‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 138 sur 225 · Mariage indissoluble · texte numérisé non relu

Mariage indissoluble

Il suffit d'avoir saisi la principale destination da lien eoiijugal pour Comprendre aussitôt ses conditions néces* saires, où Tintervention sociale ne tend, en général, qu'à consolider et à perfectionner Tordre naturel.

D'abord, cette union fondamentale ne peut atteindre son but essentiel qu'en étant à la fois exclusive et indis^ solnble. Ces deux caractères lui sont tellement propres que les liaisons illégales tendent elles-mêmes à les manifester. L'absence actuelle de tous principes moraux et scmaux permet seule de comprendre qu'on ait osé ériger doetoralement l'inconstance et la frivolité des affectic^ns en. garanties essentielles du bonheur humain. Aucune intknité ne peut être profonde sans concentration et sans pei^tuité; caria seule idée du changement y provoque. £ntre deux êtres aussi divers que l'homme et la femme, est^^ trop de notre courte vie pour se bien connaître et •s*aimer dignement? Pourtant, les cœurs sont, d'ordiliaire, si versatiles que la société doit intervenir afin d'éviter des irrésolutions ou des variations dont le libre •cours tendrait à faire dégénérer l'existence humaine en une déplorable suite d'essais, sans issue comme sans di- -^ité. L'instinct sexuel ne peut devenir un puissant moyen de perfectionnement que sous une constante et -sévère discipline, dont la nécessité se r a it assez confirm ée en contemplant, hors de la grande république occidentale, les nombreuses populations qui n'ont pu encore l'instituer suffisamment. Vainement a-t-on prétendu ré* dnire à une simple condition de climat le choix entre la polygamie et la monogamie. Cette frivole hypothèse est aussi contraire à l'observation universelle qu'à la saine théorie de l'humanité. Perfectionnant toujours l'institution du mariage, ainsi que toute autre, partout notre espèce part de la plus complète polygamie et tend à la

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plus parfaite monogamie. Au nord, comme au sud, on retrouve l'état polygame, en remontant assez le cours des âges sociaux : au midi, comme au nord, Tétat monogame prévaut à mesure que la sociabilité se développe; l'Orient lui-même y touche aujourd'hui, chez ses populations les plus occidentalisées.

La monogamie occidentale constitue donc une des plus précieuses institutions que nous devions au moyen âge. Elle a peut-être plus contribué qu'aucune autre à l'éclatante supériorité sociale de là grande famille moderne. Quoique le divorce Tait gravement altérée* chei les populations protestantes, cette aberration temporaire y est beaucoup contenue par les saintes répugnances du sentiment féminin et de l'instinct prolétaire, qui bornent ses ravagés aux classes privilégiées. La recrudescence empirique de la métaphysique officielle peut aujourd'hui susciter quelques craintes sérieuses sur l'extension française d'un tel fléau. Mais la saine philosophie arrive à temps pour contenir essentiellement ces tendances éphè* mères et factices, radicalement contraires à l'ensemble des mœurs modernes. Cette lutte peut être dirigée de manière à hâter l'avènement de la saine théorie conjugale. Le positivisme a d'autant plus lieu d^y conipter que son esprit, toujours sagement relatif, lui permet d'accorder, sans aucune inconséquence énervante, des concessions exceptionnelles, qu'interdisait lé caractère néce9>^ sairement absolu de toute doctrine théologique. Une telle philosophie peut seule concilier l'indispensable généralité des diverses règles morales avec les exceptions motivées qu'exigent toutes les prescriptions pratiques.

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