DANS LA DISCUSSION DU PROJET D’A DRESSE
Séance du 2fi janvier IRIS.
Messieurs,
Avant d’entrer dans la discussion, je veui écarter un reproche mêlé d’éloge que m’a adressé l’honorable préopinant (1). Il a dit que j'avais tenu, an débat de celte affaire, une altitude cl un langage différents du langage et de l’altitude que j’avais tenus à la fin; il a loué le premier et blâmé le second. Je veux montrer à la chambre que mon altitude cl mon langage ont été exactement les mêmes aux deux époques qu’a rappelées l’honorable preopinant; le moyen pour moi sera bien simple : que la chambre me permette de mettre sous ses yeux la dépêche par laquelle l’affaire a débuté, la dépêche par laquelle elle a fini. Ces deux pièces ont clé communiquées à la Chambre; elles sont entre ses mains ; mais, d’après l'usage qu’on vient d’en faire pour les opposer
(!) M. Odilon Barrot.
l’une h Vautre > jTai besoin de les reproduire textuellement. [Ecoutez 1 écoule* 1}
J'écrivais, le 8 août, à M. de Jarnac i
n Paris, S août 1844.
a Monsieur le comte, j'ai reçu la dépêche que vous m'avez hit l'honneur de m’écrire le 4 de ce mois, et dans laquelle, eu me rendant compte de l'effet général produit en Angleterre par tes nouvelles de Tait!, vous nie signalez toute la gravité de cet incident. Plus les esprits s’eu montrent passionnément préoccupés, plus it importe de leur laisser le temps de se calmer. Nous nous abstiendrons donc, en ce moment, de toute communication, de toute discussion officielle à ce sujet. Maïs votre réserve ne doit pas être inactive, et je vous invite à faire, au Foreîgn- office d abord, eL aussi partout ailleurs, tout ce qui sera en votre pouvoir pour combattre et recUlier les erreurs de fait, les fausses appréciations qui pourraient égarer de plus en plus P opinion publique et entraîner te gouvernement britannique lui-même à des résolutions ou à des manifestations qui rendraient plus difficile la solution d'une question délicate. Si je ne inc trompe, Pimtalion qui se manifeste en Angleterre tient surtout à ce qu'on y croit que M. PrUchard, lorsqu'il a clé arreté et ensuite embarqué, était reyêtu du caractère de consul de S. M. Britannique. Bien n'est moins cxaeL. M. Prilchard avait, par une lettre du 7 novembre 1843, adressée à M. l’amiral Dupctit- Tbouars, Ibrineliement déclare qu'ïl amenait son pavillon et cessait ses fonctions consulaires; et il les avait en effet compté le me ni cessées. Ce ïi’étaiL donc plus que comme simple particulier, comme étranger, qu'il résidait à Taïki * Or* le droit dT éloigner d'un établissement colonial, quelle quTen soit la forme, tout étranger dont la présence trouble l’ordre et compromet la sûreté de rétablissement, esi non -seulement
un droit partout reconnu et pratiqué, mais il résuite pour nous à Taïü de la convention même du 9 septembre ÎSi2, qui porte que « la direction de toutes les affaires avec les gouvernements étrangers, de même que tout ce qui concerne les résidents étrangers, est placée à Taïü entre les mains du Gouvernement français ou de la personne nommée par lui. &
« M. le gouverneur Br liât avait donc incontestablement le droit d’éloigner de Taïü M. Prdchard, et d’après les faits tels qu’ils nous sont jusqu’à présent connus, il y a tout lieu de penser que, pour la sûreté de rétablissement français dans cette lie, pour celle même des troupes françaises chargées de le défendre, il y a eu nécessité d’user de ce droit, en renvoyant de Taïti le chef moral et le principal instigateur des mouvements insurrectionnels qui avaient éclaté sur quelques pointa, et menaçaient Papeïti même.
« Quant aux circonstances qui ont accompagné le renvoi de M. Pritchard, je ne me dissimule point quVfles ne sauraient être justifiées toutes, et qu’on y rencontre des procédés et des paroles qui choquent l’équité, l’humanité et la convenance. Mais je ne dois pas et je ne veux exprimer à col égard mon jugement que lorsque j’aurai scrupuleusement recueilli et examiné, sur cet incident, tous les renseignements propres à m’éclairer,
n Hccevez, etc, i>
Voilà ce que je pensais, ce que je disais au début de lfaf~ faire. Voici la dépêche par laquelle l'affaire a été terminée le 59 août, trois semaines après le commencement de la négociation ;
« Monsieur le comte,
* J’at rendu compte au Uni, dins son conseil, clés entreliens que j’ai eus avec M. L’ambassadeur de S. >1. luritonni*
quc; iéfâl freinent au rettvoi du AL Pritdiard de Pile de Taïti, et aux circonstances qui Vont accompagné* Le Gouvernemënt du Ruî nTu voulu exprimer aucune opinion ni prendre aucune résolution sur ce! incident, avant d'avoir recueilli toutes les i formations qu'il pouvait espérer, et mûrement examiné tous les faits, car il a à cœur de prévenir tout ce qui pourrait porter quelque altération dans les bons rapports des deux Etats.
« Apres cet examen, le Gouverne ment du Roi est demeuré * convaincu :
a L1 Que le droit d'éloigner de Hle de Taïli tout résident étranger qui troublerait ou travaillerait à troubler et à renverser l'ordre établi, appartient au Gouvernement du Iloi e\ à ses représentants, non -seulement en vertu du droit commura de toutes les nations, mais aux termes mêmes du traité du 9 septembre 1842, qui a institué le protectorat français et qui porte :
c< La direction de toutes les affaires avec les gouvernements étrangers, de mémo que tout ce qui concerne les résidents étrangers* est placée à Taïli, entre les mains du Gouvernement français ou de la personne nommée par lui* »
« 2" Que M. Pritchard, «lu mois de février 181Ü au mois de mars 1844, a constamment travaillé, par toutes sortes d'actes et de menées, à entraver, troubler eL détruire rétablissement français à Taïti, l'administration de la justice, l'exercice de l'autorité des agents français, et leurs rapports avec les indigènes*
« Lors donc qu'au mois de mars dernier une insurrection a éclaté dans une partie de Pile de Taïli et se préparait à Papcïli même, les autorités françaises ont eu de légitimes motifs eL se sont trouvées dans la nécessité d'user de leur droit de renvoyer M* PrUcharrl du territoire de Hle, où sa présence et
sa conduite fomentaient parmi les indigènes un esprit permanent de résistance et de sédition.
« Quant à certaines circonstances qui ont précédé le renvoi de M, Pritchard, notamment le mode et le lieu de son emprisonnement momentané et la proclamation publiée, h son sujet, à Papcïti, le 3 mars dernier, le Gouvernement du Rot les regrette sincèrement, et la nécessité ne lui en parait pas justifiée par les faits; M. le gouverneur Brual, dès qu'il a été de retour à Papcïti, s’est empressé de mettre un terme à ces ftlcheux procédés, en ordonnant l'embarquement et le départ de M. Pritchard,
it Le Gouvernement du Roi n'hésite pas à exprimer au gouvernement de S, M. britannique, comme il Ta fait connaître à Taïti même, son regret et son improbation des circonstances que je viens de rappeler. »
Je demande à la chambre s'il y a, entre ces deux dépêches, la plus légère différence d’àttîtude cl de langage, si elles ne sont pas, dans leurs assertions, dans leurs conclusions, exactement conformes.
L'honorable préopinant vous disait que, dans l1 intervalle entre ces deux dépêches, étaient arrivées des menaces du gouvernement anglais, des menaces qui avaient effrayé le Gouvernement français, et qui avaient modifié, changé ses idées sur le tond de l’a fia ire, et la conclusion qu’il se proposait de lui donner.
Le gouvernement anglais n’a point menacé; le Gouvernement français n’n point craint, J/ agent français qui résidait à Londres a tenu son gouvernement informé de ce qu’il voyait, de ce qu’il entendait, des dispositions du public, des dispositions du gouverne ment anglais; il n’y a rien de plus dans les dépêches qu’on vous a lues. C’était son devoir de tout observer avec soin, de tout transmettre au Gouvernement du Roi,
Il n’y a donc eu ni menace d’un tâté, ni crainte de l’autre;
il y a eu la gravité de la situation qui s'est révélée peu à peu, à certains symptômes que M. de Jarnae a recueillis et m’a fait connaître, El ces symptômes, ces faits n'ont rien Change â ridée première que le Gouvernement du Roi s'était formée h la résolution qu'il avait indiquée dès le premier moment; il a terminé l'affaire comme il se l'était proposé d’abord . Nous sommes bien complètement responsables de notre conduite, car nous n’avons pas varié un moment dans notre opinion ni dans nos intentions. Je tenais à le démontrer clairement à la chambre avant d’entrer dans la discussion même de l'affaire. (Très-bien î)
d’aborde le débat et j’accepte à l’ ins Uni la question telle qu’elle est posée par l'amendement de l’honorable M, de Maleville et par les développements que cet amendement vient de recevoir*
Oui ? il faut qu’il y ait toujours, entre la France et l'Anglegletcrre, des égards, des ménagements, des procédés, des avan tages et des concessions réciproques- Toute autre conduite serait honteuse et tôt on tard funeste, (Très-bien !) Je le reconnais; personne ici n'est plus convaincu que mes amis eL moi qu’il n'y a point de prospérité matérielle qui puisse sauver ou compenser un véritable abaissement du pays, (Trèsbien 1 très-bieni)
Mais cela bien établi, quand j’entends dire qu’en fait, entre ia France et l’Angleterre, les égards, les ménagements, les procédés, les concessions, si concessions il y a, ne sont pas réciproqnes, et quand j'entends dire cela apres ce qui s'est passé depuis quatre ans, notamment depuis six mois, en vérité, messieurs, passez moi l'expression, je crois rêver, (Mouvements divers.) Je crois rêver, tant faî peine à concevoir que les faits soient à ce point méconnus du mal compris.
Je pourrais, si je le voulais , faire passer sous vos yeui la situation relative de la France et de l'Angleterre et tous les faits qui s'y rattachent sur tous les points du monde on nous
avons des affaires soit en commun, soit a côté les uns des autres, Vous verriez partout des avantages et des concessions réciproques entre les deux pays; vous verriez que partout ou nous avons nue politique à soutenir, bien loin qu’elle ait perdu du terrain par suite de notre intimité avec f Angleterre, elle en a plutôt gagné. La politique française en Espagne, en Afrique, en Orient, en Grèce, en Italie, a partout prospéré. L’alliance anglaise, bien loin de nuire à notre politique nationale, lui été favorable, sans que r Angleterre, de son côté, y ait rien perdu. Mais je ne me donnerai pas le facile avantage d'étalcr sous vos yeux ces succès, cl d'in Huer ainsi, par ïc mérite de notre situation générale, sur vôtre jugement quant au mérite de notre situation particulière dans la question de TaïlL Je ne le ferai pas ; je nie renfermerai dans PaïTalrc de TaïlL C'est dans cette affaire seule que je veux montrer que la réciprocité des ménagements, des égards, des concessions a été constante et complète depuis le commencement jusqu'à la fin, et que si Pont dressait le compte de ce qui s’est passé entre les deux gouvernements , nous n’aurions pas à nous plaindre. Dressons ce compte. (Très-bîen ! très-bien !)
Je prends le premier acte de l'événement, la prise du protectorat de TaïLî par h France.
On a rappelé tout à l' heure qu'au para va ni rïnfluence anglaise dominait à Taïli ; le gouvernement anglais y dominait indirectement par ses missionnaires, par les traditions, les habitudes du pays depuis quarante ans. Nous avons accepté ce protectorat pour consolider notre établissement des Marquises, pour que le pavillon national ne reculât pas usa première apparition dans l'océan Pacifique. Nous avons pensé et nous pensons encore que les croyances religieuses différentes peuvent vivre en paix et en liberté dans l'Océan le comme dans l'Europe. Nous avons eu, et nous Pavons toujours, la confiance que nos bons rapports généraux avec F Angleterre que la loyauté et la modération de noLre politique générale vis- à-
vis de rXiigfcterre nous aideraient à surmonter les difficultés de celle question spéciale. Mais enfin, quels qu’aient été les motifs qui nous ont déterminés, le fait ne peut être méconnu. Ce n'a pas été certainement, un acte de déférence, de condescendance, comme on Ta dit, envers l'Angleterre, que d'accepter ce protectorat. Et certain ement ic gouvernement anglais 1 a senti ; H a vu ce premier acte avec déplaisir ; il s'est conduit loyalement, sensément; il n’a pas contesté notre droit d'accepter le protectorat, il ne pouvait le contester; il ne s est point opposé, et il a donné des instructions analogues à ses agents; mais, dans cette occasion, certainement ce n est pas nous qui avons usé de ménagement , ce n’csl pas nous qui avons eu des actes de complaisance et des concessions à faire. (Très-bien.)
Je passe au second acte, à la prise de possession de la souveraineté complète de Taïti. Ici, je le reconnais, c'cst nous qui abolis use de ménagement; nous avons pensé que la souveraineté absolue ne nous était bonne à rien à Taïti, qu'elle changerait le caractère de notre établissement, qu’elle rendrai! plus difficiles, plus délicates les complications auxquelles celte question pouvait donner lieu entre nous et l'Angleterre, Nous avons refusé la souveraineté absolue. Nous avons bien fait, car, per mettez -moi de vous le rappeler, le régime du protectorat provisoire avait traversé un espace de quatorze mois, avec des difficultés, des embarras, mais enfin sans aucun événement grave, sans aucune insurrection, sans ancun appel à la force matérielle. A peine la souveraineté absolue avaitelle été prise, que les séditions, l'insurrection ont éclaté; un prétexte spécieux, puissant, avait été donné aux menées des uns, aux passions des autres ; et ce qui n’était pas arrivé sous le régime du protectorat, ce qui ne serait pas arrivé si le régime du protectorat avait seul continué, le régime de la souveraineté absolue 1% h l'instant même, fait éclater.
Mais n importe ; je reconnais que, dans ce second acte de
I attitré, c est nous qui avons eu des ménagements pour T Angleterre. Je reconnais que celte considération a tenu une Juste part dans notre conduite. On conviendra, en revanche, que, dans ces deux premiers actes de cette affaire, il y a eu au moins réciprocité. (Très-bien ! très-bien I)
J'arrive au troisième acte, l'explosion de la guerre civile et l 'expulsion de AL Pritchard, Alessicurs, on oublie deux choses : d'abord, c'est qu’au moment oh M. Pritchard a été expulsé, il avait été rappelé par son gouvernement ; il était retiré de Tatü et envoyé ailleurs, L'Angleterre avait tenu compte de nos observations sur l'inconvénient du séjour de AL Pritchard à Taïli ; elle nous avait donné celle satisfac- Uim ; il était rappelé. On l'oublie. J'y insiste, parce que, d’après le tour qu’on a essayé de donner à ce débat et à cette affaire, je suis obligé de tenir compte de tout, de montrer a quel point les égards et les ménagements ont clé réciproques entre les deux gouvernements : c’est sur ce point qu'on fait porter tout l’effort de l'attaque ; il faut bien aussi que je concentre sur ce point l'effort de la défense. (Trèsbien i très-bien !)
AL Pritchard a été expulsé. Messieurs, l'honorable M, de Peyramont vous disait tout à l'heure qu'au moment où il a été expulsé, M. Pritchard a demandé qu'on fît à son sujet, sur les faiLs dont il était accusé, une enquête, une information, qu'on le poursuivit, qu’on Je jugeât; il l’a demandé; il le demandait encore tout récemment. 11 soutient, à tort, je le crois, qu'il a été étranger à l’explosion de la guerre civile, ù la prise d'armes; il soutient qu’on n'aurait pas eu le droit de le condamner, si on l’avait jugé, qu'on n’aurait pas trouvé contre lui la preuve des laits dont on l’accusa il. Nos agents de Taitt n’ont pas cru devoir prendre cette voie; je crois qu'ils ont bien fait; leur convie Lion sur les menées de M. Pritchard et le danger de sa présence, je la crois fondée; je crois que le procès aurait été difficile, dangereux sur
les lieux , el peut-être sans résultat; peut-être, eu effet, les preuves judiciaires a ut aienL manqué, pour un conseil de guerre comme pour des jurés ; car je ne suppose pas qu'on prétende qu'im conseil de guerre français aurait été violent, inique - * * . (Vive approbation aux rentres*) qu’il aurait cou* damné sans preuves et sur do simples présomptions* Non, je ne le suppose pas, M. Pritchard aurait été jugé équitablement par un conseil de guerre, comme par un jury. 11 aurait Fallu des preuves devant un conseil de guerre comme devant un jury. Les preuves auraient été dilTîcîles h obtenir devant un conseil de guerre comme devant un jury ; r enquête aurait agité nie,el violemment entretenu T état de trouble dans lequel elle était. Les autorités françaises ont pensé que ce mode de procéder n'aurait pas été bon, et je les en approuve. D'après une conviction que je crois parfaitement sincère et parfaitement fondée, elles ont expulsé M. Pritcliard par un acte politique, par un acte administratif. Eh bien, il est de la nature des actes politiques qu’une responsabilité particulière s'y attache, qu'on ne peut pas dire, quand on a agi poÜli* que ment et par un acte de sa propre volonté, ce que Pmi dirait sî l'on avait traduit un homme devant la justice. Le Gouvernement du Roi ne se serait nullement considéré comme responsable de ce qu'un jugement aurai L pu prononcer a Taïii sur les actes et le sort de M* PritcharÎL Mais ü a accepté, sur un acte politique et librement fait par ses agents, la responsabilité qui en est inséparable.
Voilà, messieurs, ce qui s'est passé k TaïtL L'Angleterre jusqu'ici n'est encore pour rien dans l'affaire : Elle avait rappelé M* Prilchard; nous n'avions rien à dire, rien â demander de plus, La nouvelle du renvoi de M. PriLchard arrive eu Europe, Je ne vous retracerai pas l'effet quW a produit en Angleterre, tout k monde te sait. Vous ne savez peut-être pas à quel point V émotion a été vive et profonde- On a beaucoup dit que le parti religieux, le parti
des saints avait été seul ému. Cela n’est pas. Par des motifs très-divers, 1T émotion a été réel lé ment publique; elle avait atteint toutes les opinions, toutes les classes de la société, Pour les uns, par un motif politique ; un agent officiel du gouvernement anglais expulsé sans aucune forme de procès, sans un interrogatoire, sans qu’on lui eût simplement parlé, sans qu’un lui eût demandé ec qu’il avait a dire sur ce dont on Ta cousait I Les hommes préoccupés, comme Pétait PauLre jour l'honorable M. Dupin, des idées de justice et de magistrature, ont été choqués en Angleterre de cette façon deprocéder. Les hommes religieux Pétaient par d’autres motifs ; l’émotion était générale et profonde. Vous avez vu comment elle s’est manifestée ; ce n’est pas â moi de rien dire à cet égard.
Ici, nous avons été frappés des faits, nous y avons porLé une grande attention. Mais une émotion générale, pareille à celle qui s1 était manifestée en Angleterre, pourquoi P aurions nous ressentie? nous n’avions pas à nous plaindre; nous étions préoccupés de ï1 émotion qui se manifestait en Angleterre ; mais nous n’avons songé qu’a donner à celte émotion le temps de se calmer, de reconnaître la vérité des faits et des situations; nous avons gardé une attitude passive et expectante dont Phonorable préopina ut me louait lui -mène tout à l’heure.
Nous étions cependant vivement pressés; on ne nous demandait rien officiellement , on ne nous menaçait en aucune façon ; il ne passerait aujourd'hui par l’esprit d’aucun gouvernement en Europe, ami ou indifférent, d’adresser, sous aucune forme, et quelque indirecte tpi’ elle fût* aucune menace au Gouvernement du Roi. (Très-bien! On ne nous a pas menacés; on ne nous a rien dit. Mais nous n’en savions pas moins quel était le véritable état des choses; nous n’en connaisions pas moins la gravité de la situation et de la question.
Nous savions bien qu'il fallait en venir à une solution ; qu’il fallait prendre une décision; quai Mail dire quelque chose sur ce qui venait de se passer à Tnïîi , sans quoi des événements graves en seraient sortis; vous le ^verrez tout à Phcu re ♦ (Mou vcinen t . )
Après un mois nous avons fait connaître air gouvernement britannique noire opinion et notre résolution : je viens de les mettre sous les yeux de la chambre.
Personne, j’ose le dire, personne ne peut nier qu’elles ne soient exactement conformes à T idée que nous nous étions formée de raflai re et au langage que nous avions tenu dès le premier moment ; personne ne peut le nier, personne î
Que confient notre résolution? que dit-elle? que nos agents avaient eu le droit de renvoyer Pritchard de Taïti , et qu’ils avaient bien fait de le renvoyer.
Et puis nous ajoutons, comme je Pavais dit moi -même à M. de Jarnac des le premier moment, qu’il y a eu certains procédés, certaines circonstances que nous trouvons regrettables et que nous improuvons.
Je persiste aujourd’hui plus que jamais dans ceLLe résolution , ci j’y persiste plus que jamais, après tout ce que j’ai entendu dire à cette tribune. Je craindrais beaucoup que les paroles prononcées a celle tribune n allassent tomber dans Pesprit de nos agents dispersés sur la face du monde, et ne les égarassent étrangement, en leur donnant une idée bien fausse de leur situation et de leurs devoirs, (Très-bien !)
Je sens plus que jamais, au milieu de ce gouvernement libre, en présence des passions qu’il soulève et des exagéra* lions qu’il entrai ne, je sens plus que jamais la nécessité que la sagesse, la ferme sagesse du Gouvernement dirige partout ses agents et ne les laisse pas exposés aux suggestions, aux agitations, aux erreurs qui leur viendraient d’ici, s’ils n’e-
taienl pas contenus cl réglés par le Gouvernement du Roi. (T rés- b i en ! I rés- b i en ! )
Nous avons, par notre conduite dans cette affaire, dit â tous nos agents ; « Prenez garde; vous avez raison de soutenir partout les droits de u;lre pays, de votre Gouvernement; vous avez raison de protéger partout l'exercice de ces droits, d’en user vous-mêmes quand ^occasion s’eu présente. Mais faites- le toujours avec code prévoyance, celte modération qui concilient les nécessités de votre situation spéciale avec celles de la politique générale de votre pays; pensez, quelque part que vous soyez, quels que soient les événements qui vous arrivent, pensez à la politique générale de votre pays, au bien général de votre pays ; ne vous laissez pas gouverner uniquement par les incidents qui se passent à eu té de vous. Pensez à toul, c’est votre devoir; c*esl Pi utérét capital de voire pays! » (Approbation au centre.)
Voilà te langage que nous avons tenu à nos agents; voilà le conseil que nous leur avons donne par la solution que nous avons imprimée cette a (Taire.
Oui, messieurs, nous croyons que les procédés dont j’ai parlé et qu’un honorable et brave officier, plein de dévouement pour son pays, a pu se croire permis dans un moment de danger, nous croyons qu’il aurait mieux fait de s’en abstenir, qu’il n’y avait pas nécessité pour lui de les employer, qu’il avait eu main des forces suffisantes pour ne pas y recourir.
Et puisque nous le pensons, nous l’avons dit ; nous avons cru qu’au moment même où nous maintenions fermement et notre droit et l’exercice de notre droit, nous devions dire la vérité sur ccs fautes accessoires; nous avons cru que nos bons rapports avec un gouvernement ami valaient bien que nous dissions la vérité sur ces erreurs d’un agent du Roi. Nous avons donc dit la vérité, nous avons improuve ces procédés,
Et on s'étonne qu1 après avoir dit celte vérité, nous oyions accordé une indemnité ’
Messieurs, mon honorable ami M. le ministre de Tin teneur le disait à cette tribune; reconnaître le tort, c’est lâ ce qui était grave , ce qui méritait un sérieux et sévère examen de la pari du Gouvernement du Roi ; mais une fois le tort reconnu , accorder une indemnité à raison rie ce tort-là et uniquement de celui-là ; bien spécifier, formellement écrire que l’indemnité n’esL pas donnée à cause de l'expulsion, que l'expulsion est de droit en principe et Juste en fait, que l'indemnité est accordée si les procédés que nous blâmons et que nous regrettons ont culminé certains dommages, certaines souffrances , comme le plaignant le prétend, qu’y a-t-il là d’étrange ?
De même que M. Prilchard demandait et demande encore une enquête, de même il a dit dans l'origine et il dît encore qu’il a souffert non-seulement dans sa personne, mais dans sa for lune, dans ses Mens, (Mouvements divers,)
Nous n’avons pas admis sur sa simple assertion que le fait fût certain; nous avons dit : « Il y a lieu à une indemnité si Les faits sont vrais; les faits seront vérifiés sur les lieux; par qui? Par les deux arbitres les plus élevés qu'il nous soit possible de choisir, l'amiral français et l'amiral anglais. Ils vérifieront les faits, elsî ces faits sont tels que le dit M. Pritchard, il y a lieu à une indemnité; ils en arbitreront le montant.
Voilà, au vrai, la situation; la voilà ramenée à sa parfaite exactitude, à sa parfaite simplicité.
Eh bien, je soutiens qu'il n’y a rien là que de conforme aux principes d’une jusLice exacte, d’une convenance rigoureuse entre deux gouvernements amis, et j’ajoute qu*ü u’y a rien que de conforme aux conseils de la plus salue poliLique.
Je vous rappelais touL à l’heure la gravité de la situation , la vive émotion du gouvernement et du public anglais, Save^vQUS quelle en a été la conséquence? C’est que, comme
le disait encore mon honorable ami IVL le ministre de V in térieur , nous avions à choisir entre une transaction et une rupture.
Ne vous étonnez pas du mot, ce n'est pas moi qui le dis, c’esL la reine d'Angleterre qui Ta prononcé eïlc-mème dans le discours de déluré du parlement; c'est la reine d'Angleterre qui a dit, en propres termes :
tt Le gouvernement de S. M. s'est trouvé récemment engagé dans des discussions avec le Gouvernement du tloi des Français, sur des événements de nature à interrompre la bonne entente et les relations amicales entre ce pays et la France ; vous vous réjouirez d’apprendre que grâce à l'esprit de justice et de modération qui a animé les deux gouvernements, ce danger a éLè heureuse ment écartée. »
Ce n’est pas moi, messieurs , qui invente ecs bruits de rupture pour couvrir la conduite du Gouvernement du lloi; non,, le Gouvernement du Hoi a agi sérieusement et en présence de laits sérieux; il s’est trouvé, je Le répète, dans Palter native d’une transaction ou d'une rupture.
Si tout ce que j'ai dit jusqu'à présent est vrai, et j’aflïrme que c'est vrai, cela pourra être contesté) comme tout l'est à cette tribune , mais cela ne sera détruit par personne (Approbation au centre); di bien, si tout ce que j'ai dit est vrai, j’ai droit d'en conclure que la transaction qui a eu lieu a été une transaction équitable, convenable eL dans laquelle les deux parties se sont fait des concessions réciproques.
Qu'avons-nous concédé, nous? Le voici ; nous avons concédé qu'il y avait eu, dans certains actes de l'honorable M* d'Aubigny, certaines circonstances regrettables et blâmables, et que ecs circonstances devaient entraîner une indemnité pour ftL PriLehard, si les faits qu'il alléguait, lui, étaient vrais*
Voilà ce que nous avons concédé.
Qu’a concédé le gouvernement anglais? lia renu nue à nous contester le droit de renvoyer F ri [char d de TaîtL (Exclamatiens ironiques aux extrémi liés,}
Un membre à droite. C’est absurde !
**i - f*« Messieurs, je trouve tout simple
qn’on combatte ce que je dis, mais il y a certaines expressions, , , (Réclamations à druile,)
Permettez 1 je ne lais pas cette observation par un sentiment personnel, mais il y a certaines expressions, certaines inconvenances de langage qu’il ne faudrait pas laisser s'introduire fréquemment dans cette chambre,
!■* BOCttEJAUiJiiLLix Comment! est-ce àmoî que vous vous adressez ?
le Je ne m'adresse a personne,
4 gauche. De quelles expressions roulez-vous parler ? ou n’a rien entendu !
« ■** SEi XFFlKIUia ÉTHtXGÈREfl»
Je ne sais qui a prononcé les paroles que j’ai entendues.
Voix diverses. Quelles paroles J W* le Je vais les dire,
** ®i iiois (ifk la Eomi-iiréitiivnit), Vous vous tournez de ce côté. Vous avez l'air d’indiquer que ces paroles viennent d’ici,
si, le MivigTiiE Je dis â l1 honorable M. Dubois, comme à tout le monde : je ne sais qui a prononcé les paroles que j’ai entendues.
Voix diverses. Lesquelles 1 lesquelles!
ïw. «?l iis-ii vz0kj¥. Elles n’ont toujours pas été prononcées de ce côté.
ji, le m ^ i “Htre. Je ne sais pas. Les paroles que j’ai entendues sont celles-ci i CeU absurde/ c'est ridicule! (Rires et murmures J
ni: la Kxorffirj %Qi LLEi\. C’est moi qui ai dit â
mon voisin : il est absurde de penser que, pour M. Frilchard,
h guerre universelle eût été allumée. Mon observation ne s'adresse |«s à vous. Un pareil langage n’est pas dans mes liablindes.
w. « K t.oiw««. Je répète que je n’ai attribué ces paroles à personne; j’ai seulement voulu saisir la première oreasion d’exprimer à cet égard un sentiment que jVprome depuis longtemps. La vivacité des passions que nous apportons ici et la Vivacité des passions que nons renvoyons ati-
tlehors par nos débats, sont assez grandes pour que nous n’y ajoutions pas lïqirotc cl l’inconvenattce des paroles.
'« ,,i: tuftKwavnMB. Je demande la parole. ’*• rl* * Personne ne vous a interrompu.
Plusieurs mûr m centre. A l’ordre !
n. ï.i; nisiDTRc. Je reviens au débat. Nous nous sommes trouvés placés, comme j’avais l’honneur de le dire, dans 1 alternative de la transaction ou de la rupture. La transaction dont la chambre connaît les termes nous a paru équitable et convenable. Le gouvernement anglais en a jugé comme nous; ce qui n’empêche pas qu’il ne soit à l’heure qu’il est, eL ne doive être encore plus dans quelques jours, accus.;, dans son pavs, exactement comme nous le sommes ici, des mêmes loris, des mêmes lautes. {Approbation au centre.)
Pour nous, nous n’avons aucun regret à ce que nous avons fan, nous n’avons pas hésité, nous njhésiterions pas davantage aujourd’hui. Je suis convaincu que, de l’autre côté du détroit, avant comme après les débats qui auront lien dans le parlement, sir Robert Pcel et lord Aberdeen auront In même pensée et tiendront le même langage que moi, et qu’ils ne regretteront pas davantage ce qu’ils ont fait. Je suis convaincu que les deux gouvernements sc félicitent, et j’ajoute, je suis convaincu que les deux pays se félicitent d’une telle transaction au lieu d’une telle rupture. (Approbation au rentre,)
Un d*kr,'ipr mol. Je remercie la commission de son ad tic-
sum si franche 7 je remercie ropposlüon de son attaque 5i franche, Nous sommes convaincus que nous faisons depuis quatre ans de la bonne politique, de la politique honnête mile au pays, conforme à scs intérêts, et moralement grande, Nous en sommes convaincus, {Au centre. Très-bien ! trèsbien i)
Mais celte politique est difficile, très-difficile; elle a bien ries préventions, bien des passions, bien des obstacles à surmonter sur ces bancs, hors de ces bancs, dans le public, partout, grands et pelils. Elle a besoin, pour réussir, du concours net et ferme des grands pouvoirs de l’Etat . Si ce concours, je ne dis pas nous manquait complètement, mais s'il n'était pas suffisamment ferme pour que cette p oblique pût être continuée avec succès, nous ne continue rions pas à nous en charger,
Naus ne souffrirons pas que celle politique* que nous croyons bonne, soÎL défigurée, énervée, a baissée entre nos mains, et qu’elle devienne médiocre par sa faiblesse.
'foui cc que nous demandons , c’esl que la décision soit parfaitement claire , parfaitement intelligible pour tout le monde* Quelle qu’elle soit, te cabinet s’en réjouira, (Vive adhésion au centre.)
IîXTKAIT DP MONITEUR UNIVERSEL du 9ti janvier 184fi.
Imprimerie Panckligceb , rue dr * Poitevin*, G.
t llAJIBHi; UEM DKPIf'ri»
Session de 1844-1845.
PAR M. GUIZOT
MTBI DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
«ans la discussion sur les fonds secrets.
Soimce du 20 février IstS.
Messieurs,
•Ip ferai ce qu'avait annoncé l'honorable préopinantfl), et je le ferai un peu plus exactement qu’il ne l’a fait lui-même. J’écarlerai toute généralité politique, toute allusion personnelle, pour me renfermer strictement dans le débat de l’incident dont il s’agit.
Messieurs, je pourrais, à propos de ecl incident opposer principe h principe, droit à droit, la liberté du choix à ïa lilierir du vote, et Indépendance du Gouvernement responsable à P indépendance du député. Quand ces deux droits se
(1 } JW* Lhediette,
renom L roui et se déploient eif même temps, ils doivent serosprrlw réeiproqneïncnl ; ils n’cml aucun reproche à se faire, aucun compte à se demander. Voilà te principe dans toute sa rigidité. (Très-bien ! très-bien I)
.le serai moins rigide, je reconnaîtrai qu’on ne doit user d<* son droit que inodcrèmcnL . .
ti i.i:o> i>k wiiEriu® Et à propos!
■n. lk nisisTisi Et à propos. (Rire général.) le crois que le cabinet a donné de longues cl. frequentes preuves de son respect pour la liberté des votes eL l’indépendance des fonctionnaires députés. (1m centre. C’est vrai !) U lui est souvent arrivé tic rencontrer, parmi ses amis, des dissentiments sur des questions importantes; il lui est arrivé de voir eu permanence, sur tes bancs de l’opposition, «les fonctionnaires; il n’a élevé ni récrimination ni plainte à ce sujet. II a fait plus; il a rappelé dans tes fonctions publiques îles membres de celte chambre dont il connaissait, je ne dirai pas seulement l’indépendance, mais l’opposition ouverte, permanente. (Très- bien!) Il a donc lait preuve, je le répète, de son respect sérieux et sincère pour la liberté du vote et l'indépendance du député.
.Mais cette indépendance, messieurs, comme toutes les autres, a sa mesure, ses limites; elle doit se concilier avec les autres droits.
Que des hommes qui approuvent et soutiennent en général les mêmes principes, la même politique, diffèrent sur des questions spéciales, dans des occasions accidentelles, cela se conçoit, cela peut s’admettre.
Que des fonctionnaires qui sont étrangers ou à peu près étrangers à la politique, qui ne tiennent, que de loin à la direction des a lia ires et à la responsabilité du pouvoir, que de tels fonctionnaires restent dans une opposition, même babi incite, cela se conçoit encore
Je ne sais si le gouvernement représentai il, quand il aura atteint son plein développement, admettra toujours, et à un tel degré, de pareils Faits; mais je reconnais qu'aujnurtPfrui , dans Tétât ncluel des choses et des mœurs , ils doivent être admis et tolérés chez nuits, la centre. Trèsbien !)
Mais, messieurs, quand l’opposition porte, non pas sur telle ou telle question par lieu Itère, mais sur le Fond même de la politique, sur la conduite générale dn Gouvernement, et quand die émane en même temps de fonctionnaires qui sont ou les représenta ni s officiels ou les agents prochains, quotidiens, de cotte politique qu’ils attaquent et qu'ils veulent changer, h coup sûr, messieurs, et ceci est une question de loyauté et de bon sens, à coup sûr (Très-bien !) eda ïTcst pas possible; cela n'est pas tolérable; cela iTadmet pas cinq minutes de conversation. (Marques d’approbation au centre.)
ji C'est de T in compatibilité !
vi. Liz vti^isirsu;. Quand la question des incompatibilités sera portée à celte tribune, nous la traiterons; ce u’csl pas celle qui nous occupe eu ce moment, nous la traiterons plus Lard,
m. «\HvrKii-iMori. C'est la conséquence!
vi. jinwSTms. Quand vous tirerez la conséquence, nous examinerons si elle est légitime.
h . i» tt ci rv*-iit i.di u 11 IM. J cjt î ema n de la [ >a ro 1 e .
w. i*ü ninSTilK, Je dis que, dans les cas que ji; viens de signaler, aux conditions que je viens d indiquer, la séparation du pouvoir cl du fonctionnaire est une question de loyauté, de bon sens, de dignité, pour l'un cl pour l'autre - /Marques d'approbation au cqntre.
Messieurs, il y a mie ehose’qmJI’iTcsl 'bonne â rien nulle part, cVst l'anarchie, (Très-bien 0
Eh bien, te défaut d^ünité, d’harmonie, drnis te sein de l'administration cl du Gouvernement, l'incohérence, la contradiction permanente entre les chefs responsables et tes agents nécessaires et habituels du Gouvernement, c’est de l'anarchie* de Tanarchte pure. Gelajne peut être accepté. (Nouvelle approbation au centre.)
L’honorable M. deMaieviUe m’a interrompu tout à l'heure en me disant qu’il latlaîL user de son droit à propos* * *
*i. lkov ni: n u, k ville. A propos de La flétrissure, par exemple !
vt. le ffnviiTBii. A propos! Eh bien, je sais que quelques personnes se sont étonnées que j’eusse usé de mon droit dans un moment critique, difficile pour te pouvoir.
Messieurs, plus le pouvoir est attaqué, plus il doit se montrer soigneux de sa dignité et de sa force* (du centre* Trèsbien î)
si. il a vis * Vous vouiez dire de sa conservation :
ji. le ausigiBE, C’est précisément lorsque le pouvoir est mis en question , c’est parce qu’il était mis en question au moment dont il s’agit, que j’ai jugé nécessaire, convenable, d’user de mon droit, cl de donner en même temps a la chambre un double exemple ; ce double exemple, 1e voici :
La chambre, comme je le disais en commençant, contient des fonctionnaires qui, dans beaucoup d’occasions, ont différé d’opinion et de vote avec le Gouvernement. Le Gouvernement ne s’en est pas offensé et ne ne s’en offense pas [dus aujourd’hui qu’il ne l’a fait autrefois. Le Gouvernement sait que, quand on approuve eL soutient le fond de sa politique, tes dissidences spéciales doivent être admises* Ce qu’il a pratiqué à cet égard, il continuera de le pratiquer.
Mais lorsqu’il rencontrera, comme il l’a rencontré l’autre jour, une opposition déclarée au fond même île sa politique, aux caractères généraux de cette politique, et lorsquMI la
rencontrera ilans des f« maronnai res politiques, en présent de «tes deux conditions, ij n 'hésitera pas plus que je n’ai hésiir il y a quelques jours, (Interruption el rires à gauche,)
} otr a gauche r Frès-bien î Avis aux auditeurs ï
7ï. s*ï; üiiviprôiiî. Il n’hèâîtera pas davantage; el il i roira fermement, en assaut ainsi, remplir ses devoirs de J rouvernemen t, faire ce qu’il doit au pouvoir dmii il est deiiosiînire, a la dignité de ce pouvoir, à la dignité de la chambre et à la dignité des personne?. [Approbation au centre. — Exclamations ironiques à gauche,;
tl iïOT, ministre dta affaire étrangères. Messieurs, je naï que quelques mois i dire.
Pecariérti d’abord celte espèce de récrimination personncILe (Non, non, n’écartez rien!) que l'honorable préopinantfl ) viem de m’adresser, en rappelant m qui s'est passé quand je suis revenu de Londres en 1840.
L’honorable préopinanl a oublié qu'à cette époque le cabinet du lflr mars n’existait plus. Je n'ai point tait opposition h un cal une l placé sur ces bancs. ; Interruption.) Je nTai point éprouvé d'embarras à concilier mes devoirs de fonctionnaire et mes devoirs de député, car je n>i point été mis à cette épreuve. Je n'étais point à Farts pendant la session.
Voici ma seconde observation, LT honorable préopinanl vous a dit lui-môme que, tors des élections de J 842, je ne
(J) JH. Urcmyn do Llniys,
m'étais pas oppose à sa candidature. Messieurs, Uni que les dissidences entre l'administration et rhonorable préopïnanL mit etc, comme je le disais tout a l'heure, spéciales, partielles, elles ont clé admises (Rumeurs dubitatives a gauche], pour lui comme pour d'autres fonctionnaires ; cl ce qu’il vient de vous retracer tout à l1 heure à cette tribune, rhisluirp de sa vie parlementaire et de sa vie administrative en est la meilleure prouve* U vous a lui-même rappelé plusieurs circonstances dans lesquelles il a différé d’avis el de vote avec le cabinet. Le cabinet s'en est-il plaint? Le cabinet le lui a-L-iï reproché P Le cabinet ïPa-t-ii pas respecté la liberté de ses votes ? À quel moment donc l'op inion du cabinet a 4- elle changé ? (bruit.) Quand te cabinet a acquis la conviction que la dissidence entre l’honorable préopmant et lui était fondamentale, qu'elle s'adressa il non pas a telle ou à Leile question particulière, niais à la politique générale et notamment ü la politique étrangère \ je h; demande à tous les membres de cette chambre qui ont assisté à la discussion de l’adresse , n’esi-U pas évident que l'opposition de rhonorable membre s’adressait au fond de la politique, à toute la politique étrangère du cabinet ?
\ rfdi£ à ga i ( ch c . A l Ta fta i rc 1 *r i teh a r d .
n> lu ffKEi«TBK * Si je m’en souviens bien, rhonorable préopinant â voté pour tous les amendements proposés contre la politique générale du cabinet, pour l'amendement de AL de Carné comme pour l'amendement de Al. de Malcvillc. Lit bien, n’ est-ce pas 1 îk une opposition essentielle, fondamentale? Cela est évident, cela ne peut être contesté par aucun homme loyal ; eL je suis sür que rhonorable préopimmi ne le coptcstô pas lui-même.
vi. TiaaEBS. Alors , vous deviez vous retirer quand vous étiez ambassadeur- (Bruit.;
*** J.c n'a 1 pas entendu l’interruptiou, je
ni', puis y répondre; je reproduis ici ce que fa vais l’honneur de dire tout à l 'heure à la chambre.
Je comprends et j’admefs les dissidences partielles et occasionnelles quand ou soutient au fond la môme politique. (Mouvement,) Je ne comprends pas la dissidence sur le fond même des choses el en même temps la coopération à la politique qu’on attaque.
h honorable preopinant vous disait tout à l’heure que ses fonctions n avaient rien de politique. Vous avez entendu ses paroles ; représentez- vous un ministre pratiquai]! une politique et ayant pour collaborateur quotidien, obligé, dans une parlie essentielle de cotte politique, un homme qui en pense et en dit ce que vous venez d’entendre. (Trèsrbien !) Evidemment H n'y a dans une telle situation ni bon ordre, ni bonne conduite des alla ires, ni dignité pour personne. (Approbation au centre*)
On me reprochait tout â f heure de ïpanquer de tolérance ; on m'oblige à dire que la conduite que j’ai tenue pendant quatre ans, dans mes relations avec r honorable préûpinant , est la plus éclatante preuve de tolérance que j'aie pu donner. [Très -bien 1)
Mais quand le moment est Venu ou la dissidence sur te tond des choses a éclaté* il était de mon devoir de faire ce que j'ai lait. J'aurais accepté la démission de l'honorable préopinant, s'il avait jugé que sa dignité lui ordonnât de me la donner ; il n'en a pas pensé ainsi; c’élait a moi à avoir soin de nia propre dignité. (Approbation au centre, — Rires ironiques â gauche,)
Tl i*i s i: i u . Et de voire conservation
h. ijj miiSTiiE. Je n’hésiterais pas à agir de nouveau ainsi. (Ah ! ah !) Vous savez bien que je ne rende jamais devant mes opinions cl mes actes.
Je prie Ijî chambre île bien remarquer lès dfèux eonditlàhs que je pofiC;
Quand la dissidence entre le pouvoir cl le tond ionm ire député porte sur le fond même de h politique, et quand en meme temps les foncîhms du député sont des fonctions pnïi litpH'S qui lui donnent avec le pouvoir responsable des relations obligées, quotidiennes, qui le rendent ou le représenta ni officiel, ou l’agent nécessaire de la politique qu'il attaque, le respect des principes conslituliormels, comme le respect de t i dignité des personnes, commande ta séparation, (Approbation au centre,)
Je n’ajoute qu’un mol, et il se rapporte ii mon honorable collègue, M. de Salvandy. (Mouvement d’attention.)
L’an dernier, dans une occasion importante, r honorable M, de Salvandy a diffère d’opinion avec le cabinet. Il a cru devoir, après son vote, donner sa démission, (Vives réclama lions à gauche.)
Phwenrs membres à gimche* Non, non, ce n’est pas celai
y§. huiiiioî. C’est après la scène des Tuile¬
ries !
ti. iÆ jii xiSTïii;. îNous savions, et pour mon compte je savais parfaitement à celte époque que l’honorable 3VL de Salvandy ne différait point d’opinion avec nous sur le fond de la politique que nous suivions. (Rires à gauche.)
Aussi, quelle que fût ia dissidence entre nous sur [a question spéciale dont ii s’agissait, il ne me serait pas venu en pensée de provoquer à celle occasion le remplacement de Honorable KL de Salvandy. La meilleure preuve quej’çu. puisse donner, c’esL que Fhononiblc M. de Salvandy n’est pas te seul fonctionnaire dans celle chambre qui ait voté contre le Gouvernement dans celle occasion.
Vous avons donc appliqué strictement dans ce cas 1 1 politique que je rappelais tout a l'heure a la chambre.
L'anl que la dissidente ti’esl pas fondamentale, essentielle. „ . liileriuption à gauche.)
En vérité, quand je parle de ta liberté des voies et du respect que nous lui portons, dans des limites assurément fort larges, les honorables membres de cecilc se récrient
“■ ‘■l l, v '»i Nn)>TinM On ne se récrie que coutre l'altération des laits,
m' Îliiîifisraïî, Vous monterez à la tribune; ne m'interrompez donc pas.
Il appelez-vous la situation créée à cette époque entre le cabinet et l'honorable M. de Saivandy, Il s’est séparé du ca- Idnel; qu'en est-il résulté:? Bien des questions se sont présentées depuis , bien des luttes ont été engagées. L’honorable M. de Saivandy a-t-il défendu, a-t-il voté, dans celte diambre, une politique autre que celle que nous soutenions nousmemes sur ces bancs P Non. Malgré une dissidence momentanée, et même après ta séparation à laquelle cetk dissidence avait donné lieu, l'honorable AL de Saivandy est resté fidèle à la politique que nous avions si longtemps soutenue en commun. Voilà pourquoi l'honorable AL de Saivandy est venu naguère se placer sur ce banc, (.iw centre. Très-bien! — fii res et exclamations à gauche*)
L’honorable AL de Saivandy n'a changé ni de conduite ni de position. Il a plusieurs Ibis différé momentanément d’upinion avec le Gouvernement ; au rond, et sur l’en semble de ta politique, U a toujours été de son avis* (Même mouvement gauche.)
Au fond, je dis au fond el sur l'ensemble (Interruptions)
.Messieurs, nous avons tons I intention rie discuter sérieusement; quand on veut disenter sérieusement, il faut écouter
sérieusement; rVst la première condition d'une discussion sérieuse*
n> mm. Alors il faut parler sérieusement..
ni, i.K Vous ri 'avez p§$ la parole» Laissa
parler l'orateur*
ii. LE Bifisrkï. Je répète que si l'honorable M. île Saïvandy est venu s'asseoir sur ce banc..* (Nouvelle interruption à gauche*)
Ce que je dis ici, messieurs, est aussi simple que sérieus. Les hommes se réunissent par leurs opinions essentielles, par leur conduite générale. Vous ne voulez pas d'anarchie dans celte chambre; que les hommes se classent donc réellement d sérieusement selon le fond de leur opürïQn, selon la politique qu'ils veulent soutenir et pratiquer. (Mouvement a gauche.)
Ce n'est pas La première fois que, de tous les ctUês de celle chambre, sur ccs bancs comme sur ceux-là (l’orateur montre la gauche et le centre), on :i demandé que les opinions, les opinions fondamentales fussent le principe de classification des hommes eL des votes* Qu’avous-nous fait au ire chose qui mettre en pratique celle idée I' Nous avons, il esl vrai,
(P un droit essentiel du Gouvernement, du droit de nous séparcr des fonctionnaires qui attaquaient le fond de notre pdiii* que au lieu de la soutenir. Il n'y a point de gouverne tncni ; sans ce droit, il n’y u point de gouvernement si ceux qui possèdent ce droit n'ont pas le courage d'en user. Nous , vous rien fait de plus, rien de moins. Nous avons pratique depuis quatre ans une grande modération, une grande libéralité en matière de respect pour les opinions et pour les Miles, cl l’honorable membre qui descend de cette irilmnc en est, je tiens à le redire, un des plus éclatants exemples Mne il a bien fallu se séparer quand le signal dé la sépara lion a 1 11 1 donné par lui-même, et sur le fond même des choses.
Wità tout ce qu'il y a, messieurs, dans la question qui >uk]il d éti e liaUce à Celle frihittic, Il s agil dç savoir s'il eoiivieul à h dignité du pouvoir, à h bonne conduite dos affaires, que l'anarchie règne dans le Gouvernement el dans celle chambre, ou s’il faut que, dans le pouvoir el dans la chambre, les hommes sc classent selon leurs opinions générâtes et vraies. Voilà îa question. Au centre* Très-bien, - Exclamations diverses à gauche*}
{l ue agitation prolongée succède à ce discours. La séance demeure suspendue pendant un quart d’heure.
EXTRAIT DU MONITEUR UNIVERSEL itu février IRIo*
hiipdmorîo rÀNCKOlfCKtî, ruo des Poitevins* (ï-
t'Il.l HEIKE MES nÉPl’TGN
Session de 1845.
P ft ON ONCE
PAR M. GUIZOT
MUSTRE BBS AFFAIRES ÉTRANGÈRES,