DISCOURS SUR I. ENSEMBLE
gées, en un mot, à tous les efTorls abstraits, il est, d'ordinaire, mieux disposé à sentir cette combinaison de la réalité avec l'utilité qui caraclérise la posilivité. Leur raison se rapproche beaucoup, à cet égard, de celle des prolétaires, avec le commun avantage d'être heureusement étrangère à notre absurde éducation actuelle. Mais elles ont de plus que le peuple une situation normale très favorable au juste essor spontané de la vie contemplative, d'après leur indépendance habituelle du mouvement pratique. En ce sens, leur esprit se trouve naturellement disposé à la saine philosophie, qui exige une attention désintéressée sans indiiférence. Leur affinité mentale avec les vrais philosophes est, au fond, très supérieure à celle des savants proprement dits, parce que la généralité y est autant goûtée que la posilivilé, seule grossièrement appréciée chez ceux-ci. C'est aux femmes que Molière destina l'admirable formule rationnelle que j'ai appliquée aux prolétaires. Aussi la première ébauche systématique de la nouvelle philosophie, sous la grande impulsion de Descaries, fut-elle avidement accueillie déjà par l'esprit féminin. Cette affinilé fondamentale s'est hautement manifestée, quoique la synthèse positive dût s'interdire encore toutes les hautes spéculations morales et sociales. Pourrait-elle donc ne pas se développer beaucoup lorsque le positivisme, enfin complet, a pour principal domaine le sujet le plus digne des méditations des deux sexes?
La nouvelle philosophie peut ainsi compter l'esprit féminin comme la raison populaire parmi les auxiliaires naturels sans lesquels elle ne surmonterait jamais les profondes répugnances de nos classes cultivées, surtout en France, où son essor décisif doit pourtant s'accomplir.