‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 139 sur 225 · Veuvage éternel · texte numérisé non relu

Veuvage éternel

' Mais, loin de riea céder ainsi aux tendances anarchiques, elle perfectionnera Tunité fondamentale du mariage humain, en faisant consacrer par nos mœurs, quoique sans aucune vaine injonction légale, le devoir du veuvage étemel, complément final de la vraie monogamie. L'instinct vulgaire a toujours honoré, même chez l'homme, cette scrupuleuse concentration du cœur. Nulle doctrine n'a pourtant été assez pure jusqu'ici, ou assez énergique, pour l'imposer. D'après l'ascendant supérieur que procure une pleine systématisation, toujours disposée à motiver ses décisions sur l'ensemble des lois réelles, le positivisme prescrira aisément à toutes les âmes délicates une obligation complémentaire qui découle du même principe que la règle fondamentale. Car, si le mariage positiviste est surtout destiné à perfectionner le cœur humain, le veuvage devient une suite naturelle de l'unité du lien. L'oubli de toute moralité systématique empêche aujourd'hui de sentir la grandeur morale inhérente à cette constance posthume, que tant de femmes ont jadis pratiquée dignement. Mais une profonde connaissance 4e notre vraie nature représente une telle considération comme une précieuse source de perfectionnement, aisément réalisable, même dans la jeunesse, chez tous les hommes noblement organisés. En effet, le veuvage volontaire offre, à l'esprit et au corps autant qu'au cœur, tous les avantages essentiels de la chasteté, sans exposer filux graves dangers moraux du célibat. Cette éternelle adoration d'une mémoire que la mort rend plus touç)iante et plus fixe permet à toute gran de àine,"SUTtout philosophique, de se mieux vouer au service actif de VHunaanité, en y utilisant la précieuse réaction publique cl'une^ijg^e affection privée. Ainsi, le vrai bonheur indi- ^idud i^ncourt avec le bien commun pour prescrire un

tel devoir k loas ceux qui appprécîent saiaemeot l'un et l'autre.

Celte sainte prolongation du plus parfait des liens, outre l'intime satisfaction qu'elle procure toujours, trouvera d'ailleurs une récompense naturelle dans une exlension encore supérieure. Si la liaison survécut à l'un, pourquoi la gratitude publique ne la garantirait-elle pas aussi après l'autre, en enveloppant d'un même cercueil ces cœurs que la mort ne put disjoindre '? Cette solennelle éternisation d'un digne mariage pourrait quelquefois être décernée d'avance, quand les vrais organes du sentiment public la jugeraient assez méritée. Elle exciterait alors à de nouveaux services celui qui y verrait le gage assuré de la pleine identification linale des deux mémoires. Le passé nous ofTre déjà quelques exemples spontanés d'une telle solidarité, comme entre Dante et Béatrice, ou Laûre et Pétrarque. Mais ces cas exceptionnels ne peuvent donner une juste idée de cette nouvelle Instilulion, qui semblerait ainsi bornée à d'éminentes anomalies. En liant partout la vie privée à la vie publique, au delà de toute possibilité antérieure, la régénération finale permettra d'appliquer la même récompense à tous les cœurs qui l'auront méritée, entre les limites locales de leur propre appréciation.

Voilà comment la tendresse positiviste trouvera natarellement"de précieuses consolations, sans regretter des chimères qui désormais dégradent autant le cœur que l'esprit. La supériorité morale du nouveau régime se manifeste, même à cet égard, en ce qu'il ne console qu'en fortifiant le lien. Car, les consolations clirétiennes SI vantées disposent à d'autres unions, qui allèrent ta principale efficacité du mariage, et qui même susciteol une ambiguïté d'affection peu compatible avec la vagne utopie théologique. Jusqu'au positivisme, aucune dOi trine n'avait dogmatiquement prescrit le veuvage**

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