‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 168 sur 225 · Théorie générale de Vart · texte numérisé non relu

Théorie générale de Vart

Après cette rectification préalable, il faut caractériser directement l'aptitude esthétique du positivisme, en indiquant d'abord comment il construit naturellement la yraie théorie générale de l'art, bornée jusqu*ici à d'heureux aperçus partiels. Cette systématisation esthétique résulte à la fois du principe subjectif, du dogme objectif, et du but actif, assignés à la nouvelle philosophie dans les deux premières parties de ce Discours.

L'art consiste toujours en une représentation idéale de ce qui est, destinée à cultiver notre instinct de la perfection. Son domaine est donc aussi étendu que celui de la science. Tous deux embrassant, à leur manière, l'ensemble des réalités, que l'une apprécie, et l'autre embellit. Leurs contemplations respectives suivent le même cours naturel, suivant ma loi encyclopédique, en s'élevant des spéculations les plus simples et plus extérieures aux plus compliquées et plus humaines. Ainsi, cette échelle fondamentale du urai, que nous avons reconnue, dans la seconde partie, constituer aussi celle du bon, coïncide encore avec celle du beau, de manière à établir la plus intime harmonie entre les trois grandes créations de l'Humanité, la philosophie, la politique, et la poésie. C'est, en effet, le spectacle inorganique, surtout céleste, qui nous manifeste les premiers caractères de la beauté, l'ordre et la grandeur, là mieux saisissables qu'envers des phénomènes plus complexes et moins réguliers. Les degrés supérieurs du beau ne pourraient être vraiment appréciés par des âmes insensibles à ce degré initial. Mais, si la philosophie n'envisage l'étude inorganique que comme un indispensable préambule pour s'élever à sa destination humaine, la poésie doit encore davantage procéder ainsi. Sa tendance est même plus prononcée, à cet égard, que celle de la politique, qui,

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bornée d'abord au perfection ne metil matériel, s'arrête longtemps au perfectionnement physique, et ensuite inleliectuel, avant de monter directement à son but principal, le perfectionnement moral. La poésie parcourt plus rapidement les trois degrés préliminaires, et s'élève avec moins d'efTort à la contemplation des beautés morales. Ainsi, le sentiment constitue naturellement son domaine essentiel. Elle y trouve ses moyens autant que son but. Parmi tous les phénomènes humains, les affections sont les plus modifiables, et dès lors les mienx idéalisables, comme les plus perfectibles, en vertu de leur complication supérieure, qui détermine une plus grande imperfection, suivant la loi positiviste. Or l'expression, même très imparfaite, doit beaucoup réagir sur des fondions qui, par leur nature, tendent à s'épancher au dehors. Si son efficacité est reconnue envers les pensées, pourrait-elle ne pas développer davantage les sentiments, mieux disposés à la manifestation? Toute culture esthétique, même bornée à la pure imitation, peut donc devenir un utile exercice moral, quand elle stimale dignement nos sympathies et nos antipathies. Mais cette aptitude doit être beaucoup plus complète, si la représentation, an lieu d'une stricte fidélité, se trouve convenablement idéalisée.. Alors l'art s'élève à sa mission caractéristique, la construction des types les mieux animés, dont la contemplation familière peut tant perfectionner nos sentiments et même nos pensées. L'exagération de ces images est une condition nécessaire de leur destination, puisqu'elles doivent dépasser la réalité afin de nous pousser à l'améliorer. Déjà très efScaces pour la vie privée, ces émotions artificielles deviennent beancoup plus puissantes envers la vie publique, soit d'après l'importance supérieure de leurs objets, soit par l'excitation mutuelle résultée du concours des impi personnelles.

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