‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 107 sur 225 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

de leur nature et de leur situa tiou, il est d'ailleurs si conforme à leurs besoins collectifs, que son appréciation leur deviendra bientôt familière, à mesure que le cours des événements en permettra, et même en exigera, l'application caractéristique. Ce sentiment graduel ne pourrait être gravement altéré que par un vicieux exercice de ce que les métaphysiciens nomment les droits politiques. Une telle préoccupation détournerait le peuple des questions morales relatives à l'usage du pouvoir pour le livrer aux vains débats qui en concernent la possession habituelle. Mais ce danger est peu redoutable, surtout en France, où Tinstinct prolétaire n'est égaré par aucun fanatisme métaphysique. Les doctorales remontrances de nos idéologues, même officiels, n'empêcheront pas la sagesse populaire de sentir ailleurs sa vraie destination sociale. A la saturation actuelle de votes électoraux, succédera bientôt la désuétude volontaire d'une attribution illusoire, qui n'a plus même l'attrait du privilège. D'impuissants efforts pour concentrer l'attention du peuple sur les questions politiques proprement dites ne sauraient le détourner des véritables questions sociales, dont la solution réelle est surtout morale. Il ne laissera jamais réduire la grande révolution à de simples substitutions de personnes ou de coteries, ni même à des modifications quelconques dans la constitution du pouvoir central.

Ces dispositions du peuple en exigent d'équivalentes chez ceux qui aspirent à sa confiance spirituelle. Ils doivent, comme lui, placer les questions sociales audessus des simples questions politiques, et ils doivent, mieux que lui, apprécier la nature essentiellement morale des solutions correspondantes. Au fond, cela revient à prendre pour base normale de l'organisation moderne la séparation systématique des deux puissances élémentaires. Ce principe est tellement conforme aux

vrais besoins populaires, que bientôt le peup géra l'admission de tous ses guides intellectuels. Pour mieux l'assurer, ils les obligera, sans doute, à abdiquer formellement toute prétention personnelle au pouvoir temporel, soit central, soit même local. Ainsi voués irrévocablement au sacerdoce de l'Humanité, les vrais philosophes inspireront plus de conliance à leurs alliés prolétaires, et aussi aux classes dirigeantes. Dispensée de l'application immédiate, ta théorie sociale pourra prendre nu libre essor, qui, loin d'être perturbateur, préparera dignement l'avenir normal, sans négliger la transition présenle. En même temps, dégagée de vaines prétentions doctorales, la pratique ne conservera plus aucune affinité rétrograde avec des doctrines épuisées, et s'adaptera graduellement aux indications rénovatrices de l'esprit public, tout en accomplissant avec énergie son indispensable ofSce matériel.

86. — Le prolétaire ne doit rechercher ni la richesseiiiles mandats politiques.

Pour mieux convenir à leur destination, actuelle e( finale, les mœurs populaires doivent seulement développer davantage leur caractère spontané. Cela exige surtout que l'instinct prolétaire se purifie de toute vaine ambition de grandeur ou de ricliesse personnelle. L'empirisme métaphysique réduirait volontiers la grande révolution à élargir au peuple l'accès habituel du pouvoir, politique ou civil, au delà des anciennes limites. Mais cette faculté, quoique indispensable à l'ordre final, est loin de satisfaire aux vraies conditions populaires, puisqu'elle ne comporte que des améliorations individuelles, qui ne changent pas le sort de la masse sociale, ou plutôt qui tendent souvent à l'empirer, par la désertion des membres les plus énergiques. La Convention seule a su comprendre dignement une telle influence. Elle seule sut

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