HANS LA DISCUSSION SUIS LES PONDS SECRETS
Séance tlu 5 mars 1815.
Messieurs,
Je respecte le temps et te sentiment de la chambre. Je toi épargnerai tout assaut de personnalités et tout retour sur de vieilles querelles. Je ne refuse aucun débat; maïs je garde le cUuix des armes» et je n’cmploterai que celles dont la question a£tuelle m’oblige et dont le bon goül. de la chambre me permet de me servir. Je supprime tout préambule et vais droit îL h question même,
1/ honorable coinLe Molé vient d’affirmer deux choses :
ha première, que le cabinet actuel n’avait nul droit de se montrer difficile en fait de Force et de dignité du pouvoir, l'ir M si I nation à lui-même élaii faible él précaire; iï était
sans cesse à la recherche d'une faible majorité, el pour ffobtenir il abdiquai L le pouvoir, ne songeant qu’à vivre er non à gouverner.
Voici la seconde :
Si l'honorable préopinant revenait au pouvoir, si un cabinet imbu des idées, des maximes , des intentions de Thonorab le prèopinant venait au pouvoir, il ferait mieux les affaires du parti conservateur ; il concilierait le progrès el la stabiblé \ il moudrait toutes les questions qui préoccupent le pays; il donnerait pleine satisfaction aux esprits sur les questions générales, aux hommes sur les questions personnelles ; il ferait disparaître en un mot tous les embarras devant lesquels le cabinet s'arrête et succombe.
Si j'ai bien résumé, voilà le discours que la chambre vient d’entendre.
Messieurs, pour faire sérieusement; efficacement , de la politique à la fois conservatrice et libérale, il ne suffit pas d le dire, il ne suffit pas même de le vouloir; il y a des conditions essentielles qu’il faut remplir, et ht première, c’est que Je parti conservateur, ce parti qui existe avant les cabinets et hors d’eux, soit bien rallié, bien organise, fermement uni et compact autour du pouvoir qui le dirige et qu’il soutient*
Voilà la première condition, la condition essentielle de la politique conservatrice sérieusement et efficacement pratiquée.
Depuis quatre ans, ces quatre années si actives et si vides, dit-on, de T existence du cabinet actuel, nous avons eu constamment celle pensée présent» à l'esprit.
L'honorable prèopinant a parié des alliés que le cabinet a eus et qu’il n’a plus; il a parle de l’esprit exclusif du cabinet qui lui aurait fait perdre les alliés qu’il avait, - (Interruption.) Quand l’honorable préopinani a parlé de l’esprit exclusif du cabinet, c'étaïl sans doute à cela qu’il faisait allusion... (Nouvelle inlerniplion de la pari de M. le comte Mole.)
Qur l’ii ouvrable usinant me permet le de faire içj att(ra chose qu’un dialogue.
Quand on a demandé an cabinet, depuis quatre ans, des ades qu’il a jugés contraires à la politique, aux intérêts, aux idées, aux sentiments du parti conservateur, il s’y est refusé, Cest de 1 adieu que de refuser une mauvaise réforme électorale; c’est ihi 1 action que de refuser une mauvaise politique extérieure vers laquelle on vous pousse; c’est de Faction que de combattre des prétentions qui nuiraient à la cause qu’un soutient G est la ce qu*a fait le cabinet, r est une pari indu moins de ce qu’îl a fait. 1 J a été. constamment préoccupé du désir de maintenir uni, compacte, le parti conservateur, de ne rien faire qui l’a Itérât, qui !e divisât, qui compromit sa position et sa force.
Et le cabinet a fait cela non-seulement sur les choses, mais sur les personnes. Quand il a été appelé à se recruter, c est dans les rangs conservateurs qu’il est allé pqïscr; cTest dans les rangs conservateurs qu’à toutes les époques il a pris de quoi remplir les vides que tes événements avaient amenés dans son sein .
Mais tes meilleures conduites ont leurs charges et leurs inconvénients; ou ne peut pas se refuser ainsi à des prétentions qu on juge mal fondées, on ne peut pas repousser des voeux, des ré formes qui nuiraient à la politique générale quTon sert, sans éloigner, sans voir se séparer de soi quelques-uns des alliés avec lesquels ou avait marché.
G est ainsi que le cabinet, que le parti conservateur a vu plusieurs fois diminuer sa majorité.
^oUa la vraie cause dn fait que signalait tout à l’heure I honorable préopinant. Ce u*est pas pour avoir manqué à des espérances légitimes, ce n’est pas pour s’être refusé à une arlian nécessaire dans l’intérêt du pays, c’est pour avoir repousse des demandes, des vœux, des réformes prétendues, contraires à la politique conservatrice, c’est pour cela, et pour cela seul, que le cabinet n’a pas toujours conservé toute
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la majorité [fini avait eue k diverses épiHjues, et notamment si son début.
Ouand cela est arrivé, quand, naguère, à propos île l'adresse, la majori Lé du cabinet, dans une question spéciale, s'éâl trouvée faible, qu’ont fini toutes les oppositions ? quel cri ont-elles adressé au parfi conserva Leur? le cri que vous venez d'entendre pour la seconde fois a celte tribune,
« Vous voyez, lui a-t-on dit, votre majorité diminue; sacrifiez- nous les hommes que vous avez [iris [mur vos chefs; ils sont impopulaires * ils vous compromettent, c’est eux qui vous empêchent d’avoir de furies majorités, sacrifiezles, vos majorités deviendront fartes. i>
Messieurs, cela ne nous a pas étonnes. Pour mon compte, je n'étais pas éloigné, je l’ai dit dans une autre enceinte, de me grêler à ms vues. Je n'ai aucune crainte de l'impopularité; je sais qu'elle a été dans presque tous les lemps, et su r tout dans les temps difficiles , la condition des hommes qui ont eu rhnnmir de gouverner leur pays; mais je n’ai nul goût [mur le pouvoir si je devais manquer d’une force suffisante pour Pexercer. Et, que la chambre me permette de le dire, je trouvais il y a trois semaines, l'occasion bnnne, je dirais volontiers Voccasion beU^ pour nie retirer des affaires. Le parti conservateur en a pensé autrement; il a pensé que l'intérêt de sa politique comme de son honneur lui conseillait de soutenir les hommes qu’il avait soutenus depuis quatre ans. 11 a persévéré et leur a demandé de persévérer. Je suis convaincu que dans son intérêt de grand parti, de parti national, dans l’intérêt de sa dignité présente comme de sa force k venir, il a bien fait et bien pressenti sa vraie destinée. (Mouvements divers, }
.Nous avons donc persévéré, nous avons provoqué une nouvelle épreuve. Une chambre a déjà répondu : nous sommes devant vous pour recevoir aussi vu In* réponse.
nue font encore les oppositions? que vient de faire pour h seconde luis l'honorable préopinant ?
Ou continue la même conduite, on adresse au parti conservateur les mêmes promesses, les mêmes agaceries, (On rit.
■S en montrera-t-il plus touché une seconde Ibis qu'une première? Je sais qu on l’espère, je sais qu'on se promet et qu'on promet à ses aJïîdés de nouvelles défections, Xous verrons. Le parti conservateur, par sa conduite, fera sa réponse.
Mais en attendant qu’il la fasse, nous nous sommes sérieusement préoccupés nous-mêmes de la situation des affaires et de la nôtre. Des hommes qui, par des motifs purement personnels, maintiendraient, prolongeraient une situation difficile pour le Gouvernement du pays, feraient une action honteuse. (Très-bien!
tjuc le parti conservateur, qui est le seul gardien sûr de la politique conservatrice, que le parti conservateur soit maintenu dans son intégrité, dans sa dignité, dans sa position forte et compacte ; qu'on n'aille pas, sous prétexte de lui procurer des alliés, altérer sa force propre et intérieure; que cela arrive, qu'une combinaison se présente qui atteigne ce but, nous sommes prêts à nous retirer devant elle, car c’est là le seul but que nous veuillons atteindre, le seul qui nous fasse rester au pouvoir.
L’honorable comte Molé le fera-t il? Maintiendra- 1- il le parti conservateur dans son intégrité, dans sa dignité? [e maintiendra-!- il uni, ferme et compact, comme il Test encore, comme il vient de le prouver? Voilà la vraie question, la question pratique du moment.
de demande à la chambre la permission de l’examiner sans amertume, la chambre en jugera : sans faux ménagements aussi. Je puis le faire sans aucun embarras. Je ne crains pas, en le faisant, de blesser aucun des anciens amis de M. le comte Molé ; car ses anciens amis sont tous aujourd'hui ou sur
nos bancs <iu dans nos ratios. Seul, AL le comte Aïolé s rsl rallié à l'opposition.
Ji. lg < oaTi: mm *£ Je le nie, comme les agaceries
•n. tÆ wanaiETiwn J demande à la chambre quel nom je puis donner au langage que l'honorable comte Mole vient de tenir à celle tribune. Il n’est pas de l'opposition ; soit ! Je ne voudrais pas rufleuser sans uliïdé; mais il parle et vote avec i1 opposition, (On riU)
n. ek ciMiTG iM»Li Allez! je vous le permets; je répondrai*
n* x*i£ MiwiiTnG, Je prie AL le enraie Mole de croire que je n’ai fias besoin de sa permission pour dire ce que je juge vrai cl nécessaire à ma cause, (AlouvemeuL)
Je dis donc que l'honorable Al* Mole étant le seul qui ne soit pas resté init ie à la situation, a la destinée du parti conservateur, je ne crains pas, en examinant Ce quil peut taire aujourd'hui , de blesser aucun des hommes qu’à aucun prix je ne voudrais blesser.
Messieurs, j’ai observé el recueilli avec grand soin ce qu’on pense cl ce qu’on dit dans les rangs conservateurs au sujet de la situation actuelle qui préoccupe si vivement les esprits, particulièrement au sujet de l'honorable préopinant.
Quelques-uns n’ont pas complètement oublié qu’en 1837, l'honorable préopinanL pour garder le pouvoir, a changé un peu brusquement d’altitude, de langage, de conduite, de camp.
mr. ee i otiTis inoii. Je demande la parole.
ni. li: mmwi»twk. D’autres se rappellent que, dans une durée de deux ans, il a dissous deux fois la chambre des dépotés.
D’autres, et en bien grand nombre, sont frappés de l’atli- Uule qu’il a prise et de la conduite qu’il lient aujourd’hui. Ils trouvaient que P honorable préopinanl avait eu, en 1839,
la bonne fortune d’une chute heureuse et honorable (.Mouvement); iîs trouvent aujourd'hui qu’il compromet, qu'il gâte, qull perd cette bonne fortune, (C’est vrai!) Beaucoup s1 en étonnent et s’en affligent en même temps, El s’il m’était permis de le dire, je suis convaincu que sur les bancs de cette chambre, parmi les honorahles membres qui m’écoulent, beaucoup partagent le sentiment que jWprime en ce moment, t M a rq u c s d ’ a ssen l i men l .
Mais, enfin, de ces finis, il résulte que dans les rangs cons cr va leurs, il y a, au sujet de la conduite que tiendrait l'honorable préopmaut, beaucoup (î inquiétude cl pas beaucoup de confiance. L'honorable préopinant ne serait donc point propre à mettre un terme a la situation actuelle; il ne serait point propre à maintenir celte unité, celte fermeté dont le parti conservateur a besoin pour exercer sur nos affaires Fan ton té qui lui appartient.
Je ne sais si rhonorable prènpï riant trouverait dans d’autres rangs beaucoup de terrain à gagner; mais je n'hésite pas à dire qu’il faudrait qu’il en gagnât beaucoup, car, dans le parti conservateur, i) en perdrait beaucoup. El s’il en gagnait beaucoup dans d’autres rangs, je n’ai pas besoin de le dire à la chambre, la politique serait changée; ce ne serait plus ta politique conservatrice qui serait pratiquée par le Gouvernement,
Voici donc, messieurs, l'alternative dans laquelle nous sommes; il faut ou que nous maintenions la situation actuelle du parti conservateur et que nous gouvernions avec sa force propre cl intérieure, sons la condition difficile, laborieuse, depetiles majorités; ou bien il ftiut que nous livrions le parti conservateur aux chances d’une décorn position qui profiterait, n’en douLez pas, à ses adversaires seuls, et qui tournerait bientôt contre sa politique, contre les choses encore plus que contre les personnes, {C’est très- vrai î)
Eh bien, pour des hommes de sens el de rouir, il n'y a jwi*.
a hésiter. Le [inrlï cou acrva leur n’a pas hésité* cl nous ïPavons pas fit-silé nous-mêmes. L’hoftorable prlSpinanL dira : « Vous avez marché h sa suite; vous Pavez suivi f vous ne Pavez pas cotiÿ&îL » Messieurs, je ne vourîraispas retracer ici tous les actes que te cabinet actuel a accomplis. Je ne voudrais pas reproduire et discuter tout ce qu’il a fait im dedans et au dehors ; deux mois seulcmcnL
Rappelez- vous rétal des affaires au dedans et au dehors en 1810, rapprochez- le do Pétât des affaires au dedans et au dehors eu 1845* Je mets de cèle la question sur laquelle je reviendrai tout à l’heure, la question parlementaire ; je ne parle plus que de la politique en dehors des chambres. Prenez Pelai intérieur du pays et son état extérieur* Qu’en pensez-vous? Croyez-vous que le cabinet nTa il. rien fait, qu’il ïPaH résolu aucune question? Croyez-vous que, je ne dis pas la tranquillité matérielle rétablie, mais la tranquillité morale rentrée dans les esprits sur la stabilité, sur Pdlïcacilc du Gouvernement, croyez-vous que ce ne soi! rien? Croyez -vous que cette grande série «le travaux, travaux de sécurité, travaux de prospérité* entrepris et poursuivis dans ces quatre années, croyez-vous que ce ne soit rien? L’honorable préopimm a-til oublié que ces questions qu’il accuse le cabinet de n’avoir pas résolues, la question des chemins de fer, par exemple, il Pavait lui -même proposée, et qu'on avait rejeté, complètement rejeté sa proposition ?
Je ne veux pas, comme je le disais en commençant, reproduire ici les vieilles querelles ni les personnalités. Je me renferme dans ce qui intéresse le cabinet dont j’ai l'honneur de faire partie ; mais je iP hésite pas à dire qu’à l’intérieur il a éteint plus de mauvaises questions et qu’il a résolu plus de bonnes questions qu’a netme autre des administrations qui Pavait précédé; elles n’avaient pas eu, j’en conviens, le bonheur de durer assez longtemps pour atteindre un tel résultat.
Je passe à l'extérieur À IVvlérieur. la comparaison que je
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toi Mire r lit al du 1810 et celui Je 1845 sera, jV.su lu dire, encore meilleure pour nous.
L'honorable préopimml a parlé Je difficultés d'un ,lr<lre secondaire. Mais les lions rapports rétablis avec uMUt* l’Europc, l’intimiLÔ maintenue avec l'Angleterre malgré les <J>slacies que nous avons rencontrés chaque jour sur noire chemin, la juste part d'influence Je la France rétablie en Italie, en Espagne, en Grèce, l'Afrique complètement conquise, est-ce que ce n est rien, messieurs ? Est-ce que ce ne sont pas là des résultats dignes d’une durée de quatre ans ?
.Messieurs, nous avons la conlîance que noire politique est bonne; nous avons la confiance qu’elle a réussi au dehors comme au dedans, pour la dignité et l'influence de la France comme pour son repos et sa prospérité. Nous croyons quelle a spécialement réussi dans le cours de l’année dernière, que c est dans le cours du cette année que les questions les plus délicates , les pins difficiles uni été bien résolues dans Finier<>t du pays.
D'où vient donc la situation qui nous préoccupe? Pourquoi ces résultats si bons, ce qui était le sentiment général du pays comme Je l’Europe il y a quelques mois, pourquoi ces résultats sont-ils cou teslés aujourd’hui? Messieurs, cette situation a été créée par uu travail des partis dans la chambre et par un travail des journaux dans le pays. Les partis dans les chambres et les journaux dans lu pays se sont emparés de quelques incidents secondaires de la politique génémc du Gouvernement , ils ont exploité res incidents et ils un ont Fait sortir la situation délicate dans laqnelle nous nous trouvons,
iiCLUr situation n a pas de racines dans la vérité générale des choses; eiie est factice, artificielle ; et, comme nous avons confiance dans le bon sens du pays et dans ta vertu de nos institutions, un peu aidées par le temps, nous sommes mnvaincus *|ue cette situation factice sera surmontée par la
perstb érance intelligente et énergique du Gouvernement et du parti conservateur fermement rallié autour de Un. Nous avons celle confiance; la chambre (tes députes lTa partagée; la chambre des palis la partagera-t-elle ? C’est là la question qu’elle a à résoudre dans ce moment. Je la conjure d’effacer complètement de son esprit tou les les questions personnelles, d’oublier les hommes, ceux qui sont assis sur ces bancs comme ceux qui pou rraïent s’y asseoir à leur place, de ne consulter que Pinlérét du pays, et de voir si cet intérêt général et supérieur ne commande pas avant tout le maintien de la politique qui a été efficacement pratiquée depuis quatre ans, le maintien du parti qui a soutenu cette politique, qui a fait sa force et sa dignité.
Voilà la vraie question que la chambre a a résoudre; nous attendons avec sécurité sa décision, (Marques nombreuses d’approbation.)
EXTRAIT DU MONITEUR UNIVERSEL du K mars 1815.
rouerie PiNCiumciLK. ruu des Poilcvinm, 8,
nmiitiu: d»:s i*u ks
Session de 1841-1846.
PaOKONŒ
PAR M. GUIZOT
mm\] DES AFFAIRES ETRANGERES,