‹ Discours sur l'action de Marie dans la Société prononcé devant l'Union catholique de St. Hyacinthe le 8 décembre 1872 [microforme]Chapitre 15 sur 23 · RE EE A · texte numérisé non relu

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J'ai visité ce sanctuaire béni ; c'était au jour de l'Ascension, Dans tout le cours de la journée l'Eglise, fut remplie de fidèles montant de la ville pour faire entendre à Marie des accents d'action de grâces ou de supplications. Le magnifique site de Fourvières ; ce concours d’une foule pleine de foi et de ferveur ; ces ex-voto qui attestaient sur les murs de la chapelle la bienveitlance de la Reine du ciel envers les hommes ; les souvenirs des merveilles opérées depuis si longtemps sur cette colline, arrosée du sang des martyrs, et tout imprégnée des gräces célestes ; un magnifique sermon que j'entendis en cette fète montrant un signe infaillible de prédestination dans la dévotion envers la mère de Jésus ; toute la suavité du culte de Marie si plein de charmes pour l'esprit, l'imagination et le cœur vivement sentie, au milieu de l’illumination et des gracicuses décorations des autels, des

cantiques pleins d’allégresse et d'amour redisant la grandeur et la bonté de la Vierge sainte ; les impressions produites par cette solennité si belle rappelant le Sauveur des hommes quittant la terre pour s'élever au ciel ; tout cela m'a fait sentir en ce jour, en ce lieu, un bonheur, une pieuse exhaltation qui me tenait moimème plus rapproché du Ciel que de la terre.

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Nous venons de considérer Marie préservant une grande cite d’un fléau épouvantable qui répandait la mort partout ailleurs : regardons-la maintenant donnant la victoire aux armées chrétien nes qui implorent son secours,

Sans remonter aux äges précédents, voyons quels triomphes éelatants lui a dus la chrétienté depuis le 13e siècle,

L'an 1212, Alphonse IX, Roi de Castille, avec les Rois de Na. varre et d'Aragon était sur les plaines de Las Navas de Tolosa. [Il s'agissait de combattre une des plus formidables armées que les Sarazins eussent préparée contre les chrétiens, etqui menaçait d’envahir encore une fois l'Espagne toute entière. Elle comptait, d’après les histoires du temps plus de 200,000 soldats. L'armée chrétienne était moins nombreuse de moitié. La bataille s’enwage. Après un premier succès, les escadrons castillans sont enfoncés ; ils se replient sur eux mêmes. Le Roi dit à l'Archevèque de Tolède, Rodrigue Ximenès, qui l'accompagnait : Mourons ici vous et moi. L'Archevèque lui répond: Confions-nous au secours du Seigneur. Voici qu'en ce moment, un chevalier déploie et lève une bannière de la Sainte Vicrge, apportée par un chanoine d’un sanctuaire de Maric vénéré par les fidèles. Les Sarrasins voyant cet étendard, font pleuvoir sur lui une grêle de flèches et de pierres; le courage des chrétiens se ranime pour le défendre. Ils s'élancent sur les bataillons ennemis, ct se fraient un passage au milieu d'eux. Alors l’'émir qui les commandait, Mahomet Ben Nasser prend la fuite; toute son armée est bientot en pleine déroute, laissant le champ de bataille couvert de cadavres de plus de cent mille infidèles; après que l'étendard de la Sainte Vicrge eut éte levé, les chrétiens ne perdirent que 25 hommes. Le butin pris sur les ennemis fut immense; il fallut plus de 2000 bêtes de sommes pour emporter les carquois remplis ‘de flèches que les ennemis avaient jetés dans leur fuite. Ces faits sont consignés dans le récit que l’Archevèque Ximenès nous n laissé de la bataille.

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L'empire du Croissant fut brisé en Espagne à dater de cette journée. Depuis les musulmans reculèrent de province en province devant les chrétiens jusqu'à leur entière expulsion de cette contrée,

L'année suivante le 13 Septembre 1213 une victoire moins im portante dans ses résultats, mais plus merveilleuse encore dans ses circonstances, attestait que ce n'est pas en vain que l'Eglise applique à Marie la parole du cantique: T'erribilis es ut castrorum acies ordinata : Vous êtes terrible comme une armée rangé en bataille. —La secte abominable des Albigeois infectait la France méridionale de ses funestes erreurs, et la désolait par des violences sanglantes. Klle était soutenue par deux princes puissants, Raymond, Comte de Toulouse, et Pierre, roi d'Aragon. Il avait fallu opposer la force à la force. Une croisade avait été prèchée contre les Albigeois. Simon de Montfort en était le chef. Mais en même temps que les armes à la main il combattait les héretiques, St. Dominique instituait la dévotion du Rosaire, devenue depuis si populaire chez les fidèles, pour implorer les secours de celle qui suivant l'expression de l'Eglise, met fin à toutes les hcrésies : cunctas æereses sola interemisti in universo mundo. L'armée des Albigoois forte de plus de 40,000 hommes vient assiéger la petite ville de Muret. Simon de Montfort, qui était à quelque distance, accourt à la défense de cette place. Il y entre avec S00 cavaliers et un bien petit nombre de fantassins. Lui et ses chevaliers se confessent et communient. Il part pour le combat, Où veut l’effrayer par la vuede la multitude de ses ennemis, quaranti fois plus nombreux que ses soldats. Avec l'aide du Ciel, dit-il, nous les vaincrons. Il donne le signal de la bataille. La mélée devient terrible ; mais bientot le roi d'Aragon est tue ; cette perte de l'un de ses chefs décourage l'armée hérétique; elle prend Ja fuite laissant sur Le champ de bataille où dans les eaux de la Garonne, qu'un grand nombre de ses soldats voulaient traverser. environ 20,000 hommes. Veut-on savoir la cause de cette victoire inexplicable ? St. Dominique, pendant que le combat se livrait, priait avec les Evêques dans une Eglise de Muret, faisant monter vers Marie l'hommage du Rosaire qu'il venait d'instituer.

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Deux siècles plus tard la France était l'objet d'une admirable intervention du ciel en sa faveur. Elle avait subi une humiliation qui n’a eu d'égale que la honte dont l'invasion prussienne couvre aujourd'hui son front, A la suite de la désastreuse bataille d'Azincourt, les Anglais avaient envahi ce pays; puis, un traité fait avec un roi insensé et une reine infâme, mère dénaturée, avait cédé le trône de France au Roi d'Angleterre. L'héritier légitime de la couronne des lys n'avait pour lui qu'une petite province : la domination anglaise s'étendait sur le reste de ses états, Mais il y avait alors dans la Lorraine une jeune bergère pleine d’innocence et de piété. Quand elle n'était pas à la garde de ses troupeaux, on la trouvait dans un ermitage dédié à Marie sous le nom de Notre-Dame de Beaumont, Là, elle recevait des faveurs signalées de la Vierge, Mère de Dieu. Elle la priait pour le salut de sa patrie. Bientôt elle croit entendre un ordre, qui lui est intimé par l'Archange St, Michel, par lequel elle est appelée à délivrer Orléans, place alors assiégée par les Anglais, et à faire sacrer le Roi à Rheïms, ville qu'occupaient ses ennemis. Elle va hardiment trouver le prince pour lui annoncer sa mission ; elle est traitée d’abord de folle et de visionnaire ; mais sa candeur, l'assurance de ses paroles, quelque chose d'inspiré qui parait en elle, font accepter ses services, A latôte de l’armée royale, elle trouve moyen d'entrer dans Orléans, et elle force les Anglais d'en lever le siège. Elle les défait en plusieurs combats ; elle les contraint de laisser passer le Roi jusqu'à Rheims, où il recoit la consécration royale. Sa mission était terminée ; elle voulait retourner humblement à ses brebis ; on la force de combattre encore : elle est faite prisonnière, Elle subit un interrogaloire, où elle fait paraitre une sagesse admirable ; et livrée aux flammes, elle souffre ce supplice avec une force et une résignation qui lui font recevoir depuis quatre à cinq siècles l'hommage de la vénération que l'on rend aux martyrs. Mais le ciel continue son œuvre. Les Anglais sont r'epoussés partout, et

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la France soumise toute entiere à son Souverain légitime, sort glorieuse et triomphante de l'état d'humiliation où elle avait été réduite.

La pureté virginale de la jeune fille, les vertus admirables qu'elle a fait paraitre en toute circonstance, le succès qui a réalisé d'une manière si précise la mission qu'elle s'était donnée, ce martyre qui termine sa vie, et ajoute une auréole de plus à lu gloire de son nom, la délivrance de sa patrie du joug étranger opérée d'une manière si inattendue et si extraordinaire, tout cela démontre avec évidence, que Jeanne d'Are, n'était que l'envoyée, et l'instrument de celle dont la France aux jours de sa foi s'hono- ‘ait d’être le royaume. Æegnum Galliw, regnum Marie.

Voyez maintenant une intervention de Marie en faveur de la chrétienté tout entière, Dans la dernière partie du 16e siècle, ls puissance ottomane jetait la terreur chez les nations catholiques ses flottes portaient le ravage en divers lieux. Les plus affreux tourments étaient réservés aux bhabitiuits des villes qui tombaient entre les mains des Turcs. En 1570 il s'emparent de Nicosie, capitale de Pile de Chypre : ils masstcrent 29 mille habitants : ils emmènent deux mille esclaves pour en faire l'objet des plus ignominieux outrages, Mille personnes du sexe étaient sur trois vaisseaux faisant voile pour Constantinople. L'une d'elles, fré-

missant à la pensée de la brutalité qui l'attend, trouve moyen de

mettre le feu au magasin de poudres : le vaisseunr prineipal où il était, saute en Flair, et met le feu aux deux autres.

Voilà quels étaient Îles ennemis dont La chrétienté avait à redouter les attaques. Pie V, occupait le trône pontifical ; il fait un appel aux nations catholiques contre la puissance envahissante du Croissant. Nulle d'elles ne répond à su voix, si ce n'est l'Espagne et Venise, qui forment avec le Pape une croisade pour: le salut commun de l’Europe chrétienne, Une flotte est appa-

rceillée pour combattre l'armée navale des Turcs. Don Juan d'Autriche est mis à sa tête. Le Pontife lui prescrit d'invoquer la Sainte Vicrge au commenceinent du combat et lui promet la

victoire, Le 7 Octobre 1571, les deux

flottes se rencontrent, Depuis la bataille d'Actium, livrée à peu pres dans les mêmes parages, la Méditerranée n'avait pas vu une telle réunion de vaisseaux, La flotte musulmane était composée d'environ 300 voilos : celle des chrétiens en comptait 209. Le combat s'engagea : il ne dura qu'une heure. L'amiral ture ayant été tué, la défaite de sa flotte devint gencrale ; il n’echappa au désastre que 40 gulères : 30 mille Ottomans périrent ; les chrétiens firent 3,4) ) prisonniers et délivrirent des fers 15 mille de leurs frères ; ils s'emparrent de 540 canons et d'un immense et riche butin. La puissance navale des Turcs fuë ruinée ce jour-là ; elle ne s’est jamais relevée de ce coup.

En rapprochant certaines circonstances on pourra connaitre quelle a été Ia cause de cette victoire si importante pour les intérèts de la chrétienté. A l'heure mème où se livrait cette bataille mémorable, il se faisait dans Rome des processions où les fidèles invoquaient Marie en récitant le Rosaire. Le Souverain Pontife avait pris sa part à ces supplications adressées à l'Auguste Vierge. [létait au Vatican: on vient pour lui parler d’une affaire. Ilse lève brusquement, se dirige vers sa fenêtre, l’ouvro.....il semble pendant quelques minutes en contemplation. Tout-à-coup il s'écrie : allons rendre gräce à Dieu : la victoire est à nous. C'était le moment où se complétait le succès de la flotte chrétienne. En reconnaissance de ce triomphe, Pie V a voulu que l’on célébrât la fète du Saint Rosaire le premier Dimanche d'Octobre, et il fit ajouter aux Litanies de la Sainte Vierge : Auxilium christinianorum, ora pro nobrs.

Admirons un autre trait de la protection de Marie en faveur des armées qui l’invoquent. En 1683, les Turcs avec une armée de 200 mille hommes mettre le siège devant Vienne, la capitale de l'Empire Germanique. L'épouvante fut général ; les populations abandonnaient tout, et fuyaient de toutes parts. Bientôt sous le feu continuel des assiégeants la ville était sur le point

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