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DANS LA DISCUSSION SUR LES FONDS SECRETS

Séance du 0 mars 1845.

Messieurs,

Je n'ai pas pris la parole tout à l'heure, sur la provocation 4e l'honorable comte PeleL parce que je ne crois pas qu'il soit convenable de venir discuter à la tribune des nominations ou des révocations; maïs je réponds à la question que m'adresse en ce moment ITionorable comte de Saint-Priest.

Que la chambre me permette de répéter ce que j'ai dit ailleurs; ceci n'est pas une question de théorie, et je n'ai entendu établir aucune théorie; c'est une question de loyauté et de bon sens.

st. le mmitc de muki-priemt. Je demande h parole .

n ■ 4- R *iiüi»the, Quand on pense que la direct iott ge*

nêrale (tes affaires du pays est mauvaise, que la politique generale suivie par le Gouvernement au dedans et au dehors est mauvaise et doit être changée, il est impossible d*y rester associé. On doit sTcn séparer ou en être séparé. Cela importe et à la bonne conduite des affaires cl à ta dignité du Gouvernement et de ses agents. Ce n’est pas une théorie, c’est du simple bon sens. Je comprends parfaitement que. sur telle ou telle question , on diffère d'opinion avec te gouvernement qu’on scrL, et que ce gouvernement l’admette ; mais qu’on croie l'ensemble de la politique vicieux, qu’on s’unisse h Foppo si lion qui veut la changer, et qu’en même temps on reste membre du gouvernement, qu’on le serve, qu’on pratique sa politique, qu’on la représente, je ne comprends pas cela, je ne Fai jamais compris. Me suis-je trompé? M. de Snint- Priestj quand il a pris la parole il y a quelque temps dans celte enceinte, n’a-t-il entendu que di Itérer d’opinion avec le Gouvernement sur telle ou telle question spéciale? Si cela est, je me suis trompé, j’ai eu tort. Mais si cela n’est pas, si , comme je l'ai compris et comme la chambre a paru le comprendre, c’est l’ensemble de la politique du cabinet, la direction générale imprimée aux a flaires, et en particulier à la politique étrangère, que 1VL le comte de Saint-Priest est venu attaquer, j’ai eu raison, pleinement raison. Et ce n’est pas d’une question de principe que je parle, c’est de la conduite des affaires; je parle d’une opposition dirigée contre la conduite générale des affaires; si c’est là ce que M. Je comte de Saint-Priest a voulu attaquer, comme je ÏYl cru, comme la chambre a paru le croire , alors, je le répète, j’ai eu raison, pleinement raison. Dans l’intérêt de cette politique que je soutiens, dans Pirilénét de ma propre dignité, dans ^intérêt de la dignité de M. le comte de SainL-Prîest lui -même, j’ai eu raison de me séparer de lui, de séparer de lui le Gouvernement. La question, je. le répète, est la tout entière; c'est une question de fait et d’intention, de loyauté cî de bon sens.

■IVu appelle à la loyauté de M. de Saint- Pries t lui-même. Est-ce la politique étrangère dans son caractère général, dans sa direction générale, dans son ensemble, qu’il a voulu attaquer;' Si c’est cela, j'ai bien fait de le séparer de cette polit i-

qnc qu tl ne pouvait pas, qu’il ne devait pas représenter et servir.

Si, au contraire, comme tel ou tel autre fonctionnaire dîmes amis, M. de Saint- Pricst n’avait différé d’opinion avec le Gouvernement et avec moi que sur une question particulière. Tain, Maroc, ou toute autre, cb, mon Dieu! l’exemple prouve assez que le Gouvernement, et moi -même, nous ne sommes pas difficiles à ce point que nous nous séparions de nos amis pour tel ou tel dissentiment accidentel et spécial. Mais, encore une lois, je n’ai ni d’autre réponse, ni d’autre question à adresser que celle-ci : L’opposition qu’a manifestée M. de Saint- Pries t était-elle générale I' s’adressait-elle à toute la direction des affaires étrangères ? Si cela est, j’ai fait mon devoir, en séparant M. le comte de Snînl-Priest de celte politique, et je suis tout prêt à recommencer. Approbation.)

EXTRAIT 1ÏD MONITEUR ITNtTEUSEL fîu 7 msn 18-43,

* 1I A Tl II K| nEW DÊPI TÉIS

session dk I8ii-I8i5

PHONONCIî

PAR M. GUIZOT

«wistbi m \m\m fnusâus

DAtiS LA D,8CDSSiüN 1>U PROJET t)E LOI S lit LES DOUANES.

Varice du 2o mtit* ï8iTif

MmiEUHs,

Il ï a deux points qui doivent être* mis complètement en lumière et sur lesquels il ne doit rester aucune obscurité : d une part les faits, de l’autre les intentions du G ou ver nement. .le serai très-explicite sur les uns et sur les autres.

Je résumerai d'abord brièvement les laits que mon honnrable collègue, M . le ministre de l'agriculture et du commerce, <*t M. le rapporteur de la commission viennent d’exposer, nuel motif détermina, eu juin 1842, l’ordonnance par laquelle le Gouvernement éleva les droits sur les lils et tissus de lin P f -c lut la nécessite de protéger notre industrie linière'coiilre 1 industrie anglaise qui menaçait d’envahir complètement le marché français. L'industrie belge lut étrangère à cette or-

donnant*!. Si l'industrie belge eût seule existé, je uTiésile pas à dire que la nécessité de la mesure ne se serai L pas foi i sentir.

L’ordmmance une fois rendue contre l'industrie angine* et atteignant également l'industrie belge, car elle fut d’abord générale, l’industrie belge réclama cl demanda le maintien du statu qtio. Que nous ofiHi-elle en échange? D’une part, un abaissement de droits sur quelques-uns de nos produits, abaissement dont je n’ai pas l’intention d’exagèrer l'importance, mais qui cependant n’a pas été non plus apprécié à sa juste valeur; d’autre part, la Belgique nous donna l’adoption de notre tarif sur les toiles et tissus de lin sur toutes ses frontières étrangères à la frontière française.

L’ttnpnrlance de cctLe disposition était réelle; c’était, qu’on me permette de me servir de re mol mi peu grand pour te su jet, un commencement d’union douanière entre la France et ta Belgique,

i T .Te demande la parole.

n LK niuNTaË Le madère essentiel de Pcmioft douanière entre deux peuples, n’est un tarif commun enlre eux. c'est le même lard adopté sur leurs frontières. La Belgique adopta noire tarif sur les fds et les tissus de lin pour Inuits ses frontières; elle exclut de snn territoire, comme nous les avions exclus du nèlre, les fils et tissus anglais.

Voilà les deux concessions, les deux avantages que la Belgique nous accorda pour le maintien du statu quo, quant à elle, de notre ancien tarif sur les fils et tissus de lin.

Maintenant quels ont été les effets matériels de ce que nous avons accordé à la Belgique et de ce qu’elle nous a accordé-'

11 y a eu, quant aux fils de lin et de chanvre, une augmentation. En 1841, la Belgique avait importé en Franco pour 2,563,000 fr. de fils de lin; en 1842, pour 2,165,000 fr.; en 1813, pour 1,167,000. L’augmentation est notable.

Quant aux Lissus, l'importation, on 1 81 1 .est de 10,955,00i >!..

ni 1H12, de IO,723,lHJO fr.; en 1843, de 10,397,000 fr. Sur les (issus il y a, comme on le voit, plutôt diminution qu’au*mmtatioiK

VoHi ks risulliïls matériels de ce que nous avons accordé 3 ia Bel&‘‘Iae sur ces de«* points; voici les résultats matériels de ce qu’elle nous a accordé sur nos vins et nos soieries.

En 1841, nous avons exporté en Belgique pour 1,597,000 l'r devins; en 1843, pour 3,595,000 f.; en 1843, pour 4,81 7,000 1. de ne liens pas l'augmentation pour considérable, mais on ne peut pas dire qu'eût! ail été nulle.

I Mur les tissus de soie, en 1841, l'exportation a éié de 8,263,000 ir. ; en 1842, 6,223,000; eu 1843, 7,008,909 fr.

li le répète, je n insiste pas sur l'importance de ces exportations; je fais cependant remarquer qu’il y a eu tendance a l'augmentation en vertu des avantages que la Belgique nous avait accordés*

A l< attenant quels uni éLé, dans cel in terra lie, depuis le traite de 1812, les actes commerciaux de ta Belgique envers

UÜÜS ?

Je n’en omettrai aucun, et je n’ai nul dessein de dissimuler ce qu’on peut y trouver de torts envers nous, comme l’honorable rapporteur vient de le Taire ressortir tout à iheure.

1 ar an acte du 38 août 1842, immédiatement après la signature du traité, la Belgique a communiqué à l’Allemagne les avantages commerciaux qu’elle nous accordait; elle en avait le droit, cela est incontestable; elle ne lions a pas fait par là nn tort commercial considérable : personne ne peut le dire. L’Allemagne ne nous lait pas, sous le rapport ries vins et des soieries, une concurrence sérieuse en Belgique. O’éfail pour l’Allemagne une faveur plutôt nominale que réelle ; mais ce n était pas envers nous un boii procédé.

Peu après, en juillet 1813,1a Belgique a pris ut. arrêté pour augmenter ses tarifs sur les tissus de laine. Elle ne

nous a pas exceptés de cet arrêté. En fait, elle ne nous a pas. causé un tort considérable, car rimpürlaürm des tissus de ïainc en Belgique :* augmenté malgré eeltc aggravation do droits; et, en effet, les droits nouveaux portaient plutôt sur les tissus d’origine anglaise que sur les noires. Mais te principe a été mauvais; nous n’avons pas été exceptés d’une augmentation de droits, quand nous avions excepté la Belgique des aggravations établies sur les tils et tissus de lin.

Le troisième acté du gouvernement belge, c’est le traité conclu avec l’Allemagne, avec te xollvereiu, le ÎVT septembre

Quand nous avons (ail des traités commerciaux avec la Belgique, nous n’a vous pas prétendu lui interdire de traiter avec d’autres puissances. Non-seulement nous n’en avions pas le droit, mais je crois qu’en fait cela ne nous eût point été utile. Ce que nous désirons, c’est que la Belgique vive en bous rapports avec tous ses voisins. La Belgique est un Etal nouveau dont Pexislence cl raffermissement nous importent beaucoup; et, pour qu’elle s’alïerndsse, il faut qu’elle ait de bonnes relations avec l’ Allemagne* avec l’ Angleterre, avec la France. Mais enfin il est vrai qu’un traité a été conclu avec le zoliverein au moment où la Belgique n’en concluait pas mi semblable avec nous et ne nous accordait pas les memes avantages qu’elle accordait à FÀIlemagne. Ce n était pas non plus un bon procédé. La chambre voit que je n ai pas la moindre intention de rien dissimuler de ces faits-là.

Le quatrième acte de la Belgique n’est pas de même nature. Elle a aggravé* ctî octobre dernier, les droits sur les tissus de coton. Elle nous en n exemptés pour un an. Gomme le disait tout à Fheure M. le rapporteur, elle a commence a faire pour nous, quant au tarif sur les tissus de coton, ce que nous avons fait pour elle quant au tarif sur les tissus de bu

La chambre peut se convaincre, et tous les hommes qui ont étudié la question savent que les inconvénients matériel s,

les dommages matériels qui sont résultés pour nous de ces divers actes de ta Belgique n’ont pas été graves, et ne pouvaient pas réire. Je reconnais cependant que les procédés n’ont pas toujours été bons, et que nous avions droit d’en attendre d’autres sur ces divers points.

Voilà les faits, je crois, résumés dans leur complète vérité. Eh bien , les faits étant tels, avons-nous eu raison de conclure la convention qui a été conclue? avons-nous, aujourd’hui, des raisons de la changer quand son lerme sera venu ?

Ou nous parle quelque loi s un peu Irop dédaigneusement, passez-moi le mot, de noire commerce avec la Belgique; car, avant d’aborder les considérai tons poli tiques, je veux parler des considérations commerciales.

Notre commerce avec la Belgique a une réelle importance pour nous. En voici le résumé ;

Le commerce spécial entre les deux pays monte, en importations de Belgique en France, à 90 millions (je prends Tannée 1843); en exportations de France en Belgique, à 43 millions. (Mouvement.)

Je prie la chambre d’arrêter un moment son allen Bon sur la décomposition de ce tableau.

Les 90 millions que la Belgique importe en France se décomposent en matières premières qui sont pour nous d’une grande importance.» . , .

u, » * nu ■, .i w . Je d ema nde la pa ru l e . m. lk ntxifrBBi Se décomposent en matières premières auxquelles nous ajoutons une grande valeur par la maind'œuvre, en denrées et en objets fabriqués. Sous ce triple rapport, noire commerce avec la Belgique a pour nous une importance réelle. La Belgique est la troisième puissance pour nous dans l’échelle de nos relations commerciales. Sans doute notre commerce est plus important pour la Belgique que le sien ne l est pour nous; mais il n>sl pas

mains vrai que nos rotations commerciale avec in Belgique sont pour nous d’une haute valeur, et je recèle que c'est la troisième puissance en rang dans nos relations commerciale*

Il y a donc, sous le seul point de vue commercial, un véritable intéréL, un intérêt sérieux à ménager ces relations-là, et à ne pas entreprendre avec nos voisins belges celte guerre de tarife, de représailles, qui finit toujours par tourner au détriment des deux puissances qui se la livrent.

J’aborde les considérations politiques.

Messieurs, il n’y a personne qui ne sache de quelle importance a été pour la France la substitution de FElal belge à l’Elatqui existaiL sur notre frontière avant 1 830, 11 n’y a personne qui ne sache que l’Etat antérieur avait été institué contre nous, et que l’Etal belge a été institué à notre profil ; que, par le principe de la neutralité reconnue ci assurée par l’Europe à l’Etat belge, notre frontière a acquis de ce cûté une sécurité qu’elle n’avait pas auparavant. On peut dire que notre frontière a été en quelque sorte, moralement, reculée jusqu’à l’Es caul, (Oh! oïi 1) J7 ajoute le mot moralement pour bien expliquer le sens que j’y attache.

La neutralité acquise jusqu a REseaul sur celte frontière a pour nous une importance politique réelle; et U n'y a aucun doute que nous ne devions considérer ce résultat de la révolution de 1830 comme excellent pour la France.

Reportez-vous, messieurs, par la pensée à ce qui s’est passé depuis; reportez-vous à la situation dfiUeile dans laquelle nous nous sommes plusieurs Ibis trouvés, aux orages intérieurs qui nous ont plusieurs fois agités : pensez à P avantage d avoirde ce cûté un gouvernement ami, un gouvernement qui, non-seulement n’n jamais cherché à nous susciter aucun embarras politique, mais qui a été au contraire engagé constamment envers nous dans des rapports de bienveillance et de bonne intelligence politique. La chambre et la France ne sauraient méconnaître Pi mineuse avantagé que nous avons retiré

de la présence, sur le troue de Belgique, d’un prince d’uue sagesse cL d’une habileté rares, et qui a par frite ment compris, malgré les complications de sa situation, que son véritable appui politique, c’êlaît la France, que c’était a la France que son Etal et sa politique devaient surtout s’adosser. 11 n’y a pat eu un moment, depuis 1830, dans lequel le prince qui règne en Belgique n’ait compris ccüc vérité eL suivi fidèlement cette politique, bonne pour nous comme pour lui -même.

Elle a supprimé bien des difficultés que nous aurions rencontrées si cette politique n’avait pas existé sur notre frontière.

On oublie trop aisément les avantages qui consistent dans des dangers supprimés, dans des inconvénients prévenus. Il ne faut cependant que bien peu de clairvoyance pour rendre hommage à ce qui s’esl passé de ce coté de nos frontières,

Supposez sur la frontière belge une puissance h os Lite, ou seulement peu bienveillante, qui ne se considérât pas avec la France dans des rapports d’intimité et d'intérêts communs, cl représentez-vous ce que nous aurions eu à eri souffrir, je ne veux pas dire u eâ craindre, plus d’une fuis depuis

II y a une autre considéra lion encore plus grave sur laquelle j'appelle Loute L'attention de la chambre.

L’existence actuelle de La Belgique, la constitution de l’Etat belge, est ïa def de voûte de la paix en Europe. (Muuvement,)

Depuis trois siècles, La question de savoir qui possédera* qui gouvernera les provinces belges, a été la cause de la moitié des guerres qui ont agiLé l’Europe. Il y a deux ou trois territoires qui ont, dans les trois derniers siècles, enfanté con- UmidlcmenL là guerre en Europe; la Belgique est le principal de ces territoires. La Belgique, érigée enfin en royaume séparé, indépendant, neutre, a fai L cesser cette chance perpétuelle de guerre en Europe. La constitution de PElat belge a ré solu, au profit de la paix, une question qui pendant trois

siècles a excité laiii de guerres; elle Ta résolue au proüt de la paix générale , el en même temps au pruiït de la France, de la force et de T influence française.

Si la Belgique n’existait pas, ou si son existence était compromise, tenez pour certain que vous verriez à l’instant même la paix générale de l’Europe compromise; vous verriez cette question de la guerre se ranimer avec une intensité qu’elle n’a peut-être jamais eue.

Il est donc de notre intéréL, il est de bonne politique pour la France, de travailler constamment à la durée, à raffermissèment de cel Etat nouveau; et, comme il a beaucoup d’ob stades à surmonter, des obstacles intérieurs eL des obstacles extérieurs, il est de riulérêt de la France d’aider la Belgique à les surmonter en effet. An milieu, par exemple, des embarras industriels de la Belgique, lorsqu’il y a, pour elle, la difficulté de vivre pour elle en sécurité el avec celte mesure de prospérité qui est nécessaire aujourd’hui au repos des peuples, lorsque ces circonstances -là se présentent, H est de rinlérâlde la France de venir en aide à la Belgique, dût-il lui en coûter quelques sacrifices industriels, (Ah J ahî)

C’csl ici un point délicat auquel j’arrive, et sur lequel je dirai toute ma pensée

Oui, messieurs, je sais qu’on a dit, qu’on répète souvent que la politique doit être complètement étrangère aux questions commerciales el industrielles, que les intérêts industriels et commerciaux ne doivent, en aucun cas, être appelés à faire des sacrilices pour la politique du pays, (Mouvements divers.)

Je suis d’avis, messieurs, que le principe conservateur doit être appliqué aux intérêts industriels et commerciaux comme aux autres intérêts sociaux. Je ne suis point de ceux qui peu sent quYn matière d’industrie et de commerce les interets existants , les existences fondées doivent être aisément livrés, exposés a toute la mobilité de ta concurrence exté-

ricure el illimitée. Je croîs, au contraire, je le répèle, que le principe conservateur doit être appliqué à ces intérêts-ià, qu'ils doivent être efficacement protégés. C’est là la légitimité du principe protecteur appliqué aux intérêts industriels et commerciaux. J’adopte ce principe; tout gouvernement sensé, à mon avis, doit le pratiquer.

Cependant il est impossible que ces inlérêts-Ià ne soient pas, daus certain* cas , appelés à se prêLer, dans une certaine mesure, a ce qui peut servir la force et la grandeur de la France da ns ses rela lions extérieures. 11 ne se peut pas que Ton ne suit pas en droit de demander à ces intérêts-là une certaine élasticité et quelquefois certains sacrifices sous ce rapport . Cela arrive dans tous les pays du mumlej on ne saura il, en France, prétendre au privilège de sc soustraire a ces nécessités d’un grand Etal.

M ne se peut pas mm plus que les intérêts industriels et commerciaux ne se prêtent pas aussi, dans une certaine mesure, à l’équitable répartition du bien-être intérieur, c'està-dire qulls ne soient pas tenus d'accepter, dans une certaine mesure , cette concurrence qui les excite, qui les oblige à faire mieux et a meilleur marché, cl qui tourne nu bien du pays en générât

Voilà les deux conditions imposées au système protecteur, voilà les deux conditions qui te légitiment. Oui, ce système est légitime en lui-même; oui, ou a raison d'appliquer aux in- Léréls industriels et commerciaux la politique de conservation, eide les défendre, par ce principe, contre les dangers qui peuvent les assaillir. Mais, en même temps, ces intérêts doivent se prêter mx nécessités de la politique «s têrieure et à l'équitable répari ï lion du bien-être intérieur.

Vous avez, en ce moment, auprès de vous un grand exemple de ceLtc politique ; vous avez auprès de vous un grand gouvernement qui maintient, quoi qu'on en dise, en matière industrielle, le principe conservateur, qui main lient la |,H

des céréales, qui maintient uu tarif protecteur, à beaucoup plus d'égards plus élevé que le autre, mais qui, dans certaines circonstances, tkiL des sacrifices, et les impose à des intérêts qui les comprennent et l s acceptent par raison, par une juste intelligence des besoins du pays. C'est à ce pris, à cette condition, qu'on est un parti conservateur politique, qu'on décide réellement des destinées de son pays*

Maintenant, messieurs, puisque tels sont les Puits d'une part, et de l'autre Les règles de conduite que doit adopter, h mon avis, un gouvernement sage et occupé îles intérêts généraux du pays, qu'a vous -no us à Paire dans un avenir prochain sur notre convention de 1842 avec la Belgique ?

De ce que je viens de dire il résulte que nous avons le droit de demander à la Belgique des avantages supérieurs à ceux qu'elle nous avait accordés par le traité de 1842. L'utilité politique qu’il y avait à retirer de ce traiLé au moment où il a été conclu , la Belgique l'a réellement retirée ; les services politiques que nous voulions lui rendre en ce moment lui ont été rendus; mais les avantages commerciaux qu’elle nous avai l accordés, nous ne pouvons les regarder comme suffisants pour renouveler le traité ou le prolonger sans modification . Quand donc la question se présentera, nous nous croirons endroit de demander à la Belgique, dans I’inLéréL commun des deux lüLals, dans F intérêt de la paix générale à laquelle nous attachons un si juste prix, des concessions plus étendues que celles qu’on nous a Qü Les. [Vous su m mes entrés avec la Belgique, et sur une grande échelle, dans le système des droits différentiels, Nous avons accordé à ta Belgique des droits différentiels sur ses houilles, ses Pontes, ses fils, ses tissus de lin. Nous avons aussi, nous» des industries essentiel! es, nos tissus de coton, de soie, de laine, nos vins; eh bien, nous croyons que, sur les principales de ces industries, la Belgique nous Unît des avantages analogues à ceux que nous lui avons accordés sur ses principales industries, Telle doit être, à no-

— litre avis, la base îles nouvelles négociations qui s’ouvrinml avec la Belgique lorsque le terme de h convention appro obéra .

Comme le disait l'honorable M. Lestîbondois, son amen denicni n oppose aucun obstacle à ces négociations; il n’em inîchc en aucune façon le Gouvernement de négocier des convenlions nouvelles, et d'y faire mirer tels arrangements qui lui paraîtront convenables. Je n’ai donc, ni dans l’intérêt des prérogatives de la couronne, ni dans l'intérêt de la politique que le Gouvernement se propose de suivre avec la Belgique, aucune objection è faire à ['amendement de l’honorable H. Lestiboudois : je reconnais au contraire, comme il le disait tout à l’heure, qu’il nous prêle une force réelle, car il place la Belgique dans la nécessite de se prêter à des modifications rai sonna blés . Je ne repousse donc pas l'amendement. J’ai dit à la chambre quelle était la politique que nous avions suivie, quelles en étaient les raisons, en même temps quelle est la politique que nous nous proposons dç suivre. Nous serons fidèles à noire pensée, qui est d’entretenir, tf étendre* de développer les rela- 1 ions commerciales entre ln France ei la Belgique, pour maintenir les bons rapports politiques si nécessaires au bien des deux pays, a la securité et l’afïermissemenlde la Belgique comme Élit neutre sur notre frontière, au milieu de l'Europe, Nous ne délierons pas un instant de cetle politique ; mais nous croyons qu’elle nous permet parfaitement d’introduire dans la con vcniion nouvelle des concessions nouvelles de la part de la Belgique; nous les croyons justes et nous les réclamerons* (Au* voix ! aux voix !}

w. mæ PUESini^T Je relis L'amendement proposé par M. Lestiboudois.

“ Les fils et tissus de lin et de chanvre, importés par les bureaux de la frontière de terre situés d’Àrni entières à la Atal maison, près Longwy, inclusivement* resteront soumis,

jusqu’au IG juillet 1846, m\ droits établis par les lois des 17 mai I82G, 5 juillet 1836 et G mai 1841, ■>

Je le mets aux voiv.

ix. u;§Tiitot EUiiM C’est jusqu’au U) août, date de b ratification,

(L’amendement es! adopté à r unanimité;?— Sensation prolongée*)

EXTRAIT DU MONITEUR UNIVERSEL du iG mars 18 15,

« *l t îi kiss: i»i;m ukpi tiIs

session de 1844- J 8i6

PAR M. GUIZOT

WNISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

ÛAKS LA tmcifSfilON

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