QUATRIÈME PARTIE
« de son élan. » Elle y apprécie aussi notre anarchie mentale par cette charmante image : « Nous avons tous « encore un pied en l'air sur le seuil de la vérité. t>
Une telle collègue, qui réunissait toutes les qualités éparses jusqu'ici entre les diverses femmes d'élite, eût bientôt associé son sexe à la régénération finale, en réalisant déjà la réaction normale du sentiment sur la raison, qui doit ensuite constituer le principal office féminin. Quand sa noble élaboration aurait été terminée, je voulais assigner, à l'ensemble de sa coopération positiviste, un but déterminé quoique vaste, pleinement conforme à sa nature intellectuelle et morale. Je crois devoir l'indiquer ici, pour mieux caractériser la participation spéciale des femmes à l'avènement occidental du positivisme, suivant un mode spontanément analogue à leur finale intervention sociale. Il concerne surtout les deux grandes populations méridionales. Partout ailleurs, il se borne aux individus dont l'affranchissement se trouve retardé aussi, quoique placés dans un milieu émancipé. Mais les fréquents succès que j'ai déjà constatés pour ce dernier cas me confirment d'avance l'efficacité collective des moyens que je vais signaler.
117. — Les femmes feront connaître le positivisme aux populations méridionales.
L'émancipation mentale de l'Occident commença, chez ses deux éléments septentrionaux (1), avec tous les dangers inhérents à une originalité qui ne pouvait alors être qu'empirique. Par l'ascendant légal du protestantisme, la halte métaphysique prit là une consistance qui a beaucoup troublé les progrès ultérieurs, et qui aujourd'hui y constitue le principal obstacle à une rénovation
(1) L'Angleterre et TAUemagne. {N. des édit,).
décisive. Heureusement préservé de celte pi réforination, le centre normal de la république occidentale compensa ensuite ce retard initial en passant d'emblée, sous l'impulsion voltairieniie, à une pleine émancipation, qui lui permit de reprendre enfin sa présidence naturelle de la commune régénération finale. Mais, en évitant ainsi l'inconséquence et la fiuclualion protestantes, la population française s'est trouvée exposée aux tendances anarcliiques que devait susciter l'entière prépondérance de la métaphysique révolutionnaire. Ce négativisme systématique constitue maintenant, par sa vicieuse prolongation, la principale entrave à la réorganisation définitive qu'il prépara si utilement. On peot dès lors espérer que, dans son inévitable extension aux deux élémenls méridionaux, l'émancipation occidentale s'accomplira aujourd'hui plus heureusement chez des populations où le catholicisme a mieux résisté jusqu'ici, d'abord au protestantisme, puis au déisme. Si la France a franchi le calvinisme, pourquoi l'Ilalie, et même l'Espagne, ne franchiraient-elles pas aussi levoltairianisme? En compensation naturelle de leur retard apparent, les méridionaux passeraient directement du catholicisme au positivisme, sans s'arrêter sérieusement à aucun négativisme. Quoique la nouvelle philosophie ne piït naitre chez ces populations, d'après un tel défaut d'émancipation préalable, elle y peut néanmoins prévaloir d'emblée, après avoir été assez élaborée dans son foyer naturel. Il suffit que le positivisme, sans s'y préoccuper d'aucune critique directe, s'y présente désormais en concurrence immédiate avec le catholicisme, pour toutes ses fonctions sociales, actuelles ou même passées.
Tous les monuments, surtout poétiques, attestent, du moins envers l'Italie, que, avant l'explosion luthérienne, les croyances occidentales étaient plus déchues au sud qu'au nord. La résistance rétrograde du catholicisme n'a