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Le monde extérieur est, le plus souvent, modifiable

entre certaines limites.

Dans tout le reste de Tordre extérieur, son invariabilité fondamentale se concilie toujours avec ses modifications secondaires. Elles deviennent plus profondes et plus multipliées à mesure que la complication croissante des phénomènes permet à notre faible intervention de mieux altérer des résultats dus au concours d'influences plus diverses et plus accessibles, comme l'a tant expliqué mon Système de philosophie positive. Suivant l'esprit de ce même ouvrage, notre intervention acquiert ainsi d'autant plus d'efficacité que les lois naturelles se rapportent davantage à notre propre existence, soit individuelle, soit collective. Envers celle-ci surtout, les modifications comportent une telle extension qu'elles contribuent beaucoup à maintenir encore l'erreur vulgaire qui représente ces phénomènes comme affranchis de toute règle immuable.

Pour compléter une telle appréciation générale du dogme positiviste, il importe d'ajouter que cette aptitude croissante de l'ordre extérieur à subir l'intervention humaine se combine nécessairement avec son imperfection plus grande, dont elle constitue aiiisi une sorte de compensation spontanée, très précieuse quoique fort insuffisante. Car ces deux caractères résultent également de la complication graduelle de l'économie naturelle. Le régime astronomique est lui-même très imparfait malgré sa simplicité supérieure, qui d'ailleurs nous rend plus irrécusables ses divers inconvénients, dont la sommaire considération mérite une attention sérieuse. Quoique nous ne puissions y apporter aucun remède, cette vue nous préserve d'une stupide admiration, et peut utilement concourir à fixer l'attitude définitive de l'humanité en présence des difficultés de tous genres qui caractérisent sa vraie destinée. Surtout elle tend à écarter radi-

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calemeni la vaine recherche du bien absolu, qui entrave tant la sage poursuite des améliorations réelles.

Envers tous les autres phénomènes, l'imperfection croissante de l'économie naturelle détermine. sans cesse une active stimulation de toute notre existence positive, aussi bien morale et mentale que purement pratique, eâ nous appelant toujours à soulager des maux que nous pouvons en effet adoucir beaucoup par le judicieux concours de nos efforts continus. C'est surtout ainsi que rhumanité peut développer un caractère de fermeté et de dignité toujours étranger à sa longue enfance théologique. Pour quiconque s'élève aujourd'hui au vrai point de vue de Tavenir social, la conception de Thomme devenu, sans scrupule et sans jactance. Tunique arbitre, entre certaines limites, de Tensemble de sa destinée, constitue assurément une notion beaucoup plus satisfaisante, à tous égards, que l'antique fiction providentielle qui nous supposait toujours passifs. Une telle appréciation habituelle tend directement à fortifier le lien social, où chacun. est ainsi conduit à voir sa principale ressource privée contre les misères générales de la condi>tion humaine. En excitant nos meilleurs sentiments, elle nous fait aussi mieux saisir l'importance de la principale culture intellectuelle, dirigée par là vers sa véritable destination. Quoique cette heureuse influence ait toujours augmenté chez les modernes, elle a été jusqu'ici trop restreinte et trop empirique pour qu'on puisse s*en for^ mer une juste idée, autrement qu'en anticipant sur l'avenir humain, d'après une saine théorie historique. Car^ notre art systématique ne comprend point encore cette partie de l'économie fondamentale qui, étant à la fois la plus modifiable et la plus imparfaite comme la pltâs iîuport.nnte, doit constituer, à tous égards, le principal obji t (Ir notre sollicitude permanente. L'art médicalproprement dit commence à peine à sortir de sa routine ini-

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Jiale. Quant à rart social, soit moraU soit politique, il y demeure tellement plongé, que }a plupart des hommes d*état contestent même la possibilité de Ten dégager jamais, quoiqull comporte plus qu'aucun autre une systématisation réelle, qui permettra seule de rationaliser tout le reste de notre existence pratique. Mais ces vues bornées ne tiennent aujourd'hui qu'au sentiment trop incomplet de la réalité des lois naturelles envers les plus jéminents phénomènes. Quand Tordre fondamental est dignement reconnu dans son véritable ensemble, la conception habituelle de Tart devient nécessairement aussi étendue; et aussi homogène que celle de la science ; aucun bon esprit ne peut alors contester que noire existence sociale constitue désormais le principal domaine de tous deux.

Le service général de Tintelligence envers la sociabilité ne se borne donc pas à lui faire connaître l'économie naturelle dont elle doit accepter l'inévitable empire. Pour que cette détermination théorique puisse guider notre activité, il y faut joindre l'exacte appréciation des diverses limites de variation propres à cet ordre extérieur, et aussi celles de ses principales imperfections: ces deux données générales permettent seules de caractériser et de circonscrire notre sage intervention. La critique positive de la nature constituera donc toujours une iniportante attribution de la saine philosophie, quoique l'intention anti-théologique qui l'inspira d'abord ait déjà cessé d*oflFrir aucun intérêt majeur, par suite même de son irrévocable efficacité. Sans s'occuper d'une lutte quelconque, on concevra désormais un tel examen comme destiné à mieux poser l'ensemble de la question humaine. Il se lie directement au but continu de toute notre existence dans le régime positif, puisque le perfectionnement suppose d'abord l'imperfection. Cette connexité générale devient surtout :pécessaire envers notre

propre nature ; car la vraie moralité exige on profond senliment habituel de nos vices spontanés.

13. — Pour fonder la synthèse positive^ il fallait vaincre une grosse difficulté théorique : compléter la notion de loi naturelle, et V étendre aux phénomènes sociaax et moraux.

Toutes ces indications caractérisent assez la condition fondamentale d*après laquelle la grande systématisation humaine, sans cesser d*ètre essentiellement affective par son principe subjectif, doit finalement dépendre d'une opération spéculative, seule capable de lui fournir une base objective, en la liant à l'ensemble de l'économie extérieure dont Thumanité subit et modifie l'empire* Malgré les difficultés propres aune telle explication, elle suffit au but de ce discours, simple prélude d'un traité complet. Elle fait directement apprécier le nœud essentiel de la synllièse positiviste, comme consistant à découvrir la vraie théorie de révolution humaine, à la fois individuelle et collective. Car, toute ébauche décisive sur eo sujet final complète aussitôt la notion générale de Tordre naturel, et Térige nécessairement en dogme fondamental d*une systématisation universelle, graduelleu\ent préparée par Tensemble du mouvement moderne. Le concours spontané des travaux scientifiques propres aux trois derniers siècles ne laissait, à cet égard, de lacune capitale qu*envers les phénomènes moraux et surtout sociaux. En y démontrant aussi Texistence de lois invariables^ par une première coordination totale dn passé humain, la raison moderne termine sa laborieuse initiation, et dès lors elle construit son régime final, en s*élevant ainsi au seul point de vue qui puisse toat embrasser.

Tel fut le double but de l'élaboration fondamentale

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