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Culte de VHumanité

Enfin, la mission sacerdotale de l'art régénéré se développera sous une troisième forme générale, en présidant au système de fêtes, publiques ou privées, qui constituera la majeure partie du culte proprement dit. Pour un tel office, les prêtres de l'Humanité devront, en effet, appliquer davantage leur aptitude esthétique que leur talent scientifique. Car cette immense fonction doit, au fond, consister à mieux manifester la nature, statique et dynamique, du grand organisme, par l'idéalisation de ses divers caractères.

Il faudra donc instituer deux sortes de fêtes, relatives aux deux attributs nécessaires de l'être fondamental, en y célébrant, tantôt l'existence, tantôt l'activité, de manière à développer les deux éléments indispensables du vrai sentiment social. Les fêtes statiques manifesteront l'ordre, et stimuleront l'instinct de solidarité : les fêtes dynamiques caractériseront le progrès, pour faire mieux sentir la continuité. Dans ce double complément périodique de l'éducation universelle , tous les principes qu'elle aura posés se trouveront développés et consolidés, quoique sans aucune intention didactique, toujours contraire au vrai génie de l'art, qui ne doit instruire qu'en charmant. Au reste, la fixité naturelle de telles solennités n'empêchera jamais le sacerdoce positiviste d'y mêler avec opportunité une application spéciale aux principaux incidents de chaque situation réelle.

Les fêtes de l'ordre seront nécessairement moins concrètes et plus austères que celles du progrès. Elles devront caractériser la solidarité statique du grand organisme, d'après les diverses fonctions fondamentales de l'amour qui l'anime. La plus générale et la plus auguste serait donc celle de l'Humanité, qui, dans tout l'Occident, inaugurerait dignement chaque nouvelle année, en

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régularisant la seule tendance universelle qui charme encore notre prosaïque existence. Cette solennité initiale concernerait directement la plus vaste solidarité, de manière à convenir un jour à toutes les branches de notre espèce. Elle pourrait se compléter, dans le même mois, par trois fêtes secondaires, relatives aux degrés inférieurs d'association, la nation, la province, et la cité. A cette première célébration directe du lien social, succéderait, au début de chacun des quatre mois suivants, celle des quatre relations de famille, le mariage, la paternité, la filiation, et la fraternité, complétées, le moisd'après, par une juste glorification de la domesticité proprement dite. Ce système statique représenterait à la fois la vraie théorie de notre nature, tant collective qu'individuelle, et l'ensemble correspondant de la saine morale. Les impulsions purement personnelles, malgré leur prépondérance, n'y doivent pas figurer distinctement, puisqu'un tel culte est surtout destiné à les mieux subordonner aux instincts sympathiques. Quoique l'éducation positive attache beaucoup d'importance aux vertus correspondantes, elles ne méritent point une célébration spéciale, qui pousserait à l'égoïsme. Elles doivent seulement être indirectement glorifiées, dans toutes les parties du culte humaniste, d'après leur influence réelle sur les affections généreuses. Il n'en résulte donc aucune véritable lacune au tableau esthétique de nos attributs et de nos devoirs. Ce tableau n'exige pas davantage une manifestation spéciale de la subordination nécessaire du Grand-Être à l'ensemble du monde extérieur. En effet, cette nécessité fondamentale se fait partout sentir, soit qu'on célèbre nos inclinations qu'elle règle, nos spéculations qu'elle détermine, ou notre activité qu'elle impose. La seule périodicité de nos solennités suivant les mouvements de l'astre qui nous porte, y rappelle assez notre invincible assujettissement aux fatalités extérieures.

CONCLUSION GÉNÉRAU*; 365

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