QUATRIÈME PARTIE
position ssas pareille, si digne d'être embellie par notre grand Corneille, m'a souvent conduit à sentir combien an tel régime avait dénaturé la générosité naturelle d'un cœur qui, malgré tant d'entraves, s'élance parfois à la plus pure ardeur. Il faut que la spontanéité de nos affections pleinement désintéressées soit beaucoup plus prononcée qu'on ne l'a jamais supposé, puisqu'elles n'ont pas cessé de se développer sous une discipline aussi oppressive, qui prévalut pendant douze siècles.
97. — Dans le positivisme, le cœur et l'esprit s* entr* aident.
D'après sa conformité nécessaire avec l'ensemble de notre nature, le régime positif peut seul consacrer l'essor direct, à la fois privé et public, de cet admirable attribut de l'humanité, resté jusqu'ici à l'état rudimentaire, faute d'une digne culture systématique. L'excitation catholique du cœur se trouvait essentiellement hostile à l'esprit, qui, de son côté, tendait nécessairement à secouer un tel joug. Au contraire, la discipline positive établit naturellement l'harmonie la plus complète et la plus active entre le sentiment et la raison.
.La réflexion y tend toujours à fortifier la sociabilité, en rendant familière la liaison réelle de chacun à tous. Notre intelligence ne pouvant garder les impressions qui ne sont pas systématisées, l'absence de théorie sociale l'empêche encore d'apercevoir nettement cette solidarité habituelle, que les cas exceptionnels peuvent seuls lui dévoiler. Mais l'éducation positive, où domine toujours le point de vue social, rendra naturellement une telle appréciation plus familière qu'aucune autre, parce que toute notre existence réelle, tant individuelle que collective, se lie sans cesse à ces phénomènes. La fascination théologique ou métaphysique peut seule inspirer et accueillir ces vaines explications doctorales où Ton attri-
bue si souvent à rhomme ce qui ne convient qu'à l'humanité. Quand une saine théorie permettra de voir nettement ce qui est, chacun n'aura qu'à contempler sa propre existence, physique, intellectuelle ou morale, pour sentir continuellement ce qu'il doit à l'ensemble de ses prédécesseurs et de ses contemporains* Celai qui se croirait indépendant des autres, dans ses affections, ses pensées, ou ses actes, ne pourrait même formuler un tel blasphème sans une contradiction immédiate, puisque son langage ne lui appartient pas. La plus liante intelligence est incapable isolément de constroire la moindre langue, qui exige toujours la coopération populaire de plusieurs générations. Il serait ici superflu de caractériser davantage l'évidente tendance du véritable esprit positif à développer systématiquement la sociabilité, en nous rappelant toujours que l'ensemble est seul réel, les parties ne pouvant avoir qu'une existence abstraite.
Outre cette heureuse réaction continue de l'esprif sur le cœur, l'état final de l'Humanité doit procurer à nos meilleurs sentiments une culture plus pure, plus directe, et plus active que sous aucun régime antérieur. C'est uniquement ainsi que les affections bienveillantes peuvent être enfin dégagées de tout calcul personnel. Elles tendront à prévaloir, autant que le comporte notre inoparfaite nature, comme étant à la fois plus satisfaisantes et mieux développables que toutes les autres. Des coè»-^ étrangers aux terreurs et aux espérances théologiq^^^ peuvent seuls goûter pleinement le vrai bonheur huma"^^' l'amour pur et désintéressé, dans lequel consiste rééM- ^^' ment le souverain bien, que cherchèrent si vainem^^^ les diverses philosophies antérieures. Sa prééminec^::^^ nécessaire serait assez caractérisée par cette unii ' ^
observation, dont toute àme sensible trouvera aisém^^^ la confirmation personnelle : il est encore meill^^