QUATRIÈME PARTIE
mérique domination. Il peut améliorer beaucoup l'ordre spontané, mais à la condition de le respecter toujours. Son aptitude systématique le destine à lier entre eux tous les éléments sociaux que leur nature dispose aussi à modifier heureusement la prépondérance matérielle. C'est ainsi que Tinfluence féminine devient l'auxiliaire indispensable de tout pouvoir spirituel, comme le moyen âge l'a tant montré.
Sa solidarité naturelle avec l'élément populaire se caractérisera en complétant cette analyse sociologique de la puissance morale.
. D'abord purement afiTective, la force modératrice devient ensuite rationnelle, quand l'esprit s'y rallie, faute de pouvoir régner. Il ne lui reste alors qu'à devenir active, par l'accession spontanée de la masse prolétaire. Or, ce complément indispensable résulte de ce que le peuple, quoique formant la base nécessaire du pouvoir pratique» demeure autant étranger que les deux autres (éléments au gouvernement politique.
La force proprement dite, celle qui régit les actes sans régler les volontés, émane de deux sources très distinctes, le nombre et la richesse. Quoique réputé plus matériel que l'autre, le premier élément comporte, au fond, plus de moralité, parce que, résulté d'un concours, il suppose une certaine convergence de sentiments et de pensées, opins compatible avec la prépondérance de Tégoïsme ^pie le pouvoir immédiat de la fortune. Mais, à ce titre même, sa nature est trop indirecte et trop précaire pour qu'il puisse habituellement prévaloir. Il se trouve exclu du gouvernement politique et réduit à l'influence morale^ par une dernière conséquence de la nécessité matérielle qui impose une pareille situation sociale aux femmes et aux philosophes. La prépondérance fondamentale des besoins corporels procure un ascendant immédiat à la richesse, en tant qu'elle fournit les moyens d'y
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satisfaire. Car les riches sont les dépositaires naturels des matériaux élaborés par chaque génération pour faciliter l'existence et préparer les travaux de la suivante. Ainsi, chacun d'eux condense spontanément un pouvoir pratique contre lequel aucune multitude ne saurait prévaloir que dans des cas exceptionnels. Celte nécessité se manifeste même chez les peuples militaires, où l'influence numérique, quoique plus directe, alTecte seulement le mode d'acquisition. Mais l'état industriel, où la violence cesse d'être une source habituelle de richesse, rend surtout sensible une telle loi sociale. Loin de diminuer par le progrès de la civilisation, son influence naturelle augmente nécessairement, à mesure que l'accroissement continu des capitaux multiplie les moyens de faire subsister ceux qui ne possèdent rien. C'est seulement en co sens que restera toujours vraie la maxime immorale de l'antiquité : Paucis nascilur bumanum gênas. Ainsi privée de la puissance politique, la masse prolétaire devient de plus en plus, chez les modernes, un élément indispensable de la puissance morale, comme l'a expliqué la troisième partie de ce Discours. Sa moralité, encore plus indirecte que celle de l'élément philosophique, suppose davantage la subalternité pratique. Quand le gouvernement passe, par exception, à la multitude, c'est la richesse qui prend, contre sa nature, une sorte de moralité, d'après son aptitude a tempérer une prépondérance alors violente. Nous avons ci-dessus reconnu que les éminentes qualités, de cœur et d'esprit, propres aux prolétaires modernes, résultent surtout de leur position sociale. Elles s'altéreraient beaucoup si rautorîté pratique inhérente à la richesse se trouvait habituellement transférée au nombre.