‹ Discours Sur L'ensemble Du PositivismeChapitre 19 sur 225 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

à-dire la distinction générale entre Tantiquité, le moyeiï âge, et l'état moderne.

Pour fonder enfin la vraie science sociale, il suffisait donc d*établir irrévocablement cette théorie d*évolutioh, en coriibinant, avec la loi dynamique qui la caractérise, d'abord le principe statique qui la consolide, et ensuite l'extension temporelle qui la complète. Cette fondation décisive achève de constituer l'ensemble de la philosophie naturelle, en écartant à jamais la distinction provisoire qui, depuis Aristote et Platon, là séparait profondément de la philosophie morale. L'esprit positif, si longtemps borné aux plus simples phénomènes inorga-i niques, termine alors sa difficile initiation, en s'étendànt jusqu'aux spéculations les plus compliquées et les plug importantes, désormais affranchies de tout régime théologique ou métaphysique. Toutes nos conceptions réelles étant ainsi devenues homogènes, l'unité spéculative teiîd aussitôt à s'établir spontanément, de manière à fournir une solide base objective à la systématisation totale qtiî constitue le but caractéristique de la vraie philosophie, jusqu'ici resté impossible faute d'éléments suffisants.

On sentira comment la principale difficulté de cette synthèse définitive consistait, j'ose le dire, dans la découverte de ma théorie fondamentale de l'évolution humaine, si l'on considère qu'une telle théorie, en même temps qu'elle complète et coordonne cette base objective, là subordonne spontanément au principe subjectif, qui doit toujours diriger l'ensemble de la construction philosophique. En appréciant ainsi l'ordre universel, l'intelligéhce, trop fière d'un office indispensable qu'elle seule peut remplir, est souvent disposée à méconnaître sa des-» tination nécessaire au service continu de la sociabilité ; elle tend à suivre librement sa pente naturelle vers les divagations spéculatives, tant fortifiées aujourd'hui par les habitudes empiriques propres à l'essor préliminaire

des spécialités positives. Il faat donc qne Finspinition subjective la ramène sans cesse à sa vraie Tocation, en empêchant ses contemplations de prendre an caractère absolu et une extension illimitée, qui reprodairaient, sous la forme scientifique, les principaux inconvénienfs du régime théologico-métaphysique. L*univers doit être étudié, non pour lui-même, mais pour l'homme, on plutôt pour rhumanité. Tout autre dessein serait» an fond, aussi peu rationnel que peu moral. Car, c'est seulement vtn tant que subjectives, et jamais comme purement objectives, que nos spéculations réelles peuvent être vraiment satisfaisantes, quand elles se bornent à découvrir, dans l'économie extérieure, les lois qui, d'une manière plus ou moins directe, influent en effet sur nos destinées. Hors de ce domaine, déterminé par la sociabilité, nos connaissances resteront toujours autant impar&ites qu'oiseuses, même envers les plus simples phénomènes, témoin l'astronomie. Sans cette constante prépondérance du sentiment, l'esprit positif retournerait bientôt aux prédilections spontanées de sa longue enfance, pour les contemplations les plus éloignées de l'homme, qui sont aussi les plus faciles. Tant que son initiation est restée incomplète, cette tendance naturelle à poursuivre indistinctement toutes les recherches vraiment accessibles, a pu se justifier par l'efficacité logique que compoi*taient la plupart de celles qui étaient dépourvues de toute utilité scitMitiflque. Mais, depuis que la méthode positive est assez développée pour devoir être directement vouée l'i sa véritable destination, ces exercices oiseux prolongent vicieusement le régime préliminaire. Cette vague anarchie spéculative prend même un caractère de plus en plus réti*ograde, en tendant à détruire les principaux ré* sultats obtenus par l'esprit de détail, tant qu'il demeura vraiment progressif.

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