TROISIÈME PARTIE
honorer les prolétaires en tant que tels, dans leur office spécial, et dans leur participation générale à la vie publique, principale compensation de leur condition matérielle. Tous les chefs, rétrogrades ou stationnaires, qui lui ont succédé, ont tenté, au contraire, de les détourner du but social, en leur facilitant l'accès individuel des positions supérieures. L'aveugle routine des classes moyennes les a involontairement associés à cette politique corruptrice, en leur faisant prôner l'universelle imitation des habitudes d'épargne qui ne conviennent qu'à elles. Ces habitudes sont indispensables pour accumuler et administrer les capitaux ; elles doivent donc prévaloir dans la partie intermédiaire de l'organisme final. Mais elles seraient déplacées, et même funestes, partout ailleurs, là où l'existence matérielle dépend surtout d'un salaire quelconque. Les philosophes et les prolétaires doivent également repousser des mœurs qui tendent à dégrader leur caractère moral, sans améliorer ordinairement leur situation physique. Chez les uns et les autres, l'absence de toute grave responsabilité pratique, et le libre essor, tant public que privé, de la vie spéculative et affective, constituent les principales conditions du vrai bonheur. Malgré les publications de nos économistes sur l'efficacité sociale des caisses d'épargne, la saine philosophie justifiera pleinement les répugnances décisives de l'instinct populaire, qui y voit surtout une source continue de corruption morale, par la compressioii habituelle des sentiments généreux. Les empiriques déclamations contre les cabarets ne les empêcheront pas 4'étre jusqu'ici les seuls salons du peuple, qui va y cultiver une sociabilité beaucoup plus recommandable que l'égoïste fréquentation des lieux de dépôt. Quant aux vrais dangers personnels de cette sage imprévoyance, la civilisation les. diminue toujours, sans ôter ad prolétaire \e caractère qui constitue à la fois son principal mérite
et sa plus précieuse coasolation. Celte rectification résulte surtout d'un essor croissant des affections et des penséi's. En appelant dignement le peuple à la vie pulilique, le régime positif saura faire du cluh le meilleur correctif du tabarel. Sous ce rapport, les mœurs philosophiques ont aujourd'hui besoin fie suivre les généreuses inspirations de l'instinct populaire. Toute avidité pécuniaire, comme toute ambition temporelle, deviendra bientôt une source légitime de suspicion envers ceux qui, aspirant au gouvernement spirituel de l'humanité, indiqueraient ainsi au peuple leur insuffisance morale, ordinairement liée à une secrète impuissance mentale. Le pouvoir moral des philosophes assistés des prolétaires est surtout desliné, dans l'économie positive, à modifier sans cesse, par une juste ré]»ariition de l'estime, le classement social, où doit toujours prévaloir ia prépondérance matérielle. En respectant la subordination des offices, on jugera ainsi chaque fonctionnaire, suivant la valeur propre de son esprit et de son cœur, en fuyant l'anarchie autant que la servilité. Rien ne saurait empêcher le peuple de reconnaître même que les vraies qualités indispensables aux divers postes pratiques sont fort au-dessous de la prépondérance temporelle qu'ils procurent. Il sentira de plus en plus que la véritable félicité humaine n'y est point attachée, et qu'elle peut appartenir davantage à sa modeste condition, sauf chez les êtres exceptionnels qui doivent aspirer au commandement, d'après une organisation, plutôt funeste que favorable, que notre sagesse collective applique seule au bien commun. Les vrais prolétaires, comme les vrais philosophes, cesseront bientôt d'envier une grandeur inévitablement assujettie à une grave responsabilité. Quand cette com))ensalion ne sera plus illusoire, le peuple reconnaîtra que tout l'art social est dirigé vers sa juste satisfaction continue, d'après l'actif concours