‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 122 sur 225 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

qu'elle exige sans cesse une pénible activité. S'il ne fidlait qu'aimer, comme dans l'utopie chrétienne sur une vie future affranchie de toute nécessité matérielle, la femme régnerait. Mais il faut surtout agir et penser, pour lutter contre les rigueurs de notre vraie destinée ; dès lors, l'homme doit commander, malgré sa moindre moralité. Dans toute 'grande opération , le succès dépend plus de l'énergie et du talent que du zèle, quoique cette troisième condition réagisse beaucoup sur les deux autres.

Tel est le défaut naturel d'harmonie générale entre les trois parties de notre constitution morale, qui condamne les femmes à modifier par l'affection le règne spontané de la force. Le juste instinct de leur supériorité affective leur inspire ordinairement des désirs de domination, qu'une critique superficielle attribue trop souvent à des penchants égoïstes. Mais l'expérience leur rappelle toujours que, dans un monde où les biens indispensables sont rares et difficiles, l'empire appartient nécessairement au plus puissant, et non pas au plus aimant, qui pourtant en serait plus digne. Ce conflit continu aboutit seulement à une modification permanente de la prépondérance masculine. L'homme s'y prête d'autant mieux, indépendamment de toute sensualité, qu'une secrète appréciation lui indique la supériorité naturelle de la femme quant au principal attribut de l'humanité. II sent que son propre empire tient surtout aux exigences de notre situation, qui nous impose toujours des opérations difficiles, où l'égoïsme agit davantage que la sociabilité. C'est ainsi que, dans toutes les sociétés humaines, la vie publique appartient aux hommes, et l'existence des femmes est essentiellement domestique. Loin d'effacer cette diversité naturelle, la civilisation la développe sans cesse, en la perfectionnant comme je l'indiquerai cidessous.

De là résulte la similitude fondamentale de la a lion sociale des femmes avec celle des philosophes et des prolétaires; de manière à expliquer la solidarité ûéces^ satre entre ces trois éléments indispensables du pouvoir modérateur.

Envers les philosophes, l'analogie provient de ce qoe la même falalité, qui empêche les femmes de prévaloir en vertu de leur supériorité alTective, prive encore plus les penseurs de la domination qu'ils croient due à leur prééminence Ihéorique. Si nos besoins matériels étaient plus faciles à satisfaire, la prépondérance pratique entraverait moins la puissance intellectuelle. Mais, dans cette hypothèse, la suprématie conviendrait davantage à l'élément féminin. Car notre raison se développe surtout pour éclairer l'activilé ; son essor propre est peu sollicité par notre constitution cérébrale. L'amour seul conserverait alors son inaltérable spontanéité. Ainsi, l'empire du monde réel appartient encore moins aux êtres pensants qu'aux êtres aimants, quoique l'orgueil doctoral soit moins résigné que la vanité féminine. Malgré ses prétentions, la force intellectuelle n'est pas, au fond, plus morale que la force matérielle. Chacune d'elles ne constitue qu'un moyen, dont la moralité dépend de son emploi. Il n'y a de directement moraj, dans notre nature, <£ue l'amour, qui seul tend immédiatement à faire prévaloir la sociabilité sur la personnalité. Si donc l'amour ne peut dominer, à quel titre l'esprit règiierait-il? Toute suprématie pratique appartient à l'activité. La raison est ainsi réduite, encore plus que le sentiment, à modifier la vie réelle. Voilà comment l'élément philosophique se trouve exclu du pouvoir directeur, au moins autant que l'élément féminin. Dans sa vaine lutte pour régner, l'esprit n'aboutit jamais qu'à modifier. L'impossibilité de prévaloir devient même la source de sa moralité indirecte, que corromprait sa cbi>

Page 1