ailleurs, que c’était dans le but île çc voyage que nous avions précipité la conclusion des différends qui existaient entre l’Angleterre et nous. Gela est faux. Nous n’avons rien précipité, nous n’avons rien sacrifié au voyage du Roi. Les questions ont été traitées pour elles-mêmes, résolues pour elles- mêmes, avec une entière indépendance. Quand les solutions onL été données , quand aucun embarras, aucune situation fâcheuse u’a plus existé entre les deux pays, le RoJ est allé à Windsor.

La convenance du voyage n’est certainement contestée par personne; son utilité politique ne devrait pas Vôtre davantage. Quoique les rapports personnels des princes n'aient pas aujourd’hui Le même degré d’ importance et de nécessité qu’ils ont pu avoir à une autre époque et sous une autre forme de gouvernement, ils inliucnl cependant beaucoup sur les bons rapports des Etals et sur le facile arrangement des affaires* (Mouvement,) 11 y avait donc là grande et réelle utilité.

Quant aux résultats, vous les avez vus; vous avez vu la manifesta tien éclatante des dispositions et des sentiments rie la reine d’Angleterre, de son gouvernement, de son pays pour le Roi et pour la dy nas Lie de Juillet; pour la France dte-mème, sa place et son rôle dans te monde; pour notre politique de paix cl de conservation libérale. Vous avez vu tout cela, PEurope l*â vu. Croyez -vous que ce spectacle ait été sans fruits pour nous? croyez -vous que la France se soit là, comme m dit, aiïaiblic ou abaissée? Allez le demander * à qui vous vomirez orf Europe* j’accepte d’avance la réponse. (Vive adhésion au centre.;

Kl bien, ce que TEttrojtë a vu, ce que l'Europe a compris. In France elle-même Ta compris. J'ai vu le retour du Roi eu France, j'ai vu comment il était partout accueilli; j'ai vu éclaler partout un juste orgueil des hommages qu'il avait reçus, pour h France et pour lui, en Angleterre; fai vu éclater partout une juste satisfaction de l’apakemenL des difficultés suscitées entre les deux Étais et jie raffermissement de la pais. On Fa oublié aujourd'hui, ou du moins on ne veut plus en parler ; mais j'en appelle à vos plus récen ts souvenirs. Est-ce que lTin quiétude n'avait pas été grande et vive en France à raison de ces incidents? Est-ce que la satisfaction 11 a pas élé partout réelle et vive de voir les incidents terminés, et de les voir couronnés avec tant d'éclat et de succès par le voyage du Soi en Angleterre? (Approbation au centre.)

Je n’ajoute plus qu’un mot sur une question qui reviendra je pense, dans le cours de cc débat; je veux la caractériser aussi en ce moment, connue je viens de le faire pour les au 1res; c'est la question du druiL de visite.

Je ne cherche pas l’origine de celle question; elle existait, elle était très-difficile par elle-même , et certes on n'avait pas lait, depuis trois ou quatre ans, ce qu’il fallait pour la rendre plus facile a résoudre. {A u centre. Très-bien !)

Je ne dis pas que maintenant elle soit pleinement résolue; ne croyez pas que j’étende mes paroles au delà de la réalité des faits; j’aimerais mieux rester en deçà. Si j'en disais plus aujourd’hui qu'il n'y en a réellement, je nuirais à la question au lieu de la servir. Voici ce qu'il y a de fait.

Le gouvernement anglais est eu présence d’un esprit national avec lequel il faut qu'il traite, comme nous traitons avec celui de k France. Or, l'opinion générale en Angleterre, c'est que le droit. de visite est le moyen de répression le plus efficace, peut-être le seul efficace, de la traite des nègres. Vous savez avec quelle passion, quelle noble et honorable passion , Fabo- Hlîiin de k Lraite est poursuivie dans ce pays. Eh bien, pk-

eess-vous dans celle situation : U faui abolir la Iraüe, et le droit de visite est le moyen le plus efficace de la réprimer, c’est ropiqioj* domîEantedans la nation anglaise à l'heure qu’ü est. Je crois qnTclle se Irompe, ma* s je dis que c’est jusqu’ici son opinion*

Pour que le gouvernement anglais puisse changer ce qui existe, il faut qu’il reconnaisse Lui-même eL qu’il fasse reconnaître au parlement, et par le parlement an pays, qu’il y a des moyens de réprimer la traite autres que le droiL de visite , des moyens aussi efficaces, plus efficaces, car, dans Fêlai actuel des faits et des esprits, le droit de visite a évidemment perdu de son efficacité.

Le premier, le plus grand pas peut-être à faire, c'était donc de décider le gouvernement anglais à chercher, de concert avec nous, d’autres moyens de réprimer la traite, à constater que le droit de visite n’était pas le seul, et qu’il était devenu en grande partie inefficace. C’est là le pas qui a été fait.

vi . i»it i* i s . M a avais [ >as !

m. iiii nixidTiiB. Pas sérieux, fait sérieusement entre les deux gouvernements, eL nofi pas, comme on le disait tout a l’heure, avec quelque légèreté, non pas pour éluder une question et pour leurrer d’une fausse apparence ; non, c’est au contraire pour commencer sérieusement F examen et la solution de la question; et le nom des personnes qui concourront à cet acte sera la meilleure preuve du sérieux que les deux gouvernements y apportent.

Voilà, messieurs, où en sont entre les deux pays tes questions qui les divisaient; voilà la solution qu’elles ont reçue: voilà dans quel esprit celte solution a été donnée ; voilà la première impression que la France éù a reçue; voilà le jugement prompt, naturel, spontané, qu’elle en a porté, quand elle a appris cl ces solutions et le voyage du Rnî m Angleterre.

Messieurs, il y a loin do celte région haute et vraie à Fa-

rènL‘ inférieure et confuse des prétentions, des agitations, des luttes de partis, de coteries, de personnes, à travers lesquelles on nous 1 raine depuis un mois. (Approbation au rentre.)

Dans laquelle de ces deux régions se placera la chambre:' Tiendra-t-elle uniquement compte des intérêts publics grandement et librement considérés? Donnera-t-elle raison au premier jugement public qui a éclaté, qui régnait il y a deux mois (Rumeurs à gauche) sur les faits que je viens de vous rappeler 1’ ou bien laissera-t-elle obscurcir sa vue cl fausser son jugement par les nuages que les partis, les coteries, les iniéréls personnels essayent d’élever autour de nous?C’esl là la question que le débat actuel va décider* Nous la discuterons sous toutes scs faces, à mesure qu’elles vous apparaîtront. Mais j'ai voulu dès le premier montent la poser dans sa vérité et dans sa grandeur. "La chambre en décidera. Marques nombreuses d’approbation.)

w. ï.e l'itESiotsT. La suite de la discussion générale est continuée à demain.

La séance est levée à six heures et demie.

EXTRAIT OU MONITEUR UNIVERSEL ihi Ü2 janvier

Imprimerie Pakckocc&e, nie des Poitevins» 6.

CHAMBRE DES DÉPUTÉS

Session de 1844-IS4S

PfiÜNOKCK

PAR M. GUIZOT

WIMSTRE m AFFAIRES ÉIRAMRES

PANS la discussion m projet dVumibüsb

Séanre du '25 janvier 1845.

t'IIAJWBKE If ES IMiPlïE*

Session i>e 1844-1815.

ftpaoircé

PAR M. GUIZOT

mm DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

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