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La femme et les idées moderne

La révolution n'a pu encore leur inspirer que des s pathies individuelles, sans aucune adliésion coUecUve, d'après le caractère essentiellement négatif propre à sa première partie. C'est surtout au moyen âge qu'elles codlinuent à rapporter leurs prédilections sociales. Or, cettt préférence n'est pas seulement due, comme on le croil, à leurs justes regrets sur la décadence des mœurs chevaleresques. Sans doute, le moyen âge leur offre l'unique époque où le culte de la femme ait été dignement organisé. Mais un motif plus intime et moins intéressé délermine surtout leur attrait spontané pour ces beaux souvenirs. L'élément le plus moral de l'humanité doit préférer à tout autre le seul régime qui érigea directemenl en principe la prépondérance de la morale sur la politique. Telle est, j'ose l'assurer, la source secrète des principaux regrets qu'inspire encore aux femmes l'irrévocable décomposition du système social propre ru moyen âge.

Sans qu'elles dédaiguent les divers progrès spéciaux que l'humanité doit au mouvement moderne, ils ne sauraient compenser, à leurs yeux, la rétrogradation générale que leur semble indiquer une vicieuse tendance à rétablir l'antique suprématie de la politique sur la morale. La nécessité passagèred'unetelleaberralion, correspondante à la dictature temporelle qu'exigea l'imperfection de la spiritualité catholique, doit être peu ap pr^-ciée, faute d'une vraie théorie historique, par

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esprits presque étrangers à la vie active. C'est donc à t«ri que les femmes ont été souvent taxées de tendance, ritrograde, en vertu de ces n(^les regrets. Elles seraient mieux fondées à nous adresser un tel reproche, pour notre aveugle admiration du régime grec ou romain,, tant placé encore au-dessus de l'organisation catholicoféodale. Mais une telle erreur doit surtout sa persistance à une absurde éducation, dont les femmes sont heureiH sèment préservées.

Quoi qu'il en soit, ces dispositions féminines représentent naïvement la principale condition de notre vraie régénération, le besoin de rétablir la subordination systématique de la politique à la morale, sur une base plus directe, plus étendue, et plus durable que celle du moyen âge. Le culte de la femme constitue dès lors un résultat caractéristique d'un tel régime. Voilà donc à quel prix le mouvement rénovateur obtiendra l'intime adhésion des femmes. Un tel programme ne doit sembler rétrograde qu'aux philosophes incapables d'y satisfaire.

Les femmes ne repoussent donc pas la révolution, mais seulement le sentiment anti-historique qui domina sa première partie, où l'aveugle réprobation du moyen âge choquait leurs principales sympathies. Pouvaient-elles accueillir un régime métaphysique qui semblait placer surtout le bonheur humain dans l'exercice habituel des droits politiques, pour lesquels aucune utopie ne leur inspirera jamais un véritable attrait? Mais elles sympathisent profondément avec les justes réclamations populaires qui caractérisent le but essentiel de la grande crise. Leurs vœux spontanés seconderont toujours les efforts directs* des philosophes et des prolétaires pour transformer enfin les débats politiques en transactions sociales, en faisant dignement prévaloir les devoirs sur les droits. Si elles regrettent leur douce influence antérieure, c'est surtout comme s'effaçant aujourd'hui sous un grossier

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égoïsme, qui n'est plus modifié par l'enthousiasme révo- Intionnaire. Tontes les répugnances qu'on leur reproche concourent donc à faire mieux ressortir là nécessité fondamentale de dissiper enfin l'intime anarchie morale et mentale d*où émanent tous les sujets essentiels de leurs justes récriminations.

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