PREMIÈRE PARTIE
plus facile et comporte plus de perfection, de manière à constituer une utile préparation logique au reste de la grande synthèse. En creusant davantage ce sujet, on découvre un motif plus décisif et moins saillant, qui représente ce préambule, pourvu qu'il soit complet, comme la base nécessaire de l'ensemble de la construction, qui heureusement ne peut plus offrir ensuite aucune difficulté du premier ordre, du moins en s'y bornant avec sagesse au degré de coordination qu'exige réellement sa destination finale.
Cette importance prépondérante de la simple systématisation intellectuelle semble d'abord contraire à la faible énergie des fonctions correspondantes dans l'économie totale de notre véritable nature, où le sentiment et l'activité contribuent certainement beaucoup plus que la pure raison à chaque résultat habituel. Si l'on tente de résoudre cette sorte de paradoxe, on est conduit à discerner enfin en quoi consiste le nœud fondamental du grand problème de l'unité humaine.
En effet, une telle unité exige d'abord un principe nécessairement subjectif, qui a été posé ci-dessus, dans la préporidérance continue du cœur sur l'esprit, sans laquelle ni l'existence collective, ni même la simple existence individuelle, ne comporteraient aucune harmonie durable, faute d*une impulsion assez énergique pour faire habiluellementconvergerles nombreuses tendances, hétérogènes et souvent opposées, d'un organisme aussi complexe. Mais cette indispensable condition intérieure serait loin de suffire, si, en même lemps, le monde extérieur ne nous offrait pas spontanément une base objective, indépendante de nous, dans l'ordre général des divers phénomènes qui régissent l'humanité, et dont l'évidente prépondérance peut permettre au sentiment d'amour de discipliner les inclinations discordantes, quand l'intelligence nous a dévoilé le véritable ensemble
DISCOURS SCll L ENSEMBLE
de notre desEinée. Telle est la principale mission de l'i) [irit, dignement consacré désormais au service du c par la théorie positive de la systématisatiou humaic Si, au début de ce discours, j'ai représenté cette coni IructioD comme inévitablement iiisuFlisanle, et tnèl chimérique, tant qu'elle rcsleraît partielle, je dois maîÉ tenant ajouter, pour compléter le grand programm philosophique, qu'elle ne doit pas davantage rester ii lée, et même que l'harmonie subjective serait impossibj sans un lien objectif. D'abord, cette coordination putà ment intérieure, en la supposant accomplie à part, 't comporterai! évidemment presque aucune elTicacilé haï)) tuelie pour notre vrai bonheur privé ou public, qui à pend beaucoup des relations de chacun de nous avec l'ei semble des êtres réels. Mais, en outre, par l'extfêmeiij perfection de notre nature, les tendances discordantes Q l'cgoïsme fondamental sont en elles-mêmes tellement S périeurcsaujE disposi lions sympa! hiques de la soeiabiliH que celles-ci ne pourraient jamais prévaloir sans le poî d'appui qu'elles trouvent dans une économie extérieud qui nécessairement provoque leur essor continu, tanâj qu'elle comprime l'ascendant de leurs antagonistes.
il. — L'ordre extérieur contient nos instincts égoisles j ■ stimule nos sentiments altruistes.
Pour apprécier assez celte réaction indispensable,^ faut concevoir cet ordre extérieur comme embrassai! a,vec le monde proprement dit. l'ensemble de nos propi phénomènes, qui, quoique les plus modifiables de tou^ sont néanmoins assujettis aussi à d'invariables lois natl relies, principal objet de nos contemplations positive Or nos affections bienveillantes se trouvent spontan ment conformes à celles de ces lois qui régissent direct ment la sociabilité, et nous disposent d'ailleurs à respa) 1er toutes les autres, aussitôt que notre intelligence i
PRESnÈKE PARTIE. 25
a découvert l'empire. L'harmonie affedive, même privée, et surtout publique, n'est donc possible quB par ^évidente nécessité de subordonner l'existence humaine à cet ascendant extérieur qui seul rend discipiinables nos instincts égoïstes,^^ dont la prépondérance neutraliserait aisément nos impulsions sympathiques, si celles-ci ne trouvaient en dehors cet appui fondamental, que la raison peut seule mettre au service du sentiment pour régler l'activité.
C'est ainsi que la systématisation intellectuelle, essentiellement relative à ce grand spectacle naturel, acquiert nécessairement une importance très supérieure à ses propres exigences théoriques, ordinairement si faibles^ même chez les plus contemplatifs. En ce sens, la synthèse spéculative résout aussitôt la principale difficulté que présente la synthèse affective, en associant à nos meilleures impulsions intérieures une puissante stimulation extérieure, qui leur permet de contenir assez nos penchants discordants pour établir l'harmonie habituelle qu'elles poursuivent toujours, mais qu'elles ne pourraient jamais réaliser sans un tel secours continu. On sait d'ailleurs que cette conception générale de Tordre naturel constitue directement la ba^e indispensable de toute systématisation réelle des actes humains, qui ne comportent d'efficacité qu'en vertu de leur conformité permanente à l'ensemble de cette irrésistible économie : cette partie de notre grande démonstration se trouve aujourd'hui devenue si familière que je suis ici dispensé de l'indiquer davantage. Quand la synthèse spéculative aura permis d'accomplir la synthèse affective, il est clair que la synthèse active ne pourra plus offrir de nouvelles difficultés majeures, puisque l'unité d'impulsion achèvera d'instituer une unité d'action déjà préparée par l'unité de conception. Voilà comment toute la systématisation humaine dépend finalement de la jsimple coordination
mentale, qui doit d'abord sembler en eJle-mème si peu décisive.
A son principe subjectif, la prépondérance du sentiment, le positivisme associe donc une base objective, l'immuable nécessité extérieure, qui seule permet réellement de subordonnera la sociabilité l'ensemble de notre existence. La supériorité de la nouvelle systématisation sur l'ancienne est encore plus évidente sous ce second aspect que sous le premier. Car, ce lien objectif ne résultait, dans le théologisme, que de la croyance spontanée aux volontés surnaturelles. Or, quelque réalité qu'on attribuât alors à cette ticlion, sa source restait pourtant subjective eu effet, ce qui devait rendre fort confuse et très mobile sou efficacité habituelle. La discipline correspondante ne pouvait être comparable, ni en évidence, ni en énergie, ni en stabilité, à celle que comporte la notion continue d'un ordre vraiment extérieur, confirme, malgré nous, par toute notre existence.
10. — Nos conceptions sur le monde extérieur n de s'élargir; mais elles ne sont que depuis peu sati^ faisantes.
Ce dogme fondamental du positivisme doit étreconi non comme le produit instantané d'une inspiration gétii raie, mais comme le résultat graduel d'une immense élaboration spéciale, qui a commencé avec le premier exercice de la raison humaine, et <iui est à peine acbevée aujourd'hui cbe»; ses organes les plus avancés. 11 constitue la plus précieuse acquisition intellectuelle de l'ensemble de l'humanité, préparant avec effort, pendant sa longue enfance, le seul régime qui convienne linalement à aa vraie nature. Dans tous les cas fondamentaux, il n'est réellement démontrable que par l'observation, sauf l'extension par analogie. Jamais il ne comporte de preuves déductives qu'envers les phénomènes évidemmi
esse ,
mènes évidemmen^H^d