QUATRIÈME PARTIE
95. — Laciion combinée des philosophes, des prolétaires et des femmes constitue la force morale.
Telle est, en aperçu, la théorie positive de la force morale destinée à modifier le règne spontané de la force matérielle, par le concours nécessaire des trois éléments sociaux qui restent extérieurs à Tordre politique proprement dit. De cette combinaison fondamentale résulte notre principale ressource pour résoudre, autant que possible, le grand problème humain, la prépondérance habituelle de la sociabilité sur la personnalité. Les trois éléments naturels de ce pouvoir modérateur lui procurent chacun des qualités indispensables. Sans le premier, il manquerait de pureté et de spontanéité ; sans le second, de constance et de sagesse ; sans le dernier, d'énergie et d'activité. Quoique l'élément philosophique né soit ni le plus direct ni le plus efficace, c'est pourtant lui qui caractérise un tel pouvoir, parce que seul il en systématise la constitution et en éclaire l'exercice, suivant les vraies lois de Texistence sociale. A ce titre d'organe systématique de la force modératrice, la puissance spirituelle lui a imposé son propre nom. Mais une telle dénomination tend à suggérer une fausse idée de la nature d'un pouvoir encore plus moral qu'intellectuel. EIn respectant une précieuse tradition historique, le positivisme rectifiera pourtant cet usage, émané d'un temps étranger à toute théorie sociale, et où l'esprit était supposé le centre de l'unité humaine.
Les femmes constituent donc, dans le régime positif, la source domestique du pouvoir modérateur, dont les philosophes deviennent l'organe systématique, et les prolétaires la garantie politique. Quoique l'institution de cette combinaison fondamentale appartienne à l'élément rationnel, il ne doit jamais oublier que sa propre participation est moins directe que celle de l'élément
affectif et moins efficace que celle de l'élément actif. Son ascendant tioctal n'est possible qu'à la condition de s'appuyer toujours sur le sentiment féminin et Ténergie populaire.
Ainsi, l'obligation d'associer aujourd'hui les femmes au grand mouvement de régénération, loin de susciter aucune entrave à la philosophie qui doit y présider, lui fournît, au contraire, un puissant moyen, en manifestant la vraie constitution de la force morale destinée à régler l'exercice de toutes les autres puissances humaines. L'avenir normal se trouve alors inauguré déjà autant que le permet la transition actuelle, puisque l'impulsion rénovatrice résulte du mémo concours fondamental qui ensuite, plus développé et mieux ordonné, caractérisera surtout le régime final. Cet étal définitif de l'humanité s'annonce ainsi comme pleinement conforme à notre propre nature, où le sentiment, la raison, et l'activité correspondent exactement, soit isolés, soit combinés, aux trois éléments nécessaires, féminin, philosophique, et populaire, de l'alliance régénératrice.
Tous les âges sociaux permettent de vérifier, plus ou moins distinctement, une telle théorie, dont les trois faces résultent toujours de la même nécessité fondamentale, relative à la loi biologique qui subordonne la vie de relation à la vie de nutrilion. Mais c'est surtout ici que convient le principe général (le progrés est le développement de l'ordre) indiqué, dans la seconde partie de ce Discours, pour lier, en sociologie, chaque spéculation dynamique à la conceplion statique correspondante. Car, l'évolution humaine accroît toujours l'influence modératrice de la force morale, soit par l'essor spécial de ses trois éléments, soit en consolidant leurs concours. La belle observation historique de Robertson sur l'amélioration graduelle du sort des femmes n'est qu'un cas particulier de cette loi sociologique. Tous ces progrès