PREMIÈRE PARTIE
par laquelle, de l'aveu des principaux penseurs actuels^ j'ai complété et coordonné Tensemble de la philosophie naturelle, en établissant la loi générale de l'évolution humaine, tant sociale qu'intellectuelle. Je ne dois pas revenir ici sur cette grande loi, qui déjà n'est plus con* testée, et qui d'ailleurs trouvera sa place dogmatique dans le troisième volume de ce nouveau traité. Elle proclame, comme on sait, le passage nécessaire de toutes nos spéculations quelconques par trois états successifs : d'abord, l'élat théologique, où dominent franchement des fictions spontanées, qui ne comportent aucune preuve ; ensuite, l'état métaphysique, que caractérise surtout la prépondérance habituelle des abstractions personnifiées ou entités ; et enfin, l'état positif, toujours fondé sur une exacte appréciation de la réalité extérieure. Le premier régime, quoique purement provisoire, constitue partout notre unique point de départ ; le troisième, seul définitif, représente notre existence normale ; quant au second, il ne comporte qu'une influence modificatrice ou plutôt dissolvante, qui le destine seulement à diriger la transition de l'une à l'autre constitution. Tout commence, en efTet, sous l'inspiration théologique, pour aboutir à la démonstration positive, en passant par l'argumentation métaphysique. C'est ainsi qu'une même loi générale nous permet désormais d'embrasser à la fois le passé, le présent, et l'avenir de l'humanité.
A celte loi de filiation, mon Système de philosophie positive a toujours associé la loi de classement dont l'application dynamique fournit le second élément indispensable de ma théorie d'évolution, eu déterminant l'ordre nécessaire suivant lequel nos diverses conceptions participent à chaque phase successive. On sait que cet ordre est réglé par la généralité décroissante des phénomènes correspondants, ou, ce qui revient au même, par leur complication croissante : de là résuHe leur dépen-
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(lance spontanée envers tous ceux qui sont plus simples et inoins spéciaux. La hiérarchie fondamentale de nos spéculations réelles consiste ainsi dans leur classement naturel en six catégories élémentaires ; mathématique, astronomique, physique, chimique, biologique et enfin sociologique (1;, dont chacune suhit avant la suivante les dilTérenls degrés essentiels de l'évolution iolale, laquelle ne pourrait olTrir qu'un caractère vague et confus sans l'usage continu d'une telle classification.
Une théorie formée par l'intime combinaison de celte loi statique avec la loi dynamique semble d'abord ne concerner que le mouvement intellectuel de l'humanité. Mais les explications indiquées ci-dessus nous garantissent d'avance son aptitude nécessaire à embrasser aussi le développement social, dont la marche générale a dû toujours dépendre de celle de nos conceptions élémentaires sur l'ensemble de l'économie naturelle. La partie historique de mon grand ouvrage (2) a démontré, en elTel, la correspondance continue entre révolution active et l'évolution spéculative, dont le concours naturel devait régler l'évolution affective. Celte extension décisive de la théorie fondamentale exige seulement qu'on y joigiie un dernier complément essentiel, directement relatif à l'essor temporel de l'humanité. Il consiste, comme on sail, dans la succession nécessaire des divers caractères principaux de l'activité humaine, d'abord conquérante, ensuite défensive, et eiilïn industrielle. Leur solidarité naturelle avec la prépondérance respective de l'esprit théologique, de l'esprit liiélaphysique, et de l'esprit positif, explique aussitôt l'ensemble du passé, en systématisant sans effort la seule conception historique qui soit spontanément sanctionnée par la raison publique, c'est-
(1) L'auteur ajouta plus tard une septième science : la morale- \'oir le T. Il du Sgstème de Politique positiae. (Note da idileiirs.) t2) Le Cours de Philotophie potitioe. <iV. des éd.).