TROISIÈME PARTIE
dé ses chefs spirituels avec ses chefs temporels. Dès lors, il ne désirera ni la célébrité achetée par de pénibles méditations habituelles, ni la puissance chargée de constants soucis. En laissant surgir librement d'indispensables vocations théoriques et pratiques, la masse sociale pourra se féliciter d'une situfition conforme à notre constitution ordinaire, qui lie surtout le bonheur réel à l'exercice modéré du sentiment, de la raison, et de l'activité. L'urgence matérielle étant écartée, chacun cherchera la juste rétribution de sa bonne conduite dans l'estime durable, même posthume, de la portion de l'humanité qui a pu l'apprécier. En un mot, la qualification, conservée par une fausse modestie, mais émanée d'un instinct anticipé de la réalité sociale, caractérisera de plus en plus tous les fonctionnaires supérieurs comme les serviteurs involontaires de leurs subordonnés volontaires. Sans aucune utopie, la société positive se trouvera tellement organisée que ses chefs, théoriques ou pratiques, au milieu de leurs avantages personnels, regretteront souvent de n'être pas nés ou restés prolétaires. Pour les grandes âmes, la prééminence lempotelle ou spirituelle n'a jamais procuré de solide satisfaction que par un essor plus complet du sentiment social, d'après une meilleure participation au bien commun. Or, le principal mérite de l'ordre final consistera à rendre habituellement accessible à tous cette heureuse liaison de la vie privée à la vie publique, en assurant au moindre citoyen une influence sociale, non pas impérative, mais consultative, toujours proportionnée à son zèle et à son mérite.
Tous les aperçus propres à cette troisième partie confirment son indication initiale sur l'aptitude nécessaire du prolétariat à constituer le principal appui, non seulement du système définitif, mais aussi de notre régime provisoire, qui, ainsi conçu, différera le moins possible
de l'état normal qu'il doit préparer. Les principales conditions que j'ai assignées à cette politique de transition, en terminant la seconde partie, trouvent leur meilleure garantie dans les dispositions naturelles dui peuple occidental, surtout en France. Nos chefs temporels doivent plutôt suivre sagement les tendances populaires que prétendre à les diriger : car elles sont spontanément conformes à nos vrais besoins actuels, soit de liberté, soit d'ordre public.