CINQUIÈME PARTIE
1 humanité. Devenu le but de Texistence, il se dégraderait bientôt, en démoralisant à la fois ses organes et son public. Il se réduirait de plus en plus à ses agréments sensuels, ou même aux difficultés techniciues, sans aucune tendance morale. Les inclinations esthétiques, qui, dignement subordonnées, ont tant perfectionné les mœurs modernes, peuvent devenir profondément corruptrices par leur illégitime ascendant. On sait à quelle atroce pratique l'Italie fut conduite, pendant plusieurs siècles, dans la seule vue d'embellir les voix masculines. Ainsi dégénéré, l'art, si propre à développer les instincts sympathiques, peut directement susciter le plus abject égoîsme, en provoquant une entière indifférence sociale, chez ceux qui ont mis leur principal bonheur à goûter des sons ou des formes. Tel esM'intime danger, encore plus moral que mental, inhérent à la prépondérance privée, et surtout publique, des inclinations esthétiques, même quand elles sont réelles. Mais il faut aussi reconnaître que cette violation de Tordre fondamental conduit bientôt à l'inévitable triomphe des médiocrités, chez lesquelles un long exercice développe aisément l'habileté d'exécution.
C'est ainsi que nous sommes graduellement tombés sous la honteuse domination, non moins funeste à l'art qu'à la philosophie et à la morale, des influences évidemment vouées à la subalternité sociale. Une déplorable aptitude à exprimer ce qu'on ne sent ni ne croit, procure aujourd'hui un ascendant éphémère à des talents aussi incapables de toute création esthétique que de toute conception scientifique. Cette anomalie politique, principal caractère de notre situation révolutionnaire, doit devenir moralement désastreuse quand ces triomphes immérités n'échoient pas, suivant une rare exception, à des âmes assez élevées pour en contenir souvent la vicieuse impulsion. D'après leur plus grande génér^.
lité, qui leur permet une plus haute ambition, les poètes sont davantage exposés à ces dangers que les artistes proprement dits. Mais la culture des. arts spéciaux reproduit ce mal sous une autre forme, encore plus dégradante, par l'avidité pécuniaire qui souille aujourd'hui tant de talents. C'est là surtout que l'absence de toute règle laisse naïvement surgir une vanité puérih qui désormais applique le même titre habituel aux vrais créateurs esthétiques et aux simples organes des productions d'autrui.
Tels sont les résultats nécessaires de l'égarement graduel des ambitions poétiques pendant la longue transition moderne. Je devais ici caractériser sans hésitationzs des aberrations qui empêchent aujourd'hui toute saint appréciation de la nature et de la destination de Fart. Mais ce sévère préambule ne saurait choquer les âme s vraiment esthétiques, déjà personnellement disposées sentir combien le régime actuel contrarie toute vocatif réelle. Malgré des déclamations intéressées, le véritabL essor de Fart exige au moins autant la compression d< médiocrités que Tencouragement des supériorités. I^» e vrai goût n*existe jamais sans dégoût. Par cela même qm^^—e l'art doit surtout développer en nous l'instinct fiimilie^s^ de la perfection, ses sincères appréciateurs sont vivemeE==^^ i'luu|uôs do toute faible production. L'heureux privilè ^gg ^ ilos oliot's-d'ivuvre esthétiques de susciter une admir^^^' li\»n quo les siècles n'amortissent pas, nous préserve c^^^ pi'ôtemlu besoin d'entretenir le goût avec des houveaut— ^ K\\\\ Taltt^iYnt. Si j ose ici invoquer mes propres im] sutuN. jo puis déclarer que, depuis treize ans, par autant i|uo par inclination, je réduis mes lectures hat:===^^' (urllcs aux grands poètes occidentaux, sans éprouver ^^ uioiudiv curiosité envers les produits journaliers d'ui^c^^ dôploraltlo locondité.