L'art et le prolétaire
Quant au troisième élément nécessaire du pouvoir modérateur, son aptitude esthétique doit être moin:« prononcée, puisque sa destination active l'éloigné davaulage de l'existence spéculative que supposent de telles créations. Cependant toutes les compositions peu étendues, où l'énergie et l'insouciance conslituent les principales sources de l'inspiration réelle, conviennent mieux aus prolétaires qu'aux femmes, et surtout qu'aux philosophes. Lorsque l'éducation positiviste aura dignement cultivé le peuple occidental, il offrira partout d'heureux organes, poétiques ou même musicaux, des dispositions qui lui sont propres, comme tant d'exemples spontanés l'indiquent déjà. Outre cette participation spéciale de quelques prolétaires, l'ensemble du peuple prend indirectement une part fondamentale à l'évolution es thétique, puisque le langage lui est surtout dû.
CINQUiÈxME PARTIE 333
Tel est donc, dans le régime positif, l'organisation finale de Tart : plus de classes esthétiques proprement dites, sauf quelques maîtres spéciaux ; mais une éducation générale disposant à goûter profondément tous les modes d'idéalisation, et faisant surgir leur culture chez les trois éléments modérateurs. Dans la répartition fondamentale du travail poétique entre les forces étrangères au gouvernement, les philosophes exercent toutes les attributions relatives à la vie publique ; tandis que les compositions privées et personnelles appartiennent aux femmes ou aux prolétaires, selon qu'elles exigent surtout la tendresse ou l'énergie. Ainsi, l'exercice mental qui convient le mieux à l'humanité se développera davantage chez les classes où notre nature se caractérise le plus. Cette douce coopération n'exclut que ceux dont les constantes préoccupations de grandeur ou de richesse personnelles condamnent l'existence esthétique à des jouissances essentiellement passives, augmentées d'ailleurs par l'universelle éducation positive. Intimement annexées à de grands offices sociaux, nos fonctions d'idéalisation tendront directement vers leur noble destination affective. En perdant une spécialité qui altère son charme naturel, l'art n'offrira plus les dangers moraux auxquels s'expose toute vie exclusivement vouée à l'expression.
• 142. — Participation de Vart au mouvement régénérateur.
Après avoir caractérisé l'incorporation normale de l'art au régime final de l'humanité, il ne me reste qu'à indiquer sa participation fondamentale au mouvement actuel de régénération positiviste. Envers les trois éléments nécessaires de cette impulsion rénovatrice, nous avons déjà reconnu que chacun doit y concourir en exerçant aujourd'hui, à un degré plus prononcé, quoique dans un