Lari et la femme
Envers des compositions moins difficiles et plus multipliées, le pouvoir modérateur prouvera fréquemment sa compétence esthétique par les travaux exceptionnels de son élément féminin. Les arts spéciaux, surtout ceux des formes, resteront, sans doute, interdits aux femmes, comme exigeant une habileté technique qui leur convient peu, et dont le lent apprentissage étoufferait leur admirable spontanéité. Mais les femmes d'élite sont plus propres que les hommes à toutes les compositions poétiques qui ne demandent point une contention intense et prolongée. C'est là qu'elles doivent voir leur participation habituelle aux travaux spéculatifs ; car les succès scientifiques sont incompatibles avec leur vraie nature. Quand la nouvelle éducation générale aura systématiquement associé les femmes au mouvement universel, elles perfectionneront beaucoup tous les genres de poésie qui concernent l'existence personnelle et la vie domestique. L'aptitude est, au fond, la même pour goûter que pour produire, avec de simples différences de degré, très affectées par la culture.- Pourquoi les femmes ne deviendraient-elles donc pas supérieures aux hommes pour toutes les compositions qu'elles savent déjà mieux apprécier ? Les grands poèmes, épiques ou dramatiques, destinés à idéaliser la vie publique, me semblent seuls audessus de leurs forces esthétiques. A tout autre égard, la culture poétique leur appartient naturellement ; et elle se trouve en harmonie avec leur situation sociale, quand la vocation ne cesse pas d'être exceptionnelle. Nos affections privées ne sauraient être mieux retracées que par
332 DISCOURS SUR r.'ENSEMBLE
leurs plus purs organes, chez lesquels le latent c pression complète spontanémenl la tendance à l'idéalisation. On doit donc regarder le régime esthétique de l'humanité comme imparfaitement organisé, tant que la plupart des travaux poétiques, et peut-être aussi musicaux, ne constituent pas l'apanage spéculatif du sexe aimant. Cette intervention féminine est surtout indispensable pour donner à la poésie privée la conslanti' moralité dont elle est tant susceptible, et que notre grossièreté masculine n'atteint jamais sans des efforts contraires à la spontanéité esthétique. La grâce naïve de Lafontaine et la suave délicatesse de Pétrarque se Irooveront ainsi combinées naturellement avec une tendresse plus pure et plus profonde, de manière à procurer aux opuscules poétiques une perfection Jusqu'alors impossible.