‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 158 sur 225 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

sera même impropres à comprendre jamais la nouvelle philosophie, malgré leur affinité spontanée pour le positivisme, d*après les diverses indications précédentes.

Tous ces obstacles se trouvaient pleinement écartés par la noble et tendre amie à laquelle j'ai dédié ce nouveau traité. Quoique cette dédicace exceptionnelle puisse sembler exagérée, je crains aujourd'hui, cinq ans après ce funèbre hommage, d y avoir trop peu caractérisé l'intime reconnaissance dont je me sens redevable à ce vertueux ascendant, sans lequel l'essor moral du positivisme eût été très retardé.

Également éminente d'esprit et de cœur, Clotilde de Vaux sentait déjà l'aptitude de la nouvelle philosophie à réorganiser dignement l'influence féminine, tant altérée, depuis la fin du moyen âge, par la transition révolutionnaire. Partout méconnue, surtout dans sa propre fomille, sa grande âme l'avait pourtant préservée de toute aigreur. Malgré des malheurs aussi étranges qu'immérités, sa pureté, encore plus exceptionnelle, la garantissait assez de tous les sophismes anti-domestiques, avant même que sa raison eût apprécié la vraie théorie conjugale. La seule composition qu'elle ait publiée (1) contient, à cet égard, cette admirable maxime, que sa propre destinée rend si touchante : « Il est indigne des « grands cœurs de répandre le trouble qu'ils ressentent. » Dans cette charmante nouvelle, qui précéda son initiation au positivisme , on trouve, sur la vraie vocation de la femme, cette opinion caractéristique, si décisive chez un tel juge : « Le véritable rôle de la femme n'esl-il pas de « donner à l'homme les soins et les douceurs du foyer « domestique, et de recevoir de lui, en échange, tous les « moyens d'existence que procure le travail? J'aime « mieux voir une mère de famille peu fortunée laver le

(1) Reproduite en tête du T. I*' du Système de Politique positive, p. XXII. (N. des édit.)

« linge de ses enfants, que de la voir consumer sa vie (( pour répandre au dehors les produits de son intelli- « gence. J'excepte, bien entendu, la femme éminente « que son génie pousse hors des sphères de la famille. « Celle-là doit trouver dans la société son libre essor, (( car la manifestation est le véritable flambeau des ((•intelligences supérieures. » Une telle appréciation, émanée d'une jeune dame, aussi distinguée par sa beauté que par son mérite, réfutait déjà nos utopies anarchiques. Mais, en outre, la composition plus étendue que sa mort a laissée incomplète était directement destinée à réparer les atteintes portées aux dogmes domestiques par une éloquente contemporaine, au-dessus de laquelle le talent relevait autant que la vertu. Noblement dominée par le sentiment, cette àme privilégiée savait pourtant conserver à la raison toute sa juste influence. Au début de ses études positivistes, elle m'écrivait : c J'ai u compris mieux que personne la faiblesse de notre u nature, quand elle n'est pas dirigée vers un but élevé u et inaccessible aux passions. » Peu de temps après, au milieu des plus gracieux épanchements de l'amitié, sa plume féminine introduisait, presque à son insu, cette profonde sentence morale : a II faut à notre espèce, plus u qu aux autres, des devoirs pour faire des sentiments. » D'après celte préparation spontanée, on sera peu surpris que ma sainte Clotilde ait dignement senti l'aptitude morale du positivisme, quoique celte élude n'ait pu occuper que sa dernière année. Quelques mois avant sa mort, elle m'écrivait, à ce sujet : u Si j'étais un homnie, ^i vous auriez en moi un disciple enthousiaste ; je vous * otïre, en indemnité, une sincère admiratrice. * Cette même lettre caractérise ainsi sa participation projetée à rinstallation morale de la nouvelle philosophie : « Une v\ femme gagne toujours à marcher modestement der- ^ riore le convoi des novateurs, dùl-elle y perdre un peu

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