‹ Discours sur l'action de Marie dans la Société prononcé devant l'Union catholique de St. Hyacinthe le 8 décembre 1872 [microforme]Chapitre 16 sur 23 · SENS · texte numérisé non relu

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d'etre réduite en cendres, lorsque se présenta un secours inattendu. C'était Jean Sobieski, roi de Pologne qui accourait à la défense de la place, à la tète d'une armée peu nombreuse, il est vrai, mais pleine de confiance dans l'assistance céleste. Le 12 Septembre, ce prince entend la messe les bras en croix, il communie, et il met son armée sous la protection du nom de Marie. Il avait pour aide le Duc de Lorraine, général de l'armée impériale ; mais ce fut lui qui eutle commandement en chefet qui détermina la victoire. Elle peut être regardée comme miraculeuse, à raison de la grande infériorité du nombre des vainqueurs, et de la terreur qui s'emparant des troupes ottamanes leur tit prendre une fuite honteuse. Ils laissèrent 10 mille morts, près de 300 pièces d'artillerie, et le grand étendard de Mahomet que Sobieski envoya au chef de l'Eglise. C’est pour perpétuer la mémoire de cette délivrance de la capitale de l'Allemagne, que le Pape Innocent XT « ordonné de cédébrer la fête du St. Nom de Marie. le Dimanche de l'Octave de la Nativite de la Ste, Vierge, époque on a eu lieu ce triomphe éclatant des armées chrétiennes.

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[1 est une autre fete que nous celébrons en Fhonneur de Marie sous le titre de Notre-Dame de Bon-Secours. Elle rappelle l'action de la Reine du ciel dans l'un des plus grands événements de ce siècle.—En 1809, Napoléon, alors an faite de sa puissance, avait fait enlever violemment de Rome le Chef de l'Eglise, et s'était emparé des Etats Pontificaux. Pie VIT fut détenu pendant trois ans à Savone, petite ville de l'Etat de Gènes sur la Méditerrannée. Au mois de Juin 1812, il reçut l'ordre de partir pour Ia France ; l'Empereur voulait l'avoir auprès de lui, espérant le dominer plus facilement. Mais le Pape avant de quitter Savone. était prosterné devant une image de Marie, honorée dans une église de cette ville; ilavait demande avec instance sa délivrance du joug de l'oppresseur, et promis une couronne d'or pour la tête de la Madone, en reconnaissance du succès de sa supplication,

C'est au moment où le Souverain Pontite rentrait en France, que commençait cette guerrede Russie qui devait préparer la chute de Napoléon, et le retour à Rome du successeur de St. Pierre. Le Pape avait excommunié l'Empereur; celui-ci avait dit: croit-il que ses excommunications feront tomber les armes des mains de mes soldats ?—Eh bien, les frimats de la Russie firent à la lettre tomber les armes des mains glacées des troupes françaises. L'hiver servit d'instrument à l'exécution de la sentence porté par le Viaire de Celui dont le psalmiste a dit: Mix, glacies, et spiritus procellarum faciunt verbum ejus. La neige, la glace, et l’esprit des tempêtes accompliront sa parole. (Ps. 147.) Napoleon fut force de renvoyer Pie VII dans ses Etats. Celui-ci eut à les quitter de nouveau l’année suivante, au retour de l'Ile d'Elbe, qui fut suivi de l'invasion d’une partie de l'Italie par Joachim Murat. Pie VII avait dit en revoyant Napoléon monter sur la scène: cela ne durera que trois mois. On le sait, le nouveau règne de l'Empereur ne fut que de 100 jours. Avant que ce temps fut écoulé, Murat défait avait éte contraint de quitter l'Italie, et le Pape était revenu à Rome, après être allé à Savone, déposer sur la tète de l’image de Marie, la couronne d’or qu'il lui avait promise.

Sans doute dans le fait que je viens de raconter l'intervention de Marie n’est pas sensiblement évidente. Mais quand on rapproche les circonstances, qu'on réfléchit sur la chute si innattendue et si rapide du dominateur de l'Europe, au peu de durée de se seconde usurpation du pouvoir, accomplie pourtant avec une si grande facilité, on peut y voir une action toute spéciale de Celui qui donne et ôte les empires à sa volonté; et l'esprit chrétion adopte sans répugnanco l’idée que le Seigneur avait renversé le puissant Empereur, persécuteur de son Eglise, à une demande de Marie, dont l'intervention avait été sollicitée par une prière du Vicaire du Christ, Daniel dans une de ses étonnantes visions vit une petite pierre, détachée d’une montagne, renverser la statue colossale, figure du plus fort et du plus étendu des empires. C'était peu de chose, ce semble que cette couronne d’or promise à la Vierge de Savone; mais pour qu'elle fut posée, il fallait que la couronne tombât de la tète de Napoléon. Le chef de l'Eglise

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n'a pas hésité à voir dans ces deux événements la relation d'une cause avec son effet ; il a institué la fête de Notre-Dame de Bon- Secours, pour perpétuer dans tous les sciècles le souvenir de la délivrance de l'Eglise, par l'intervention de Marie, du plus puissant ennemi qu'ait eu l'autorité pontificale.

Encore un traitemprunté à l'histoire contemporaine, La flotte française qui portait l'armée de l'expédition de Crimée fut mise solennellement sous la protection de la Sainte Vierge. Un magnifique tableau de Marie, par l’ordre exprès de l'Empereur, fut placé sur le vaisseau amiral. Les journaux du temps ont raconté nombre de traits de la protection sensible de la Reine du Ciel envers des officiers et des soldats qui lui rendaient hommage. 16 Maréchal Canrobert fut frappé d'un éclat d'obus qui s'arrêta sur la plaque d’une médaille bénite ; lui-même a raconté ce fait dans une lettre adressée à l’Impératrice. Mais veut-on savoir quelle part a eue Marie au succès de cette expédition si glorieuse pour la France ? Entendons le général en chef de l'armée francaise, le rainqueur des Russes, le maréchal Pélissier, [la écrit: “ C'est le lendemain de lPAssomption que j'ai battu les Turcs à Tratkir et le jour de la Nativité de Notre Dame que j'ai pris Malakof Ainsi ce sont les bonnes priéres de la Ste. Vicrge et la foi que nous y avons qui, plus que le vulgaire ne pense, nous ont été d’un

si grand secours dans ces deux glorieuses journées.”

Les annales de notre propre pays ne nous fournissent-elles pas un trait éclatant de la protection de Marie, attesté par un monument publie? Le 16 Octobre 1690, 34 voiles anglaises portant 3,000 hommes de débarquement se montraient dans le bassin de Québec. Bientôt un envoyé de Phips, le commandant de cette armée, vint sommer le gouverneur M. de Frontenac, de se rendre. Celui-ci répondit fièrement à cette insolence. Son habileté et la valeur de ses troupes foreèrent les ennemis de se retirer au bout

de quelques jours. Mais la prière avait eu sa part dans la défense

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de la colonie. Dans les communautés religieuses de ferventes supplications étaient montées vers le ciel et celle qui en est la eine, Le drapeau de la Sainte Famille était hissé sur le clocher de la cathédrale, Les soldats demandent avec empressement ce qu'ils appelaient les passe-ports de l'Immaculée Conception. c'est-à-dire des formules de prières adressées à lt Vierge sans tache. Un vœu avait été fait d'élever à Marie un monument de reconnaissance pour la victoire qu'elle terait remporter. Aussi après la levée du siége, une procession solennelle dans laquelle on portait l'image de la Vierge Sainte, eut lieu aux quatre églises de la ville; en action de graices de ce triomphe, FEvèque instituu ia fète de Notre Dame des Victoires, qui fut célébrée le 4e Dimanche d'Octobre et il s'éleva à lu Basse-Ville une Eglise en l'honneur de Marie, destinée à être un mémorial de sa protection envers la cité délivrée dun si éminent danger.

Juurais pu presenter d'autres faits attestant lintervention de la Sainte Vicrge dans des événements décidant du sort des villes, des armées, des nations. Et vous le savez, il y a des milliers de prodiges de la puissante bienveillance de Marie à l'égard des individus, des familles, des communautes, consignes dans des documents authentiques, attestes par des er-voto, et mème par un wrand nombre de sanctuaires erigées partout en l'honneur de celle que l'Eglise appelle le Salut des infirmes, le Secours des chrétiens,

Muintenant comment expliquer cette coïncidence entre les invocations adressées à Marie, et les guérisons accomplies, les délivrances de périls imminents qui ont lieu. les victoires extra ordinaires qui ont été remportées ?

On dira : c'est l’exaltation du sentiment religieux qui à animé le courage des combattants.—KSoit ; mais puisque cette exaltation produit des effets si prodigieux, il faut l'exciter, dans les occasions où elle serait utile, par un hommage rendu à la Vierge

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Sainte. On dira encore: il y a dans tout cela un pur hasard.— Je le veux bien; mais puisque le jeu du culte de Marie donne si souvent des chances, agitons les dés de la prière dirigée vers elle. Et sans doute aucun philanthrope ne trouvera à redire que les malades aient recours à des neuvaines pour avoir l'imagination, où si vous le voulez, l'hallucination de se croire guéris: c'est une consolation qu'il serait cruel de leur refuser dans leurs souffrances,

Essaierai-je maintenant l'explication catholiqno ? Pour cela il me faut entrer dans des considérations de l’ordre surnaturel le plus élevé, le plus mystique ; la nature du sujet que je traite l'exige. Le problème est posé ; il faut tenter de le résoudre. Sur quoi s'appuie la foi des populations chrétiennes recourant dans les calamités à l'intercession de Marie, et quelle est l'explication des faits miraculeux qui sont souvent le résultat de ces Supplications à la Reine du ciel ? C'est à quoi j'ai à répondre.

JL.

Dieu a décrété l'incarnation du Verbe pour le salut des kom. mes, Afin que ce Verbe fait chair appartient à la race humaine dont il se chargeait d'expier les fautes, et sur laquelle il devait reverser ses mérites, il lui fallait une more. Qui ne sent de suite à quelle dignité se trouve élevée cette femme, bénie entre toutes les femmes, de qui l'Homme-Dieu reçoit la vie? Mère du Fils de Dieu, elle est en mème temps, Comme parlent les Pères de l'Eglise, l'Epouse du Père Céleste, à qui elle donne un fils selon la nature humaine. lei il faut un appel au cœur de l'homme. Quel n'est pas l’amour de l'époux pour son épouse, du fils pour sa mère ? À quel degré d'honneur n'élèveraient-ils pas, de quelle jouissance ne favoriseraient.ils pas, selon la mesure de leur puissance, l'époux, celle qui est la compagne et le charme de ses jours, le fils, celle de qui il a reçu la vie, et une si vive aftection. Eh bien! Dieu a fait le cœur de l’homme à Ja

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nent de Dieu, et se trouvent éminemment en lui avec une intensité infinie. Voyez ce que font faire les personnes civines à l'égard de celle qui est avec elles en rapport si étroits,

Dans l'épitre de la messe de ce jour, l'Eglise applique à Ia Sainte Vierge ces paroles des livres sacrés, De toute éternité Dieu a tout coordonné en vue de mes destinées. Prov. VIIT."* On le sent, la créature qui est li mère du créateur, et qui comme telle, selon l'expression du grand docteur de FEglise, S. Thomas d'Aquin, touche aux confins de la divinité, doit étre comblée de toutes les grices, et avoir une beaute propre à ravir le cœur de Dieu même, voyant jusqu'à un certain point ses perfections reflétées en son œuvre la plus parfaite. Aussi dans son amour pour elle, il dispose l'ordre de la nature et celui de la grâce de manière à ce que tout porte son empreinte, et montre la grandeur de la destinée que sa sagesse et sa bonté lui ont faite.

Voyez comme tout, duns la nature matérielle, est une image des beautés ou des prérogatives de Marie.

Elle est l'aurore annonçant ce soleil divin qui va éclairer la terre de ses rayons et la féconder de sa chaleur. Elle est belle comme la lune, dont l'aspect a quelque chose de si doux et de si attrayant, et dont la lueur éclaire les ombres de la nuit. Elle est l'étoile du matin dont l'éclat présage un beau jour, où l'étoile de la mer qui guide dans sa traversée périlleuse le nautonnier vers le port. Elle est l'arc-en-ciel signe de la sérénité du ciel et de la tin des orages. Elle est la nue d'où tombe la pluie qui produit la fertilité. Elle est la terre où germe le fruit salutaire qui entretient lu vie. Elle est le lis à blanche corolle, emblème de la pureté ; elle est la rose mystique qui charme par la beauté de sa couleur, et exhale un si délicieux parfum. Elle est l'olivier qui donne l'huile, laquelle est à la fois, une lumière, un aliment, et une onetion qui guérit. Elle est la vigne dont le fruit broyé sous le pressoir produit le vin qui est la force et la joie de l’homme. Elle est la source d'où sort le fleuve aux eaux larges et profondes qui embellissent et fécondent les contrées qu'il traverse : elle est la fontaine qui arrose les jardins desséchés et leur fait porter des fleurs et des fruits,

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Toutes ces figures empruntées aux livres sacrés, et dans lesquelles on retrouve les rapports de Marie avec son fils divin, nous font voir comme Dieu a voulu que la beauté et les sublimes fonctions de la Vierge sainte eussent leur image dans ce que la nature oftre de plus beau et de plus gracieux. Au reste tout le monde matériel n’est qu’un symbole du monde spirituel; et une des études les plus intéressantes, auxquelles l'intelligence pourrait se livrer, serait celle qui rechercherait le type de lois physiques dans les lois surnaturelles, et tendrait à connaître de quel mystère de l'ordre divin tel phénomène de la création sensible serait l’enblême.

* Et maintenant, si nous soulevons encore le voile du plan divin à l'égard de Marie, nous la voyons nous apparaitre prophétiquement dans les temps anciens sous la figures de ces femmes auxquelles les récits bibliques ont donné une mémoire immortelle. Marie, c'est Eve recevant de son Epoux le nom de Mère de tous les vivants, nom qui ne pouvait convenir à celle qui a enfanté la mort, mais qui désignait la Mère de la grâce divine, principe de vie éternelle. Marie, c’est Sara à qui une longue prospérité est promise malgre le sacrifice de son fils que Dieu semble demander : c’est Rebecca, si dévouée pour l'enfant de sa prédilection; c’est Débora qui conduit les troupes d'Israël à la victoire et chante un cantique qui est le prélude du Magnificat ; c'est Betsabée à qui son fils donne un trône à côté du sien, et à qui il dit qu'il ne saurait refuser aucune de ses prières; c’est Judith, c’est Esther qui délivrent leurs peuples de puissants ennemis; c'est la Mère des Machabées assistant avec tant de courage au martyre si cruel de ses fils.

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Mais des prophéties plus explicites avaient annoncé Marie à la terre dès les premiers jours du monde dans la femme qui écraserait la tête du serpent. Isaïe avait prédit le mystère de sa maternité virginale, et tout un livre des écritures sacrées n été inspiré au

plus sage des hommes pour redire ses charmes, et célébrer l'alliance si étroite que Dieu devait contracter avec elle.

Enfin la réalité succède à la figure, Umbram fugat veritas. La créature dont Dieu avait ainsi préparé les magnifiques destinées avait paru sur la terre: nulle tâche ne flétrissait son âme: elle était remplit de toutes les grâces : il est temps que les dessins de Dieu s’accomplissent, L'ange salue Marie ; il lui annonce qu'elle est la femme choisie pour être la mère du fils du Très-Haut, dont le règne doit être éternel. Le mystère de l’Incarnation s'opère : Marie devient la Mère de Dieu: le Verbe Divin lui doit la vie humaine : il en reçoit tous les soins et toute Ia tendresse de la maternité élevée au plus hant degré possible d'amour et de dévoùment. Il vit avec elle pendant trente ans; lui le maitre du ciel et de la terre, il se soumet en tout à sa volonté, Il s'en fait accompagner pendant sa prédication évangélique ; à sa parole il commence à opérer ces miracles qui vont attester sa puissance divine.

Quand il consomme son œuvre de la rédemption des hommes sur la Croix, il veat qu'elle se tienne auprès de lui, qu'elle joigne ses larmes à son sang, et à cause de cette part qu’elle prend à sa passion, il la donne pour mère aux hommes qu'il rachète ; elle leur appliquera pour leur donner la vie de la grâce, les mérites qu'il a acquis par sa mort.

Quelques années après qu'il est monté au ciel, il l'apselle à participer à sa gloire. Ila eu son Ascension; elle a son Assomption ; il la couronne Reine des anges et des hommes; il remet son pouvoir entre ses mains pour qu'elle en dispose en faveur de ceux qu'il lui a donnés pour enfants. Il veut qu'elle partage ses honneurs sur la terre. Elle à ses fêtes rappellant les merveilles de Dieu à son égard, comme il a les siennes qui redisent aux hommes les grands traits de son amour envers eux. Il ordonne à son Eglise d'unir partout à son culte celui de sa mère. Il veut qu'un autel lui soit dressé dans ses temples, que son image apparaisse à côté de celle de sa croix, et que les lèvres de ceux qui l'aiment joignent le nom de Marie à son nom de Jésus dans l'ex:

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pression de la glorification de l'amour et de la confiance, Sans doute Marie n'a rien, ne peut rien par elle-même ; toute sa grandeur et sa puissance viennent de Dieu: et la gloire de l'hommage qui lui est rendu remonte vers le Tout-Puissant qui, selon l'ex. pression de la Vierge elle-même, a fait pour elle de grandes choses. Pecit mihi magna qui potens est. Mais ayant destiné sa mère, à être la distributrice de ses gräces il veut que le culte dont elle sera l’objet obtienne son intervention aupres de sa miséricorde,

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