Aspect dynamique de l'Humanité
L'ensemble de cette étude statique permet ensuite à la science d'apprécier directement l'existence dynamique correspondante, d'après ma théorie fondamentale de l'évolution humaine, comme l'exposera le troisième volume de ce traité. Notre Grand-Être n'est pas plus immobile qu'absolu ; sa nature relative le rend éminemment développable : en un mot, il est le plus vivant des êtres connus. Il s'étend et se compose de plus en plus par la succession continue des générations humaines. Mais ses mutations nécessaires sont aussi assujetties que ses fonctions fondamentales à des lois invariables. Leur ensemble, désormais appréciable, constitue un spectacle plus imposant que la sublime inertie de l'ancien Être- Suprême, dont l'existence passive n'était suspendue que par d'inexplicables caprices. Ainsi, la science réelle peut seule nous faire apprécier cette destinée prépondérante, qui domine et enveloppe toutes les nôtres. Comme envers les moindres phénomènes, c'est à l'élude systématique du passé qu'il appartient d'y déterminer l'avenir pour caractériser le présent. De la conception normale du Grand-Être, nous passons donc à l'histoire de sa formation continue, dont l'ensemble résume tous les
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progrès quelconques. Sa notion était incompatible, dans l'antiquité, soit avec l'ascendant de l'esprit théotogique, soit avec l'essor de l'activité guerrière, fondé sur l'esclavage des producteurs. La Patrie, même très restreinte d'abord, pouvait seule constituer alors le prélude nécessaire de l'Humanité. Sous cette nationalité primitive, surgit, au moyen âge, le sentiment de la fraternité universelle, d'après le caractère défensif de la nouvelle activité militaire et la libre concentration des croyances surnaturelles en un monothéisme commun à tout l'Occident. L'essor des mœurs chevaleresques, et la première ébauche d'une séparation normale entre les deux puissances élémentaires, annonçaient déjà l'élaboration directe du grand organisme, en proclamant la subordination de la politique à la morale. Mais la nature chimérique et égoïste des croyances dominantes, ainsi que le caractère militaire et aristocratique de ce régime transitoire, ne permettaient alors d'autre préparation immédiate que l'indispensable abolition de tout esclavage personnel, principal résultat de cette grande époque. Les mœurs industrielles ayant ainsi commencé à prévaloir, le sentiment de fraternité a pu s'appuyer sur une activité vraiment universelle. En même temps, l'essor décisif de la posilivité rationnelle a préparé l'élaboration Unale de la science sociale, seule capable de systématiser de telles préparations, pour construire directement la notion du véritable Grand-Élre. Cette conception est d'abord devenue systématique quant aux fonctions spéculatives, surtout scientifiques, qui suscitèrent, il y a deux siècles, la première formule (1) relative à cet immense et éternel organisme. A travers l'indispensable
(1) Allusion à cette pensée de l'aecal : i. Toute la suite des hommes pendaDt le cours de tant de siècles doit être cousjdérée uomme ud même liomme qui subsiste toujours et qui apprend contiuuelle-
mcut B. {N. des édil.)
dissolution du système théologique et militaire, l'évolution moderne fit ensuite surgir, d'après ses diverses préparations organiques, la notion réelle du progrès continu qui caractérise cette vie collective. Mais la conception de l'Humanité ne peut constituer une nouvelle unité fondamentale que depuis l'ébranlement décisif qui a, d'une part, manifesté l'urgence d'une régénération universelle, et, d'une autre part, suscité la philosophie capable de la systématiser. C'est ainsi que la contemplation du nouveau Grand-Être accompagna toujours sa formation graduelle. Sa conception actuelle résume autant l'ensemble de nos préparations sociales que celui de nos spéculations positives.