TROISIÈME PARTIE
naturel de notre existence républicaine ne tardera point à le dissiper aussi, d*accord avec l'influence systématfque de la saine philosophie. L*instinct populaire sentira bientôt que l'exercice continu des talents d'expression, écrite ou orale, loin de constituer une garantie réelle d'aptitude à la conception, tend, au contraire, à nous rendre incapables de toute appréciation nette et décisive. Reposant sur une instruction dépourvue de tous véritables principes, il suppose ou entraine presque toujours l'absence totale de convictions fixes. Habiles à formuler les pensées d'autrui, la plupart des esprits ainsi cultivés * deviennent finalement incapables de discerner le vrai du faux, envers les moindres sujets, même quand leur propre intérêt l'exige. Le peuple doit donc renoncer aujourjd'hui à l'aveugle vénération qui l'entraîne trop souvent à leur confier ses destinées sociales. Ce sentiment hiérarchique est sans doute indispensable au bon ordre ; mais il a besoin d'être mieux dirigé.
. Ainsi conduits à examiner quelle doit être leur propre
- préparation mentale, et dès lors celle de leurs vrais . organes, les prolétaires sentiront qu'elle consiste surtout
• à systématiser, par de saines études scientifiques, leur - 4ïnlture spontanée de l'esprit positif. Leurs travauxjournaliers provoquent l'essor rudimentaire de la véritable méthode philosophique, et dirigent leur attention vers , les principales lois naturelles. Aussi les prolétaires parisiens, type naturel du peuple occidental, sentent-ils mieux que la plupart de nos savants cette intime combinaison de la réalité avec l'utilité qui caractérise l'esprit positif. Leurs fonctions spéciales excitent beaucoup ;moins les besoins de généralité et de liaison. Mais elles laissent un loisir mental très propre à développer, sous
- ce rapport, les inclinations naturelles de tous les bons esprits. Toutefois, c'est surtout l'impulsion sociale qui bientôt fera sentir au peuple combien il lui importe de
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compléler et de coordonner ses conceptions réelles. Décidé maintenant à rectifier autant que possible un ordre vicieux, il comprendra la nécessité d'en connaître d'abord les véritables lois, comme envers toute autre économie extérieure. II sentira ensuite qu'on ne peu{ bien apprécier ce qui est sans le rattacher, d'une part, à ce qui a été, d'une autre, à ce qui sera. Le besoin même de modifier le cours naturel des phénomènes sociaux lui fera désirer de connaître la suite de leurs antécédents et leurs tendances spontanées, afin d'y mieux éviter toute intervention vicieuse ou superflue. Ayant ainsi recojina que l'art politique dépend, encore plus qu'aucun autre, ' de la science correspondante, l'esprit populaire sentira bientôt que cette science, loin d'être isolée, exige l'étude préalable de l'homme individuel et du monde extérieur. Dès lors, il aura remonté toute la hiérarchie élémentaire des conceptions positives, et reviendra systématiquement à la source où le placent spontanément ses occupations spéciales, essentiellement relatives à l'existence inorganique. Ce cours nécessaire de la raison prolétaire lui représentera bientôt la philosophie positive comme la seule qui convienne au peuple, soit pour la théorie, soit pour la pratique, puisqu'elle embrasse le même domaine avec la même destination, et qu'elle accorde la même prépondérance aux considérations sociales. L'instinct populaire sentira ainsi qu'une telle doctrine se borne à systématiser ce qui en lui reste spontané, et que cette coordination augmente beaucoup l'efficacité,- publique et privée, de la morale et du bon sens, double base commune des deux sagesses, spéculative et active, désormais inséparables. Nos prolétaires rougiront alors d'avoir jamais confié les plus difficiles recherches à des esprits qui ne conçoivent pas même l'exacte différence entre un centimètre cube et un décimètre cube. D'une autre part, on doit peu craindre que les savants propre-